GAUTIER
Li Empcrcre est repairiei d'Espaigne
E vient ad Ais, à 1' meillur sied de France.
Muntet cl' palais, est vonuz en la sale.
As li vormo Aldo, nrn^ lnMc dame.
Co di^t à l'Hoi: • lî est li quens catanics.
» Ki uic jurai cunie sa pcr à prendre ? »
Carlos en ad c dulur e posance,
IMur(;l (les oilz, tiret sa barbe blanche.
« Soor.oliioro amie, d'bunie mort medeniaudos.
» Jo l'on durrai nuilt osforcict escangc :
» C'est Loowis, niiolz ne sai jo qu'en parle:
» Il est mis lilz c si tiendrai mes marches. •
Aldo rospunt : « Cisl moz mei est cstranges.
> Ne plaool Don ne ses seinz ne ses angles,
» .Après Uollant que jo vive remaignc ! >
Porl la culur, cliict as piez Carloniagne.
Sempros ostmorle. Dons ait mercit deTanmo!
Kranceii barun en plurent, si la plaignent.
8" Traductions.
La Chanson de Roland (texte d'Oxford) a été tr.iduile neuf fois. Quatre de CCS Iraductioiis sont en vers (Jônain, Lchugcur, d'Avril, Petit de JuUeville) cl cinq en prose (Dclécluzc, Géniii, Vitet, Saint-Albin, Gautier). = * Le premier essai de Iraduclion a été celui de M. E.-J. Dclécluzc, au tome II de son livre intitulé : Roland el la Chevalerie (2 vol. in-8% 18i5, t. I, pp. i-vili, 9-147). Le texte traduit est celui qui avait été, huit ans auparavant, publié par Fr. Michel. = ' En 1850, la traduction de Génin sortit des presses de Tlmpri-
ANALYSE DE LA CiiAiSSOy DE liOlASU. 513
fier paix et humilité »; à la tête de Tambassade marche Blancandrin, qui en est le chef et qui va jouer un rôle
incrie nationale : Iradiiction en prose vive, alerte, chaude, mais parfois trop archaïque, et destinée à des lecteurs du xvi* siècle plutôt que du xix*. L'auteur réimprima sa traduction, sans le texte, dans la lUvue de Paris des mois de mai et juin 1852 (pp. 5-45, 49-104; tirage à part, Paris, Pillet, 1852, in-^). « ' Un Compte rendu de rédition de Génin fournit à M. Vilet Tlieurcuse occasion de publier dans la Revue des deux mondes (i** juin 1852) une traduction abrégée du vieux poëme (tirage à part, 1852, in-H" ; reproduit dans V Histoire de la poésie de M. rabbc Henry, 1855). Celte traduction, très-artistique et fort bien comprise, est une de celles qui ont le plus contribué à la popularité de notre Iliade. Elle n*a que le défaut d*ètre trop vivement abrégée ; témoin cette interprétation de la dernière laisse : « Le jour s*cn va, la nuit couvre la terre ; range connu de Charles, saint Gabriel, descend à son chevet et lui dit de la part de Dieu : « A la cité que les païens assiègent, ■ Charles, il te faut marcher. Les chrétiens, à grands cris, te réclament. » Et rEmpereur s'écrie : « Quel labeur est ma vie! » Ici flnit rhisloire que Thérouldc a chantée. >> = * On ne saurait décerner les mêmes éloges à l'étrange traduction, en vers rimes de dix syllabes, que M. Jc^nain a publiée en 1861 (cbei J. Tardieu, Paris, in-18), « d'après le texte d'Oxford et la version en prose de Fr. Génin ». Nulle couleur locale, nul sentiment de la poésie du moyen âge. M. Jdnain a omis à dessein la traduction de tout le Baligantsepisod. = *^ Quatre ans plus tard, en 1865, deux traductions du Roland paraissaient coup sur coup. La première (Paris, Lacroix, in-18) était de M. Alexandre de Saint-Albin : médiocre et faite à la hâte. Mais il convient de s'arrêter plus longtemps à la seconde, qui est celle de M. Adolphe d'Avril (Paris, Benjamin Duprat, in-8*). Cette traduction, en décasyllabes blancs, ingénieusement exacte et fort travaillée, est celle de toutes les versions qui (avec colle de M. Petit de Julleville) reproduit, avec le plus de précision, le rhythme de roriginal. Tout ce que l'on pourrait reprocher à M. d'Avril, c'est d'avoir parfois sacrifié la cou* leur