Histoire Financière
Nous ne connaissons presque rien sur l'histoire Financière des Villes Flamandes avant la fin du XIIIe siècle ; en effet, en Flandre la série des Comptes Communaux ne commence qu'en 1280 car alors seulement Gui de Dampierre parvint à forcer les magistrats à rendre leurs comptes devant le bailli comtal et leurs administrés.
195. Sur la Comptabilité communale de Gand, on peut consulter outre ce que nous savons des 3 receveurs de la ville (plus haut n° 160), Warnkœnig-Gheldolf, Histoire de Gand, p. i52-i65, et les Commentaires sur le Cartulaire de la Ville de Gand de Julius Vuylsteke (Gand, 1906), p. 117 à 147. Cf. IAG, f. 5, i53. En 1314, il fallut douze jours pour rédiger les Comptes; J. Vuylsteke, Cartulaire, p. 89 (2).
196. Au début, les Villes recoururent principalement aux sociétés de financiers Lombards pour équilibrer leurs budgets par des emprunts successifs. Cf. H. Stein, Un emprunt de la ville de Gand au XIIIe siècle, Bruges, (extr. des Annales de la Soc. d'Emulation), 1884, 7 p. ; M. Heins, Les emprunts des pouvoirs publics au XIIIe et au XIVe siècles, MSB, 1891, p. i3-34, p. 211-222; et Victor
(1) Voyez J. Vuylsteke, Cartulaire, p. 4, et Commentaires, p. 1 à 6.
(2) J. Vuylsteke, Commentaires sur le Cartulaire, p. 117, a expliqué les Revenus de la Ville: Ferme du Vin, des Bières, des Esselettes ou Liches, des Portes, des quatre Ommeganghe. de la Maison de la Calandre, de la Boucherie, du Marché au Poisson, du Sel, du Blé, des Tourbes. L'impôt extraordinaire du Weversgeld n'a été perçu que de i325 à i335, J. Vuylsteke, Cartulaire, p. 407 à g32 ; et de 1349 à 135g, le même. De Goede Disendach, ASG, t. I, 1894.
Gaillard, Inventaire analytique des chartes des Comtes de Flandre, Gand, i85j, in- 8° [n° 3].
197. A leur tour, les Comtes de Flandre, du XIIIe siècle à la fin du XVe, empruntèrent énormément à leurs sujets Gantois, comme aux Lombards, voyez Ch.-L. Diericx, Mémoires sur les Lois des Gantois, t. I, p. 377-388 ; P. Van Duyse, Inventaire des Chartes de Gand, [plus haut n° 9].
198. Les Lombards (*) ne tardèrent pas à se fixer en Flandre ; l'un d'entr'eux, Conte Galterozzi, devint même receveur de Gand ; un autre, Simon de Mirabello, y résida comme Rewart de Flandre. Ces habiles financiers italiens firent de Gand l'un des centres de leurs opérations et y vinrent tenir table de prêt. A Gand, ces « pussemiers » s'établirent entr'autres au Kouter (Place d'Armes), au Neder Polder, et dans le Pussemstraatje (rue du Balai) ; voyez Fr. De Potter, Gent, t. IV, p. 33o-33i, S20, t. V, 3n, 5ig, 535, et t. VIII, p. 25-27 \ e* c^ J-H. Darings, Over de Lombaetden in België, dans Belgisch Muséum, t. VI, p. 333- 372 ; C. Piton, Les Lombards en France et à Paris, Paris, 1892-1893, 2 vol. in-12. Une ordonnance de Charles le Téméraire fixa à deux le nombre de Changeurs Gantois ; Gilliodts, Inventaire, t. V, p. 546.
199. De bonne heure pourtant les villes s'aperçurent que les taux trop élevés des Lombards, ces grands usuriers et tricheurs, les conduisaient à la ruine, et elles recoururent aux rentes viagères dès la fin du XIVe siècle ; quelquefois l'emprunt sous cette forme était forcé; les listes des rentiers
0) J« Vuylsteke, Cartulaire, p. 62, 65-66, 80 etc. ; Commentaires, p. 43, 1x7, i3o.
de cette nature au XVe siècle sont énormément longues.
Nous demandons une étude sur cette forme d'emprunt (1).
2ûO. Antérieurement au XIIIe siècle, les villes flamandes ont eu recours à l'impôt direct ; l'échevinage local, constitué dès le début du XIIe siècle, percevait une capitation ou un fouage. A partir de l'époque des XXXIX, on ne trouve presque plus d'impôts directs ; la quasi-totalité des revenus de la ville consiste en impôts indirects, en accises sur les objets de consommation, nommées maltôtes ou onghelt. C'est ce que démontrent le Cartulaire de la Ville de Gand et les Rekeningen der stad Gent de Julius Vuylsteke. On trouvera quelques renseignements sur ces accises et les tonlieux dans Warnkœnig-Gheldolf, Histoire de Gand, p. et Jules Vuylsteke, Commentaires sur le Cartulaire, p. 117-
Sol. En i3o5 au traité d'Athis-sur-Orge, la Flandre fut condamnée au paiement d'une forte indemnité à Philippe le Bel. C'est ce qu'on appela la taille le roi. Pour faire la délicate opération de la levée de cette taille, Robert de Béthune choisit un habile financier italien, Thomas Fini, qui, muni des pouvoirs les plus étendus, dressa un cadastre de la Flandre pour percevoir la contribution de chaque ville et de chaque district. Voyez V. Fris, Note sur Thomas Fin, CRH, 5° s., t. X (1900), p. 8 et suiv. En i3i2, par le Traité de Pontoise, Robert de Béthune transporta la Flandre Gallicante à Philippe, et le roi lui remit en retour la taille levée à son profit en Flandre. Le nouveau cadastre,
(*) Sur l'Usure, voyez J. Vuylsteke, Cartulaire, p. 405, 522-523.
établi vers i3i7, pour le Transport de Flandre, ressemblait à la répartition de Thomas Fini ; ce cadastre fut remanié en 1408 et en 1 5 1 5 . Consultez Fr. Funck-Brentano, Philippe le Bel en Flandre, p. 570 et suiv. ; P. Zaman, Exposition des trois Etats du p aïs et comté de Flandre, s. 1., 171 1, in- 8°.
2o2. Louis de Nevers affranchit en i325 les Gantois de toutes tailles, assises, corvées et impôts non-consentis. La ville, réunie en collace, avait depuis lors le droit d'accorder ou de refuser au prince toute aide (bede) ou pointage [zettinghe). La révolte de Gand en i/\.5o-53 n'eut pas d'autre motif que le refus de la ville à Philippe le Bon de laisser établir la Gabelle en Flandre. Après sa victoire de Gavre, le duc l'imposa à la ville humiliée sous le nom de Cueillote ; voyez le Dagboek van Gent (éd. Fris), Gent,
1901-1904, 2 vol., et les nos 26 et 96. Consultez plus loin
le n° 270.