‹ Bibliographie contemporaine (volume 2)Chapitre 22 sur 172 · DU DEFFAND · texte numérisé non relu

DU DEFFAND

DU DEFFAND (Marie de Vichy-Chambon, Tnarquise), née en 1G97, morte à Paris le 23 septembre 1780. Femme galante, autant que femme d'esprit, elle n'aima jamais si peu, que lorsqu'elle eût de nombreux amants auxquels elle se donnait sans plaisir, et n'aima jamais autant, que lorsque, aveugle et vieille, elle en adora un, auquel elle n'appartint jamais. H. Walpole qui fut son dernier et premier amour la juge ainsi : Elle correspond avec Voltaire, dicte de charmantes lettres à son adresse, le contredit, n'est bigote ni pour lui ni pour personne et se rit à la fois du clergé et des philosophes. Dans la discussion où elle incline aisément, elle est pleine de chaleur et pourtant n'a presque jamais tort. Son jugement sur chaque sujet est aussi juste que possible sur chaque point de conduite, elle se trompe autant qu'on le peut ; car elle est toute amour et toute aversion ; passionnée pour ses amis jusqu'à l'enthousiasme, s'inquiétant toujours qu'on l'aime, qu'on s'occupe d'elle, et violente ennemie, mais franche... A soixante-tieize ans, elle a le même feu qu'à vingt-trois. Elle fait des couplets, les chante, se ressouvient de tous ceux qu'on a faits. Ayant vécu depuis la plus agréable époque jusqu'à celle qui est la plus raisonneuse, elie unit les bénéfices des deux âtxes sans leurs défauts, tout ce que l'un avait d'aimable sans la vanité, tout ce que l'autre a de raisonnable sans la morgue... Aussi vive d'impression que madame de Sévigné, elle n'a aucune de ses préventions, mais un goût plus universel. Avec une machine des plus frêles, son énergique vitalité l'emporte dans un train de vie qui me tuerait s'il me fallait rester ici. » Sainte-Beuve complète, en ces termes, ce portrait, peut-être un peu flatté : c Elle est un de nos classiques par la langue et par la pensée, et l'un des plus excellents... Elle se rattache par ses origines à l'époque de Louis .\IV, à cette langue excellente qui en est sortie. Elle a traversé presque tout le xviiie siècle, dont, encore enfant, elle avait devancé d'elle-même les opinions hardies, et, h aucun moment, elle ne s'est laissé gagner par ses engouements de doctrine par son jargon métaphysiijue ou sentimental. Elle est, avec Voltaire, dans la prose, le classique le plus pur do cette époque, sanH même en excepter aucun des grands écrivains... Les mots les plus vifs et les plus justes qu'on ait retenus sur les hommes les plus célèbres de son temps, c'est elle qui les a dit. »

Nous ne pensons pas que l'avis du comte CJémcnt de Uis puisse beaucoup inlirmcr ces deux jugements, néanmoins nous le citons à titre de curiosité, Critiques d'art et de littérature, 1862, p. 6i3 : « Selon moi, on sent partout dans celle corrcspon-

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