De Looghenaar , Blyspel
Lodewyk Meyers Tooneelpoëzy; t' Amsterdam, by Jacob Lescaille, 1658, in-1.
Traduction en vers du Menteur, par Louis Meyer, poète assez estimé du xviic siècle. Elle est précédée d'une épître dédicatoire dont voici la traduction :
« A Madame, Madame Anne de Hoorn, épouse du noble et très-vénérable seigneur Messire Corneille de Hooswyck, seigneur de Hooswyck, Diemerbrock et Papekop, Bourgmestre et Conseiller de la ville d'Amsterdam.
« Madame, un étranger ose se jeter à vos pieds pour implorer votre protection, tout indigne qu'il se reconnaisse d'obtenir cette haute faveur. C'est un Menteur, né en Espagne, et qui, ayant traversé la France, a l'intention de voir aussi les Pays-Bas. A son arrivée à Paris, il a été accueilli si favorablement que, non-seulement il n'a pas regretté d'avoir quitté sa patrie et d'avoir appris une langue autre que la sienne propre, mais que l'audace lui est venue de s'embarquer pour la Hollande, où, tout en parlant français, il a su charmer tous les gens de goût par son esprit ; ce succès lui a donné le courage de plier sa langue à parler aussi notre idiome. Il y a près de six ans qu'il l'a appris par mes soins, et l'expérience lui ayant démontré que lors de sa venue en France il avait bien fait d'échanger ses mœurs et son nom espagnols contre ceux de la France, il a suivi le conseil que je lui ai donné d'élire domicile à la Haye, de prendre un nom hollandais et de conformer sa façon de parler et d'agir à celle qui est en vogue chez nous, afin d'être par là mieux reçu de nos concitoyens. Et maintenant, sur le point de quitter le foyer de son précepteur, il n'ose se hasarder en plein air, s'il ne lui est permis de s'abriter sous les ailes de Votre Seigneurie, laquelle, connaissant à fond la langue française, saura saisir le sens de ses paroles, lorsque, par ci, par là, il lui échappera quelque solécisme. Le jugement sagace de Votre Seigneurie, qui mesure aux bonnes choses les éloges qui leur sont dus et qui ne se laisse point séduire par les mauvaises, toutes fardées qu'elles soient, saura discerner les endroits où il s'écarte de l'esprit et de la gentillesse française et ceux où il a su en approcher. Et quoiqu'il tire son plus grand lustre d'un vice haï de tout le monde et qui le rend indigne de toute faveur, il s'est pourtant mis dans la tête qu'il suffisait de s'orner de l'éclat de votre nom pour obtenir l'estime des Hollandais. Quant à moi, tout en reconnaissant la témérité d'une conduite aussi arrogante, je ne regrette pas de la lui avoir inspirée. Si votre bienveillance pour les Muses et pour ceux qui les cultivent daigne consentir à lui offrir l'asile qu'il réclame, il ne saurait s'y réfugier qu'en présentant en même temps à Votre Seigneurie l'hommage de mon profond respect, et qu'en me fournissant l'occasion de remercier Votre Seigneurie des nombreuses faveurs qu'elle accorde à nos Muses scéniques en leur faisant l'honneur de sa présence, et de lui témoigner la vive reconnaissance que je ressens pour les bontés dont Elle m'a comblé, et dont jamais la mémoire ne périra dans mon cœur. J'aurais bien aimé témoigner ma gratitude en offrant à Votre Seigneurie un sujet noble auquel ma Muse espère donner le jour; mais, comme son fruit n'est point encore à terme, et que je me flatte que l'œuvre à laquelle deux esprits aussi éminents que Lopez de Vega et Corneille ont travaillé, n'aura pas été tout à fait gâtée par la traduction, je n'ai pas voulu attendre plus longtemps pour vous faire connaître l'ardeur de mon cœur reconnaissant, espérant que
CORNELIENNE.
Votre Seigneurie daignera jeter un regard de bonté sur ce que je me permets de lui offrir, et me permettra de me nommer, a Madame,
« de Votre Seigneurie, « le très-humble, très-obligé et très-dévoué serviteur, « L. Meyer.
« Anne de Hoorn appartenait à une famille patricienne d'Amsterdam, qui compte encore aujourd'hui plusieurs rejetons. C'était une femme d'un haut mérite, très-versée dans les littératures nationale et étrangère. Elle protégeait les gens de lettres, surtout Vondel, qui, dans des temps malheureux, fut tiré par elle de l'indigence.
