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PREFACE

Les ouvrages français relatifs à la Roumanie, et surtout les écrits publiés en français et en France par des Roumains, se sont considérablement multipliés depuis une cinquantaine dannées. Aussi avons-nous pensé qu'il serait intéressant d en dresser le catalogue, et d essayer d en établir la bibliographie, pour toute la période du xixe siècle.

Lorsquen iSSy, M. Kogalniceano, qui devait jouer un si grand rôle dans Thistoire politique et littéraire de la Roumanie, fit paraître à Berlin le premier volume de son Histoire de la Valachie, de la Moldavie et des Valaques transdanubiens, il joignit à cet essai une « Liste alphabétique des ouvrages cités » dans son livre : on y relève, pour le xix^ siècle, trois écrits, imprimés en France et spécialement consacrés à la Roumanie : la Valachie et la Moldavie, par Michel Anagnosti (i) ; — le Tableau de la Valachie et de la Moldavie, de Wilkinson, traduit par Dezos de la Roquette (2), et Y Essai sur les FanarioteSy de Zallony (3).

(i) Parts, 1837, in-8"'. — Voyez plus loin notre n° 20.

(2) Paris, 1821, 1824 et 183 1, in-8''. — Voyez notre n** 6.

(3) Paris, 1824 et 1830, in-8". — Voyez notre n'' 10.

C est également à l'indication de trois ouvrages que se borne la "Bibliographie des provinces danubiennes -^ placée en 1846 par M. Xavier Marmier à la tête de son volume intitulé : Du Rhin au Nil, Hongrie^ Provinces danubiennes, etc. (1).

En 1857, parut la Roumanie : Moldavie, Valachie et Transylvanie {Ancienne Dacie). — Serbie, Monténégro et Bosnie. Essai de bibliothèque historique de ces Principautés, par Quérard (2).

Cette « Bibliothèque » comprend pour la Valachie, la Moldavie et la Transylvanie 234 numéros, décrits en 29 pages. Non seulement il règne dans le classement adopté par Quérard une très grande confusion, mais encore quantité d'ouvrages cités par lui n'ont aucun rapport avec l'histoire roumaine. Les uns sont exclusivement relatifs à la Turquie; d'autres traitent de la Question d'Orient; enfin, sous la rubrique « Histoire générale des deux Principautés : Ethnographie y*, on trouve catalogués une trentaine d'écrits sur les Bohémiens, dont trois ou quatre à peine peuvent figurer dans une « Bibliographie franco-roumaine w. On se demande, non sans surprise, ce que viennent chercher dans un ^ Essai de bibliothèque française des Principautés », les Bohémiens ou f Ecossais parvenu, par l'auteur du « Nécromancien italien r> (n** 19); — les Bohémiens, de Béranger (n^ 20) — les Egyptiens sur les bords du lac Léman ou Sébastien de Montfaucon, dernier évêque de Lausanne (n° 21) ; — la Bohémienne ou r Américaine en 1775, drame historique en cinq actes et en prose (n° 22) ; — le Guerrillero et la Gitana (n'' 25); — les Gitanos ou le prince et le chevrier .comédie histo-

(i) Paris, 1846, 2 vol. in- 12. — Voyez notre n** 45. (2) Paris, m'%'*. - Voyez notre n** 145.

rique en un acte, mêlée de chants (n** 28); — la Gitana, vaudeville en trois actes (n'' 3 1) ; — la Gipsy, roman de James, traduit de l anglais (n° 35); — la Bohémienne de Cervantes, traduction de Louis Viardot (n'* 40), etc., etc., etc.

Frappé des lacunes considérables qu'offre, même pour le temps où elle a été écrite, la « Bibliothèque r> roumaine de Quérard, et aussi de là façon peu systématique dont soiit catalogués les ouvrages qu'il énumère, lesquels sont répartis en une infinité de divisions et de subdivisions au milieu desquelles il est impossible de se reconnaître, nous avons cru que le moment était venu de reprendre l'œuvre imparfaite du célèbre bibliographe, et, au risque d être accusé de vouloir constamment courir sur ses brisées (on sait qu'il avait fait paraître, avant nous, une Bibliographie voltairienne, mise au jour en 1842), de présenter au public un travail d'ensemble sur les ouvrages concernant la Roumanie, imprimés ou publiés en France au xix« siècle, ainsi que sur les œuvres françaises d'auteurs roumains parues pendant la même période.

Mais avant d'exposer à nos lecteurs comment nous avons conçu notre ouvrage, et quel est le plan que nous avons suivi pour son exécution, nous jugeons utile de faire un retour sur le passé, et de dire quelques mots de la façon dont a pris naissance et dont s'est développé en Roumanie le goût de la langue et de la littérature françaises. Ce rapide aperçu fera, croyons-nous, mieux saisir, et peut-être apprécier avec plus d'indulgence, l'utilité de notre travail.

Si nous laissons de côté quelques plaquettes très rares, écrites au XYI® siècle, à propros de victoires

remportées par les Polonais sur les princes moldovalaques (i), les ouvrages relatifs à la Roumanie, et publiés en France avant la fin du xviip siècle, sont très peu nombreux. Nous ne croyons pas qu il y en ait d'antérieurs au livre de Carra, intitulé : Histoire de la Moldavie et de la Valachie, avec une Dissertation sur l'état actuel de ces deux provinces {2).

Carra qui, ainsi que nous lapprend le frontispice de son ouvrage, avait séjourné en Roumanie (comme secrétaire d un prince phanariote) a emprunté une grande partie des faits et des observations qu'il relate à V Histoire de r empire ottoman ^ de Cantemir (3). Ce qu'il y a ajouté de son cru manque souvent de précision et d'exactitude. Carra n'avait fait d'ailleurs qu'un court séjour dans les Principautés ; rentré en France, il prit une part active à la Révolution, et périt sur l'échafaud, en 1793, à l'âge de cinquante ans.

Recordon, Lejeune, Laurençon,etc.,qui ont publié, dans les vingt-cinq premières années du XIX^ siècle, des travaux historiques sur la Roumanie (^), étaient pour la plupart des émigrés qui avaient également habité nos provinces, soit en qualité de secrétaires, soit en qualité de précepteurs des princes phanariotes.

On a plus d'une fois remarqué — et M. Xénopol, l'auteur de la meilleure histoire nationale que nous ayons en Roumanie, n'a pas rfianqué de relever le fait dans un chapitre très intéressant de son ouvrage (5) —

(i) Voyez rénumération de ces plaquettes pages i et 2.

(2) Jassy^ ^111% et Parts, 1778, in-12. — Voyez page 10, n<» XX.

(3) Traduite par de Joncquières, Pam, 1743, 2 tomes in-4». — Voyez page 9, n» XVIII.

(4) Voyez plus loin les n*» 5, 7 et 9.

(5) hloria Rominilor din Dacia Traiana. /a«/,i888 et années suivantes, 5 vol. gr. in-8*. — Cette Histoire a été complétée par un 6" volume, intitulé : Istoria contimpurana a poporuîui romdn. lassi^ 1893, gr. in-8°.

quelundes principaux effets de la domination grecque dansles Principautés danubiennes avait été, auxviiFsiècle, une vive impulsion des esprits vers la civilisation

française.

On n'ignore pas que la î^orte choisissait d ordinaire» parmi les anciens drogmans, les princes phanarîotes quelle envoyait gouverner la Valachie et la Moldavie. Or, depuis que dans la pratique diplomatique la langue française s était substituée à la langue latine, les drogmansétaient tenus d'apprendre et de savoir le français, et, une fois nommés hospodars, ils s'empressaient d'attacher à leur personne des secrétaires et des rédacteurs d'origine française. C'est en cette qualité que de la Roche, Nagny, Simian, Tissandier, Durosoy, Clémaron, Martinot, Ledoulx, et, après eux, Laurençon, Recordon, Mondoville, etc., etc., entrèrent au service des princes phanariotes qui se sont succédé dans le gouvernement des Principautés. Les boyards indigènes suivirent l'exemple des princes, et confièrent à des précepteurs français le soin d'enseigner à leurs enfants les premiers éléments d'une langue qui, moins d'un siècle plus tard, devait devenir d'un usage courant dans toutes les classes aisées de la société roumaine.

Deux autres causes semblent avoir également contribué à la diffusion du français dans notre pays : d'une part, la nomination de consuls étrangers à Bucarest et à Jassy, et, d'autre part, notre contact de plus en plus intime avec les Russes, depuis la fin du xviii* siècle jusqu'à la révolution de 1848.

Par l'article xi du traité de Kutchuk-Kaïnardji, signé le 10/21 juillet 1774,1a Turquie avait accepté l'établissement de consuls et de vice-consuls « dans tous les

V lieux où lempire russe les jugerait nécessaires ?». Conformément à cette stipulation, la Russie créa, en 1781, un Consulat dans les provinces de Valachie, de Moldavie et de Bessarabie, et, dès 1782, nous voyons Carra adresser un « Mémoire j» à M. de Vergennes sur la nomination d un consul français à Bucarest, pour les provinces de Valachie, Moldavie et Bessarabie, « à rinstar de celui que la Cour de Russie vient dy « envoyer (1) ». Toutefois ce ne fut qu'en 1798 que la Porte consentit à reconnaître officiellement, en qualité de Consul résident à Bucarest, le citoyen Fleury, ^ nommé par une Commission spéciale de la Répur blique française (2) »». Dès 1782, la Cour d'Autriche avait nommé «* secrétaire aulique pour les affaires du " commerce en Valachie, Moldavie et Bessarabie le y^ sieur Baskiévitch, Ragusois, ci-devant secrétaire du ^ prince de Valachie déposé (3) » ; et. en 1787, Frédéric- Guillaume II avait obtenu lagrément de la Porte pour rétablissement d'un consul en Moldavie, où un agent officieux allemand résidait déjà depuis trois années (4). Enfin, Wilkinson nous apprend qu'en 1802 un consul général anglais fut envoyé à Bucarest « pour faciliter y^ les relations de terre entre la Grande-Bretagne et la T Turquie ». Il fut rappelé après la paix de Tilsitt, et rétabli en 181 3 (5).

Les rapports fréquents, les relations pour ainsi dire journalières, que ces agents consulaires, qui étaient au

(i) Voyez ce Métnoire dans les Documente privitoare la istoria %pmâniIor (recueil Hurmuiakt). Supplément I, vol. II ^Bucarest, 1885), p. 14.

(2) Ibid.y pp. 172-173.

(3) Ibid., p. 20.

(4) Ibid., p. 42.

(5) Voyage dans la Valachie et la Moldavie^ etc. (édition de 18} i, p. 165). — Voyez plus loin notre n° 6.

fond de véritables agents diplomatiques, furent appelés à entretenir non seulement avec la Cour des princes phanariotes, mais encore avec le Gouvernement et laristocratie des Principautés, aidèrent singulièrement à répandre à Bucarest et à Jassy lusage et le goût de la langue française.

