PUBLIÉES PAR LUI-MÊME
1 . Melite, || ov |l les favsses || Lettres. || Pièce Comique. || A Paris, || Chez François Targa, au premier || pillier de la grande Salle du Palais, deuant \\ les Consultations, au Soleil d'or. || M. DG. XXXIII [1633]. || Avec Priuilege du Roy. In-4 de 6 ff., 150 pp. et 1 f. blanc.
Les feuillets prélim. comprennent : 1 f. de titre ; 3 ff. pour la dédicace à M. de Liancour, l'avis Au Lecteur et l'Argument; 2 ff. pour le Privilège et les noms des Acteurs.
Le privilège, daté de Saint-Germain en Laye, le dernier jour de janvier 1633, porte : « Nostre bien amé François Targa, Marchand « Libraire de nostre bonne ville de Paris, nous a fait remontrer qu'il « a nouvellement recouvré un Livre intitulé Melite, ou les fausses « Lettres, Pièce comique, faicte par Mo Pierre Corneille, Advocat « en nostre Cour de Parlement de Rouen, qu'il desireroit faire « imprimer et mettre en vente, etc. » Le privilège lui est accordé pour dix ans consécutifs, « à compter du jour et datte qu'il sera achevé d'imprimer ». On lit à la fin : Acheué d'imprimer pour la première fois, le douzième iour de Feburicr mil six cens trente-trois.
Tous les biographes de Corneille ont raconté comment il composa Melite, en souvenir d'une aventure galante dont il avait été le héros. Une mention insérée dans un manuscrit de la Bibliothèque de Caen, le Morèri de* Normands par Joseph-André Guiot de Rouen, nous a fait connaître le nom véritable de Melite. C'était une demoiselle Millet, qui demeurait, ainsi que nous l'apprend M. Gaillard, rue aux Juifs, n° 15. L'abbé Granet, qui avait fait de longues recherches sur Corneille, désigne, il est vrai, l'hé-
ro'ine de Mèlite sous le nom de M™ Dupont, et l'on a supposé, pour concilier les deux versions, que la jeune fille, qui avait d'abord montré une préférence pour Corneille, avait épousé, par la suite, un autre que lui. Les documents retrouvés par M. Gosselin ne permettent pas de s'arrêter à cette hypothèse. « Au moment du mariage de Pierre Corneille, la dame Dupont se trouvait veuve de Thomas Dupont, conseiller-correcteur à la Chambre des Comptes de Rouen, et son nom était Marie Courant. Cela résulte d'un arrêt du Parlement, du 11 août 1639, qui statuait sur une difficulté née antérieurement entre les frères Thomas, Jacques et Guillaume Dupont, et sur laquelle un premier arrêt était déjà intervenu le 26 juin 1638. A cette date, Thomas Dupont vivait encore, et, circonstance assez curieuse, il avait choisi pour son procureur François Corneille, oncle de l'ami de sa femme et le sien aussi sans doute. » {Particularités de la vie judiciaire de Corneille, par E. Gosselin ; Rouen, 1865, in-8, p. 15.) Si l'on admet l'authenticité du récit relatif à Mélitc, il faut donc tout au moins distinguer Mlle Millet de Mmc Dupont.
Pour ne pas nous éloigner de l'ordre suivi par les éditeurs de Corneille et par Corneille lui-même, nous faisons figurer Mèlite en tête de ses œuvres, bien qu'elle n'ait été imprimée qu'après Clitandre. Cette première pièce fut représentée par la troupe de Mondory, la seule qu'il y eût alors à Paris. L'époque de la représentation n'a pu être jusqu'ici exactement déterminée. L'opinion la plus probable la place à la fin de l'année 1629 ou au commencement de l'année 1630. Le succès confirma la vocation dramatique de Corneille.
Quelques exemplaires de l'édition originale présentent des corrections oui indiquent de légers remaniements pendant le tirage. La faute d'impression 9g au lieu de 63, qui se remarque dans la pagination des premiers exemplaires, a disparu des seconds ; on a, de plus, introduit en manchette, p. 101, après le vers :
Si proches du logis, il vaut mieux Vy porter,
l'indication d'un jeu de scène : Cliton et la Nourrice emportent Mèlite pasmée en son logis, ou Cloris les suit appuyée sur Lisis. Par contre, on a laissé subsister les fautes Episrte pour Epistre, au titre courant de la p. v, et 79 pour 97 dans la pagination. Les deux tirages se trouvent à la Bibliothèque nationale : le premier y est porté Y. 5801, le second Y. 5801 + A.
Il existe, sous la date de 1633, une édition de Mèlite dans le format in-8, que M. Brunet et M. Frère ont rangée, sans l'avoir vue, parmi les éditions originales de Corneille. Nous avons eu l'occasion de l'examiner, et nous avons reconnu que c'est une simple contrefaçon. On en trouvera la description ci-après, en tête de notre chapitre VIL C'est probablement cette édition qui est citée au Catalogue Pompadour (n° 890), avec la mention : Paris, Targa, 1633, in-12.
CORNELIENNE.
