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Mœurs, Fêtes, Traditions, Chants Historiques

A. Mœurs. 299. Il n'existe pas de travail d'ensemble sur les Mœurs des Gantois au Moyen-Age ; pourtant pour le XIVe siècle, Mr L. Vander Kindere a donné un excellent tableau du genre de vie des Flamands de cette époque, dans Le Siècle des Artevelde (1879).

L'histoire des guerres privées du XIIIe et XIVe siècle nous montre les Gantois souvent cruels [n° 173 ] ; certains indices du XIIIe au XIVe siècle nous prouvent qu'ils étaient assez sensuels ; cf. Gheldolf, Coutumes de Gand, t. I, p. 405.

L'Excellente Cronike van Vlaendcren (Antwerpen, i53i, fol.), ayant avancé un nombre exagéré d'assassinats commis à Gand des années i36oà 1378, P. A. Lenz, dans ses Recherches sur l'Etat Mot al de la Flandre au XIVe siècle, a refuté ces chiffres [ n° 175 ].

Sur la corruption des mœurs à l'époque de Louis de Maele, voyez les poèmes de Boudewijn van der Lore, Dit's Tijtsverlies et Achte personen wenschen, dans Ph. Blom-

maert, Oudvlacmsche gedichten (Gent, 1841), t. II, p. 1C9.

Avec les Ducs de Bourgogne commence un débordement inouï des passions, dont ces princes eux-mêmes donnèrent l'exemple; le viol, le rapt, l'assassinat, la sodomie même entachent non seulement les seigneurs de la cour, mais les bourgeois des villes. L'adultère, l'infanticide, l'exposition des enfants deviennent choses communes. Des échevins gantois font, à l'imitation de Philippe le Bon, élever leurs bâtards dans leur propre maison, et la ville fait des présents à ces enfants illégitimes lors de leur entrée dans les ordres ou de leur mariage ; d'ailleurs la conduite privée de ces magistrats est souvent déplorable. Et le mal gagna même le clergé (cf. F. De Potter, Gent, t. VI, p. 91 ; Diericx, Ville, t. II, p. 100 ; Du Bois et De Kondt, Coutumes de Gand. t. II, p. 7, 43, 5i). Le suicide et l'empoisonnement deviennent fréquents ; la fréquentation des tavernes de bières indigènes ou allemandes est générale (1). On trouvera des renseignements dans Gheldolf, Coutumes, t. I, p. 623-625 ; Diericx, Mémoires sur la Ville, t. I, p. 373 ; t. II, p. 1 1.

F. De Potter, De Zeden en Gebruiken van ons volk in de XIIIe en XIVe eeuwen volgens de gedichten van dien tijd, Antwerpen, 1889 ; Ph. Blommaert, Nederlandsche begravingswijze en grafsteden, Gent, 1857, in-8° ; A. Van Werveke, Begraven, Hmvelijk, Ontuckt, trois articles dans Volkskunde, t. XI (1898), p. 109, XII (1899), p. n5, XIII (1900), p. 1, se sont occupés de quelques coutumes, usages et cérémonies populaires.

(') Sur les Costumes, voyez entt autres, Diericx, Mémoires sur la Ville, t. II, p. 11 et 100 ; et Fr. De Potter, Gent, t. I, p. 124-128.

A propos des Bains ou Etuves, cf. F. De Potter, Gent, t. III, p. 345-352, p. 383-387, t. IV, p. 421-422, et encore t. V, p. 468, etc. L'article Filles publiques à Gand au XIVe siècle, MSB, 1881, p. 1 55, 1891, p. 33g, est insuffisant ; voyez aussi l'Introduction au Dagboek van Gent, t. I, p. 46-56, et t. II, p. i83, 223 ; Cannaert, Bijdragen tôt het oude strafrecht, p. n5-ii7, 119, 381-384.

Rappelons le livre de F. De Vigne, Mœurs et usages des corporations de métiers à Gand, Gand, 1857, in-8° (1).

