‹ Bibliographie des chansons de gesteChapitre 113 sur 150 · ANALYSE D'ANSE!S DE CARTHAGE · texte numérisé non relu

ANALYSE D'ANSE!S DE CARTHAGE

Dieu^ pensés à mon enfant\ » Il la confie une dernière "J^-J^SJ/* fois au jeune roi ; il part enfin, et le voilà qui se dirige vers Morinde,

Isoré avait raison de s'effraver ; mais c'est sa fille, et Ameïs. «Muii

^ ^ ' par Lotisse,

non pas Anseïs, qui est à redouter. Anseïs, lui, est ^Jj Jf^Sïïïuu d'une chasteté toute virginale^. La fille d'Isoré emploie ^^^^* vainement contre lui toutes les séductions qui sont à ^ «i SSî^T"* Fusage de nos héroïnes : séductions qui n'ont assuré- ^ '^"LSJ^'*"* ment rien de délicat. Bref, elle en vient au grand moyen; 1^1^, elle en vient à ce procédé bestial que plus de vingt jeunes filles emploient sans rougir en plus de vingt chansons de geste. Elle se glisse pendant la nuit dans la chambre du jeune roi, éteint les cierges qui brûlent près de lui, s'introduit dans le lit. Elle se livre à Anseïs sans se faire connaître, et le force à la déshonorer. Après quoi, elle s'en va satisfaite; mais, au dernier moment, Anseïs apprend qui elle est : « Ah ! donzelle, dit-il, vous m'avez 1 perdu. — C'est vrai, répond-elle; mais je vous aimais » tant que, si je n'avais joui de votre corps, je me serais j> pendue en bois^. y> Et elle se décide à tout révéler à son père : « Je lui dirai que le roi m'a déshonorée... et 1 ce ne sera que la vérité*. » On voit que la fille d'Isoré pratiquait le système de la restriction mentale. D'ailleurs, elle ne désespère pas de l'avenir et compte bien épouser son Anseïs.

Cependant Isoré est arrivé à Morinde et a rempli son message auprès du roi Marsile* : Marsile accorde volontiers sa fille Gaudisse au nouveau roi d'Espagne. Quanta Gaudisse, son cœur bat vivement à la seule pensée de ce

• AnUU de Carthage, \, 1., f>4 V. — «/fcid., r* 4 v% 5 r*.

' t Isnelement est de son lit saillie, — Nue en chemise ; moult fu ose et hardie... •— Ens est entrée, moult fist grant deablic — Et vint au lit, mais li rois ne dort raie ; — Tant bêlement s'est jouste lui glachie : — Ce fait Amours qui les amans maistrie. » (P 5 r** et v".)

* Atmii de Carthage, 1. l.,f 6 f. — »/fcû/., f- 6 r* ?•, 7 r».

It PART. LIVn. I.

CHAP. XXIV

6il ANALYSE h'ANSEIS DE CARTHAGE.

mariage. Elle pense tout aussitôt au baptême, qu'elle veut recevoir sans retard ; elle renie tout aussitôt ses dieux et son pays * : toutes ces princesses sarrasines se ressemblent. On a dit à celle-ci qu'Anseïs était bel homme : « En » la cort n'est nul si bel baceler. » Cela lui suffit. Elle précipite le départ des messagers chrétiens , et voudrait déjà voir son seigneur et époux. Mais son père Marsile l'avait promise à un roi sarrasin, à Agolant le Sauvage*. Cet Agolant, furieux des nouvelles fiançailles de Gaudisse, vient, à la têle d'une immense armée, mettre le siège devant Morinde'. Isoré et Raymond, son compagnon d'ambassade, étaient déjà sur mer quand ils apprennent ce grave événement : ils pénètrent dans la ville assiégée et la défendent courageusement contre les Sarrasins. Le comte Raymond défie Agolant en combat singulier, et le tue*. Gaudisse pousse alors un grand cri de joie. Quant à Marsile, il fait construire un merveilleux vaisseau en ébène, en cuivre et en argent^. C'est sur ce vaisseau, roi brillant de la mer, que la jeune princesse va, entre Isoré et Raymond, prendre possession de son royaume. Ses malheurs, hélas! ne font que commencer^. Isoré est à peine débarqué près d'Anseïs qu'il apprend le déshonneur de sa fille''. C'est ici que se place la principale péripétie de tout ce drame. Isoré, pale, demi-mort de colère et d'indignation, entre brutalement dans le palais du jeune roi et lui lance à la tête cet insolent défi: (( Écoutez-moi bien, sire Anseïs. — Vous avez agi en » vilain avec moi; — Jamais plus il n'y aura d'accord ï> entre nous. —Je vous défie en ce moment; — Je vous )) rends la terre que je tenais devons; — Je renierai 0 Dieu, je le renie. » Et il sort furieux®. Certes, il y