2. Clitandre, Il ov || l'Innocence || délivrée || Tragi-Comedie. || Dédiée à Monseigneur || le Duc de Longueuille. || A Paris, || Chez François Targa, au premier pilier || de la grand' Salle du Palais, au Soleil d'or. || M. DG. XXXII [1632]. || Auec Priuilege du Roy. — Meslanges || poetiqyes|| Du mesme. || A Paris, || Chez François Targa} au premier || pilier de la grand'Salle du Palais, |j au Soleil d'or. || M. DG. XXXII [1632]. || Auec Priuilege du Roy. In-8 de 12 ff. et 159 pp.
Collation des feuillets prélim. : 1 f. de titre; 5 pp. pour la dédicace; 6 pp. pour la Préface ,*9 pp. pour Y Argument; 1 f. pour l'Extrait du Privilège et les Acteurs.
Clitandre occupe les 118 pp. suivantes; il y a ensuite un feuillet blanc, puis vient le second titre. Les Meslanges poétiques continuent la pagination et même les signatures de la pièce (le cahier H compte 4 ff. de Clitandre et 4 ff. des Meslanges) ; ils ne peuvent donc en être détachés.
Le privilège, donné à Paris le 8 mars 1632, est accordé à François Taïga, pour six ans. L'achevé d'imprimer est du 20 mars 1632.
Corneille paraît ici pour la première fois devant le public. Il avait déjà fait représenter Mélite, qui lui avait valu une certaine réputation; mais il aima mieux livrer d'abord à l'impression son Clitandre, pour lequel il semble avoir eu une affection particulière. Il s'était efforcé d'en faire une pièce plus régulière que sa Mélite, et dont le nœud, l'intrigue, tous les incidents et la conclusion pussent tenir dans un espace de vingt-quatre heures. Il voulut aussi l'écrire « dans un style plus élevé », ce qui ne l'empêcha pas de se permettre une de ces licences qui ne seraient guère de mise aujourd'hui sur la dernière de nos scènes comiques. Calliste, fiancée de Rosidor, vient trouver celui-ci dans son lit; <i il est vrai, dit Fontenelle, qu'ils doivent bientôt être mariés. »
Lorsque Corneille eut acquis l'habitude du théâtre, il reconnut que Clitandre était peu digne de lui ; il en fit si bonne justice dans V Examen qu'il y ajouta, qu'on eût dit qu'il se reprochait son ancienne prédilection.
Clitandre dut être joué en 1631. En en plaçant la représentation en 1632, les frères Parfaict nous semblent n'avoir pas pris garde à la date du privilège et de l'achevé d'imprimer. Il est difficile d'ad-
mettre que si, par exemple, la pièce avait été donnée au mois de janvier, le privilège, dont l'obtention demandait certainement d'assez Longues démarches, eût pu être daté des premiers jours de mars. Corneille, d'ailleurs, n'était pas encore assez connu pour que les libraires missent une grande diligence à l'imprimer. Ce qui le prouve bien, c'est que Targa crut nécessaire de grossir quelque peu le volume, avant de le lancer dans le public , circonstance qui vint probablement encore retarder l'impression. En effet, les Meslanges sont précédés de l'avis suivant : « Au Lecteur. Quelques-unes de « ces pièces te desplairont : scache aussi que je ne les justifie pas « toutes, et que je ne les donne qu'à l'importunité du Libraire pour « grossir son Livre. Je ne croy pas cette Tragi-Comedie si mauvaise, « que je me tienne obligé de te recompenser par trois ou quatre « bons Sonnets. »
Les pièces contenues dans le recueil sont :
A monsieur D. L. T.
Enfin eschappé du danger
Où mon sort me voulut plonger...
Ode sur un prompt Amour.
O Dieux! qu'elle sçait bien surprendre...
A Monseigneur le Cardinal de Richelieu. So?inet.
Puisqu'un d'Amboise et vous d'un succez admirable...
Sonnet pour M. D. V. envoyant un Galand à M. L. D. L.
Au point où me réduit la distance des lieux...
Madrigal pour un Masque donnant une boëte de Cerises confites à une Damoiselle.
Allez voir ce jeune Soleil....
Epitapke de Didon. Traduit du Latin d'Ausone.
Misérable Didon, pauvre amante séduite..
Mascarade des Enfants gastez.
L'Officier. Une ambition desreglée....
Récit pour le Ballet du Chasteau de Bissestrc.
Toy dont la course journalière...
Pour monsieur L. C. D. F. représentant un diable au mesme Ballet. Epigramme.
Quand je voy, ma Phillis, ta beauté sans seconde... Stances sur une absence en temps depluye. Depuis qu'un malheureux adieu...
CORNELIENNE
Sonnet.
Apres l'œil do Melite il n'est rien d'admirable... (Ce sonnet avait été récité au théâtre, lors de la représentation de Mélite, mais il était encore inédit en 1632. J
Madrigal.
Je suis blessé profondément. .."
Epigrammes. Traduites du Latin d'Audoenus [Owen].
Jane toute la journée
Dit que le joug d'Hyménée...
Dialogue. Tirsis. Calliste.
Tirsis. Calliste mon plus cher souci...
Chanson.
Cha?}son.
Toy qui prés d'un beau visage Ne veux que feindre l'amour...
Si je perds bien des maistresses ■l'en fais encor plus souvent...