Pour la Police gantoise, les Moorkinderen, ainsi que pour les Witte Kapproenen et le Guet de nuit, voyez Julius Vuylsteke, Cartulaire, p. 08, 83, 107, aux années 1314 et i3i6; cf. F. De Potter, Gent, t. I, p. 368 et 375 et suiv. Pour le service des Incendies, Ibid.,ï. I, p. 38o, 56o; t. III, passim; t. V, p. 74,593, et J. Vuylsteke, Cartulaire, p. 352, 45o. Pour l'Hygiène des rues et canaux, Gent, t. V, p. 10, 58i ; Diericx, Ville, t. II, p. 326, 565, 661 ; J. Vuylsteke, Cartulaire, p. 83, 121. Pour le Pavage des rues, J. Vuylsteke, Cartulaire, p. 125, 456.

Pour les usages, superstitions, proverbes etc., voyez l'excellente revue de MM. Pol de Mont et Alphonse De Cock, Volkskunde, Gent, depuis 1888, in-8°.

B. Fêtes. 300. Les Chroniques et les Documents nous montrent les Gantois s'amusant au Kaetsbalspel, à la Rolbaan, au Damberd, au Schaakspel, au Kaartspel, au Baarspel, etc.

(!) On trouvera quelques indications dans H. Moke, Mœurs, usages, fêtes et solennités des Belges, Gand, 1847, in-8°, et dans l'ouvrage bizarre de J. Huyttens, Etudes sur les mœurs les superstitions et le langage de nos ancêtres (les Ménapiens) , comparés avec les usages existant de nos jours dans la Flandre Orientale, Gand, 1861, in-8^>.

D'autres jeux, en général défendus par l'autorité comme prêtant à la duperie, apparaissent en grand nombre, comme Tuischspel, Quicberd, Dobbekpel, etc. ; cf. Gheldolf, Coutumes de Gand, passim, et Fr. DePotter, Gent, t. II, p. 7ç-8o.

De temps à autre, le prince organisait au Marché du Vendredi ou à la Place Ste Pharaïlde un tournoi pour les seigneurs de sa cour, soit à l'occasion d'une solennité ou d'une Fête de la Toison d'Or [ cf. plus haut n° 273 ] (l) ; seulement, le Patriciat à Gand, comme à Ypres et à Bruges^ donnait parfois des tournois de bourgeois ; on célébrait également des tournois sur l'eau; cf. Dagboek van Gent, t. II, p. 82 et 224, et Fr. De Potter, Gent, t. VI, p. 222-

A partir du XVe siècle, des rédacteurs officiels sont chargés de décrire les festivités organisées par les Villes lors d'une Joyeuse Entrée du Souverain ; le critérium du caractère officiel de ces documents, c'est la stricte observation par le narrateur de la prééminence dè certains corps de métiers sur les autres. Par exemple, les Joyeuses Entrées de Jean Sans Peur [ n° 294 ] et de Charles le Téméraire [ n° 147 ] furent peu solennelles, mais fort troublées. Quant à la visite de Philippe le Bon à Gand, le 2 3 Avril 1458, lors de sa reconciliation avec la ville après la bataille de Gavre, elle fut l'occasion pour les magistrats et partisans du régime bourguignon de déployer un luxe et un faste inouïs [ n° 79 ]. Disons en passant qu'à la Place

(!) Sur la Fête de la Toison d'Or, la 7e, tenue à Gand en 1445, voyez Œuvres de Chastellain, t. II, p. 82 et t. VIII, p. 208 ; Œuvres de Mathieu d'Escouchy, t. I, p. 81 ; Œuvres d'Olivier de La Marche, t. II, p. 81-104.

du Marais, on représenta, sur un triple échafaudage et en tableau vivant, le Retable de V Agneau Mystique. Cette relation officielle : Hier naer volght hoe ende in wat manier en die van Gend ontfinghen den Hertoghe van Bonrgognen, se trouve à la suite de la Kronijk van Vlaenderen (éd. Blommaert et Serrure, 1839), t. Il, p. 212-257 ; le passage relatif au Chefd'œuvre des Van Eyck, p. 222-225. Emile Varenbergh l'a paraphrasée dans son article : Fêtes données à Philippe le Bon et Isabelle de Portugal à Gand en 145 y , dans Annales de la Société des Beaux- Arts, t. XII (1870), p. i-36 ; cf. Dagboek van Gent, t. II, p. 184, n. 5.