• Anséis de Carlhage, 1. 1., r» 7 i^ — • Ibid., f 8 v». — ' Ibid., f» 9 r*. — * Ibid., r- 9 v° et 10 v».— ' Ibid,, T II r".— • Ibid., f» 11 V.— ' y6M/.,f»12r*. — • IbuL, r 12 \\

ANALYSE li'ANSEIS DE CARTHAGE.

avait là, pour un vrai poète, un beau sujet à traiter. Un baron chrétien, un vieillard dont la fille a été déshonorée, se déclarant publiquement renégat et tournant tout d'un coup ses armes contre son roi et contre les chrétiens, avec je ne sais quelle rage formidable, avec je ne sais quels rugissements de haine et de colère ; cela s'est rencontré plusieurs fois dans l'histoire, et il y a là, en vérité, tous les éléments d'un poème superbe. L'auteur d'Anséis n'est par malheur qu'un versificateur du second ordre, et ne saura pas profiter de tant de richesses.

Isoré va donc offrir son épée au roi Marsile, auquel il reconduit la pauvre Gaudisse*. La guerre, tout aussitôt, commence entre les chrétiens, qui ont Anseïs à leur tête, et les païens, commandés par Isoré. Elle dure de longues années. Pour donner à sa vengeance un raffinement cruel, le renégat, le vieillarl renoié^ a demandé en mariage la fille de Marsile, et c'est à grand'peine que celle-ci obtient un délai qui lui permet enfin de se faire enlever par Atiseïs et de l'épouser^. La guerre continue, horrible. De grandes batailles se livrent, dont le récit serait trop long^. Après de nombreuses vicissitudes, nous retrouvons le roi chrétien d'Espagne dans la situation la plus dure : il est réduit à la dernière extrémité ; il va mourir de faim avec sa femme et ses deux petits enfants*. Comment, comment sortir de cette angoisse? Ses yeux alors se tournent vers la France et vers l'empereur Charles : c'est de là seulement qu'il peut attendre un secours sans lequel il va succomber. Il est vrai qu'il a promis jadis au roi de France de ne pas faire la guerre aux Sarrasins et de gouverner l'Espagne dans la paix : mais, après tout, est-ce lui qui a commencé la guerre, est-ce lui qui est coupable? Vite, il envoie des messagers

II PART. LIVR. r.

CHAP. XXIV

Guerre entre

Anse» et Marsile,

qui trouve

un allié

dans le rcnë^t

Isord.

Le jeune roi

cnrëtien

est réduit

à la dernière

extrémité

ot réclame

le secours

de Charlemapne

« Anséis de Carthage, 1. 1., r« 13 r% 14 r«. — • Ibid., f 14 V, 15 r*. ^*Ibid.. f*15 Y», 47 r». — * Ibid., f» 5i V.

ANALYSE h^ANSBlS DE CARTHAGE,

II PART. LIVR. I

CIAF. XX IV.

GharlM,

1(6 d« plof

de drax eenU «it,

aeeoort à Taide

d'Anieu.

Set TietofarM,

n nonrello

coiM|iiAta

d« l'Espagne.

•on reloar en

Vnace,

Isoré est pendu

et llarsile

décapite.