« La dédicace est suivie d'un couplet adressé aux Lecteurs, et dont voici le sens :
« Tout homme qui aime à entendre mentir avec esprit et tromper père, maîtresses, amis et valets, doit faire connaissance avec ce Menteur-ci; mais qu'il se garde d'en suivre l'exemple, à moins qu'il ne soit certain d'être né sous la même planète. » V. L.
972. De Loogenaar, Blyspel. De lastste druk. T Amsterdam, by de Erfgenamen van J. Lescailje en D. Rank, 1721. Pet. in-8.
« Édition revue et corrigée, dans laquelle tous les personnages portent d'autres noms que dans la première édition. Il est presque certain qu'elle avait été précédée d'une autre édition séparée ; mais nous n'avons pu la découvrir.
« L'épltre dédicatoire nous a déjà appris que le traducteur a transporté la scène de Paris à la Haye, et en généra! il a adapté avec assez de bonheur les situations et le dialogue au nouveau cadre qu'il a choisi. Les vers de Meyer, sans être des meilleurs, coulent avec assez de facilité, et, si la traduction n'est pas assez bonne pour satisfaire le lecteur qui connaît l'original, elle n'est pas assez mauvaise pour nuire à l'effet que la pièce a pu produire sur la scène.
« Après l'inauguration du nouveau théâtre d'Amsterdam, en 1774, le Menteur ne parut plus sur l'affiche. » V. L.
Les vers de Huygens, dont nous avons parlé ci-dessus, attestent en même temps que cette traduction le succès que le Menteur eut en Hollande. Voy. le n° 318.
973. Rodogune, Prinsesse der Parthen. Uit het Fransch van den Heer Corneille. Te Amsterdam, by Aart Dirksz Oossaan, Boekverkooper op den Dam, op de hoek van de Beurs-straat, 1687. Met Privilégie. In-12 de 4 ff. prél. et 80 pp.
Traduction en vers par François Ryk.
« Le titre est orné du fleuron de la Société littéraire In Magnis voluisse sat est (voy. le n° 966).
«< La tragédie est précédée d'une épître dédicatoire et du texte du privilège accordé à la Société le 16 octobre 1687. Voici la traduction de l'épltre
« A Madame Jacoba Victoria Bartolotti Van den Heuvel, épouse du trèshonorable seigneur Koonraad Van Beuringen, ancien bourgmestre et conseiller de la ville d'Amsterdam.
« Madame, parmi les pièces de théâtre composées par le sieur Corneille, cet excellent auteur français, celle de Rodogune, Princesse des Parthes, n'est pas considérée par lui comme la moins bonne, soit par rapport aux incidents qui en forment le nœud, soit par rapport au tumulte des passions qui y sont développées. L'amour, l'ambition, la soif de la vengeance, l'affection inaltérable que se portent deux frères rivaux, jointe à une tendresse respectueuse pour une mère dénaturée, s'y montrent tour à tour, et sont propres non-seulement à exciter une attention soutenue chez le spectateur, mais à faire vibrer les cordes les plus sensibles de son âme ; et c'est surtout à émouvoir que, suivant les connaisseurs, doit tendre la tragédie. On voit ici le crime puni de sa propre main, tandis que l'amour et la vertu, après avoir couru les plus grands dangers, finissent par triompher.
« La Muse française prend plaisir ici à marier aux cyprès funèbres le myrte cher aux amants, et toutes ces raisons, jointes à la majesté et à l'excellence du style dans lequel la pièce est écrite, ont engagé notre Société à l'offrir au théâtre dans notre langue.
« Comme Votre Seigneurie, depuis sa plus tendre jeunesse, a montré un goût singulier pour la poésie et le beau langage, nous avons osé lui dédier cette traduction, dans l'espoir que, dans sa bonté, elle ne la dédaignerait pas, mais voudrait bien l'accepter avec l'hommage respectueux de ceux qui se tiendront éternellement obligés à Votre Seigneurie, et se disent, ■ Madame.
« de Votre Seigneurie,
« les très-humbles serviteurs.
« Sous la devise :
« In Magnis voluisse sat est. »
«Prans ou François Rijk était un des membres les plus zélés de la Société In Magnis voluisse. Il traduisit différentes pièces de Corneille, de Racine et d'autres poëtes français. Quoique, parmi les traductions qu'il a faites, celle de Rodogune ne soit pas la meilleure, la pièce obtint cependant beaucoup de succès au théâtre, et ce fut surtout lorsque, dans les dernières années du xvme siècle et dans les premières du xixe, Mme Wattier fut chargée du rôle de Cléopâtre, que le public s'y porta avec enthousiasme. Après la retraite de cette tragédienne, la pièce disparut du répertoire.