Déjà, du temps de Carra, les auteurs français commençaient à se répandre en Roumanie, et cet écrivain nous dit, dans son Histoire^ que le patriarche de Constantinople avait menacé de la colère du Ciel tous ceux qui, dans les Principautés, liraient les Œuvres de Voltaire (i). En 1795, l'agent secret du Gouvernement français, C. Stamati, rappelle au Comité du salut public qu'on avait promis d'envoyer de France un exemplaire de X Encyclopédie destiné au prince de Moldavie, Michel Soutzo ou Drako, ancien interprète de la Porte (2). En 1802, le prince Ypsilanti fait venir de Paris un autre exemplaire du même ouvrage (3), et voici ce qu'écrit, en 1801, le Spectateur du Nord au sujet du prince Alexandre Mourouzi, qui régna en Valachie de lygS à 1796, et de 1799 à 1801 ^ Pendant » que la France devenait barbare, il y avait des pays » barbares qui devenaient français, et quand le plus y* pur de notre sang rougissait les ruisseaux de Paris, y> la Cour de Bucharest jouait à toute sorte de petits y* jeux d'esprit; Thospodar lui-même, élevé par un ^ Français, ami des Français, parlant notre langue » aussi facilement que nous, entouré d'une demi-dou- 5» zaine de nos compatriotes expatriés, dont il avait » fait sa société intime, leur donnait l'exemple de la

(i) Page 196 de rédition de Neuchâtel.

(2) Documente privitoare la isloria Romdnilor. Suppl. I, t. II, p. 113.

(î) Ibid . p. 249.

» réflexion et delà morale jusque dans les plus frivoles » amusements (i). »

Un grand événement politique, qui n'a pas été sans exercer une influence incontestable sur le développement de nos institutions, vint aussi favoriser la propagation des idées et du langage français en Roumanie : nous voulons parler des progrès de la Puissance russe sur les bords du Danube.

On sait que par le traité de Kutchuk-Kaïnardji la Russie avait obtenu de la Porte, au profit de nos provinces, certains avantages qu'il suffira de rappeler : amnistie générale pour les indigènes soupçonnés d'avoir agi contre les intérêts de la Turquie ; — restitution aux monastères et aux particuliers des biens qui leur appartenaient antérieurement ; — exemption des tributs arriérés ainsi que de toute contribution de guerre; — promesse de faire bénéficier les Moldo-Valaques de tous les privilèges dont ils jouissaient sous le règne de Mahomet IV ; — enfin, droit pour la Russie d'adresser à la Sublime Porte, suivant les circonstances, et conformément aux règles de courtoisie établies à cet égard entre les Puissances, des représentations en faveur des Principautés.

Ce droit d'intercession que s'était ménagé la Russie la rendît, pendant une assez longue période, comme la maîtresse et l'arbitre de nos destinées. Nous n'avons pas à discuter, dans une étude purement littéraire comme celle-ci, quel était le but qui guidait les Russes

(j.) Le Spectateur du Nord, décembre 1801, page 317, cité par M. Odobesco, dans la Revista romana {Bucarest, 1861, 1. 1, p. 526). M. Odobesco croit qu'il est question, dans ce passage, du prince Alexandre Mourouzi. M. Xénopol (Jstorta Romfnilor, V, 671) pense qu'il s'agit du prince Michel Soutzo, qui devint pour la troisième fois prince de Valachie, au mois de novembre 1801. Nous nous rallions à l'opinion de M. Odobesco.

dans l'appui plus ou moins sincère, plus ou moins efficace qu'ils nous prêtaient contre la Porte; mais il est un fait avéré, c'est que depuis la fin du xviiF siècle jusqu'en 1821 — c'est-à-dire jusqu'à la chute des princes phanariotes — et même jusqu'à l'époque des Règlements organiques, votés, sous l'inspiration de la Russie, par les Assemblées extraordinaires de Valachie et de Moldavie, lesquelles s'étaient réunies à Bucarest et à Jassy le i«r mai i83i, l'action de la Russie s'est plutôt fait sentir chez nous dans un sens favorable à nos intérêts et aux progrès de notre civilisation. La crainte d'encourir le blâme ou la disgrâce des consuls russes a plus d'une fois empêché les Grecs de commettre ouvertement leurs exactions, et, d'un autre côté, un témoin oculaire, Wilkinson, écrit que « pendant sa résidence » dans les Principautés, il a été plusieurs fois témoin y* de l'intervention active de la Russie pour arrêter le » système d'extension adopté par les Turcs, et pour y* s'opposer à l'oppression de ses habitants. Cette y* intervention, ajoute l'auteur anglais, a souvent emy* péché l'aggravation du joug qui pèse sur cette maly* heureuse population... (1) »

« Il semblerait, dit ailleurs le même auteur, que les y> habitants d'un pays longtemps occupé par des armées y> russes, et qui a été le principal théâtre des opérations y» militaires, n'ont pas dû retirer beaucoup d'avany> tages de cet état de choses, pour le progrès de leur » civilisation; cependant elle ne laisse pas d'avoir j» beaucoup profité des dernières relations qui ont eu T lieu entre ces Principautés et les Russes.

y> ... Un grand nombre de coutumes barbares qui

(i) Edition de 183 1, p. 163. ~ Voyez ci-dessus notre note, page XII.

» existaient auparavant ont été abolies ; on a introduit jf des mœurs et des institutions qui avaient pour but » de les policer, et les manières extérieures des boyards » se sont perfectionnées, et ne sont pas indignes des »» nations les plus éclairées (i). »

Ce rôle civilisateur de la Russie a été également indiqué par M. Thouvenel, qui constatait, en iSSg, que cette Puissance avait soustrait nos deux provinces à l'oppression brutale des Sultans, leur avait donné des institutions supérieures à celles qui les régissaient, et avait enjSn amélioré le sort des populations rurales (2).

Il n'est pas de notre sujet d'examiner quels ont été les avantages ou les inconvénients des Règlements organiques. Les uns ont vanté le libéralisme de ces constitutions, auxquelles Saint-Marc Girardin trouvait plus d'une analogie avec la Constitution républicaine française de 1848 (3); les autres, se rappelant l'opposition qu'elles avaient soulevée, principalement à Bucarest, de la part de quelques-uns des membres les plus marquants de l'Assemblée valaque, ont fait à ces lois organiques le reproche d'avoir porté atteinte à l'autonomie des Principautés, et d'être sorties du vote d'assemblées qui n'étaient point l'expression de la libre volonté du peuple.

Notre but n'étant point d'émettre ici des appréciations politiques, qui ne seraient nullement à leur place, mais de retracer à grands traits l'histoire du développement et des progrès de l'influence française en Roumanie, nous laisserons de côté les Règlements orga-

(i) Édition de 183 1, pp. 167-168.

(2) La Valachieen 18^^, dans laJ^evue des Deux- Mondes du 15 mai 1839. — Voyez plus loin le n° 29.

(3) Souvenirs de voyages, 1. 1, p. 299. — Voyez plus loin le n'» /^3.

niques, leur origine, leur discussion, leurs résultats, et nous ne nous occuperons que des tendances littéraires qui se manifestèrent à cette époque dans notre pays. Ces tendances sont caractérisées, ainsi que nous lavons déjà dit, par de fortes aspirations et par un mouvement irrésistible vers la civilisation et les lettres françaises. La Russie avait elle-même longtemps subi lascendant de la France ; on connaît les relations de Catherine II avec Voltaire, d'Alembert, Diderot ; on sait aussi que l'empereur Alexandre avait reçu une éducation toute française, sous la direction du général La Harpe, qui avait embrassé avec chaleur les principes de la Révolution. Bien qu a la suite des guerres de Napoléon I^"* la langue française eût été proscrite de lempire des Czars, il n'en subsistait pas moins au fond des esprits, sinon au fond des cœurs, de tous les Russes éclairés, des sympathies secrètes pour tout ce qui était français, pour tout ce qui venait de France. Le comte KisselefF, qui avait été placé par la Russie à la tête du gouvernement des Principautés, et qui avait présidé à l'élaboration des Règlements organiques, partageait ces idées, et il est tout naturel qu'il ait cherché à en faire l'application et l'expérience dans le pays qu'il avait été appelé à réorganiser. Sous son administration, le français devint la langue pour ainsi dire officielle de la Moldo-Valachie, et c'est de cette époque aussi que datent la plupart des traductions que les Roumains ont faites des principaux chefsd'œuvre de la littérature française.

Tandis que Recordon, Laurençon, Lejeune faisaient mieux connaître à la France les Provinces danubiennes, où nous avons vu qu'ils avaient séjourné (i),

(i) Lettres sur la Valachie (par Recordon). Paris 1821. — Nouvelles observa-

— xvni —

Beldiman traduisait YOreste de Voltaire et le Numa Pompilius de Florian (1820), et Léon Asaky la Chaumière indienne de Bernardin de Saint-Pierre (1821). Mais c'est surtout à partir de 1829 que se multiplient chez nous les traductions des auteurs classiques français. Pleshoïano traduit Annette et Lubin, de Marmontel (1829), et les Aventures de Télémaque (i83i), dont Petre Maïor avait donné, dès 1807, une première traduction, faite sur un texte italien; Héliade traduit, avec une ampleur de forme, une élégance de style et une pureté de langue admirables, quelques-unes des plus belles Méditations de Lamartine (i83o), puis encore V Amphitryon y de Molière (i833); Capatzineano, les Considérations sur les causes de la grandeur des Romains et de leur décadence, de Montesquieu (i83o) ainsi que le Zadig, de Voltaire (i832); Jean Rosetti, YHéracliuSj de Corneille (i83i); Alexandresco, YAl- {ire, de Voltaire (1834), ^^C-> ^^c-

Déjà, à ce moment, un assez grand nombre de Roumains étaient allés commencer ou terminer leurs études dans les écoles et les universités de France, d'Allemagne, d'Italie, de Suisse. Dès i8o3, Georges Bogdan, * noble moldave », étudie la jurisprudence à Paris ( 1 ); en 1 820, la Faculté de droit de Paris confère le diplôme de docteur à Pierre Demanega, de Bucarest, et en i833, à Démétrius Philippesko. En 1824, Constantin Golesco conduit lui-même sesenfantsen Suisse, et les confie à Rodolphe Topffer, l'auteur des Nouvelles genevoises (2). A son retour en Roumanie, il publie

tionssurla Vaîachie (par Laurençon) Paris, 1822. — Voyage en Valachie et en Moldavie, par Le jeune. Paris, 1822 : voyez plus loin les n*»" 5, 7, 9.

(i) Voyez les Documente privitoare la istoria Romdnilor. Supplément I, t. II, p. 25$.