Rappelons ici la Relation officielle du Grand Concours de Tir et de Rhétorique organisé à Gand, dans l'Excellente Cronike van Vlaenderen (Antwerpen, i53i), f. cclxxxvj et suiv., dont Pr. Van Duyse a tiré l'article : Het Groot Schietspel en de Rederijkersspelen te Gent in 14Q8, dans Annales de la Société des Beaux Arts et de Littérature, t. VI (i856), p.

A part ces jeux et ces fêtes, les Gantois célébraient les solennités ecclésiastiques, comme les 4 Nataulx (Pâques, Pentecôte, Toussaint, Noël), puis la Purification, l'Annonciation (cf. Chronologie des Annales Gandenses), allumaient des feux à la Saint-Jean (Fr. DePotter, Gent, t. V, p. 432- 433), fêtaient l'Exaltation Ste. Croix (participation à la Procession de Tournai), la Nativité, et observaient le Carême et l'Avent. De plus, les métiers chômaient lors de la fête de leur saint Patron. Voyez le Cartulaire de Gand et les Rekeningen der stad Gent, nos 14, i5, 23.

(1) Cf. aussi Ph. Blommaert, Vreugdebedrijven te Gent bij de geboorte van Karel V, in Belgisch Muséum, t. II, p. i35-i38.

D'autres fêtes officielles sont moins connues : l'An neuf ou Nieudach (commencement de l'année civile), le Jour des Rois ou Dertiendach, etc. Parfois même un parti politique faisait une fête du jour commémoratif de son triomphe, tel De Goede Disendach institué par les Foulons (i3 janv. 1349i3 janvier i35g), voyez n° i36. On se masquait au Papenonnevastenavont (*) et le Jour des Innocents ; des Voorgcbodcn le défendirent souvent ; rappelons aussi YEzelpaus cité dans le Memorieboek, t. I, p. 332.

La grande fête ou foire de Gand était celle de la Mi- Carême, Halfvasten markt ; à une grande importance économique, elle joignait une forte influence artistique, car les artistes gantois et étrangers exposaient alors leurs tableaux dans les églises ou les monuments civils (cf. Diericx, Mémoires sur la Ville, t. II, p. 110, n. 3, etV. Van der Haeghen, La Corporation des Peintres et Sculpteurs de Gand, Brux., 1906, p. 332.). A cette occasion, les échevins et les doyens des métiers organisaient un guet ou auweet, qui fut supprimé en 1469 ; Dagboek van Gent, t. II, p. 224.

Les 2 Foires octroyées par Philippe le Bon (1455- 1465), les foires de St. BavonetdeSt. Pierre, les nouvelles foires établies en 1497 {Memorieboek, t. I, p. 371 ; Van Duyse, Inventai} e, p. 295, n° 8o5) étaient l'occasion d'autant de festivités.

Nous avons peu de documents sur la Procession annuelle de Ste Amelberge, de St-Pierre à Tamise ; cf. Diericx, Mémoires sur la Ville, t. II, p. 304, 340. Par contre, on trouve énormément de détails dans les Comptes

(l) Sur le Carnaval gantois, voyez F. De Potter, t. IV, p. 3-n, et t. V, p. 532. Sur les Bouffons, J. Vuylstete, Cartulaire, p. 164, 253, 429 etc.

Communaux (*) sur la participation de Gand à la Procession de Tournai (14 Septembre) ; cf. A. Cauchie, La grande procession de Tournai, Louvain, 1892. On possède également beaucoup de renseignements sur la Procession des Fous de St-Liévin (28-29 Juin), de St- Bavon à Hauthem ; instituée entre 1040- 1066, elle provoqua dès le début des désordres par suite des excès des Lievenszotten ou duvelkins ; elle fut réformée dès 1442, supprimée partiellement en 1469, rétablie en 1477, et elle prit fin en 1540 ; cf. Gachard, Relation des Troubles de Gand (Bruxelles, 1846), p. 103-107; un article dans MSB, 1877, p. 264 et suiv. ; Dagboek van Gent (éd. Fris), t. II, p. 224 ; Annales Gandcnses, éd. F. Funck, p. i5 ; Diericx, Mémoires sur la Ville, t. II, p. 391-403 ; Vlaamsche Kronyk van Duinkerke, p. 21 5. Sur d'autres processions religieuses, voyez Gent, t. V, p. 434-439.