au rhythme et la beauté à l'exactitude ; mais il est peut-être impossible, dans une traduction, de conserver intacts ces deux éléments de toute poésie. L'œuvre de N. d'Avril restera toujours chère à tous ceux qui connaissent le texte du Roland ; mais elle ne révélera pas la beauté de rantique chanson à ceux qui sont incapables de remonter au texte original. Nous en donnons plus bas un fragment. — Le même désir de populariser notre vieux poëme, qui nous a nous-même dévoré, a sans cesse animé M. d'Avril. En 18G7, il faisait entrer sa traduction (abrégée) dans la Bibliothèque de Saint-Michel « à un franc », et ne se tenait pas encore pour satisfait, il vient, .en 1877, de l'éditer dans cette t Collection à cinquante centimes » que la Société bibliographique a entrepris de publier et qui s'intitule « Classiques pour tous ». 11 est à peine utile 4}'ajouter que le baligantsepisod est omis dans cotte version. = ^ En 1870, un universitaire, M. Lehugeur, tenta la même aventure que }î. d'Avril et entreprit une traduction du Roland en vers (Hachette, in-18). Le nouveau traducteur se sert d'alexandrins rimes et suit son modèle vers par vers ; mais il ne connaît pas assez le moyen âgo et n'a pas de la poésie primitive une idée assez complète. De là des contre-sens, non pas suivant la lettre, mais selon l'esprit de la vieille chanson. — ' De 1872 à 1880, nous avons fait paraître cinq éditions de notre traduction (Tours, Mame, 1872, gr. in-8*; 1875, in-18; 1875, in-»"; 1876, in-8«; 1880, iu-18;. C'est surtout la couleur de l'original que nous nous sommes proposé de conser\'er : la couleur plutôt que le rhythme. Notre traduction est en prose; mais elle suit le texte vers par vers. C'est une sorte de moyen terme entre le systirme de Génin et celui de ni. 33
n PART. LIVR. I.
CHAP. XXI
" rtîl ^îï?' '• décisif dans la suite de ce terrible drame. Ils traversent
ainsi tout le pays qui sépare Saragosse de Cordoue.Que
M. d'Avril. = * Ce n*cst pas tout encore. A Tusage des enfants et débutants, nous avons voulu, comme nous l'avons dit plus «haut, donner une traduction plus littérale, et avons entrepris de faire pour le Roland ce que plusieurs éditeurs classiques ont réalisé depuis longtemps pour les auteurs grecs et latins, c'est-à-dire, une traduction interlinéaire, dont nous oiTrons plus loin un spécimen à nos lecteurs (Mame, 1877, in-18, une demi-féuille). ^ ** Cependant M. Petit de Julleville travaillait depuis long^mps à une nou« velle traduction de la chanson du xr siècle. M. A. d'Avril avait traduit Rol€aui en décasyllabes blancs; M. Petit de Julleville, plus hardi, le traduisit en décasyllabes assonances. Il voulait reproduire exactement tout Tancien rhythme, et affirmait qu'un traducteur en prose c rendra le sens, la grandeur des pensées et des sentiments, la vivacité de quelques inventions, la vigueur de quelques peintures »; mais «que la poésie lui échappe nécessairement, puisqu'il écrit en prose ». Il y a ici une confusion, qui m'étonne de la part de M. Petit de Julleville, entre la versification et la poésie. Sa traduction, qui est le résultat d'un très-long et très-intelligent labeur, n*est pas sans offrir d'excellentes qualités; rhais, avec ce terrible système de l'assonance, on arrive facilement à rinexactitude, et ce système qui, au premier abord, parait le plus serré, est parfois le plus lâché. On s'en rendra compte aisément si Ton veut bien réfléchir que, pour terminer en 1878 les vers de tout un long couplet par des assonances à la mode du xr siècle, il faut laisser en sa traduction des mots archaïques, ou recourir à des mots équivalents qui ne sont pas réellement exacts. Voici, par exemple, dans le