3. La II Vefve || ov le || Traistre || trauy. || Comédie. || A Paris, || Chez François Targa, au -premier || pilier de la grand'Salle du Palais deuant la || Chappelle, au Soleil d'or. || M. DG. XXXIV [1634]. || Auec Priuilege du Roy. In-8 de 20 ff. prélim., sign. â, ê, par 8, ï par i, et 114 pp. imprimées en caract. ital.
Les feuillets prélim. contiennent : 1 titre, 5 pp. pour la dédicace à Madame de la Maison-Fort et 4 pp. pour l'avis Au Lecteur (lequel n'a pas été réimprimé ailleurs). Les 23 pp. suivantes sont occupées par des vers que divers auteurs adressent à Corneille, au sujet de sa pièce. Ces hommages sont au nombre de 26 ; ils sont signés de Scudéry, Mairet, Guérente, I. G. A. E. P. [Jacques Gaillard, avocat en Parlement], de Rotrou, C. B. [Charles Beys], Du Ryer, Bois-Robert, d'Ouville, Claveret, J. Collardeau, L. M. P. [Louis Mauduit, Parisien, auteur du poëme de Narcisse], du Petit Val, Pillastre, de Marbeuf, de Canon, L. N. [Louis Neufgermain, ou L. Nondon, auteur de la tragédie de Cyrus), Burnel, Marcel, Voille. Beaulieu et A. C. [A. Chappelain, ou Adam Campigny, poètes cités en 1633
et 1634]. Il y a parmi ces noms des auteurs connus et des auteurs inconnus. Ces derniers devaient être des Rouennais, amis du poëte, ainsi que M. Taschereau le suppose avec beaucoup de vraisemblance, Il y avait à Rouen, au commencement du dixseptième siècle, deux libraires appelés du Petit-Val : Raphaël et David. L'un et l'autre publièrent un grand nombre de pièces de théâtre Voy. notamment le Catalogue Soleinne, n°s 879, 881, 906 à 911 et 1022. Il s'agit sans doute ici de David, neuf fois couronné par l'Académie des Palinods (1615-1658). Aucun des éditeurs modernes n'a cherché à interpréter les initiales ; nous les expliquons sous toutes réserves, d'après une note que M. P. Lacroix a bien voulu nous communiquer. La Veuve, est, du reste, la seule de ses pièces que Corneille ait eu la faiblesse de faire précéder de stances, sonnets, strophes et madrigaux en son honneur, et il ne manqua pas de les supprimer dans le recueil de 1644 et dans les éditions suivantes. — Le recto du 19e f. est occupé par l'extrait du privilège, accordé à François Targa, pour six ans, par lettres datées du 9 mars 1634. L'achevé d'imprimer qui suit le privilège est du « treisiesme jour de mars mil six cens trente-quatre ». Au verso du 19e f., on trouve le relevé des plus notables fautes survenues à l'impression ; enfin le 20e f. contient au recto Y Argument et, au verso, la liste des Acteurs.
La plupart des éditeurs de Corneille, et M. Taschereau luimême, ont cru que la Veuve n'avait dû être représentée qu'en 1634 ; M. Marty-Laveaux (Œuvres de Corneille, I, p. 373) a démontré, à l'aide de deux passages de la dédicace, que la représentation avait dû avoir lieu plus tôt et que les frères Parfaict avaient eu raison de la placer en 1633. (Hist. du Théâtre François, t. V, p. 43.)
4. La II Galerie || dv Palais, || ov || L'Amie rivalle. || Comédie. || A Paris, \\ Chez Augustin Courbé, Imprimeur & Libraire de || Monseigneur frère du Roy, dans la petite Salle || du Palais, à la Palme ; [ou Chez François Targa, au premier pilier de la grand' \\ Salle du Palais, deuani la Chappelle, || au Soleil d'or]. || M. DG. XXXVII [1637]. || Auec Privilège du Roy. In-4 de 4 ff. et 143 pp.
Collation des feuillets prélim. : titre ; 3 pp. pour la dédicace ; 2 pp. pour le Privilège; 1 p. pour les noms des Acteurs.
Nous trouvons ici le texte entier du privilège accordé à Courbé, pour « trois Comédies ; Sçavoir La Galerie du Palais, ou l'Amie
CORNKLl ENNE.
rirullr, La Place Royallc, ou l'Amoureux Extravagant, et la Suivante ; El une Tragédie-Comédie intitulée, Le Cid, composées par M. Corneille. » Ce privilège esl donné pour une durée de vingt ans, ;i la date «lu 21 janvier 1637, et Courbé déclare y associer François Targa, « suivant le contract passé entr'eux pardevant les Notaires du Cliastelet de Paris». L'achevé d'imprimer est du 20 février 1637.
.M. Murty-Laveaux, à l'exemple des précédents éditeurs de Corneille, a d'abord placé la représentation de la Galerie du Palais en 1034, mais il a remarqué ensuite un passage d'une pièce latine adressée par Corneille à Richelieu, pièce qui a dû être composée en 1G34, et dans laquelle il est question de la Place Royale. Il a fallu avancer d'un an La date généralement admise de cette comédie, et, comme il n'est pas probable que Corneille ait pu donner trois pièces en un an, changer aussi la date de la Galerie du Palais et la reporter à 1633. (Voy. Œuvres de Corneille, éd. Marty-Laveaux, t. X, pp. 7 et 65.)