(2) Constantin Golesco, père du général Nicolas Golesco, d'Etienne, d'Alexan-

ses impressions de voyage (i), dans lesquelles il vante les avantages de l'éducation occidentale, et conseille à ses compatriotes de faire passer dans leur langue les ouvrages les plus utiles des littératures étrangères. Vers la même époque, Barbo Stirbey et Georges Bibesco, les deux frères qui devaient successivement régner plus tard, en qualité d'hospodars,sur la principauté de Valachie, achèvent leurs études en France (1817-1825), en même temps que Pierre Poënar, à qui allait être confiée, en 1882, la direction générale des écoles de Valachie. En 1887, Michel Anagosti publie à Paris la première brochure écrite par un Roumain sur la Moldavie et la Valachie, tandis que Michel Kogalniceano, le futur homme d'État roumain, fait paraître en français, à Berlin, le tome I de son Histoire de la Valachie, ainsi que son Esquisse sur Chistoire, la langue et les mœurs des Cigains (2). Enfin, en 1839, Nicolas Kretzulesco et Louis Steege, qui tous deux devaient être un jour les conseillers des princes Couza et Charles de HohenzoUern et leurs représentants à l'étranger, sont reçus docteurs par la Faculté de médecine de Paris.

La création d'un théâtre national, à Bucarest, sous les auspices de la Société philharmonique, vint donner une nouvelle impulsion aux traductions que les Roumains firent, à cette époque, des principaux chefsd'œuvre français. Sur cette scène naissante, on représenta tour à tour, de Molière : Amphitryon ^ traduit par Héliade; le Bourgeois gentilhomme^ traduit par

dre et de Rodolphe Golesco, qui tous devaient jouer un rôle important dans Phistoire de la régénération de la Roumanie, depuis 1848 jusqu'à nos jours, était le grand-onde maternel de l'auteur de la présente Btbliop-a^ie.

(i) Budcy 1826.

(2) Voyez d-après le n* 20.

Voïnesco (i835); les Précieuses ridicules ^ traduites par Jon Ghica (i835); le Sicilien ou r Amour peintre, traduit par Burchi (i835); M. de Pourceaugnac, par Gr. Gradisteano (i836) ; l'Avare, par Rosetti (i836); les Fourberies de Scapin, par Rasti (i836) ; le Médecin malgré lui et George Dandin, par Voïnesco ; F Amour médecin, par Fioresco; — de Voltaire : Mahomet, traduit par Héliade (1834), ^^ Al{ire, par Aiexandresco; — on traduisit et Ton joua indistinctement du Florian, du Marmontel, de l'Alexandre Duval et jusqu'à YAntony d'Alexandre Dumas père. Corneille et Racine seuls furent quelque peu laissés de côté, et, sauf XHéraclius (1), du premier, et le Britannicus (2), du second, nous ne croyons pas qu'on ait traduit alors en roumain d'autres tragédies de ces deux grands maîtres de la scène française.

« On a lieu d'être surpris, dit à ce propos M. Emile ri Picot, que les Roumains n'aient pas cherché à faire ^ passer dans leur langue d'autres pièces de Corneille.

V Le poète Georges Sion, à qui nous exprimions ré- » cemment notre étonnement à ce sujet, nous a ré- » pondu que ses compatriotes, dont un grand nombre

V ont étudié nos classiques dans nos écoles, ne se sen- « talent pas encore en état d'en faire des traductions qui « ne fissent pas trop perdre à l'original (3). »

De i838 à 1848, les écrits relatifs à la Roumanie se multiplient en France, en même temps qu'augmente le nombre des jeunes gens qui vont y terminer leurs études. Colson, dans une série de brochures impri-

(i) Traduit par Jean Rosetti (183 1).

(2) Traduit par Vacaresco, et imprimé en 1827.

(3) Bibîiosraphic Cornélienne, Paris, Fontaine, 1876, n° 900.

mées coup sur coup en i838, s'attache à donner une idée exacte des droits des Moldo-Valaques, fondés sur le droit des gens et sur leurs traités (i); — Démidoff fait paraître, en 1840, son Voyage dans la Russie méridionale par ta Valachie et la Moldavie ^ ouvrage dont les illustrations de Raffet rehaussent encore la valeur et l'intérêt (2); — Michel Bouquet met en vente, vers 1842, chez Goupil et Vibert, son Album moldo-valaque (3) ; — enfin Vaillant commence la série de ses travaux sur les Principautés, et donne au public, en 1845, la première histoire un peu développée de la Roumanie, écrite par un Français (4). C'est l'époque où Vasile Alecsandri (5), Jon Ghica, Nicolas Kretzulesco, les Golesco, Jean Floresco, et tant d'autres Roumains qui devaient occuper un jour les plus hautes situations de leur pays, suivent les cours des écoles et des facultés de France, et s'initient dans la connaissance des lettres, des sciences, de l'histoire, de la- politique, etc., etc.

Nous arrivons au grand mouvement de 1848, qui mérite de fixer un instant notre attention, et au sujet duquel on a publié tout récemment, en France, des pages qui, quoiqu'elles aient été inspirées par un sentiment des plus louables et écrites avec une entière bonne foi et une très grande sincérité, nous semblent néanmoins sévères et quelque peu injustes. Il s'agit du livre du prince Georges Bibesco, intitulé : Règne de Bibesco (6). Dans le second volume de son

(i) Voyez plus loin les n«* 26, 27, 28.

(2) Voyez ci-après le n® 30.

(5) Sur Alecsandri, voyez notre n° 73.

(6) PariSy Pion, 1893 et 1894, 2 vol. gr, in-8<*. — Couronné par l'Académie française en 1895 (Prix Thicrs).

ouvrage, M. le prince Georges Bibesco qualifie le mouvement national de 1848 à! insigne folie, et ajoute \

« qu'en livrant sciemment le pays à l'anarchie, en 5» abdiquant l'autonomie, la souveraineté de l'Etat » aux mains du Sultan, en ouvrant les portes de nos w frontières à l'invasion, en se rendant coupable du y* sang roumain répandu, l'insurrection a commis un » crime de lèse-patrie (1). »

Loin de nous la pensée de vouloir rabaisser les mérites de rhospodar Georges Bibesco, qui abdiqua à la suite de la révolution de 1848. Sa grande intelligence, la culture de son esprit, les preuves de désintéressement et de patriotisme qu'il donna en mainte circonstance, ainsi que les réformes utiles qu'il a accomplies pendant son règne lui assurent un rang des plus honorables parmi les nombreux souverains de la principauté de Valachie. Mais, d'autre part, en voyant, au cours des deux volumes du prince Georges Bibesco, la plupart des écrivains français et roumains qui se sont occupés de notre histoire nationale depuis 1842 jusqu'à i856 — les Billecoq, les Ubicini, les Vaillant, les Elias Regnault,les Jon Ghica, les Balcesco,etc.,etc. — traités avec une rigueur excessive ; enlisant toutes les graves accusations, tous les reproches amers, jetés par l'auteur du Règne de Bibesco à la face de tous ceux qui, de près ou de loin, ont pris une part active à la révolution roumaine de 1848, nous ne pouvons nous empêcher de penser et de dire que M. le prince Georges Bibesco n'a pas toujours jugé avec la calme impartialité de l'historien les hommes et les choses de cette époque agitée. Que les auteurs du mouvement national de

(i) Règne de Bibesco^ t. II, pp. 456-457.

1848 aient eu des faiblesses, qu'ils aient commis des fautes, qu'ils se soient lancés avec toute la fougue et avec toute l'inexpérience de la jeunesse dans les mille hasards d'une aventure semée d'écueils et qui, étant donnée la situation précaire de leur pays, aurait pu tourner au détriment de celui-ci, certes, personne ne le conteste ; mais n'est-ce point là l'histoire de toutes les révolutions? Et si ces faiblesses et ces fautes ont été rachetées par un patriotisme ardent, par une foi profonde dans les destinées de la patrie roumaine, par l'exil noblement supporté et utilement employé à servir la cause d'une nation que ces émigrés ont contribué à faire connaître et à révéler pour ainsi dire à l'Europe, n'y a-t-il pas là de quoi faire excuser plus d'une erreur et pardonner plus d'un péché? 1848 restera une date à jamais mémorable dans l'histoire roumaine, car 1848 a engendré i856 — c'est-à-dire le Traité de Paris — lequel renfermait en germe 1859 — c'est-à-dire l'union — laquelle à son tour a produit 1866 — c'est-à-dire le prince étranger. Voilà les diverses phases de notre régénération ; — et aujourd'hui que nos vœux, même les plus téméraires, se trouvent à peu près réalisés; aujourd'hui que la majeure partie de nos aspirations nationales ont été satisfaites, nous serions souverainement injustes envers les hommes de 1848 si nous venions à oublier qu'ils ont été les ouvriers de la première heure, et qu'ils ont jeté les fondements de l'édifice dont nous admirons en ce moment les heureuses et indestructibles proportions.

Cette digression — qui n'en est pas une, puisqu'elle va nous amener à parler des nombreux écrits publiés à partir de 1848 en France par ceux que les rigueurs de l'exil avaient éloignés de leur patrie — n'aura pas été

inutile, si nous avons réussi à éclairer d'un jour plus favorable une époque de notre histoire nationale, laquelle est encore mal connue en France, et qui méritait d y trouver un narrateur, nous ne dirons pas plus sincère, mais peut-être moins prévenu que lauteur du Règne de Bibesco.

Il faut ajouter, à la louange de ceux qui ont pris part, en Roumanie, à la révolution de 1848, qu'ils ont su, au moment opportun, faire à leur pays le sacrifice de leurs opinions, et que les plus exaltés d entre eux, le jour où ils ont compris que les idées avancées qu'ils avaient professées jusque là ne pouvaient que nuire à la cause de la patrie roumaine, n ont pas hésité à renoncer à un idéal ou, si Ion veut, à des utopies et à des chimères absolument irréalisables en Roumanie. C'est ce qua fort bien expliqué M. J. Bratiano, dans un discours prononcé à la Chambre des députés de Bucarest, au mois d'avril 1884. « M Rosetti (1) et » moi, a dit l'ancien président du conseil des ministres » de Roumanie, nous étions les républicains les plus » convaincus ; mais lorsque feu C Kretzulesco (2) est » venu nous trouver à Paris, et nous a tenu ce lan- « gage : Abandonnez ces idées qui ne peuvent prendre y* racine chez nous; renoncez-y absolument, car vous yi êtes les seuls qui puissiez aider au relèvement de la

(i) Sur C.-A. Rosetti, voyez les n*^* 74 et 322.

