XVI PRÉFACE DE LA PREMIÈRE ÉDITION
Ce que nous avons voulu dire de l'auteur inconnu de la Chanson de Rolandy c'est ce qu'un des esprits les plus équitables et les plus modérés de ce temps a dit de JoinvillOy historien de saint Louis :
« Si Joinville est inférieur aux grands écrivains, c'est parce
> qu'il ignore entièrement l'art de bien dire et qu'il ne sait pas
> manier la langue qui doit exprimer sa pensée. Hais cette T^ inexpérience même ajoute souvent au charme de ses récits, et
> il lui arrive de rencontrer d'inspiration ce que les plus habiles
> auraient vainement cherché. En lisant Joinville, on s'aperçoit » que le plus inhabile des écrivains peut unir la finesse de l'es-
> prit à la solidité du bon sens ; qu'il peut tour à tour exciter le ) rire et arracher les larmes ; qu'il est capable de retracer dans
> tous leurs détails et d'éclairer de toutes leurs couleurs les » tableaux que sa vive imagination fait revivre devant lui, et » d'évoquer enfin, pour les mettre en scène, les faire agir et parjt 1er, les personnages divers des drames auxquels il a pris part. « De là vient que, sans avoir étudié l'art de plaire et d'intéresser,
> il y réussit par un don naturel, et qu'il peut sans effort se
> montrer simple ou sublime, gai ou pathétique, offrant ainsi
> aux maîtres eux-mêmes des modèles de tous les genres de 3 beauté. »
Voilà ce que nous voulions dire au sujet de Vlliade et de la Chanson de Roland. Hais H. Natalis de Wailly l'a dit bien mieux que nous.
LÉON GAUTIER
28 janvier 1867.