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INTRODUCTION. CXni
comme les cioeroniens de la Eenaissance ne voulaient s'exprimer qu'en prose latine, en vers latins marqués au coin de la meilleure époque, de même les Coréens cherchent à exprimer leurs idées coréennes en prose et en vers chinois ; pour les revêtir de cette langue étrangère, ils commencent par les jeter dans un moule étranger. Et de là à adopter les idées de Textérieur, à les aimer pour elles-mêmes, à les vouloir réaliser en Corée, il n'y a qu'un seuil d'accès facile. Les Chinois, depuis bien des siècles, ne cherchent pas à être originaux ; la nouveauté déplaît, l'invention est condamnable ; le secret de bien faire, c'est de copier les anciens qui ont tout mieux fait que nous. Mais l'esprit pratique du Chinois l'a gardé de vouloir transplanter dans la
réalité les faits et les actes avec le style et les idées ; à part une ou deux expériences coûteuses, on a senti que les conditions de la vie changent, en Chine comme ailleurs. Le Coréen, plus idéaliste, demeure toujours l'esclave de son idée ; il garde avec un soin jaloux le vieux style, les vieilles mœurs, il reste fidèle aux grandes dynasties chinoises des Sang^^^ et des Ming^*\ A ce système d'imitation, sa force inteme s'épuise ; et c'est ainsi que, pour les relations créées par les traita avec
l. 5|c. 2. IÇ.
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les étrangers, au lieu d'employer, en Tappropriant à cette nouvelle fonction, le style hiea national des correspondances officielles entre mandarins, on s'efforce, avec plus ou moins de succès, de copier la langue qu'écrit à Fékmg le Tsong li yamen.
L'imitation de la Chine est aussi manifeste dans la littérature que dans l'écriture et dans la langue même. Je prends ici le mot littérature dans le sens le plus large, en j comprenant toutes les productions de l'esprit exprimées par le langage écrit. C'est de la littérature, prise dans ce sens général, c'est-à-dire du contenu des livres, que je vais essayer de donner une idée, mamtenant que j'ai décrit le livre même et indiqué en quels caractères et en^ quelle langue il est écrit Je ne me bornerai pas, d'ailleurs, à parler des ouvrages composés par des Coréens : ceux-ci ont lu, copié, réimprimé, relu et étudié un grand nombre de livres chinois, qui ont dirigé et maintenu leur esprit dans les* voies actuelles ; passer sous silence ces premiers et fidèles instituteurs du peuple coréen, c'est négliger toute une face des choses, non la moins importante, et s'exposer à ne rien comprendre au reste.
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Les premiers ouvrages en langue chinoise que les bonzes ont apportés en Corée, ont été natureUement les livres de leur religion. Je ne sais si des éditions en ont été faites dès l'époque du Sin ra : aussi bien, je ne possède que de très rares indications sur les livres copiés ou imprimés dans cet âge reculé; mais Texistence d'éditions bouddhiques antérieures au Ko rye n'a rien d'impossible, puisque la religion étrangère avait pris dès lors un grand développement : des rois ont fait brûler leur cadavre suivant les rites bouddhiques, des bonzeries étaient construites et l'enthousiasme pour la profession religieuse fut si grand qu'on dut réglementer sévèrement la prise de l'habit de bonze. Dans le Ko rye, la faveur du bouddhisme ne fut pas moins éclatante : les rois avaient toujours près d'eux un bonze i^ommé qui avait le titre de précepteur du Eoi^^^, ils Essaient porter les écritures sacrées en tête de leur cortège, un Conseil spécial ^^ était chargé de préparer les éditions des livres saints ; de cette seconde période, il subsiste quelques ouvrages ; le plus considérable est la grande édition du Tripitaka gravée à la fin du XS siècle et dont l'exemplaire existant à Tokyo a été imprimé au XY' siècle. Sous la dynastie régnante, au contraire,
1* 3E ff^f Oang m, ou 0 ^, Kovk «a.
2* ^ IK fit ft» TcA tjang to kam.
CXVI INTROBUCIION.
le rôle du bouddhisme est toujours, allé en s'efiPaçant ; je n'ai vu que deux éditions bouddhiques faites par ordre royal, celle du Mahâvaipulya pûrnabuddha sïïtra prasannàrtha sûtra de 1465 (n? 2634, 1) et celle de 1796 du Poul syel tai po pou mou eun tjyoung hyeng (n? 2650) ; les autres ouvrages bouddhiques, imprimés aux frais des bonzeries et des fidèles, sont d'ailleurs assez nombreux.
Les ouvrages originaux relatifs à la religion hindoue sont beaucoup plus rares en Corée qu'en Chine : il n'y a guère à citer que deux ou trois œuvres de Htyei hoan et de Tjyeng ouen^\ admises dans les éditions postérieures du Tripitaka. Les idées bouddhiques, si elles ont eu un jour une grande influence en Corée, n'ont laissé d'autre trace que l'existence des bonzeries, dont quelques-unes sont richement dotées, mais dont la plupart tombent en ruines; quant aux bonzes, leur rôle dans l'état est nul et ils forment l'une des classes viles de la société. Les divinités bouddhiques, comme partout ailleurs, se sont mélangées ou confondues avec les esprits adorés auparavant, tous reçoivent un culte de pratiques semblables et de ferveur aussi mince ; il s'agit, moyennant quelques bâtons d'encens, quelques bols de riz, quelques génuflexions, d'obtenir
!• i^ R> fin du X; siècle, et ^ ((^, qui vivait soua la dynastie des Sotig.
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protection, richesse, postérité, en un mot félicité dans cette vie aussi bien qu'au-delà de la tombe; pour un pareil contrat, il n'est pas besoin de sentiments profonds, il sufllt de s'assurer parmi les esprits autant de débiteurs solvables que possible. Quant à l'idée des récompenses futures pour le bien et de l'enfer pour les méchants, elle paraît être, en Corée, d'origine purement bouddhique : mais elle ne sort guère des historiettes et des romans, où elle i^onne parfois des situations amusantes.
L'influence du taoïsme a été bien moindre que celle du bouddhisme et il n'en existe aujourd'hui aucune trace ; le roi de Ko kou rye obtint de la Chine des livres taoïstes au commencement du VU? siècle; Ma Toan lin^^^ rapporte qu'un monastère taoïste fut construit à la capitale au XIII siècle; mais si cette religion eut quelque prise sur les esprits, c'est plutôt par le culte des étoiles, qui a existé officiellement jusqu'à la fin du XVI? siècle, et par les doctrines astrologiques et géoscopiques : il resterait à savoir si ce culte et ces théories viennent en effet du taoïsme, ou si elles ne se rattachent pas aux superstitions locales et aux vieilles croyances cosmologiques de la Chine, dont le taoïsme