F. De Potter a donné une Schets eener geschiedenis der gemeentefeesten in Vlaanderen, dans Annales de la Société des Beaux-Arts, t. XII (1870), p. 41-188.

C. Traditions Populaires. 3ol. Sur l'origine de Gand, on trouvera des légendes innombrables dans Jacques de Guyse, Wielant, De Meyere, Oudegherst, l'Historié van Belgis de Marc Van Vaernewyck, Gramayus et Sanderus.

Les Bibliophiles Flamands ont publié la légende d'Un prétendu siège de Gand en ç65 ', sur lequel il a paru d'ailleurs un article dans MSB, i88i,p. 297; l'édition du texte, fournie par Ph. Blommaert, est intitulée : H et beleg van Gent

(!) De nombreux extraits sur la participation des Gantois à la Procession do Tournai dans Cannaert, Bydragen, p. 398-403 ; J. Vuylsteke, Cartulaire, p. 83, 126, i58, 256, etc.

in 96 5, naar een Handschrift van Gillis de Voocht (XVIe eeuw), Gent, 1845, in- 8». Cf. Fr. De Potter, Gent, t. VIII, p. 3 ; aj. ibid., t. II, p. 373, t. IV, p. 5og, t. V, p. 455-456.

La légende du Dragon du Beffroi a été réfutée par Julius Vuylsteke, De Draak van H Belfort, in Verzamelde Prozaschriften, t. IV, p. 123-208, qui donne toute la littérature du sujet ; voyez entr'autres J. de S1 Génois, Des Dragons au Moyen- Age, MSB, 1840, p. 58 ; le même, Origine danoise du dragon d'après M, F. Schiem, MSB, 1860, p. 4g5-5i4; J.-F. Heremans, Noordsche Oorsprong van dm Draak des Belforts ie Gent, vertaald uit het Deensch van F. Schiem (i85g), in Vaderlandsch Muséum, t. IV, p. 149-168.

Une autre légende est celle du Fils bourreau de son père, cf. n° 2 3o, et IAG, f. 299.

On peut ranger parmi les Traditions Populaires, les Sobriquets ('). Au Moyen-Age, on appelait les Gantois buveurs d'hydromel (pofatores medonis), plus tard au XVe siècle, les messieurs de Gand {de heeren van Gent) ; après 1540, on les appela Stropdragers. Voyez J. de S1 Génois, Surnoms et Sobriquets aux villes et villages de Flandre : Properheden der Steden van Vlaznderen, MSB, i838, p. i3 et suiv., et J.-F. Willems. Eduard de Denes L an gen Adieu {i56o), in Belgisch Muséum, t. III, p. 99-104. Cf. Nap. de Pauw, Artevelde brasseur ? CRH, 5e s., t. VI (1896), p. 332 et suiv., d'après Ch onicon Comitum Flandrensium (in Corpus Chronicorum Flandriœ, t. I),p. 198. Voyez aussi Olivier delà Marche," Mémoires, t. II, p. 82 ; F. De Potter, Gent, t. I, p. 479-

(*) Cf. J. Th. Dtc Raadt, Les Sobriqwts des Communes Belges, Bruxelles, 1904, in- 8°.

484. Mr A. Van Werveke prépare un travail sur les Sobriquets Gantois.

D. Chansons historiques. 3o2. La Chanson Historique gantoise du Moyen-Age a été étudiée par Mr Paul Fredericq, Onze Historische V olhslieder en van voor de Godsdienstige beroerten der i6de eeuw, Gent, 1894, in-8° ; i a dénoncé les supercheries de la famille gantoise Westendorp fixée à Elberfeld, qui avait communiqué un grand nombre de chansons historiques de fabrication récente au Dr Crecelius, entr'autres une paraphrase de la chanson historique sur la mort de Jacques van Artevelde, sur Jean Borluut, sur Guillaume Wenemaer et d'autres (Historische Volksliederen, p. 18-22). L'ouvrage définitif sur la Chanson Néerlandaise est celui de Mr Fl. Van Duyse, H et Onde Nederlandsche Lied, La Haye- Anvers, depuis 1901 ; cf. Archives Belges, t. VII (igo5), p. 68-69.

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