(2) C.-A. Kretzulesco, qui fut à deux reprises président du conseil des ministres de Roumanie, sous le prince Couza et sous le prince Charles, et qui prit une part active aux délibérations du Divan ad-hoc de Valachie, dont il avait été élu vice-président, a laissé la réputation d'un homme politique dont la haute sagesse n'avait d'égale que l'absolue et irréprochable intégrité. Il a écrit en roumain une H?^/o/r<? r/e /a civilisation, ]\isittxn.ti\\ estimée (^Bucarest, 1863, in-12). Nous sommes heureux de pouvoir rendre cet hommage public à la mémoire d'un homme à qui nous avons été uni par les liens de la plus étroite affinité et de la plus respectueuse affection.

» patrie, nous avons écouté ses conseils; nous avons

» fait abnégation de nos théories et de nos convictions,

7f et, agissant en véritables hommes politiques, nous

» sommes devenus tous des monarchistes, des roya-

» listes dévoués, parce que nous avions compris que

» c'était là le véritable intérêt de notre pays (i). »

La révolution roumaine de 1848 avait attiré lattention de la France sur les Principautés danubiennes, que des voyageurs comme Saint-Marc-Girardin,Thouvenel, Xavier Marmier, avaient déjà parcourues, quelques années auparavant, avec une vive curiosité, et auxquelles ils avaient consacré des articles ou des volumes des plus élogieux (2). Les études de M. Desprez, publiées de 1848 à i85o dans la Revue des Deux Mondes {3); les recherches de M. Kubalski sur les peuples d'origine slave, magyare et roumaine (4), imprimées en i852, vinrent initier, encore avec plus de détails, le public français aux événements qui avaient eu pour théâtre les bords du Danube. Mais c'est surtout par les chefs de l'émigration roumaine que la France apprit à connaître l'existence, les droits, les vœux de la Roumanie. De 1849 à i856, Héliade, Balcesco, les Golesco, les Bratiano, Ion Ghica, Bolintinéano, BoUiac, etc., etc., aidés de quelques philoroumains convaincus, tels que Vaillant, Ubicini, Bataillard, Colson, Elias Regnault, Armand Lévy,etc., etc., et encouragés par les sympathies de Lamartine, de Michelet, de Quinet, de Royer-Collard, de Philarète Chasles, firent entendre à Paris, en faveur de la cause

(i) Voyez le journal Romanul du 4 avril 1884. (2) Voyez plus loin les n*»* 29, 43 et 423.

(?) Voyez les n*" 52 et 57.

(4) Voyez le n° 71.

roumaine, des appels répétés, chaleureux, éloquents, dont 1 écho retentit, dans les premières années de l'empire, jusque sous la voûte des Tuileries. Le nombre des ouvrages, des brochures, des articles écrits ou inspirés, à cette époque, par les émigrés roumains de 1848 est réellement considérable (1). Les anciens hospodars eux-mêmes élevèrent généreusement la voix pour appuyer ces légitimes revendications, et Ion trouvera plus loin, sous les n^» 1 15 et 1 16 de notre Bibliographie y rindication de deux Mémoires du prince Grégoire Ghika, ancien prince régnant de Moldavie, adressés aux Conférences de Vienne et au Congrès de Paris, sur l'autonomie politique des Principautés et sur la nécessité de leur union sous un prince étranger. Déjà, en 1854, le prince Barbo Stirbey, hospodar de Valachie, avait présenté à lempereur François-Joseph un mémoire rédigé dans le même sens et aboutissant aux mêmes conclusions (2), et Ton sait que les princes Georges Bibesco et Al.-J. Couza, avec un désintéressement qui fait le plus grand honneur à leur mémoire, plaidèrent la même cause, le premier au Divan ad hoc de 1857, le second, dès le lendemain de son élection, dans sa. lettre au comte Walewski du 24 janvier/5 février 1859 (3).

C est à peu près du même temps que datent les premières publications françaises relatives à la littérature de notre pays. Citons dans cet ordre d'idées : La Ro-

(i) Ces brochures et ces ouvrages sont décrits dans notre Bihltoiraphie, par ordre chronologique, de 1849 à 1856 (pp. 36 à 55).

(2) Voyez la lettre de M. G.- A. Keun, ancien chef du cabinet du prince Barbo Stirbey, dans V Indépendance roumaine du 5/17 juillet 1889.

(3) Voyez notre brochure : La question dynastique en Roumanie, par un paysan du Danube {Paris, 1889)^ pp. 35-37 et 41.

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manie, de Vaillant, dont le troisième volume est en grande partie consacré à la langue et à la littérature roumaines (i) ; — les Poésies de la langue i'or,traduites par le même écrivain (2); — lesDoïnas d'Alecsandri, traduites par J.-E.Voïnesco (3); les Ballades et chants populaires y également d'Alecsandri , publiés par le grand poète lui-même, avec une introduction d'Ubicini (4). Voici en quels termes Xavier Marmier, dans son volume intitulé: Du Danube au Cjwca^e (5), appréciait ces Doïnas, que venait de mettre au jour Theureuse et poétique inspiration d'Alecsandri :

« Plus longtemps que dans les autres États de TEu- » rope, la littérature populaire de la Roumanie s est V maintenue à 1 état de tradition orale. Il y a quelques 9 années seulement qu'elle a été reproduite en deux » ouvrages spéciaux. L'un est un recueil de contes en » prose, publié en allemand par MM. Schott (6) ; l'autre » est le recueil des poésies valaques et moldaves, des » Z)o'mj5, publié par M. Alecsandrî .... Les Ddinas 9» sont la plante fleurie, issue du sol même de la Rou- » manie. C'est la collection des chants qui ont jailli du « cœur du peuple sous une forte impression, comme » l'eau vive du roc sous la verge de Moïse : car ces » chants, nul poète ne les a signés, nul auteur jaloux » n'en réclame la possession. Ils sont nés on ne sait où, » ni à quelle heure ; ils ont vibré dans les airs comme 9 les sifflements de l'alouette ou les soupirs du rossi- » gnol ; ils appartiennent à tous ceux qui les écoutent.

(i) 1845. — Voyez le n** 41.

(2) 1851. — Voyez le n« 68.

(3) 1853. —Voyez len°7î.

(4) 1855. - Voyez le n» 88.

(5) 1854. — Voyez le n° 428.

(6) Walachische Màhrchm ; Stuttgard^ 1845, &- "^"S**-

^ à tous ceux qui y retrouvent une impression de leur T amour, de leur joie ou de leur douleur

" La plupart àesDoïnas ont pour le Roumain, dans y* son état de servitude, un charme particulier

y* Le recueil de M. Alecsandri ne renferme point y> toutes les légendes, tous les chants qui, de génération » en génération, se sont perpétués au sein de la popuyy lation valaque et moldave. Mais telle que nous con- » naissons jusqu'à présent cette collection, ne suffit-elle » pas pour nous intéresser à ce poétique caractère d'un n peuple chrétien qui a subi tant de catastrophes et » souffert avec une touchante résignation tant de dou- » leurs, à cette littérature composée dans une langue yi fille du latin, sœur de la nôtre, dans une langue y* implantée par les Roumains sur les rives du Danube, « et qui rallie à elle, outre les habitants des deux Prin- » cipautés, une partie de ceux de la Bessarabie, de la r> Bukowine, de la Transylvanie et du Banat, c'est-à- ^ dire près de onze millions d'hommes? (i) »

Nous sommes en i856. Le long séjour des émigrés roumains en France, les relations de plus en plus suivies qu'ils avaient entretenues jusqu'au moment de leur rentrée dans leur pays avec les membres les plus marquants du Parlement et de la presse; le bruit qui s'était fait autour de la question des Principautés, à l'occasion de l'expédition de Crimée ; le succès des armes françaises sous les murs de Sébastopol ; les idées bien connues de Napoléon III sur l'émancipation des peuples et sur la reconstitution des nationalités; l'accueil bienveillant que le souverain avait fait à plusieurs mémoires qui lui avaient été présentés par différentes personna-

(i) PP. 146-147, 148, 171-172.

lités en vue du monde politique roumain ; l'initiative prise par le baron de Bourqueney de proposer aux Conférences de Vienne l'union des deux Principautés danubiennes sous un prince choisi dans une des familles souveraines de TEurope; toutes ces circonstances favorables avaient rendu la cause du peuple roumain de plus en plus sympathique à la France et n'avaient pas peu contribué à donner en Roumanie un nouvel éclat au prestige du nom français.

La résolution adoptée par le Congrès de Paris, sur la proposition du comte Walewski,d envoyer à Bucharest une commission composée des délégués des Puissances co-signataires, afin de s'enquérir de l'état des Principautés et d'arrêter les bases de leur future organisation ; la convocation des Divans ad hoc \ la convention du 19 août i858, relative à nos provinces ; enfin les efforts de la diplomatie française pour faire accepter, en iSSg, par les grands États de l'Europe, le fait accompli de l'union, augmentèrent encore nos sentiments de gratitude à l'égard de la France et de son souverain. ^ C'est ^ de ce jour que date notre profonde reconnaissance " pour la France ; car c'est grâce à sa généreuse initia- » tive, c'est grâce à son appui sincère et désintéressé y* que nous avons pu avoir,en 1859, l'union, et, en 1866, ^ le prince étranger. Les Roumains n'oublieront jamais y* qu'ils doivent ces deux grands bienfaits à la France, y> qui leur a permis ainsi de préparer, dans le recueil- » lement et dans le calme, le lent enfantement de leur » liberté (1). »

Il serait facile de retrouver la trace de cette sympathie de la France pour la cause roumaine dans les nom-

(i) Cette citation est empruntée à notre brochure : La question dynastique en Roumanie, publiée en 1889, à Paris, p. 31. — Voyez len* 358.

breux écrits qui furent publiés à cette époque à Paris, soit qu'ils aient eu pour objet de faire mieux connaître à la nation française l'existence et la vitalité d'un peuple qui avait si énergiquement lutté pour reconquérir son indépendance (comme X Histoire politique et sociale des Principautés danubiennes, par Elias Regnault (i), ou comme l'ouvrage de M. Ubicini sur les Provinces roumaines (2), ou encore comme les articles d'Edgar Quinet sur les Roumains) (3) — soit que les écrits en question, émanant d'hommes politiques roumains, aient été surtout publiés en vue d'intéresser le Gouvernement impérial au sort malheureux de nos populations et à la réorganisation politique de notre pays : tels sont le Mémoire sur l empire d Autriche dans la question d Orient, par J.-G. Bratiano (4); — l'ouvrage de Grégory Ganesco sur la Valachie (5) ; — la brochure d'A.-G. Golesco sur V Abolition du servage dans les Principautés {6) ; — celle de B. BoerescOySur la Roumanie après le traité de Paris (7); — le Mémoire de J.-C. Bratiano sur la situation de la Moldo^ Valachie, depuis ce même traité, etc., etc. (8), sans parler du très intéressant et très substantiel volume d'Ubicini, intitulé : La question des Principautés devant P Europe (9), ainsi que des innombrables Appels aux Conférences de Vienne, au Congrès de Paris de i856, à celui de i858, en faveur

(1)1855. — Voyez le n« 93.

