V. 49. Donc sachiez bien de vérité
Que li dons sont de charité
Que li bons quens Phelippe donne,
Conques nullui n*en arresonne
Fors son franc cuer débonnère,
Qui li loe et commande à fere.
SS. Ne vaut il miex que ne valut
Alixandre qui ne chalut
De charité ne de nul bien.
011, n'en dotez Jà de rien.
Dont aura bien sauvé sa paînne 60. Crestieus qui entant et painne
Par le commandement le Conte
A commencier le meilleur conte
Qui soit contés en court royal ;
Ce est li livres du Graal
Boni li Quens li bailla le livre; v. 66. S*orrez comment il se délivre.
Ce prologue diffère de celui du manuscrit de Mons. L'un est l'introduction générale d'une œuvre de longue haleine; celui-ci n'est qu'un simple début qui devait être répété avant chaque lecture faite à la cour d'un fragment du poëme : ^ c'est le prologue de V acteur y comme le qualifie
(4) Variante : Ne saiche ta senestre
Li bien quant le fera ta destre 791.
— astres-bien un traducteur en prose du xv« siècle. Tous les deux sont-ils de Cbrestien? Ce point serait difficile à décider. La netteté de style des maximes du début du prologue annonce bien le poëte. Si nous avions à nous prononcer, nous publierions l'un et l'autre texte, en donnant à ce dernier son vrai titre : Prologue de l'acteur.
Les huit derniers vers sont les mêmes dans les deux prologues. Mais il semble y avoir dans le plus court une soudure qui pourrait faire supposer que la comparaison de Philippe d'Alsace avec Alexandre a été lyoutée après coup ; c'est le vers : Oïl, n'en dotez jd de rien, qui remplace la transition si nette : Or contera Creetiens ci, etc.
Début. Aussitôt après le prologue, le poëme commence par ces vers :
Ce fa aa temps qu'arbres florissent, Feuillent boscage, pré verdissent.
Ces vers sont les premiers du second chapitre du manuscrit de Mons, v. 1285, p. 15, 2e coL
Il manque donc ici tout un premier chapitre, qui nous semble indispensable. En effet, le manuscrit de Paris commence ainsi : c Ce fut au printemps que le fils de la veuve dame alla chasser dans la forêt du sud. > Cette phrase, dont la forme même indique une transition, fait tout naturellement suite au récit précédent qui annonce le départ dePerceval pour la chasse; mais est-elle possible comme début du roman? — Qu'est-ce en outre que le fils de la veuve ? Le chapitre précédent a donné une signification terrible à cette appella-
tion qui résume tout un récit de malheurs. — Qu'est-ce que cette forêt souiaine? Le premier chapitre Ta dit aussi. — ^Mais si ce chapitre manque, que penser d'un tel début?
Le récit continue de même, en s'appuyant à chaque pas sur le chapitre précédent. Ainsi, Percerai entend un bruit d'hommes armés, sans voir les chevaliers, et il se dit : Ma mère avait raison, en me disant que ce sont des diables. — Où sa mère lui a-t-elle dit cela? si ce n'est dans le premier chapitre.
Cette rencontre des chevaliers offre le premier développement, la première révélation du caractère de l'enfant. Perceval ajoute aussitôt : c Mais je ne me signerai, ni ne fuirai; je les recevrai à coups de javelots. >
Ce qui donne une grande force à ce trait de caractère, c'est que dans le chapitre précédent, l'enfant a cru sa mère et lui a promis sincèrement de lui obéir, de se signer et de s'enfuir à l'approche de cette sorte de démons couverts de fer ; mais, en face du danger, le dernier rejeton d'une noble famille se sent de la race des braves. Supprimez la première scène du héros avec sa mère, ce beau trait, qui est si bien dans le génie de Chrestien de Troyes et qui expose admirablement le sujet, perd presque toute sa valeur.
Cette entrée en matière se retrouve du reste dans la principale source du roman : le conte gallois de Pérédur [iHabinoghion) et dans le plus ancien Perceval en prose dont le manuscrit re-
monte au xii'siècle (i).En outre, l'œuvre de Chrestien de Troyes a été traduite en vers allemands au xiii^ siècle, imitée en vers anglais au xive : ces traductions ou imitations contiennent cette partie essentielle du récit. Le Parzival allemand a été reproduit et augmenté de plus de moitié au xiye siècle (4336) : Tinterpolateur déclare positivement que Wolfram a emprunté à Chrestien son récit et c Tenfance > de Perceval. Ce début était nécessaire, non seulement pour Tœuvre même dont il est Fintroduction indispensable , mais aussi pour le public que les premières versions ou traductions devaient initier au sujet. Plus tard, quand le sujet fut connu et que, grâce surtout à Chrestien de Troyes dont tous les auteurs du temps attestent le grand succès , la tradition fut faite, on n'eut plus à redouter de n'être pas compris en commençant la lecture ou la copie du roman par la scène la plus saillante , et il n'est pas étonnant qu'on ait perdu l'habitude de réciter et de transcrire le premier chapitre.
Telle est la seule explication plausible de cette lacune dans tous les manuscrits qui nous sont parvenus, excepté dans un seul. Mais cette explication est toute en faveur du manuscrit qui conserve Fœuvre entière.
Une preuve décisive enfin, c'est que la traduction en prose du xv^ siècle, imprimée à Paris en 1530, contient, outre le prologue de tous les
(1) Voir une note à la fio.
manuscrits (1), non seulement le premier chapitre, mais rintroduction même du manuscrit de Mons. La bibliothèque des romans a publié le texte d'une partie de cette introduction et quelque» lignes suffisantes du premier chapitre (2). La version la plus répandue, alors comme en 1336, ressemblait au manuscrit de Mons.
Tout prouve qu'il y a ici une lacune et que le copiste a supprimé le premier chapitre.
Il manque donc à ce manuscrit un premier chapitre de 800 vers qui n'a pas été copié.
Fin. Ce manuscrit, ainsi que plusieurs autres, contient, à la fin, en plus du manuscrit de Mons, 26 vers à l'éloge de la comtesse Jeanne de Flandre, fille de Baudouin de Constantinople et petite nièce de Philippe d'Alsace. Après ce vers :
Qui à chief misl cesle besoigne,
Ces manuscrits continuent ainsi :
£1 non Jebane la conlesse
Qu'esl de Flandres dame et maislresse.
La vaillanl dame iassenée,
Que Diex a si bien assenée
A sens, à vaior, à i)onlé,
A corloisie et a biaulé,
A franciiise et largueche el pris,
El por ehe que (ont ai apris
De ses bones meurs à délivre,
Ai en son non fine mon livre;
Et non son aiol comencha,
Ne puis ne fu des lors encha
(1) Publié par Halliwell, puispar Holland.
(2) Novembre 1775, p. 39-43.
Nus hom, qui la main i mesist
Ne de finer s^enlremesist.
Dame, por vos s'en a pené
Manesiers tant, qu'il a fln4
Selonc i*estoire proprement;
£1 comencha al saldement
De Tespée sanz contredit;
Tant en a et conté et dit
Si com en Salebières (rove,
Si com Tescris lesmoigne et prove
Que li rois Arlus séoit là ;
Encor le puent véoir là
Tôt séélé en parchemin
Tout chil qui oirrent le chemin (1).
L' éloge de Jeanne de Flandre suffit à prouver que cette version est postérieure et que ces vers ont été ajoutés après la mort de Chrestien (2).
Ce manuscrit contient environ 45,000 vers.
No 3. Ms. de Montpellier, (3) Prologue.
Qui petit semé, petit queut, etc.
Le même, sauf quelques variantes.
Début.