couplet CLII un vers d'Oxford : Rollam ad doel^ si fui maltalentis. Que fait le nouveau traducteur? Il ne peut laisser le mot maÛalentiSf qui n'existe plus depuis longtemps, et il traduit ainsi ce beau vers : « La douleur rend Roland vindicatif. » Tel n*est pas le vrai sens : maltalentis signifie « plein de mauvais désir, f\irieux », et « vindicatif » n'exprime aujourd'hui que l'habitude de la rancune. Dans le premier couplet, M. Petit de Julleville traduit altaigne par « immense » ; fraindre par « pourfendre » (murs ni cité n'y restent à pourfendre), comme si Ton pouvait dire : pourfendre une cité; tient par « y commande », qui ne rend pas l'idée féodale; Apollin redaimet par « d'Apollon se réclame », alors que, d'après Littré, « se réclamer do quelqu'un » veut dire « déclarer qu'on est connu de lui, qu'on est à son service, qu'on est son parent », ce qui n'est pais le sens de l'original. Au second couplet, se culchel^ qui exprime un acte, est rendu par repose, qui exprime un élat, etc., etc. Ce sont des nuances, si l'on veut, mais des nuances qui ont quelque valeur et dont il conviendrait de tenir compte. 11 en faut pcut-élrc conclure que ce système rend exactement le rhythme, mais moins exactement le sens. — '• Le môme système, avec d'heureuses modiflcatiens, a été suivi par M. Marins Sepet, qui, dans l'^mon du 3 septembre 1879, a fort habilement traduit en décasyllabes assonances quelques couplets du vieux poëme. — La Chanson de Roland (texte d'Oxford) a été traduite en prose allemande par Adalbert Keller (AUfranwsische Sagen, l" édit., 1839, Tiibingen, Osiander, in-l:2, t. I", pp. 59-187; 2«édit., 1870, Heilbronn, lïenninger frères, pp. 43-134) et en vers iambiquos allemands par Wilhclm Hertz {Dos Rolatuls-' /icrf, Stuttgart, Cotta, 18GI, in-8''J. Elle a clé traduite en anglais, d'après la version abrégée de M. Vitet, par Mrs. Marsli (Londres, 1853, in-4'') et va l'être, d'après noire traduction, par M. L. Rabillon à ikiltimore; en vers polonais par M"* Duchinska (M. Pruszak) dans la Riblioteka Warszawska de janvier 1866, et en vers russes par Boris Almasof (avant 1870). — Le texte de Versailles a été traduit ('^) par J.-L. Bourdillon (Le poème de RoncevauXf traduit du roman en
de malheurs, que de morts seront le résultat de celte "^^1^- yj?»
' * CHAP. XXI
ambassade funeste !
français ; Dijon, Frantin, imprimeur, 18-40, petit in-8*). — Pour donner une idée des différents systèmes de traduction française, nous allons offrir à nos lecteurs le môme passage du Roland traduit : en version interlinéaire, par L. Gautier; — en prose courante, par F. Génin ; — en prose, vers par vers, par L. Gautier; — en vers rimes, par A. Lehugeur et par P. Jdnain; — en décasyllabes blancs, par A. d*Avril, et en décasyllabes assonances, par A. Petit de Julleville. Tous les systèmes, en effet, peuvent se ramener à sept :
TRADUCTION lîfrERLINÉAIRE. ^
Caries li reis, nostre emperere magnes, Charles, le roi, notre empereur grand.
Set anz tuz pleins ad cstet en Espaignc : Sept ans tout pleins a ëtc en Espagne:
Tresqu*en la mer cunquist la tere altaignc. Jusqu'en la mer conquit la terre haute:
Ni ad castel ki devant lui rcmaignet ; N'y a château qui devant lui demeure ;
5. Murs ne citet n*i est remés à fraindre, Mur ni citd n'y est resté à renverser.
Fors Sarraguce, k* est en une muntaignc. Hors Saragosse qui est sur une montagne.
Li reis Marsilics la tient, ki Deu nen aimet ; Le roi Marsile la tient, qui Dieu n'aime.
Mahummet sert e ApoUin reclaimct :
Mahomet sert et Apollon réclame.
Ne 8* poet guarder que mais ne li ateignct. Agi Ne se peut garder que mal ne l'atteigne.
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