(2) 1856. — Voyez le n? 124.

(3) Publiés dans la Revue des Deux Mondes des 15 janvier et i»^ mars 1856, et réimprimés dans les Œuvres de Q.uinet. — Voyez le n° 444.

(4)1855. -No 95.

(5) Bruxelles, et Paris, 1855. — N" 102.

(6) 1856. — No 104.

(7) 1856. — No 129.

(8) 1857. — No 140.

(9)1858. — No 161.

des Roumains, appels signés : Edmond Texier, Bataillard, Lamarche, du Siècle, Vitu, du Pays (i), etc., etc., etc.

LefFet produit en Roumanie par la politique du Gouvernement impérial à notre égard avait été si considérable qu'un mouvement irrésistible poussa vers cette terre de France, d où nous étaient venus la délivrance et le salut, une grande partie de la jeunesse des Principautés. C'est ainsi que plusieurs générations de Roumains vinrent, dès la plus tendre enfance, se former dans les lycées et les collèges de Paris, et, pour n'en donner qu'un exemple emprunté à nos souvenirs personnels, nous mentionnerons ce fait que, de 1857 à 1867, nous avons eu pour condisciples au lycée Louis-le- Grand une centaine de nos compatriotes qui y ont fait régulièrement toutes leurs études, depuis la huitième jusqu'à la rhétorique et à la philosophie.

Le nombre des Roumains reçus licenciés ou docteurs

en droit augmenta, pendant la même période, dans de grandes proportions : Georges Cantacuzène, Vioreano, Constantin Boeresco, Daniélopoulo, Jean Kalindéro, Alexandre et Jean Lahovary, Charles et Michel Phérèkyde, Eugène Statesco, qui sont tous devenus plus tard dans leur pays des hommes d'État remarquables ou des jurisconsultes éminents, subirent avec succès, de i858 à 1868, les épreuves du doctorat devant la Faculté de droit de Paris.

Enfin, la Faculté de médecine de Paris nous envoyait, dans le même temps, munis de leur diplôme de docteur, Turnesco, Esarco, Marcovitch, Obédénare, Kalindéro

(i) Voyez lesn<»» io6, 119, 121, 125.

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et tant d'autres savants praticiens dont les travaux font autorité, même en France.

Sous le règne du prince Couza (iSSg à 1866), nous relevons moins de brochures politiques parmi les écrits publiés en F>ance sur la Roumanie : on s'occupe plutôt de questions économiques, philologiques, littéraires, soit qu'il s'agisse de YOrganisation de la propriété foncière dans les Principautés (1), ou de X Amélioration de rétat des paysans roumains (2), ou encore de la Queslions des paysans en Roumanie (3), ou bien enfin de la Nationalité et de la régénération des paysans moldovalaques (4); — soit que notre grand poète V.Alecsandrî fasse paraître, sous le pseudonyme de V. Mircesco, sa Grammaire de la langue roumaine (5) ; — soit enfin qu'Antonin Roques publie ses Légendes et doïnes rou^ maines, imitées d'Alecsandri (6), et Bolintinéano, ses Brises dOrient{aytc une préface de Philarète Chasles) (7). — Citons néanmoins, parmi les brochures politiques parues en France, à cette époque : La Roumanie en 1859, par Em. Kretzulesco (8); — une série de publications sur la question des Couvents dédiés en Roumanie {9) ; — le Mémoire sur la juridiction consulaire dans les Principautés, de B. Boeresco(io) ; — le Panslavisme, le prince Couia, la Roumanie, etc., etc. (1 1).

(i) Par G. Petresco; 1859. — N** 165.

(2) Par C. Boeresco; 1861. ~ N° 171.

(3) Par Louis Amiable; 1861. — N» 174.

(4) Par Félix Colson; 1862. - N<> 178.

(8) 1859. — No 167.

La panicipation de la Roumanie à TExposition universelle de 1867 fournit aux écrivains roumains une nouvelle occasion de signaler à l'attention de la France les progrès réalisés par leur pays dans les principales branches de son activité et de son économie rurales, industrielles et commerciales. Il faut rattacher à ce genre d'études la Notice sur la Roumanie (par MM. Auréliano, Odobesco, etc.) (1), ainsi que la Notice sur les antiquités de la Roumanie, extraile par M. Odobesco du précédent ouvrage (2).

La question des Israélites de Roumanie, laquelle fit grand bruit en Occident, et principalement en France, pendant les premières années du règne du Prince Charles de Hohenzollern, suscita de vives polémiques dans la presse, et donna lieu à la publication d une infinité de brochures, dont quelques-unes inspirées par TAUiance Israélite, alors à lapogée de sa puissance (3). Notre intention n'est pas de rouvrir un débat complètement épuisé et qui n'aurait plus d'ailleurs aucune raison d'être repris: mais nous ne pouvons nous empêcher de redire ici, après tant d'autres écrivains roumains, que chez nous le mouvement anti-israélite n'a jamais eu pour point de départ une question de religion — les Roumains étant le peuple le plus tolérant de la terre — mais bien un danger social qu'il était de notre devoir de combattre et d'écarter à tout prix. Ainsi n'est-ce pas sans une pénible surprise que nous avons vu, au Congrès de Berlin, un plénipotentiaire français se faire l'écho des accusations injustes qui avaient été portées

(i) 1867 (2" édition en 1868) gr. in-8^ — N*» 2C7.

(3) Voyez ci-dessous les n**" 206, 208, 213, 219, 225, 226, 227, 248, 253, 258, 268,271,272,274,275,276.

— xxxrv —

contre les Roumains, à l'occasion de leurs prétendues persécutions contre les Juifs, et exiger que la reconnaissance de notre indépendance fût subordonnée à l'abolition des quelques restrictions qui subsistaient encore en Roumanie relativement à la situation des Israélites. Nous ne croyons pas inutile de faire remarquer que les mêmes publicistes français qui criaient jadis au fanatisme et à Tintolérance religieuse, lorsque notre Gouvernement prenait des mesures préventives contre rinvasion toujours croissante des hordes Israélites qui nous arrivaient à la fois de la Russie et de l'Autriche, se gardent bien d'ouvrir la bouche ou de brandir la plume, aujourd'hui que nos puissants voisins du Nord appliquent aux Israélites russes, dans un intérêt de préservation sociale, un traitement beaucoup plus rigoureux que celui dont les Juifs de Roumanie ont jamais pu être l'objet de la part de nos Gouvernants. Ce n'est pas là le seul nuage qui ait assombri pendant quelque temps les relations si cordiales qui avaient existé jusque-là entre la France et la Roumanie. Les instructions données par le Gouvernement de la République à son plénipotentiaire à la Conférence de Londres, dans la question du Danube; le conflit économique qui éclata brusquement entre les deux pays, en i885, à l'occasion de leurs relations commerciales(i); l'attitude malveillante, hostile même, d'une grande partie de la presse française à notre égard, dans des questions qui presque toujours étaient d'ordre purement intérieur, ont plus d'une fois profondément attristé nos compatriotes. A l'heure actuelle, tous ces malentendus sont dissipés, et Ton a dû reconnaître, en plus d'une

(i) Voyez notre brochure : Le Conflit franco-roumain^ par un ami de la France, Lièie, juillet 1885. - N'» 317.

circonstance, à Paris, que les Roumains gardent trop vivement gravé au fond de leurs cœurs le souvenir de l'appui moral que leur a prêté jadis la France, pour ne pas lui être sincèrement attachés par les liens d une solide et durable reconnaissance. Les circonstances extérieures ont pu changer ; des nécessités impérieuses, notre intérêt mieux compris — car l'intérêt est le mobile et la loi suprême des nations comme des individus ; — le désir légitime de sauvegarder ce que nous avons si péniblement conquis ; un nouveau groupement des grandes Puissances de l'Europe, beaucoup d'autres considérations ont pu nous faire modifier notre orientation politique ; mais tout en entendant rester avant tout Roumains, et rien que Roumains, nous n'en demeurons pas moins fidèles à l'admiration et au culte de la civilisation française. Et la meilleure preuve en est qu'à mesure que s'est ralenti en France le mouvement des travaux historiques consacrés à la Roumanie — nous n'avons guère à citer, pour la période contemporaine, que quelques ouvrages de MM. Picot, Legrand, de Rosny, Ubicini, relatifs à l'histoire et à l'ethnographie de notre pays (i) — le nombre des écrits littéraires, scientifiques, historiques, philosophiques, etc., etc., publiés en France par des Roumains, a augmenté, dans ces vingt dernières années, d'une façon considérable. Les Œuvres de Carmen Sylva, dont les Pensées ont été couronnées par l'Académie française ; celles de savants tels que Babès, d'archéologues tels qu'Odobesco, de jurisconsultes tels que J. Kalindéro, de philosophes tels que Conta, de numismates tels que Michel-C. Soutzo, de philologues tels que J.-A. Can-

(i) Voyez plus loin les n*» 259, 281,284,297^ 521, 331, etc., etc.

tacuzène; les nombreux écrits du prince Georges Bibesco, également lauréat de l'Académie française et correspondant de l'Institut, etc., etc., prouvent bien qu'après avoir été des élèves, les Roumains, ou du moins quelques-uns d'entre eux, sont devenus des

maîtres dans l'art si difficile d'écrire le français avec

clarté, élégance et précision.

Outre cette élite d'auteurs qui se sont fait un nom en France, la Roumanie compte aujourd'hui plus de cent docteurs en droit, près de deux cents docteurs en médecine, et une quinzaine de docteurs ès-sciences des diverses Facultés de Paris (i), presque tous magistrats, médecins, professeurs, qui n'ont pas oublié les leçons qu'ils ont reçues de leurs maîtres, et qui propagent avec succès sur les bords du Danube les méthodes d'enseignement de la science française.

D'autre part, grâce à la protection éclairée que le Souverain illustre qui préside avec tant de sagesse aux destinées de la Roumanie a toujours accordée aux lettres et aux arts, toute une légion de prosateurs, de poètes, d'historiens, de savants, qui se sont formés dans le pays même, étendent tous les jours le domaine de la littérature et de la science roumaines, et jettent un vif éclat sur le règne glorieux du premier roi de Roumanie. L'héroïsme déployé par nos soldats pendant la dernière campagne de Bulgarie a montré à l'Europe que nous ne sommes pas des descendants dégénérés de la grande nation dont nous tirons notre origine ; 1 état actuel de notre culture intellectuelle, de plus en plus florissante, doit également prouver au monde civilisé que nous avons hérité non seulement

(i) Voyez, à la fin de ce premier volume, la liste de toutes les thèses de doctorat soutenues par des Roumains devant les différentes Facultés de Paris.

des qualités guerrières de nos premiers ancêtres, mais encore de leur goût et de leur amour pour toutes les formes de la pensée et pour toutes les manifestations de l'esprit.

