‹ Bibliographie coréenneChapitre 59 sur 413 · iittfê · texte numérisé non relu

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n'est loi-méme qu'une expression systématisée* Cette religion a laissé si peu de traces dans la mémoire du peuple, que même des Coréens instruits ignorent qu'elle ait jamais existé dans leur pays ; ils la regardent seulemœt comme une doctrme d'hygiène mystique promettant à ceux qui la pratiquent, entre autres biens, l'immortalité. Hécemment, à la suite du séjour prolongé de divers fonctionnaires chinois en Corée en 1882 et 1884, le taoïsme a eu une sorte de renaissance ; ce mouvement est peut-être même un peu antérieur, mais je n'en ai pu connsdtre l'origine ; il paraît s'être vite amorti, et le taoïsme n'a guère plus d'adeptes que par le passé. Quoi qu'il en soit, on a alors imprimé en Corée d'assez nombreux ouvrages au sujet de cette

croyance, et surtout des cultes du dieu de la guerre, du

dieu de la littérature et du dieu idu Tang pin^^'^ ; on a fait des éditions populaires et quelques traductions ea coréen : ce sont ces livres qui sont les plus nombreux dans le chapitre que je consacre au taoïsme. Des autres, j'ai trouvé mmticxi surtout dans les docummts se rapportant aux études taoïstes avant le XYI^ siècla Enfin le Nan hoa king (i^ 2685) et le Kan ying phien (n$ 2590) ont dû leur diffusion l'un à ses

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qualités littéraires et l'autre à sa valeur morale. Les Coréens n'ont rien écrit d'original sur le taoïsme.

En arrivant au confucianisme, nous touchons le centre de la pensée coréenne : constitution sociale et adnûnistrativei idées philosophiques» conception de l'histoire et de la httérature, tout part de là pour le Coréen ; spéculation, observation et critique, enthousiasme, sens pratique, curiosité, tout Vj ramène. H n'est pas possible de se faire une idée du mouvement intellectuel de ce coin du monde, si Ton ne se rend compte de ce qu'est le confucianisme en lui-même et de ce qu'il est devenu dans la péninsule.

Ce serait une grave erreur (mais cette erreur a été fréquenmient commise) que de prendre le confucianisme pour une religion au même titre que le taoïsme et le bouddhisme, parce qu'avec ces deux concurrents il partage l'esprit des Chinois : si une religion est une doctrine, plus ou moins élaborée, plus ou moins con« sciente d'elle-même, qui reconnaisse expressément ou tacitement l'existence de forces supérieures à l'homme ou différentes de lui, et qui règle l'attitude qu'il doit prendre à leur égard, soit pour les maîtriser, soit pour se les concilier, alors le confucianisme contient sans doute une religion, mais il a aussi une portée bien plus

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grande que n'importe quelle religion. H est bien vrai que les grandes religions antiques et modernes ne se bornent pas à poser des dogmes et à prescrire des rites, et qu'elles y joignent un enseignement moral ; mais pour elles» la morale résulte de la théodicee, elle n'est qu'une partie du tout qui s'appeUe religion. Confucius renverse l'ordre des termes : c'est un précepte moral et social qu'il met à la base et la religion n'est qu'une application de ce précepte. Ce Sage, en effet, s'occupe peu des esprits, il en parle rarement et, le jour oii on l'interroge sur cq sujet, il oppose à son interlocuteur une fin de non-recevoir ; sa pensée est orientée dans un tout ^ autre sens : il accepte l'homme et la société de son temps, il admet les traditions transmises par les ancêtres, et» de tous ces faits, il tire des règles de conduite qu'il appuie de l'autorité des anciens ; il ne veut pas transformer la société, il cherche seulement à régulariser sa marche sur la voie tracée par les ancêtres. Ce sont là des préoccupations morales ; mais la morale, telle que la comprend Confucius, s'étend singuhèrement loin : elle dépasse l'individu et la famille, elle embrasse toute la société actuellement vivante et elle atteint, par le culte, jusqu'aux défunts, qui sont en société avec leurs descendants, et au ciel même : terme vague qui indique les puissances supérieure quelles qu'elles puissent être.

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D'ailleurs, pour le culte, comme pour tout le reste, Confucius ne songe qu'à maintenir ce qui vient de Tantiquité. Toute cette morale se résume dans le mot hia>o^^\ que nous traduisons, d'une façon bien insuffisante, par piété filiale : c'est, en effet et d'abord, le respect du fils pour son père et tous ses ascendants ; mais ces ascendants, après leur mort, continuent de vivre, dans leur tombeau ou près de la tablette qui les personnifie ; ils ont des besoins de divers genres, la piété ordonne d'y satisfaire et ils reconnaissent ce culte en protégeant leurs descendants. Le prince est le père de ses sujets, qui lui doivent fidélité : teUe est la base de l'État. Les cadets respectent en l'aîné le représentant direct du père, l'aîné protège les cadets comme le père aurait fait ses fils ; ces relations ne s'arrêtent pas aux premiers degrés de la parenté, mais se perpétuent indéfiniment ; teus les hommes (c'est-à-dire tous les hommes civilisés, tous les Chinois) sont également fils du souverain, ils sont donc frères : et c'est là la base de la société humaine. Le maître qui a enseigné, devient le père spirituel de ses disciples, ceux-ci sont des frères : de là, découlent des devoirs stricts encore accomplis aujourd'hui. Les sages sont les

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instituteuis du peuple» ses pères spirituels ; de là» le culte des grands hommes.