Corneille assura le succès de sa quatrième comédie en lui donnanl pour scène un lieu connu de tous, cette fameuse Galerie du Palais, où se vendaient ses ouvrages et qui était alors le rendez-vous du inonde élégant. Ses détracteurs lui reprochèrent plus tard avec aigreur cette manière de fixer l'attention du public. Un pamphlet anonyme publié dans la querelle du Cid, la Lettre à *** sous le nom d'Ariste, contient le passage suivant: « Il reste maintenant à parler de ses autres pièces qui peuvent passer pour farces, et dont les tiltres seuls faisoient rire autrefois les plus sages et les plus sérieux. Il a fait voir une Milite, la Galerie du Palais et la Place Royale, ce qui nous faisoit espérer que Mondory annoncei*oit bientost le Cimetière S. Jeun, la Samaritaine et laPlace aux Veaux. » Ce passage est curieux, parce qu'il prouve que toutes les comédies de Corneille furent représentées par Mondory; on l'avait supposé jusqu'ici, mais on n'avait appuyé cette opinion d'aucune preuve.
Une innovation qui mérite d'être rappelée est la suppression de la nourrice traditionnelle, que Corneille avait conservée dans Mélite et dans la Veuve, et qui est remplacée ici par une « suivante ». A la vérité, les suivantes remplirent toujours plus ou moins le rôle joue jadis par les nourrices ; elles ne ressemblèrent en rien aux chambrières du xvi° siècle ou du commencement du xvne. Ces dernières intriguaient toujours pour leur propre compte, tandis que les suivantes n'intriguèrent que pour leur maîtresse.
La Galerie du Palais dut rester en portefeuille pendant quatre ans. Elle ne vit le jour qu'après que le Cid eut mis le sceau à la réputation de Corneille. Elle fut ainsi comprise dans le Privilège accordé au libraire du poëte triomphant, privilège d'une durée plus longue qu'aucun de ceux que nous avons rencontrés à cette époque.
La mention qui termine le privilège, mention que nous trouvons, du reste, en plusieurs autres endroits, devrait inspirer à quelque chercheur l'idée de fouiller les études des notaires de Paris, pour y retrouver les minutes des contrats intervenus entre Courbé,
Targa, Sommaville, de Luyne, Billaine et les autres éditeurs des grands écrivains du xvn<> siècle. Nul doute qu'il ne se soit conservé quelques-uns de ces actes, qui nous révéleraient de piquants détails sur les bénéfices qu'une pièce de Corneille pouvait rapporter aux libraires qui la publiaient.
Les exemplaires avec le nom de Targa sont très-rares. On en conserve un à la Bibliothèque de l'Institut (Q. 150. B).
5. La || Svivante, || Comédie. || A Paris, || Chez Augustin Courbé, Imprimeur || & Libraire de Monseigneur Frère du Roy, dans la || petite Salle du Palais, à la Palme ; [ou Chez François Targa, au premier || Pilier de la grand' Salle du Palais, deuant || la Chappelle, au Soleil d'or]. || M. DG. XXXVII [1637]. || Avec Privilège du Roy. In-i de 5 ff. prélim. et 128 pp.
Les feuillets prélim. contiennent : 1 f. de titre et 3 ff. pour l'épître dédicatoire (sign. â), plus 1 f. non signé, formant encart pour YExtrait du Privilège. Ce dernier texte est extrait du privilège, donné pour vingt ans à Augustin Courbé, à la date du 21 janvier 1637, c'est-à-dire après la représentation du Cid. Courbé déclare y associer François Targa. L'achevé d'imprimer est du 9 septembre 1037.
Lu Suivante dut être représentée en 1634, mais ne fut publiée qu'après le grand succès du Cid. Cette circonstance explique le ton de l'épître qui la précède. Tout en présentant sa pièce au public sous la forme d'une dédicace probablement imaginaire, il vise les ennemis du Cid et défend ses œuvres avec la conscience de son génie. Quant à la Suivante, « elle est d'un genre, dit-il, qui de- « mande plustost un style naïf que pompeux : les fourbes et les « intrigues sont principalement du jeu de la Comédie, les passions « n'y entrent que par accident. Les règles des Anciens sont assez « religieusement observées en celle-cy : il n'y a, qu'une action prince cipale à qui toutes les autres aboutissent, son lieu n'a point plus « d'estendue que celle du Théâtre, et le temps n'en est point plus « long que celuy de la représentation, si vous en exceptez l'heure « du disner qui se passe entre le premier et le second Acte. La « liaison mesme des Scènes, qui n*est qu'un embellissement, et « non pas un précepte, y est gardée ; et si vous prenez lu peine de « conter les vers, vous n'en trouverez pas en un acte plus qu'en « l'autre. [Il y a 340 vers dans chaque acte.] Ce n'est pas que je me « sois assujetty depuis aux mesmes rigueurs : j'ayme à suivre les « règles, mais, loin de me rendre leuresclave, je les élargis etreserre
CORNELIENNE.