Comme nous l'écrivions déjà en 1889, « le mérite If de tout ce que nous avons accompli de grand et de

V durable revient sans doute en premier lieu à la na- ^ tion roumaine ; mais il est incontestable aussi qu'une ^ bonne part en est due au prince éclairé et valeureux ^ que nous nous sommes librement donné pour chef n et qui, en nous consacrant depuis vingt-trois ans r^ (vingt-neuf ans aujourd'hui) toute l'énergie de son

V intelligence et de son activité, a justifié, et au delà, 9' les belles espérances que nous avait fait concevoir

^ son élection...

yy L'histoire, qui juge avec impartialité les hommes

V et les choses; l'histoire, qui plane majestueusement ^ au-dessus des misérables passions qui nous agitent y* et des rivalités mesquines qui nous divisent, dira un » jour tout ce que la Roumanie doit au roi Charles I^"" ; •» elle le montrera, dans les plaines de Bulgarie, s'exr* posant bravement au péril, et conduisant lui-même » ses troupes à la victoire; elle le montrera, dans son n palais de Bucarest, ou dans son magnifique château n de Sinaia, travaillant sans relâche avec ses ministres « à l'accroissement des forces du pays, à la réorganisa- -^ tion de l'armée, à la prospérité du peuple, à l'amé- 19 lioration du sort du laboureur; favorisant les arts, »» les lettres et les sciences; encourageant par des fonr» dations considérables le zèle de la jeunesse universir> taire ainsi que les travaux des Académies et des say* vants; présidant à la restauration de nos monu- -^ ments historiques et religieux, remplissant constitu- » tionnellement ses devoirs de Souverain et donnant

« enfin sur le trône l'exemple de toutes les vertus pri- » vées et domestiques (i). »

Nous sommes heureux de saisir cette occasion de remercier Sa Majesté le Roi Charles I*', notre Auguste Souverain, d avoir daigné accepter la dédicace du présent ouvrage, et d'avoir donné ainsi à l'un de Ses plus fidèles sujets et de Ses plus anciens serviteurs un nouveau gage de la haute bienveillance dont Sa Majesté a toujours honoré les écrivains roumains.

Il nous reste à dire quelques mots de la façon dont nous avons arrêté le plan de notre travail ainsi que de celle dont nous l'avons exécuté.

Notre ouvrage comprendra deux volumes, dont le premier est presque exclusivement consacré aux écrits sur la Roumanie, imprimés ou publiés en France, au Xix^ siècle, ainsi qu'aux œuvres françaises d'auteurs roumains, parues en France, pendant la même période, c'est-à-dire de 1801 à la fin de 1894.

Néanmoins, pour répondre au désir qui nous a été exprimé par quelques bibliophiles et par quelques savants français qui s'intéressent à l'histoire de notre pays, nous avons cru devoir donner, à la tête de ce premier volume, la liste des principaux ouvrages relatifs à la Roumanie et aux pays roumains, ou bien écrits par des Roumains, et imprimés ou publiés en France avant 1800. Nous nous sommes borné, pour ce premier chapitre de notre Bibliographie, à l'indication des travaux les plus importants, et aussi les plus spéciaux, en laissant de côté toutes les Histoires générales ou particulières de Turquie, de Russie, de Hongrie, de Pologne, de Suède, etc., etc., dans lesquelles il est con-

(i) La Question dynastique en Roumanie, pp. 48 à 51 ; voyez notre n** 358.

stamment question des provinces moldo-valaques, mais dont la seule énumération aurait rempli plusieurs feuilles de ce volume. Notre sujet étant strictement limité à la Bibliographie franco-roumaine DU XIX* SIÈ- CLE, nous espérons qu on se montrera d'autant plus indulgent pour les omissions et les lacunes que renferme ce premier chapitre de notre ouvrage que nous proposons d'entreprendre plus tard une Bibliographie fr an ce-roumaine du xvi® au xviii" siècles. Ainsi que nous le disons plus loin à la page 1 1 , le catalogue des ouvrages français antérieurs à 1800, lesquels, sans traiter spécialement de la Roumanie et des pays roumains, contiennent des passages plus ou moins longs, plus ou moins importants concernant l'histoire roumaine, pourrait être très facilement étendu : M. Jonnesco-Gion, auteur d'une savante étude écrite en roumain sur les relations de Louis XIV et de Constantin Brancovano (1), a cité, dans son livre, un grand nombre de ces ouvrages, et, encore une fois, nous avons l'intention, si nous y sommes encouragé par l'accueil que nos compatriotes voudront bien faire à ce premier essai, de donner nous-même, dans un travail spécial, la liste détaillée de ces écrits.

En ce qui concerne le xix" siècle, voici comment nous avons divisé notre matière :

A) Principaux ouvrages relatifs à la Roumanie et aux pays roumains imprimés ou publiés en France depuis le commencement du siècle jusquà la fin de 1894 fn"^ 1 à 392). On trouvera, parmi ces ouvrages, quelques travaux qui n'ont pas été imprimés en France; nous nous sommes borné à les mentionner, nous ré-

(i) Bucarest y 1884, în-8<», de 444 pp. — Cf. l'ouvrage roumain du même auteur, intitulé : Din istoria Fanariotxllor {Bucarest, Socec, i8çi, in-iS.)

servant de les décrire plus longuement dans notre tome II.

B) Ouvrages qui, sans être spécialement consacrés à la Roumanie^ contiennent des passages concernant ou intéressant rhistoire^ la géographie, la littérature^ la religion, etc., des propinces roumaines (imprimés ou publiés en France au XIX" siècle). Comme pour la partie antérieure au xix* siècle, nous avons volontairement omis de citer toutes les Histoires générales ou spéciales, dans lesquelles il est accessoirement question de notre pays .Nous avons fait néanmoins une exception pour les relations des principales guerres qui, au xix*" siècle, ont eu pour théâtre la Roumanie ou les provinces d origine roumaine (guerre de 1828-1829— guerres de 1848-1849, en Transylvanie — de i853-i855 — de 1877-1878). On trouvera également, dans ce chapitre, rindication des principaux livres jaunes (Documents diplomatiques) publiés par le ministère des Affaires étrangères de France dans la question des Principautés; — des ouvrages sur le Congrès de Paris et le traité de Berlin; — des publications relatives aux origines de rhistoire roumaine (Études sur l'empereur Trajan; guerres de Dacie; Colonne trajane, etc., etc.); — des travaux philologiques intéressant la langue roumaine (comme les Grammaires des langues romanes, de Diez et de W. Meyer) ; — des Guides consacrés aux États du Danube, etc., etc

Quant aux innombrables brochures sur la question d Orient, lesquelles renferment presque toutes, surtout pour la période qui s'étend entre 1840 et 1880, des parties concernant la Roumanie, elles feront l'objet d'un chapitre spécial de notre second volume. En effet, il eût été fort difficile de distinguer, parmi ces

brochures, quelles sont celles qui se rapportent d'une façon plus spéciale aux Principautés de Valachie et de Moldavie, et nous nous serions exposé, en essayant d'établir cette distinction, à être ou trop prolixe, ou trop incomplet. Nous avons pensé que nos lecteurs préféreraient trouver, sous une rubrique spéciale, l'ensemble des écrits relatifs à cette question d'une si grande importance pour l'histoire contemporaine de la Roumanie. Néanmoins, nous avons indiqué, dans ce tome premier, celles de ces publications qui, par leur intitulé, se rattachent plus directement à notre sujet.

C) Œuvres françaises d auteurs roumains, imprimées ou publiées en France au xix« siècle (à l'exception des ouvrages politiques écrits en français par nos compatriotes, et qui sont décrits dans les chapitres II et III de ce tome I«r).

D) Thèses de doctorat soutenues par des Roumains devant les Facultés de droit, des lettres^ des sciences et de médecine en France.

On sait que la plupart de ces thèses constituent des travaux sérieux, importants, et dont quelques-uns font autorité dans le monde savant. Il nous a semblé d'autant plus utile d'en dresser le catalogue qu'il pourra fournir quelques indications précises pour la biographie de nos principaux hommes d'Etat, de nos jurisconsultes, de nos praticiens, de nos savants. Nous n'avons pu nous procurer, jusqu'au moment où s'imprime cette Préface et où va paraître ce premier volume, la liste complète des thèses de doctorat en médecine soutenues par des Roumains devant les Fa-

cultes de Bordeaux, Lille, Lyon, Montpellier, et Nancy. Nous donnerons cette liste en tête de notre tome deuxième, qui contiendra en outre : i° la Bibliographie de tous les ouvrages sur la Roumanie écrits en français, et imprimés ou publiés ailleurs quen France ; 2" lindication des principaux articles consacrés par les périodiques français aux Provinces danubiennes et aux autres pays roumains ; 3<^ une Bibliographie de la question dOrient.

Nous ne saurions assez remercier M. l'administrateur général de la Bibliothèque Nationale de Paris, ainsi que MM. les conservateurs du département des Imprimés, de la libéralité avec laquelle ils ont bien voulu nous ouvrir leurs précieuses collections. Ils nous avaient habitué depuis longtemps à une obligeance et à un empressement que nous ne sommes jamais parvenu à lasser. C'est grâce au concours bienveillant qu'ils nous ont constamment prêté, et dont notre éloignement de Paris augmentait encore les difficultés et le mérite, que nous avons pu avoir entre les mains la majeure partie des ouvrages que nous avons décrits et indiquer leur cote à la Bibliothèque Nationale. Que MM. Léopold Delisle, Marchai et Blanchet — ce dernier surtout, qui a été pour nous un véritable collaborateur — reçoivent ici la nouvelle expression de toute notre reconnaissance.

Nous devons également des remercîmentsà MM. les conservateurs de la Bibliothèque royale de Bruxelles; à MM. les doyens et secrétaires des Facultés de Paris et d'Aix; à notre éminent collègue, S. E. Carat héodory-Effendi, envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire de S. M. le Sultan à Bruxelles ; à M.deKou-

— xLni

driaffsky, conseiller de la Légation impériale de Russie en Belgique; à M. Girard de Rialle, directeur des archives au ministère des Affaires étrangères de France ; à M. le général Pencovici, délégué de la Roumanie à la Commission européenne du Danube; à M. Raffet, conservateur du département des Estampes, à la Bibliothèque Nationale ; enfin à notre excellent ami et ancien collaborateur, M. Emile Picot, qui tous ont bien voulu s'intéresser à notre publication et nous faciliter les moyens de la mener à bonne fin. Notre vœu le plus cher serait de la voir appelée à rendre quelques services aux travailleurs roumains et français : nous ne regretterions aucun des efforts qu elle nous a coûté si nous avions réussi à atteindre, même imparfaitement, ce but.

Bruxelles j i5 mai iSgS.

Georges Bengesco.

