GUÉRIN
Tamour de son cœur, au talent de son frère, a ému, un instant, rîndifTérence littéraire, mais cela ne suffît pas pour consacrer une réputation. Une fois la surprise passée, il ne reste rien de cet enthousiasme posthume et factice, que la surprise d'avoir été surpris.
— Journal, lettres et poèmes publiés avec l'assentiment de sa famille par G. S. Trébutien et précédés d'une étude biographique et littéraire par Sainte-Beuve, 2« édit. Paris, Didier, 1862, in-8, 7 fr. (Baur, 1874, pap. holl. br. 10 fr. ; Dorbon, 1882, br. 5 fr.)
— 4e KDiT. Paris, Didier, 1863, iû-12, 3 fr. 50.
— Paris, Didier, 1865, in-S, 7 fr, (Guntzberger, 1872, dem. rel. 4 fr. 50.) • .
— Nouv. édit. Paris, Didier, 1869, 3 \ol. in.l2, 10 fr. 50 (Porquet, 1884. dem. rel. 10 fr.)
OEavres d'Eugénie et de Maurice réunies.
— Reliqui^, publié par G. S. Trébutien, avec une étude biographique et littéraire par Sainte-Beuve. Paris, Didier, 1861, 2 vol. in-16, 6 fr. (Sainte-Beuve, 1870, dem. m. 20 fr.; Baur. 1874, br. 9 fr. 50 ; Gonquet, 1883, dem. m. 12 fr. ; ViUemain, 1871, br. 6 fr.)
Première édit. des œuvres de Maurice Goério réimpr. bous le titre précédent, Journal .ettres et poèmes.
GUÉRIN du Caylâ (Eugénie de), sœur du précédent, née en Languedoc, en janvier 1805, morte en 1848. Barbey d'Aurevilly, ami de la famille et éditeur avec* Trébutien, des Reliquiae d'Eugénie, lui a consacré, dans les Bas bleus, un article enthousiaste. Il loue peu, mais quand il loue, il le fait avec la même exagération qu'il critique. Il faut, tout en admirant son admirable métier de styliste, se défier des impondérances de. sa pensée et de son langage.
« Lorsque nous publiâmes ses lettres, écrit-il, p. H7, elle avait ce terrible demi-siècle qui met la^ernière pierre à notre temps de jeunesse et de maturité, et la première à notre tombe. A cet âge fatal, la plupart des femmes se courbent sous les ruines qu'elles portent et n'ont plus, pour toute beauté, que le front triste des cariatides écrasées ; mais M^^<» Eugénie de Guérin, si Dieu ne l'avait pas rappelée à lui, eût porté sur le sien les ruines de ha vie aussi légèrement que les canéphores portaient autrefois leurs corbeilles ; car elle avait tout ce qui allège le poids des années, la pureté de cœur, l'ingénuité de la pensée, la fleur d'imagination éternelle, et cette confiance en Dieu qui en sait encore plus long que le Génie, et qui, en regardant la terre voit le ciel... Poète et
200 GUÉHIN.
dévote, M*^^ Eugénie n'est ni une ascète de religion, ni une ascète de poésie, et comme elle ne mettait pas de bornes au ciel, elle n*en mit ni à sa vie ni à son &me. Nature profondément sympathique, elle ne se cloîtrait en rien, pas même dans Timmense affection fraternelle qui n'eut jamais de rivale parmi les autres affections de son cœur... Maurice avait une sœur, non pas seulement de sang, mais de génie. Cette sœur qui lui a survécu pour mourir quelque temps après lui, inconsolable de sa perte, admirait sou frère de cette admiration fervente que la sensibilité de son esprit ajoutait à la sensibilité de son âme ; et c'est cette admiration, tournée par la mort en angoisse, qu'elle exprima avec la variété des sentiments infinis, dans des lettres incomparables. Nous qui avions l'intention de dire plus tard, dans un détail qui éclaire le talent par la vie, ce que fut Maurice de Guérin, nous avions senti, en lisant ces lettres, que jamais, quoiqu'il pût arriver, il n'inspirerait désormais un pareil langage, et nous voulûmes que ceux qui Pavaient aimé pussent en juger. Ils devaient retrouver le génie du frère passant à travers Tàme de la sœur, et s'attend ri ssant au passage. Le génie de Guérin, ce grand poète naturaliste, embrasse le monde avec ses horizons et ses paysages. Le génie de M^^« Guérin n'embrasse que son frère ; mais quelle grâce et quelle passion divine dans cette attitude épiorée qui résume toute une existence et la lie si étroitement autour d'une autre. Eugénie de Guérin, morte, a gardé l'attitude de toute sa vie. Elle est l'Ange Annonciateur de la gloire de son frère ; elle est TAurore du jour de ce frère; une aurore qui a aussi des larmes ! Ces larmes ont fécondé la tombe sur laquelle elle pleure et en ont fait sortir cette fleur de gloire, plus rare que jamais pour les poètes I Le Matérialisme contemporain a épaissi une terre toujours dure à percer. On connaît la fleur qui perce la neige, mais celle qui perce la boue des époques vouées à la matière, est plus difficile à trouver. » Sans la sœur, le frère serait encore à trouver ; décidément elle est le meilleur de son talent et de sa renommée. C'est une sœur mère, une amante vierge, qui sauve par sa douleur et son admiration, son frère de l'oubli et lui fait presque une auréole de génie.
— Journal et lettres publiés avec l'assentiment de sa famille, par G. S. Trébutien. Paris, Didier, 1862, in-8, 7 fr. (Baur, 1874, pap. hoU. br. 10 fr.)
— Paris, Didier, 1872, in.l2, 3 fr. 50.
— Lettres d'Eugénie de Guérin, publiées par G. S. Trébutien. Paris, Didier, 1864, in-8, 7 fr.
— Nouv. édit. Paris, Didier, 1872, in-12, 3 fr. 50.