« selon le besoin qu'en a mon sujet, et je romps mesme sans scruh pule oelle qui regarde la durée de l'action, quand sa sévérité me » semble absolument incompatible avec les beautez des evenemens
« que je décris. »
). La Place || Royalle, || ov || l'Amovrevx || Extravagant. || Comédie. || A Paris, || Chez Augustin Courue, Imprimeur & Libraire de \\ Monseigneur frère du Jioy, dans la petite Sale [sic] du Palais, à la Palme ; [ou Chez François Targa au premier piflier de la \\ grand'Salle du Palais, deuant la Chapelle, || au Soleil d'or}. || M. DG. XXXY1I [1637]. || Auec Privilège du Roy. In-i de i ff. prélim. et 112 pp.
Collation des feuillets prélim. : 1 f. de titre ; 2 ff. pour la dédicace à Monsieur *** et 1 f. pour le Privilège.
L'extrait, du privilège est le même que celui de la Suivante. Il y a de même partage amiable entre Courbé et Targa. L'achevé d'imprimer est du 20 février 1637.
Nous avons déjà parlé, à propos de la Galerie du Palais, de la pièce latine adressée pnr Corneille au cardinal de Richelieu, en l'année 1634, pièce qui contient une allusion à la Place Royale (voy. Marty-Laveaux, Œuvres de Corneille, t. X, pp. 64-72, et, en particulier, les vers 29 et 30 du poème latin). Il convient donc de placer en 1634 la représentation de cette comédie, que l'on considère généralement comme ayant eu lieu en 1635.
Corneille, en prenant pour titre de sa pièce le nom de la Place où se reunissait alors le beau monde, voulut exploiter le succès qu'il avait obtenu avec la Galerie du Palais. Il parait que Claveret avait déjà fait choix du même titre pour un de ses ouvrages, et, dans sa lettre « au soy-disant auteur du Cid », il accuse Corneille de plagiat. « Il faudrait, dit M. Taschereau, avoir la bosse du vol bien prononcée pour se laisser aller à dérober quoi que ce fût à Claveret. » (Hist. de Corneille, 2c éd., p. 34.)
Le principal personnage de la Place Royale, Alidor, parle des femmes, en termes peu ménagés, et, s'il faut en croire l'édition de Corneille, publiée en 1747, plusieurs spectatrices se plaignirent de ce que leur sexe était aussi peu ménagé par le poète ; aussi, l'épître dédicatoire à M. *** contient-elle une longue justification d' Alidor, dont l'auteur déclare ne point partager les sentiments.
La Bibliothèque nationale possède un exemplaire au nom de Courbé, et la Bibliothèque de l'Institut un exemplaire au nom de Targa.
7. MfiDEE II Tragédie. || A Paris, \\ Chez François Tarya, au || premier pillier de la grand" Salle du Palais, || deuant la Chapelle, au Solier [sic] d'or. || M. DG. XXXIX [4639]. || Auec Priuilege du Roy. In-4 de 4 ff. et 95 pp.
Les feuillets prélim. contiennent : 1 titre ; 2 lï. pour la dédicace à Monsieur P. T. N. G. et 1 f. pour Y Extrait du Privilège et les noms des Acteurs.
Le privilège, daté du 11 février 1639, est accordé à François Targa, pour sept ans. L'achevé d'imprimer est du 16 mars 1639.
Médée dut être représentée dans les premiers mois de l'année 1635, mais ne fut imprimée que deux ans après le Cid, en même temps que V Illusion comique. Corneille, obligé de répondre aux attaques furieuses de ses ennemis, ne se pressa point de donner un nouvel aliment à leurs critiques, en faisant imprimer les deux pièces qui n'avaient pas été comprises dans le privilège du Cid. Après avoir obtenu ce privilège pour vingt ans, son libraire n'obtint que sept ans pour Médée et l'Illusion comique. On dirait ainsi que les injures des Mairet et des Claveret produisirent impression sur les Conseils du roi.
Jusqu'ici Corneille n'est connu que comme poète comique ; il se révèle maintenant comme poète tragique, en faisant choix d'un sujet déjà traité par Euripide et par Sénèque. Il y a de beaux vers dans sa Médée, et, malgré des faiblesses et des longueurs, on y sent déjà l'auteur du Cid. Cette première tragédie n'eut pourtant pas de succès, et l'indifférence du public peut expliquer qu'elle n'ait vu le jour qu'après le Cid. La troupe de Molière, qui avait repris la pièce donnée au théâtre de l'Hôtel de Bourgogne, plus de vingtcinq ans auparavant, ne l'en conserva pas moins au répertoire,, mais ne la joua jamais seule. Le Registre de Lagrange en mentionne 13 représentations, de 1665 à 1677. Le 2 octobre 1665, elle fut donnée avec Y Alexandre de Racine ; le 7 et le 9 novembre 1666, elle reparut avec le Menteur, etc.
M. Marty-Laveaux dit que la Médée de Longepierre, représentée en 1694, fit oublier celle de Corneille, ce qui n'est pas absolument exact. Longepierre s'était plue ou moins inspiré de son devancier et, loin de s'appliquer à éviter ses défauts, les avait encore exagérés. Il est vrai que sa Médée resta au théâtre pendant tout le cours du xvme siècle, « parce que le rôle principal, ainsi que le remarque M. Taschereau, offrait l'occasion de briller à une actrice impo- Bante »; mnis la. pièce de Corneille ne fut pas entièrement oubliée.