DU

XIX^ SIÈCLE

PRINCIPAUX OUVRAGES RELATIFS A LA ROUMANIE ET AUX PAYS ROUMAINS OU ÉCRITS PAR DES ROUMAINS, IMPRIMÉS OU PUBLIÉS EN FRANCE AVANT i8oD.

I — La grand Victoire du tresillustre Roy de Poloine contre Veyuode duc de Muldauie, tributaire et subiect au grand Turc, faicte le XXII iour daoust, lan mil cinq cens trète et vng, translatée de latin en françois. Imprimée a Paris a lescu deBasle, lan MDXXXI, la quatorziesme de Nouembre; in-4° goth.de 4 ff., dont le dernier est blanc au v°.

On lit à la fin : Donné à Bruxelles en la cour de l'Empereur, le XXIII de septembre Tan mil cinq cens trente cinq (Brunel, II, 1699). — Dans la Table du Manuel (t. VI, p. 1571) on donne à cet in-4° la date de 1536 (No 27,835).

Celte pièce, écrite à Toccasion de la victoire remportée sur Pierre Rares par l'hetman Tamowski, commandant les troupes de Pologne, est fort rare. Nous ne Tavons pas trouvée à la Bibliothèque Nationale. Les auteurs du Supplémm^au Manuel (I, 562) disent qu'elle faisait partie d'un recueil de pièces gothiques vendu 161 francs chez M. de Bure, en 1834 (n*» 2665).

Voyez dans Texcellente édition que notre savant collaborateur, M. Emile Picot, a donnée de la Chronique de Moldavie, de Grégoire Urechi {Paris, Leroux, 1878, pp. 29 ^ et suiv.), les titres de différentes autres pièces publiées à l'occasion de la victoire des Polonais. — Ces pièces, dont la plupart sont en latin, n'ont pas été imprimées en France,

IL — Vn brief et vray Récit de la prinse de Terouane et Hedin auec la bataille faitte à Renti et de tous les actes mémorables faits depuis deus ans en ça, entre les gens de l'Empereur et les François.

Par Jaques Basilic Marchet, Signeur fsicjdt Samos. Anvers, Christofle Plantin, 1555, in-8°.

Sur cet ouvrage du despote Jacques Héraclide, voyez la division : Œuvres françaises d'auteurs roumains, année 1555.

IIL — Discours de ce qui s'est passé en Transylvanie, de l'union des Princes de Moldauye et Duc de Valachie avec le Vvaiuode pour la deffence de la Chrestienté contre le Turc. A Lyon, par Thibaud Anceltn, imprimeur du Roy. MDXCV, in-8* de 15 pp. (Bibliothèque de Dresde.)

« Ce discours a esté apporté à Pragues par un courrier de Transylva- «r nie, le 24 juingmil cinq cent nonante cinq ». Il y a une édition de Paris^ 1595, in-S*» de 16 pp.

(Note communiquée par M. E. Picot.)

IV. -- Discours au vray des sainctes cérémonies faictes à Rome pour la Reconciliation et Bénédiction du Roy. Auec vn autre Discours de la route de Synam Bassà : Et de la Copie d'vné lettre escripte par l'Empereur des Turcs au Prince de Transyluanie. Le tout fidèlement traduict d'italien en françoys sur les Copies imprimées à Rome Se Viterbe.

A Lyon, Par Jean Pillehotte, 1596. Auec permission. In-8 de 93 pp.

(Note communiquée par le même.)

V . — Histoire généralle des troubles de Hongrie et Transilvanîe contenant la pitoyable perte et ruyne de ces royaumes et des guerres advenues de ce temps en iceux contre les Chrestiens et les Turcs avec les furieuses rencontres des deux armées en

divers temps; le succès d'icelles, changements d'États et gouvernements, sièges de villes, assauts généraux, places assaillies prises et reprises et defFences d'icelles. Divisée en deux tomes.

Par Mart. Fumée, sieur de Genille, chevalier de Tordre du Roy.

Paris, Robert Fouet, i6d8, in-4*» de 6 ff., 1054 pp. et la Table. Plans. (IX livres. - Bibl. N»*^ M. 6150 et 6151.)

La première édition est de 1595 (Paris, L. Sonnius, in-8<» de 4 ff., 370 pp., plus la TabU et le Privilège. Bibl. N" M. 16,979.)

Traduit en anglais en 1600. Londres^ in-folio (voyez le Catalogue de la ville de Bordeaux, n^ 4232).

VL — Histoire sommaire des choses plus mémorables aduenues aux derniers troubles de Moldauie. Où sont descrites plusieurs batailles gaignées tant par les princes poJonois que par les Turcs etTartares. Ensemble Teuasion admirable du prince Correcky des Tours noires du grand Turc, par l'invention et assistance d'vn Parisien. Composée par M. I. B. A. en P. sur les mémoires de Charles de loppecourt, gentilhomme lorrain qui portait les armes durant ces troubles à la suitte des princes polonois. Paris, Toussainct du Bray. MDCXX, in-8° de 12 ff., 374 pp. et 9 ff. non. chiff. (Bibl. N^« M. 17,266.)

• Les ff. lim., dit M. Emile Picot, comprennent le titre, une épître : A

• Monseigneur, Monseigneur le comte de Chombert, chevalier des ordres ■ du roy, gouverneur et lieutenant général pour Sa Majesté es païs de

• haute et basse Marche, etc., • épître signée : J. Baret ; un avis « Au

• Lecteur »; cinq distiques latins de Nancel; une épigramme latine de » Louis d'Orléans (anno aetatis 74) ; la Version du premier épigramme (en » quatre quatrains) par J. B. (J. Baret); un Sonnet de B. L. R.; des » Stances d' Ant.de Courgenay; une Odeàç, Nervèze, VExtraict du Privi-

■ Uge,

■ Le privilège, daté du 7 août 1620, est accordé pour dix ans à Tous- » sainct Du Bray, marchand libraire juré à Paris. Le nom de l'auteur y est » cité en toutes lettres, comme à la fin de Tépître : « J. Baret, advocat au

> parlement. »

» Les pp. 372-374 contiennent une ode latine « Ad illustrissimum » invictissimumque principem Correckium a Correck. » Les 9 ff. qui ter-

■ minent le volume sont occupés par le Sommaire des chapitres. Baret » nous apprend dans son avis « Au Lecteur » qu'il rencontra chez un ami » un gentilhomme lorrain qui fit part à la société des événements dont il » avait été témoin en Moldavie et à Constantinople, de 1608 à 1619, ^* • que le maître de la maison demanda audit gentilhomme d'écrire cette

> histoire. Celui-ci, s'ezcusant sur son peu d'habitude à manier la plume.

consentit à fournir des matériaux que Baret mit en œuvre à la prière de leur ami commun.

» Le récit de Baret commence à la mort de Jérémie Movila (i6oS) et retrace la lutte qui s'engagea entre son fils Constantin et un rival que les uns font fils de Jean-le-Cruel et les autres, fils d'Aaron, Etienne Tomsa (1612).

> L'auteur nous donne ensuite de longs détails sur Parrivée au pouvoir d* Alexandre Movila, frère de Constantin (octobre 161$), sur le retour oflfensif d'Etienne Tomsa et sa disgrâce, sur la fin misérable de la veuve et des deux fils survivants de Jérémie Movila, et sur Tavènement du prince valaque Radu, fils de Mihnea (1616). La partie la plus attachante de la relation est l'histoire du prince Korecki, dernier gendre de Jérémie Movila, qui, après avoir fait des prodiges de valeur, tomba entre les mains des Turcs, et parvint à recouvrer sa liberté dans les circonstances les plus romanesques.

» A part quelques erreurs de noms et de dates, les feits racontés par Baret sont d'une parfaite exactitude, et permettent de rectifier sur un grand nombre de points la chronique de Miron Costin. » M. Papiu Ilarianu a donné dans son Tesauru de monununte isiorice pentru Romania (il — Bucuresciy 1863, in-4** — , pp. 1-136) une réimpression complète de V Histoire des troubles de Moldavie, accompagnée d'une traduction roumaine. »

(Catalogue des livres composant la bibliothèque de feu M. le baron James d^ Rothschild, t. III* ; Paris, Morgand, 1895, p. 217; n° 2429.)

VIL — La grande et signalée victoire obtenue par S. Simundus, roi de Pologne, contre Tarmée d'Ottoman, empereur des Turcs en la Valachie, où ont été deffaits cent mille Turcs et Tartares, etc. Jouxte la copie d'Anvers, 1621. pet. in-8*».

Pièce citée par Denis et Pinçon (Nouveau manuel de bibliographie universelle, Paris, 1857, gr. in-8", p. 611). — Ne se trouve pas à la Bibliothèque Nationale (i).

VIIL — Recueil des pièces choisies extraites sur les originaux de la négociation de M. de Germigny, de Chalon-sur-Saône.

(i) M. Jarcu, dans sa Bibliografia chronolocica romana (a* édition, Bueur^sa, 1873» P*. in^, p. 3), dit que l'ouvrage de Georges Codinus, surnommé Curopalate, sur les charges de l'Eglise et de la cour de Constantinople renferme des détails concernant les métropolitains de Valachie, de Moldavie et de Transylvanie. Nous avons parcooru attentivement cet écrit, qui a pour titre : De officiis magnée Ecclesije et aul^ CoNSTANTiNOPOLiTANiC... LIBER (éd. Goar, Paris, Imp. royale, 1648, in-folio — Bibl. N^'i J» 797)» ^t "*>"^ "'y avons rien trouvé qui confirme les assertions de M. Jarcu.

Imprimée Lyon et se vend à Chalon-sur-Saône chez Pierre Cussei, lôSi, in-4° de 5 ff. et 132 pp., plus les Tables.

Ce Recueil se trouve relié, dans Texeipplaire de la Bibliothèque Nationale de Paris (Lk 7, 1728). à la fin du tome I" de TIllustre Orbakdale, ou l'histoire ancienne et moderne de la ville et cité de Chalon-sur- Saône, ETC., ETC. Imp. à Lyon, et se vend à Chalon-sur-Saône, chei P. Cusset, 1662, 2 vol. in-4<». (Par Léonard Bertaud ou Berthault et Pierre Cusset, d'après le P. Lelong.) — Le Recueil des pièces choisies, etc., est précédé de l'Eloge de M. de Germigny, baron de Germoles.

Les pièces intéressant la Roumanie, et extraites de ce recueil, ont été reproduites :

i^ Dans les Négociations de la France dans le Levant, par Charrière (Paris, Imp. Nationale, 1848 et ann. suiv. ; voyez plus loin) ;

2« Dans les Documente privitoare la istoria Romanilor. Supplément I, vol. I (Bucuresci, 1886), pp. 46, 48, 49, 52, 53, 54, 59, 61, 64, 65, 67-71, 76-92.