Ce système social, qui ne manque pas de grandeur, n'est pas Tœuvre de Confucius : celui-ci en a trouvé tous les éléments dans la société chinoise, il n'a fait que les lier logiquement et les ramener tous au principe de la piété filiale, en leur donnant une expression plus adéquate et écartant tout mélange étranger, en particulier toutes les superstitions relatives aux forces de la nature et aux puissances occultes. Ce choix a été fiedt avec assez de logique et de largeur d'esprit pour que le système élaboré reposât seulement sur des instincts purement humains et pût se plier aux diverses circonstances de temps et de lieu : les idées de Confucius conviennent aussi bien à la Chine féodale antérieure à l'ère chrétienne qu'à la Chine profondément démocratique que nous connaissons, elles ont régné' au Japon, elles se sont implantées en Corée conune en Annam. Au reste, quand je parle de Confucius, je ne prétends nullement décider quelle a été l'œuvre personnelle du Sage du royaume de Laté^\ ni si ses disciples inmiédiats et ses éditeurs de l'époque des Han^^^ n'ont pas contribué à la formation de ce corps de doctrines ; l'examen de

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cette question ne serait pas ici à sa place et, si j'emploie le nom de Confucius et celui du confucianisme, c'est parce que ces mots sont commodes pour désigner l'ensemble de faits distincts et d'idées précises que j'ai essayé de caractériser.

C'est vraisemblablement à l'époque des Han et

par réaction contre les persécutions de CM hoang tt^^^ que les lettrés, c'est-à-dire ceux qui se consacrent à l'étude et à l'observance des préceptes du confucianisme, ont commencé à former un corps distinct, adorant en Confucius "l'instituteur des dix mille générations", oi^eilleux de leur fréquentation intellectuelle avec le Maître, gardiens de sa parole, pleins de mépris pour les adhérents des doctrines hétérodoxes et pour tous ceux qui ne dévouent pas leur vie aux recherches morales ; cette éUte ne constitue pas une caste, mais une sorte d'association tacite, c'est une secte dépositaire non de dogmes religieux, mais d'une théorie sociale ; bien que son existence repose sur le principe d'autorité, l'autorité n'appartenant qu'aux Livres, la constitution est restée trop flottante et le pouvoir mteme a toujours été trop variable, pour que la secte ait jamais pu devenir une église. Jouissant du respect du peuple et souvent des feveurs impériales, elle a dû presque

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par la liste des ouvrages étudiés que donne le Maun hen pi ho. La dynastie de Ko rye poursuivit la même politique, fonda des écoles confucianistes à la capitale, dans les principales villes du royaume et dans les chefs-lieux de district ; des bibliothèques furent établies, des hvres confucianistes furent im* primés et distribués dans ces bibliothèques ; tous ces établissements reçurent des dotations en rizières et en esclaves ; des examens, à la fiaçon chinoise, furent institués en 958 pour donner accès aux fonctions.

Mais ce développement du confucianisme était purement administratif, tout en surface, il ne pénétrait pas dans les mœurs du peuple : celui-ci conservait ses anciennes coutumes et n'avait d'attachement que pour le bouddhisme ; les rois mêmes, malgré la protection intermittente qu'ils accordaient aux doctrines chinoises, suivaient en réalité la rehgion hindoue, en faisaient imprimer magnifiquement les livres, réservaient leurs faveurs aux bonzeries, donnaient à des bonzes l'influence dans leurs conseils. La rigidité des principes confucianistes, l'opposition existant entre eux et les mœurs du pays, écartaient les foules, glaçaient le dévouement : pendant toute la première pâiode de la monarchie de Ko rye, on ne cite guère que le

seul Tchoi Tchyoun^^^^ qm se soit interesse activement à cette doctrine, il fonda des écoles pour en enseigner les principes. Le célèbre Ah Tou^'^^ n'a vécu que trois siècles plus tard : il déplorait amèrement cet état de choses et s'attristait de voir l'encens fumer dans les bonzeries, les prêtres y vivre grassement, tandis que le temple de Confucius tombait en ruines; Je n'ai pas trouvé mention des œuvres de ce lettré : du moins savons-nous qu'il s'efforça de soutenir le culte de Confucius, en offrant cent esclaves au temple du Sage. Son action se ût sentir surtout par ses disciples, Pàik I tjyenff^^\ Ou Tchah^^^ et Bi Tjyei hyen^^^ l'un des auteurs les plus féconds de l'époque du Ko rye. Après eux, Tchoi Hài^^\ Kouen Han h(mg^'\ m Koh^\ Bi Tal tchyoung^\ Bi Tjif^ Kim Kou yong^^^ reçurent la tradition de An Ton et furent les précurseurs des grands lettrés du milieu du XIVS siècle.

Au commencement de ce siècle, en 1313, eut lieu un événement important pour l'avenir du confucianisme œ Corée : des Coréens firent achat» à

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