CORNELIENNE.
Un curieux travail placé à la fin de l'édition de Racine, publiée par M. Ménard, nous apprend qu'elle fut reprise en 1763. Quelques scènes en ont été représentées au Théâtre-Français dans ces dernières années, notamment en 1871, et les spectateurs ont témoigné leur intérêt pour l'œuvre de Corneille.
Vendu : 170 fr. vél., Huillard, 1870 (n° S89).
S. L'Illvsion y comiqve || Comédie. || A Paris, || Chez François Targa, au || premier pillier de la grand* Salle du Palais, || deuant la Chapelle, au Soleil d'or. || M. DC. XXXIX [1639]. || Auec Priuilege du Roy. In-4 de 4 ff. et 124 pp.
Les feuillets prélim. contiennent : 1 f. de titre ; 3 pp. pour la dédicace à Madamoiselle M. F. D. R.; 1 p. pour l'errata, et 1 f. pour ['Extrait du Privilège et les noms des Acteurs.
Le privilège est accordé à François Targa. à la date du 11 février 1639, pour une durée de sept ans. L'achevé d'imprimer est du 16 mars 1639, comme celui de Médëe, imprimée en vertu du même privilège.
« Si Médée, qui fait honneur au jeune talent de Corneille, fut froidement accueillie, dit M. Taschereau, une composition extravagante, que les admirateurs de son génie voudraient pouvoir rayer du catalogue de ses pièces, fut peu après reçue avec enthousiasme : nous voulons parler de l'Illusion, représentée en 1636. Il la déclare lui-même un monstre étrange, et ce jugement n'est que juste. Toutefois, on peut s'expliquer, par le mouvement qu'elle présente, par une grande supériorité de style sur tous les précédents ouvrages du môme auteur, et par la nouveauté du personnage de Matamore, imité du Miles gloriosus de Plaute et du Capitan du théâtre espagnol, l'avantage qu'elle eut de se maintenir pendant plus de trente ans à la scène. »
Malgré ce jugement sévère, M. Taschereau lui-même cite un fort beau passage de l'Illusion (c'est le titre que porta la pièce à partir de 1660), le passage où Corneille prend à tâche de relever la profession de comédien, comme s'il ne voulait pas qu'on pût confondre un jour les interprètes du Cid avec les saltimbanques ou les faiseurs de parade. M. Marty-Laveaux cite d"autres vers, placés dans la bouche de Matamore, mais qui ne sont pas empreints de l'exage-
ration comique propre à ce personnage ; on les dirait empruntés au récit de Rodrigue dans le Cid. Ajoutons que certains vers de V Illusion sont dans toutes les mémoires, ceux-ci par exemple :
Ainsi de nostre espoir la Fortune se joue ; Tout s'esleve ou s'abaisse au bransle de sa roue, Et son ordre inégal qui régit l'Univers Au milieu du bonheur a ses plus grands revers.
(Acte V, scène vi, de l'édition originale.)
Il ne s'agit pas ici de défendre le sujet de Y Illusion, ni d'y chercher, à l'exemple de M. Aimé-Martin, l'histoire de Corneille et de Mondory ; mais nous pouvons nous étonner du mépris avec lequel M. Taschereau parle du rôle de Matamore. Ce personnage pouvait ne pas être goûté en 1829, mais il est étrange que M. Taschereau ne l'ait pas traité avec plus d'indulgence en 1855, dans sa seconde édition. Lors de la timide reprise de Vlllusicm comique, faite par M. Edouard Thierry, en 1861 et en 1862, pour l'anniversaire de la naissance de Corneille, l'artiste de talent chargé d'interpréter le rôle de Matamore a su montrer que, pour ne pas appartenir au genre élevé, la figure du spadassin gascon n'est pas moins d'un effet véritablement comique. Corneille, plus encore que Mareschal ou que Scarron, a fait passer en proverbe le nom de Matamore, sous lequel fut longtemps connu l'acteur Bellemore.
!>. Le Cm || Tragi-Comedie. || A Paris, || Chez Augustin Courbé, Im- || primeur & Libraire de Monseigneur \\ frère du Roy, dans la petite Salle du || Palais, à la Palme; [ou Chez François Targa, \\ au premier pillier de la grand' Salle du Palais, \\deuant la Chapelle, au Soleil d'or]. ||M. DG. XXXVII [1637]. || Auec Priuilege du Roy. In-4 de i ff. et 128 pp.
Collation des feuillets prélim. : titre ; 2 ff. pour la dédicace à Madame de Combalet ; 1 f. pour Y Extrait du Privilège et les noms des Acteurs.
Le privilège, accordé à Courbé pour le Cid, en même temps que pour la Galerie du Valois, la Place Hoyallc et ta Suivante (voy. cidessus), est daté du 21 janvier 1637 et garantit les droits de l'éditeur pendant vingt ans. Courbé déclare y associer Fr. Targa, « suivant le contract passé entr'eux pardevant les Notaires du Chastelet de Paris ». L'achevé d'imprimer est du 23 mars 1637.
CORNELIENNE.