Anseîs règne

paisiblement

sur l'Espagne

chrétienne.

au fils de Pépin*, qui, depuis sept ans déjà, est gravement malade. Malade de vieillesse : car notre Gharlemagne a plus de deux cents ans. Mais à peine a-t-il appris la détresse d'Anseïs, que le vieil Empereur se sent redevenir jeune : il se lève, convoque son ost, part pour l'Espagne. Dieu est toujours avec lui, et c'est ce que l'on voit bien au passage de la Gironde, à Blaye. Le fleuve est très-haut et les eaux en sont menaçantes ; l'armée française reste, là, sur le bord, tremblante, inquiète. Alors Charles fait une prière et tend les bras vers le ciel : et tout aussitôt les eaux de la Gironde s'écartent et, comme un autre Jourdain, laissent passer à pied sec l'armée de Dieu^. Peu de temps après, l'Empereur franchissait les Pyrénées et arrivait à Pampelune*.

La campagne contre les Sarrasins n'est pas, cette fois, de longue durée. Les païens sont vaincus, Marsile et Isoré faits prisonniers, Anseïs délivré. Conimbre et Luiserne tombent au pouvoir de Charlemagne, les chrétiens triomphent, et le jeune roi d'Espagne tombe aux bras de son libérateur*. Charles n'a qu'à se montrer pour vaincre : il retourne en France, et ce fut là, dit le poëtc, la dernière de ses expéditions et le dernier de ses triomphes. C'était bien finir.

Des exécutions sanglantes marquent la fin de notre chanson : Isoré le renégat est pendu, et son corps honteusement jeté dans un four chaud : « Si doit-on faire deV félon trditor^. y> Sa fille, qui était la cause réelle de toute cette guerre, devient à son tour la prisonnière des Français; mais elle s'agenouille en pleurs aux pieds de Charlemagne, et le fils qu'elle a eu d'Anseïs intercède pour elle. On lui fait grAce, à la condition

« Anséis de Carlhage, I. l.,r» 50 i-».— * /6<V/.,r-59 v% 60r«.— «/ftid., P» 00 v. — * Ihid., f 71 r«. — • Ibid.y r» 08 y\

ANALYSE li'ANSElS DE CAIITHAGE. Ul

qu'elle sera nonnainK Quant à Marsile, on l'emmène en n part. livr. i.

^ ' CHAP. XXIV

France, et, comme il refuse le baptême, on lui sépare /a

tête du bu. Sa femme est plus accommodante : elle consent à devenir chrétienne et épouse le comte Raymond, cet ancien compagnon d'Isoré qui, durant la guerre, est demeuré noblement fidèle à la cause chrétienne. Enfin, le fils aîné du roi d'Espagne, le jeune Gui, est fait chevalier. Le règne d'Anseïs se poursuit glorieusement dans l'Espagne pacifiée et chrétienne*.

Il convient de remarquer ici que les derniers vers de notre chanson sont le suprême dénoûment que les trouvères aient donné à la catastrophe de Ronce vaux. La mort de Marsile est le dernier châtiment de la mort de Roland. Si Charles ordonne l'exécution du roi païen, c'est, nous dit le poète, « qu'il se prit tout à coup à se souvenir de son neveu, et d'Olivier le noble baron, et des douze Pairs qu'il aima tant^ d. Le vieil Empereur, ayant ainsi vengé la grande défaite de la France, n'avait plus qu'à fermer les yeux. Il mourut en effet, chargé de jours et de gloire, et son vieux conseiller, le duc Naimes, le suivit de près dans le tombeau*. Ainsi se termine la chanson d'Anséis.

. Mais nous anticipons sur les événements, et il nous reste encore à écrire les derniers chapitres de la légende de Gharlemagne.

« Anseis de Carthage, l. 1., f» 70 i-. — • Ihid., f» 72 \\ —*rhid., f 72 i* : f Quant Karles Toi, le sens quide dcrver. — Lors li a pris de Bollant à mem bref, — Et d*01ivier le gentil et lo bcr, — Des douze Pers que il pot tant amer. » — * Ibid,, f 72 y\

6i8 DERNIERS HALTE AU MIUEU DE LA LÉGENDE.

PART. LIYR. I.

CHAP. XXV

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