« Koenraad ou Conrad Van Beuningen, mari de Jacqueline- Victoire Bartolotti Van Heuvel, avait été le bras droit du Grand Pensionnaire de Witt, et chargé par lui des négociations les plus délicates aux cours de Danemark, de France et d'Angleterre. Après la mort de de Witt, il continua de servir l'État dans divers postes éminents, jusqu'au jour où des symptômes d'aliénation mentale se découvrirent chez lui et forcèrent les magistrats à confier à sa femme la gestion de ses biens. Il mourut en 1693. Mœe Van Beuningen, durant le séjour qu'elle fit à Paris de 1660 à 1666, avait probablement appris à connaître et à apprécier les pièces de Corneille, et ce fut cette circonstance surtout qui engagea la Société In Magnis voluisse à lui dédier la traduction de Rodogune. » V. L.
Sur Mm' Wattier, Van Lennep ajoute la note suivante : « Mmt Wattier, connue également sous le nom de Ziesenis , qui était celui de l'architecte distingué qu'elle avait épousé, débuta en 1780 au théâtre d'Amsterdam comme jeune première, dans la tragédie, la comédie et l'opéra-
comique. Le 11 novembre 1793, elle remplaça la première tragédienne dans le rôle de Cléopâtre et obtint un immense succès. Sa réputation, depuis ce temps, ne fit que grandir, et ceux qui l'ont connue s'accordent à dire que, si dans son art elle a pu avoir des rivales, aucune d'elles ne l'a surpassée. Elle unissait à un port majestueux une beauté antique, des yeux étincelants de passion, une voix également propre à charmer et à faire frémir <\f. terreur ceux qui l'écoutaient. Un vieil amateur nous racontait un jour qu'il avait joué dans Rodof/une avec Mmo Wattier sur un théâtre de société. « Lorsque, » nous disait-il, « elle nous adressait ces mots : Mes enfants, pre- ■< nez place, c'était bien le diable si vous aviez pu rester debout. » Napoléon, l'ayant vu jouer, la nomma sur-le-champ sociétaire de la Comédie française, titre qu'elle conserva jusqu'à la fin de 1818. Invitée par l'impératrice Joséphine à la Malmaison, elle y joua, avec Talma, deux scènes àVIamlet, lui en français, elle en hollandais. »
974. Rodogune, Prinsesse der Parthen. Uit het Fransch van den Heer Corneille. Te Amsteldam, by de Erven van J. Lescailje en Dirk Rank, op de Beurssluis, 1721. Met Privilégie. Pet. in-8 de 4 ff. et 80 pp.
Cette édition est absolument calquée sur la précédente. Le titre porte le même fleuron que le n° 936.
975. Rodogune, Prinsesse der Parthen. Uit het Fransch van den Heer Corneille. Te Amsteldam, by Izaak Duim, Boekdmkker en Boekverkooper,bezuiden het Stadhnis, 1744. Met Privilégie. Pet. in-8 de 4 ff. et 80 pp.
Troisième édition, restée inconnue à Van Lennep. La Bibliothèque nationale en possède un exemplaire.
970. Théodore, Maegt en Martelares, Treurspel. Uit het Fransch van den Heere P. Corneille. Labor excitât artem. Te Rotterdam, by Joh. van Doesburg, Boekverkooper, 1715. Pet. in-8 de 7 ff., 82 pp. et 1 f. blanc.
Traduction en vers par le libraire Jean Van Doesburg; on la dit fort recommandable.
Les feuillets préliminaires comprennent un très-médiocre frontispice gravé par Blcyswyk (frontispice qui est gravé sur un feuillet séparé) ; le titre imprimé ; 2 ff. pour une dédicace en vers à « Dominique Roosmale, ancien échevin de la Schielande, amateur de la poésie, » dédicace signée : Joh. Van Doesburg; 3 ff. pour un Avis au lecteur et les noms des personnages.
« Le traducteur avoue dans sa préface que la tragédie de Théodore n'a pas réussi à Paris, mais il attribue 'le peu de succès de cette pièce moins à son manque de mérite qu'à la prudence excessive des spectateurs français, et cite à l'appui de ce qu'il avance l'opinion que l'abbé d'Aubignac a émise sur cette même tragédie.