Dans certains exemplaires, dans un notamment qui fait partie de la collection Cousin, L'adresse du libraire Courbé esl ainsi disposée: .1 Paru, || Chez Augustin Courbé, \\ Imprimeur S Libraire de Monseigneur j| frère du Roy, dans la petite Salle || du Palais, à la Palme. L'Achevé d'imprimer; est, non plus du23mars, mais du 24 mais L637.
La 3e stance récitée par Rodrigue à la lin du premier acte est ainsi conçue, dans les exemplaires de la première catégorie :
Père, maistrosse, honneur, amour, Illustre tyrannie, adorable contrainte, Par qui do ma raison la lumière est esteinte, A mon aveuglement rendez un peu de jour.
Les autres exemplaires, avec l'achevé d'imprimer du 24 mars, portent :
Père, maistresse, honneur, amour, Noble et dure contrainte, aymable tyrannie, Tous mes plaisirs sont morts ou ma gloire est ternie ; L'un me rend mal-heureux, l'autre indigne du jour.
On trouve, dans les éditions in-12 citées ci-après, une troisième leçon très-différente.
Corneille avait déjà composé la tragédie de Médée, quand il emprunta aux auteurs espagnols le sujet du Cid. Ce fut, dit-on, à l'instigation de l'évêque de Chalon qu'il abandonna le théâtre de Sénèque pour suivre les traces de Guillen de Castro. Les Mocedades del Cid et les diverses romances du Cid donnèrent naissance aune tragédie qui excita, dès qu'elle parut, l'admiration universelle. Voltaire a cru découvrir, en 1764, que la pièce de Corneille avait été presque mot à mot traduite d'une pièce de Diamante, intitulée : El Honrador de supadre, mais il a été démontré depuis que Diamante n'avait fait que traduire la tragédie française vingt ans plus tard.
Si l'on en croit les frères Parfaict (Histoire du Théâtre François, t. VI, p. 92), le Cid fut représenté vers la fin de novembre 1636. Il fut joué par Mondoryet sa troupe, et les acteurs montrèrent tant de talent, que les adversaires du Cid leur attribuèrent tout le succès de la nouvelle tragédie.
« Il est malaisé, dit Pellisson (Relation concernant l'histoire de V Académie française, 1633, in-8, pp. 188 sq.), il est malaisé de s'imaginer avec quelle approbation cette pièce fut reçue de la cour et du public. On ne se pouvoit lasser de la voir, on n'entendoit autre chose dans les compagnies, chacun en sçavoit quelque partie par cœur, on la faisoit apprendre aux enfants, et en plusieurs endroits de la France il estoit passé en proverbe de dire : Cela est beau comme le Cid. »
L'immense supériorité du Cid sur toutes les productions dramatiques qui l'avaient précédé excita la jalousie de tous les auteurs
qui tenaient alors le premier rang dans l'estime publique. Les Mairet, les Claveret, les Scudéry, ces anciens amis de Corneille, se déchaînèrent contre lui avec une véritable fureur. Ils entassèrent libelle sur libelle, injure sur injure, sans parvenir à ternir la gloire du poète, qui leur répondit en homme qui a la conscience de sa force et de son génie. Il eut pour lui le public et une puissante protectrice, Anne d'Autriche, qui vit avec bonheur sur la scène les héros de sa chère Espagne. La reine paralysa quelque peu les mauvaises dispositions de Richelieu, qui, dans sa jalousie contre le Cid, prenait plaisir à le voir jouer par des laquais et des marmitons. C'est très-vraisemblablement à son influence que Pierre Corneille le père dut les lettres de noblesse qu'il reçut en janvier 1637. Mmo de Combalet, à qui fut dédiée l'édition originale du Cid, s'intéressa très-chaudement à l'auteur. C'était la nièce et, si l'on doit ajouter foi aux récits souvent suspects de Guy-Patin et de Tallemant des Réaux, plus que la nièce du cardinal. Son intervention eut pu calmer les jalousies excitées contre Corneille, s'il ne les avait imprudemment réveillées en faisant paraître son Excuse à Ariste.