Voyez dans ces mêmes Documente {ihid., p. 99), le passage d'une lettre de Henri III à son ambassadeur à Constantinople, de Lancosrae, relative iux créanciers de Pierre Cercel.

Cette I^//r^ est extraite ait V Instruction et lettres de Vamhassade du sieur de Lancosme, ambassadeur en Levant, pour le roi Henry III, Van ijSf. (Ministère des Affaires étrangères de France, Turquie, v. II, 342.)

IX. — Origines et occasus Transsylvanorum, seu erutae nationis transsylvaniae earumque ultimi temporis revolutiones historica narratione breviter comprehensae.

Authore Laurentio Toppeltino de Medgyes.

Lugduni Hor. Boissat et Georg. Remeus, 1669, in-12. de 12 ff. non chiff, 242 pp et V Index ; figg.

(Bibl. N'« M. 17, 116.)

X, — La perpétuité de la foy de l'Église catholique touchant rEucharistie, deffendue contre le livre du sieur Claude, ministre de Charenton (par Antoine Arnauld et Pierre Nicole), Paris, Savreux, 1669, 3 vol. in-40. (Bibl. N^*, D. 6002.)

On trouve, au tome I de cet ouvrage, le traité latin de Nicolas Milesco (plus connu chez les Russes sous le nom de Spatar), traité qui a pour titre : « Enchiridiôn,sive Stella orientalis occidentali splendens, id est sensus Ecclesia orientalis, scilicet graca,de transubstantiatione corporis Domini aliisque controversis, a Kicolao Spadario (sic), Moldavolacone, barone ac oliin generali Wal-

lachia, conscriptum, HoîmiiC, anno 1667, mens. febr. (livre XII, p. 50). Sur les circonstances dans lesquelles Nicolas Milesco fut amené à composer cet écrit, voyez la Notice biographique et bibliographique sur Nicolas Spatar Milescu etc., par M. Emile Picot. Paris, Leroux, 1883, gr. in-8', pp. 12-15.— Nicolas Milescu, né vers 1625, dans le district de Vasluiu en Moldavie, habita successivement le Brandebourg, la Poméranie, la Suède et la Russie et fat chargé, en 1674, par le czar Alexis Milhailovici d'une ambassade en Chine. (Voyez les n*" XI et XII.) Il mourut en 1714, après avoir joui d'un grand crédit à la cour de Pierre-le-Grand.

XL — Voyages en divers États d'Europe et d'Asie entrepris pour découvrir un nouveau chemin à la Chine, contenant plusieurs remarques curieuses de physique, de géographie, d'hydrographie et d'histoire. Avec une description de la grande Tartarie et des peuples qui l'habitent. Parts, Barbin, Boudot et Josse 1692, in-4° de 10 ff. non chifF., 406 pp. et 13 ff. non chifT. (Bibl. N»« G. 5251.) Portrait (de Stanislas Jablonowski) ; figg. ; carte, etc.

(Par le P. Philippe Avril.)

Le livre cinquième de cet ouvrage (pp. 523-382) est consacré au Voyage DE Moldavie, qui a été réimprimé par M. Papiu Ilarianu dans son Tesauni de monumettte istorice, t. III, pp. 183 et sq. Cf. H3i\dçu, Archiva istorica a Romdniei (Bucuresci, 1865, 1, II, 12).

Le Père Avril parle dans son livre (p. 173) du voyage de Nicolas Milesco en Chine. (Voyez ci-dessus le n° X.)

n existe des Voyages en divers États d'Europe et d'Asie, etc., une édition avec le nom de Jean Boudot (seul), et le millésime 1693, in- 12 de 14 fF. (y compris un frontispice gravé), 342 pp. et i p. non chiflE Fiig. (Collection Koudriaffsky.) — Le Voyage de Moldavie est aux pp. 271-321.

XII. — Relation curieuse et nouvelle de Moscovie contenant l'état présent de cet empire, les expéditions des Moscovites en Crimée en 1689^ les causes des dernières révolutions, leurs mœurs et leur religion, le récit d'un voyage de Spatarus par terre à la Chine. Parts, Aubouyn et Clouzier, 1698, in-12 de 8 ff. non chiff. 231 pp., plus la Table et le Privilège. (Bibl. N^« M. 17,628.) (Par de La Neuville.)

P. 206, Recueil des coitver salions de Spatarus sur le voyage et commerce de la Chine.

Autre édition :

La Haye, 1699, in- 12. (Bibl. N*% M. 17,630.)

Traductions :

a) Néerlandaises : Tyel, 1699, "^-8<». — Utrecht, 1707, in-S*».

b) Anglaise: Londres, 1705, in-8** (dans le tome II de la collection des Voy agrès de John Harris).

Le récit du voyage de Nicolas Milesco (Spatarus) en Chine, par de La Neuville, a été souvent réimprimé (voyez Hajdeu, Archiva istorica,etc., 1, 1, 137-139; — Legrand, BiBLioTHÉauE grecqjlje vulgaire, III, XXXIX- XLIJ; — Picot, Notice BiBLiooRAPHiauE et BioGRAPHiauE sur Nicolas Spatar Milesco, etc.; pp. 26-28).

Nous avons dit plus haut (n* XI) que le P. Avril, dans ses Voyages en divers États d'Europe, parle du voyage de Milesco en Chine.

Sur les autres écrits de Nicolas Milesco, lesquels, n'ayant pas été imprimés en France, ne sont pas de notre sujet, voyez la Bibliographie de M. Emile Picot, à la fin de sa Notice, pp. 43 et sq.

XIIL — Histoire du prince Ragotzi ou la guerre des mécontents sous son commandement. Paris, Claude Cellier ^ 1707, in-12 de 4 flF., 434 pp. et Y Approbation, (Bibl. Nï« M. 17,107 et 27,488.)

Autre édition :

Cassovie, Lancelot, 1707, in-12 de 6 ff. et 546 pp. Portrait. (Jbid., M. 17,106.)

XIV. — Histoire du ministère du cardinal Martinusius, archevêque de Strigonie, primat et régent du royaume de Hongrie, avec l'origine des guerres de ce royaume et de celles de la Transylvanie. Paris, 0« des libraires associés, 1715, in-12 de 24 ff. non chiff. et 466 pp. (Bibl. N'» M. 17,045.)

Dédiée à S. A. S. Mgr. le prince Ragotzki, prince souverain de Transylvanie.

(Par Antoine Bechet, chanoine d'Uzès.)

Le Catalogue de la ville de Bordeaux indique une autre édition de la même année et du même format, avec le nom du libraire F. Delaulne (p? 4241).

XV. — Mémoires historiques du comte Betlem Niklos, contenant les divers troubles de Transylvanie (par Dom Révérend —

terminé et publié par Le Coq de Villeray). Amsterdam Jean Swart (Rouen) 1736, 2 parties in-12 de 3 ff. et 344 pp. (t. I) ; de I f. et 189 pp. (t. Il; Bibl. N^» M. 17125-26).

Portrait du comte Michel Teckelii (sic), chef des rebelles mécontents de Hongrie.

XVI. — Clef historique et géographique de la Hongrie, Transylvanie, Turquie, Moldavie, Crimée, Valachie, etc., Paris, 1738, in-i2.

Nous avons trouvé Tindication de ce volume, que nous n'avons pas réussi ù voir, dans le Catalogue de la section des Russica de la Bibliothèque impériale de Saint-Pétersbourg {St-Pétersbour^, 1873, 2 vol. in-8^; C. 785).

XVII. — Constitution faite par S. A. Mr. le prince Constantin Maurocordato, prince des deux Valachies et de Moldavie, le 7 février 1740, portant suppression de plusieurs impositions onéreuses aux habitants de la Valachie et prescrivant plusieurs règles utiles au gouvernement de cette province.

Imprimée dans le Mercure de France de juillet 1742, pp. 1 506-1 525. Voyez dans notre tome II la division : Extraits ues principaux

PÉRIODiaUES FRANÇAIS.

C'est à Constantin Mavrocordato queTabbéGuyot-DesfontaineSjle célèbre ennemi de Voltaire, a dédié sa traduction des Œuvres de Virgile (Paris, Quillau, 1745, 4 vol. in -80, Ji^g. et portrait du prince Const. Mavrocordato.) Dans cette dédicace, adressée à A Son Altesse Sérénissime Constantin Mauro- Cordato, despote des deux Valachies et de Moldavie, Tabbé Desfontaines, après avoir loué « l'amour du prince pour les lettres, son génie, son érudition, son » goût, l'estime qu'il fait des bons écrivains français..., enfin son inclination » particulière pour la France, l'appelle : précieux rejeton de Mpogdan » (Bogdan) et de Dragus, princes des Valachies et de Moldaxde dans le milieu » du XIV» siècle, dont la glorieuse postérité a toujours régné sur ces grandes » provinces sans aucune interruption... » On voit, d'après ce passage, combien l'histoire roumaine était encore mal connue, en France, au xviii* siècle. — Sathas, dans ses Biographies (en grec; Athènes, 1868, p. 389), cite un ouvrage d'Alexandre Mavrocordato publié en français par Pétis de La Croix dans son État de P empire ottoman, 1696. — Nous ne connaissons pas cet ouvrage de Pétis de La Croix ; et d'ailleurs, Alexandre Mavrocordato (père du premier prince phanariote, Nicolas Mavrocordato) n'a jamais régné en Roumanie.

XVIIÏ. — Histoire de l'empire ottoman, où se voient les causes de son agrandissement et de sa décadence, avec des notes très instructives.

Par S.A. S. Demetrius Cantimir, prince de Moldavie. Traduite en français par M. de Joncquières, commandeur, chanoine régulier de Tordre hospitalier du Saint-Esprit de Montpellier. Paris, Huart, 1743, 2 tomes in-4° de 4 ff. non chifF., XLVIII et 300 pp. (t I); de 2 ff. non chiff., 3^9 pp., plus V Approbation et le Privilège (t. II).

QjLiérard (JLa France littéraire, II, 43) cite une édition avec le nom de NyonJUs, Paris, 1743, 4 vol. in- 12. Il ajoute que THistoire de Cantemir, traduite par de Joncquières, a été publiée par le P. Desmolets.

L'original latin est resté manuscrit, et la traduction française de 1743 a été faite d'après la traduction anglaise de M. Tyndal (History ofthe Growth and Decay ofthe Othman Empire. Translated from the Latin. Lon^ i<»i,i734-5, in-folio).

XIX. — Satyres du prince Cantemir. Traduites du russe en français. Avec rhistoire de sa vie. Londres, J. Nourse, 1749, in-8° de 432 pp. — Jbid», id., 1750, 2 part. in-i2 de 8 ff. non chiff. cxui et 245 pp. (Bibl. N^« Ym. 158 et 159-60).

Avec cette épigraphe :

et asper Incolumi graviiate jocum tentavit\ eo quod Illecebris erat et grata novitate morandus Lector,

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