‹ Bibliographie des chansons de gesteChapitre 2 sur 150 · VI PRÉFACE DE L\ SECONDE ÉDITION · texte numérisé non relu

VI PRÉFACE DE L\ SECONDE ÉDITION

vient à ce troisième Tolume, et nous espérons pouvoir bientôt en publier le texte sans commentaires, avec un caractère encore plus vulgarisateur et une illustration véritablement scientifique.

Il nous reste à répondre à certaines attaques dont notre livre a été l'objet et qui n'ont pas été sans faire quelque bruit.

On nous a, tout d'abord, accusé de ne pas tenir en suffisante estime les littératures classiques de la Grèce, de Rome et de la France. On nous a surtout reproché de trop admirer la poésie du moyen âge et de faire montre à son égard d'un parti pris déraisonnable et d*un enthousiasme sans excuse.

Il n'est jamais entré dans notre pensée d*abaisser la valeur des littératures classiques, ni d*amoindrir le rayonnement de leur beauté, ni de contester rulililéde leur étude pour la formation de l'entendement et du style. Il y a tout à l'heure vingt-cinq ans que nous avons mis la main à notre premier livre, et nous ne nous sou* venons pas d'avoir jamais commis le moindre blasphème envers la majesté d*Homère et de Vii^ile, envers le génie de Racine et de Bossuet. < Admirer et, qui pis est, faire admirer la médiocrité et la laideur >, c'est un méfait dont nous ne nous sommes jamais rendu coupable. Il est si facile et si doux d*admirer, à des titres divers, rincomparable perfection de la langue homérique et du style virgilien, l'exqui^ pureté de Racine, le grand soufBe de Bossuet et jusqu'à la correction glaciale de Boileau, en même temps que les mâles et fières beautés du Roland y de VAlhcans et de VOgier. L'àme humaine n'est pas aussi étroite que se l'imaginent certains critiques : elle est assez large, grâce à Dieu, pour qu'on y puisse aisément l<^r tous les enthousiasmes légitimes, et nous n'éprouvons vraiment aucune peine à admirer Lamartine et Hugo autant que Fénelon et Corneille, sans oublier les couplets monorimes de ces poètes des xi* et xir siècles qui sont assurément d*une forme moins achevée, mais qui nous offrent néanmoins d'excelients modèles de simplicité, de naturel et de sublime.

Xoos avouons que, dans le premier feu d'une jeunesse qui n'est pas encore éteinte, il nous est jadis arrivé d*excéder un peu et de trop admirer ces chers vieux poètes. Pour tout dire en deux mots, nous avons peut-être placé la Ckansom de Roland trop près de ïlliade. Nous n'avons pas tardé, d'ailleurs, à expliquer notre pensée et à reconnaître la double supériorité d'Homère au point de vue de la langue et du style. Mais, aujourd'hui encore, nous persistons à revendiquer, pour Tépopée française, le mérite incon-

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testable d'une conception plus large, d'une doctrine plus pure, d'une pensée plus haute.

Voilà où nous en sommes, et nous ne saurions faire .d'autre concession.

Nous demeurons convaincu que la langue française des xi* et XII* siècles est un idiome solide et bien trempé, un et sans alliage. Cette langue ressemble à Tépée de Roland : elle est du plus pur et du meilleur métal.

Nous demeurons convaincu que les auteurs de nos cent épopées n'ont pas eu de style véritablement individuel ; mais qu'à tout prendre et sans partialité en leur faveur, on pourrait considérer tous ces poètes primitifs comme un seul et mêmepoëte qui aurait écrit le Roland dans la première verdeur de sa jeunesse et le Tristan de Nanteuil dans le dernier effort d'une vieillesse trop semblable à une seconde enfance. Cette donnée étant admise, il serait injuste de refuser à ce seul poète l'originalité d*un style animé, puissant, coloré, et qui, par beaucoup de côtés, ressemble très-certainement à celui des poèmes homériques.

Nous demeurons convaincu que, si la pensée de nos vieux trouvères présente trop souvent le caractère de l'antique barbarie germaine, elle se montre, plus souvent encore, chrétienne et élevée ; que les âmes de leurs héros ont des proportions plus yasles que celles des héros d'Homère ; que l'Église enfin a passé par là, et qu'elle ne peut passer devant les âmes sans les agrandir, semblable à ce géant de la légende orientale qui cheminait devant des nains et les voyait grandir à sa taille, à mesure qu'il cheminait devant eux. Sans doute les personnages de nos chansons se fessembient trop ; mais on conviendra que Roland n'y est jamais représenté sous les traits d'Olivier, qui ne ressemble hii-mème ni à Ogier, ni à Guillaume. Ce sont là autant de types divers et, quoi qu'on en dise, variés.

Ce que personne ne saurait récuser, c'est le très-vif intérêt qu'offre à des Français cette épopée vraiment française. On n'y effacera pas le mot « France », qui y est dix mille fois écrit en traits de feu ; ni l'amour pour la France, qu'on sent frémir dans chacun de ces couplets, dans chacun de ces vers ; on n'empêchera pas que cette poésie, consacrée à d'illustres vaincus de notre race, ne fasse pleurer les yeux et battre le cœur, et il m'a été donné d'être fréquemment le témoin de cet enthousiasme sincère et profond ; on ne fera pas enfin que ces poèmes, si inégaux et parfois

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si médiocres, ne mettent en une bonne lumière toutes les institutions glorieuses de notre passé et ne fassent une juste et large part à la Royauté, au Clergé, à la Noblesse, à toutes ces classes d'une société héroïque qui, malgré bien des erreurs et bien des fautes, ont noblement rempli leur mission dans un pays qui, littérairement, remonte plus haut que la Renaissance et, politiquement, plus haut que 1789.

Cette réaction contre notre épopée nationale devait se produire, et nous l'attendions. Elle ne réussira point. La France est généreusement emportée vers l'étude de ses origines qu'elle veut décidément connaître, respecter et aimer. Elle ne fera pas, dans ses écoles, la même place à notre épopée qu'à celle d'Homère et de Virgile;- elle ne confiera pas nos vieilles chansons à la mémoire des écoliers, comme un inimitable modèle de langage et de style. Mais elle mettra Roland aux mains des enfants et des jeunes gens, pour qu'ils le lisent avec amour ; pour qu'ils y apprennent la virilité chrétienne ; pour qu'ils se persuadent qu'il y avait au xi* siècle une France très-puissante, très-belle et très-aimée, et pour qu'ils arrivent, grâce à cette lecture fortifiante, à n'avoir, en leurs âmes apaisées, « ni mépris du passé, ni peur de l'avenir ».

LÉON GAUTIER

28 janvier 1880.

Dans la. Préface de son premier volume, Tauteur des Épopées françaises a voulu indiquer nettement le plan de toute son œuvre. Il s'est attache surtout à justifier la division de son livre en trois parties : /. Histoire des Épopées françaises. — //. Légende et Héros des Épopées françaises. — ///. Esprit des Épopées françaises.

Quelques éclaircissements nouveaux sont peut-être nécessaires au sujet de la seconde partie qu'il livre aujourd'hui à ses lecteurs. Nous allons, en quelques mots très-simples, fournir ces éclaircissements.

PRÉPACB

DE LA PREMliRB

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