Nous n'avons pas à étudier ni même à énumérer ici les pièces publiées dans la célèbre querelle du Cid; elles seront décrites ci-après dans notre, chapitre XIX. Nous voulons seulement ajouter quelques mots sur les acteurs qui jouèrent à l'origine les rôles de la tragédie. M. Marty-Laveaux a fait à ce sujet de très-intéressantes recherches, dont nous pouvons profiter à notre tour. Mondory représenta Rodrigue pendant quelque temps, mais il fut frappé d'une attaque d'apoplexie qui lui enleva la parole. Mlic Villiers joua Chimène, ainsi que nous l'apprend Scudéry dans sa Lettre à l'Académie, p. 5. D'après M. Aimé-Martin, qui ne cite, il est vrai, aucun texte à l'appui de son dire, le personnage de don Diègue aurait été créé par (TOrgemont; ce qui est certain, c'est qu'il fut rempli ensuite par Le Baron, qui mourut en 1655. Le rôle de l'Infante, si souvent et si justement critiqué, fut joué par Mlla Beauchâteau et ne fut sans doute composé que pour elle. « Dona Urraque, dit Scudéry dans ses Observations sur le Cid, n'y est que pour faire jouer la Beauchâteau. » Corneille fait Lui-même cet aveu, dans son Discours du poëme dramatique, quand il dit : « Aristote blasme « fort les Episodes détachez, et dit que les mauvais Poètes en font « par ignorance, et les bons en faveur des Comédiens, pour leur « donner de l'employ. L'Infante du Cid est de ce nombre, et on « la pourra condamner ou luy faire grâce par ce texte d'Aris- « tote, suivant le rang qu'on voudra me donner parmy nos mou dernes. »
Un manuscrit conservé à la Bibliothèque nationale (Msc. fr., n° 2509, ancien fonds de Versailles n° 237) nous donne une liste complète des acteurs qui jouaient le Cid, à l'époque de la mort de Corneille. Ce manuscrit intitulé : Répertoire des Comediet françoise8 qui se peuvent jouer eu 1685, a été exécuté pour le Dau-
phin, dont la reliure porte les armes. Il contient la distribution complète de 73 pièces des deux Corneille, de Rotrou, de Du Ryer, Molière, Racine, etc., plus une liste de 28 « petites comédies », sans l'indication des acteurs. Ces pièces formaient le répertoire courant des comédiens du roi au commencement de l'année 1G85 (il est probable que le manuscrit fut exécuté avant l'époque du carnaval).
Voici la distribution du Cid :
DAMOISELLES
Chimene :
Cfianmeslé.
Elvire :
Guiot.
L'Infante :
le Comte.
Leonor :
Poisson.
HOMMES
Rodrigue :
Baron.
]). Diegue :
Chanmeslé, ou Guerin.
Le Roy :
le Comte, ou lu Tuillerie.
D. Sanche
: de Villiers, ou la TorUliere.
D. Arias :
Hubert.
D. Alonze :
Beauval.
Le Comte :
La Tuillerie,
En 172«S,un anonyme, que l'un a cru être Jean-Baptiste Rousseau, publia une édition remaniée du Cid, dans laquelle il avait supprimé le rôle de l'Infante, celui de Léonor et celui du page (voy. ci-après chap. XIV). Cette suppression fut dès lors admise au Théâtre-Français, où l'on s'avisa plus tard de retrancher la première scène entre Elvire et Chimène, et de commencer la pièce par la scène IIIe de l'original :
Enfin vous l'emportez, et la faveur du Roy
Vous esleve en un rang qui n'estoit deub qu'à moy.
En 1737 et en 1741, on tenta de remettre le Cid au théâtre, dans son intégrité; le l«»juin 180G, Napoléon le fit jouer à Saint- Cloud, par Monvel (don Diègue), Talma (Rodrigue), M"8 Duchesnois (Chimène), Lafon (le Roi), Mllc Georges (l'Infante) ; mais, malgré une distribution aussi extraordinairement favorable, l'épreuve ne réussit pas. Le 22 janvier 1842, la première scène fut jouée dans son intégrité, pour une représentation de Mlle Rachel, mais ce n'est que le 4 octobre 1872 que la pièce a été jouée sans coupure, sur le Théâtre-Français, pour la première fois depuis plus d'un
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siècle. Les débuts de M. Moimet-Sully et de j\i;ic Housseil ont été l'occasion de cette restitution.
Le Cid, ainsi que nous l'apprend Corneille dans sa Lettre apologétique, fut représenté trois fois au Louvre et deux fois à l'hôtel de Richelieu. Le Registre deLagrange mentionne quatre représentations en 1G59 et deux en 1679. A partir de cette époque, nous pouvons, en nous aidant du curieux travail de M. Despois (Œuvres de Racine, éd. Mesnard, t. VIII, pp. G08 sqq.), dresser un tableau des représentations du Cid, données par les Comédiens du Théâtre-Français, de 1680 à février 1875 :
^ ./.nn - i-ri» ( à la ville : 219 ) 0,„
Del680al71;} ! àlacour: 23 j 242
Règne de Louis XV (1715-1774) j J^jjjjj! ^ j 190
Règne de Louis XVI (1774-1789) j * jj jjjjj; k\ j 55
Révolution (1789-1793) 17
Directoire, Consulat, Empire (1799-1814). j Jjjjjjj' 19J j 190
Restauration (1814-1830) | à la ville : | 86
Règne de Louis-Philippe (1830-1848) | à la ville : | 75
Seconde République (1848-1851) 9
Second Empire (1851-1870) | à la ville : | 30
République (1870 à février 1875) 33
Ensemble 933
L'édition in-4 du Cid est peu commune, et les beaux exemplaires en sont fort rares ; nous en avons vu à la Bibliothèque nationale, à la Bibliothèque de l'Institut et à la Bibliothèque Cousin. La Bibliothèque publique de Niort en possède un dans sa première reliure, qui a appartenu à Marie de la Tour, duchesse de la Trémoille, dont la marque est collée sur l'une des gardes. Le même volume contient la Galerie du Palais et la Place Royedle. Le libraire Targa avait sans doute reçu un beaucoup moins grand nombre d'exemplaires que son confrère Courbé; aussi, les exemplaires qui portent son nom sont-ils particulièrement rares. Nous en avons trouvé un dans la Bibliothèque municipale de Versailles, avec l'achevé d'imprimer du 24 mars.
CORNELIENNE.