‹ Bibliographie des chansons de gesteChapitre 105 sur 150 · I. Les cominen · texte numérisé non relu

I. Les cominen

C6iiieiits de la tMtaiUa.

" îîïî* ^'ï?.* '• d'avoir entendu crier, dans les rues de Paris, le récil,

embelli peul-ôtre, de quelques-unes de nos victoires en Algérie? Je me souviens surtout que, pendant bien des années, le fait d'armes de Mazagran eut une popularité bruyante. ^ Cent vingt-trois Français contre douze mille » Arabes! » voilà ce que Ton criait partout, ce que Ton peignait grossièrement sur les toiles des bateleurs, ce dont les chanteurs populaires régalaient un public haletant d'entliousiasne. Eh bien ! Roncevaux est un Mazagran gigantesque. Et, de plus, c'est une défaite au lieu d'être une victoire; c'est un désastre où périt l'élite de la France.

Les vingt mille Français de Roland se trouvent donc cernés de toutes parts * : nul moyen de se frayer un passage. Ils ne désespèrent pas, et le combat va s'engager. C'est ici que commence la plus ancienne description de bataille que nous trouvions en nos Épopées françaises : la plus ancienne, disons-nous, et en même temps la plus vivante et la plus belle. Et c'est surtout ici que l'on constatera facilement la profonde ressemblance de nos anciens poèmes avec les poèmes homériques. Placez, à côté l'un de l'autre, un épisode militaire de Vlliadc et quelque passage analogue de notre Roland : vous serez très-vivement frappé de cette ressemblance. Toutes ces batailles des temps primitifs présentent le même spectacle : ce n'est qu'une série de duels terribles, et qui le plus souvent se terminent par la mort d'un des combattants. Il y a d'ailleurs fort peu de différence entre tous les récits de ces combats singuliers qu'anime une haine forouche et véritablement implacable. Jamais peut-être on n'a tant aimé le sang répandu, jamais on n'a tant professé de mépris pour la vie humaine. Et, croyez-

* Les prcparalifs et Tarrivéc des Sarrasins sont longuement décrits, vers 860-

a:valyse de la chanson de roland.

le bien, ce n'est pais un éloge que nous prétendons adresser ici aux auleui-s de nos vieux poèmes.

ARoncevaux, tout devient solennel, tout se revêt d'une apparence extraordinairement grave. On sent qu'il s'agit d'une action décisive entre la France et les païens ; j'allais dire entre Jésus-Christ et Mahomet. La trahison de Ganelon ajoute à l'intérêt puissant qu'excite encore aujourd'hui le grand caractère de Roland, et que mérite surtout sa qualité de chrétien et de Français. Ce n'est jamais sans émotion que nous avons lu l'entrée de Roland sur le champ de bataille de Roncevaux, et celle de la garde à Waterloo. Mais combien Roland est plus chrétien !

Quelques instants après, Français et païens sont aux prises*.

n PART. LIVR. I.

CHAP. XXII

Olivier est monté sur une colline élevée ; De là il découvre le royaume d'Espagne Et le grand assemblement des Sarrasins...

Olivier dit : c Païens ont grande force,

> Et nos Français, ce semble, en ont bien peu.

> Ami Roland, sonnez de votre cor :

> Cbarles Tentendra, et fera retourner son armée. > — c Je serais bien fou, répond Roland ;

> Dans la douce France, j*en perdrais ma gloire.

> Non ; mais je frapperai grands coups de Durendal ; 1 Le fer en sera sanglant jusqu*à Tor de la garde.

» Nos Français y frapperont aussi, et avec ({uel clan !

> Félons païens furent mal inspirés de venir aux défilés :

> Je vous jure que, tous, ils sont jugés à mort. >

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