‹ Bibliographie méthodique et raisonnée des beaux-artsChapitre 98 sur 125 · LES LETTRES ET LA SCIENCE · texte numérisé non relu

LES LETTRES ET LA SCIENCE

821. DUBOS (l’abbé J. -B.), membre de l’Acad. franc. Réflexions critiques sur la Poésie et la Peinture. — Paris, 1719, 2 vol. in-12 (10 a 15 fr.) ; — ibid.,\ 732, 2 vol. in-12 ; — ibid ., 1733, 3 vol in-12; — Utrecht, 1732-36, 3 voi. in-8; — 4e édition, Paris, 1740, 3 vol. in-12; — 5e édit., ibid., 1751, 3 vol. in-8; — 6e édit., ibid., 1755, 3 vol. pet. in-4, fig. (4 à 8 fr.), ou 3 vol. in-12; — trad. en angl. par Th. Nugent, sur la 5e éd. (?); Londres, 1748, 3 vol. in-8; — trad. en allem. (par G.-B. Funk); Copenhague, 1760-61, 3 vol. in-8; — autre trad.; Breslau, 1768, 3 vol. in-8.

Six éditions en français, une en anglais, deux en langue allemande, en tout neuf éditions, nous donnent la mesure du succès et de la célébrité du livre de l’abbé Dubos. « Ce livre, dit Voltaire, a dans son Siècle de Louis XI F, est le plus utile « qu’on ait écrit sur ces matières chez aucune « des nations de l’Europe. Ce qui fait la bonté de « cet ouvrage, c’est qu’il n’y a pas d’erreurs, et « beaucoup de réflexions vraies, nouvelles et « profondes. Ce n’est pas un livre méthodique, « mais l’auteur pense et il fait penser. » Cet éloge aujourd’hui paraît exagéré. La critique moderne dans sa large indépendance a laissé bien loin derrière elle l’esthétique du doux abbé. On se demande toutefois si l’Allemagne ne lui a pas emprunté l’idée fondamentale d’un de ses meilleurs livres, de celui qui a contribué à lui rendre son indépendance intellectuelle. Avant Lessing, avant son Laocoon , l’abbé Dubos avait déjà cherché qu’elles étaient les limites respectives de la poésie et de la peinture. « Il est, dit-il (t. 1er, sect. xiii, 6e éd.) des sujets plus avantageux pour les poètes que pour les peintres. » Nous trouvons là, comme on le voit, le germe d’une idée développée par Lessing avec une rare sagacité. Quand Lessing publia son livre, celui de l’abbé Dubos était depuis quarante ans connu de toute l’Europe. Pourquoi n’en a-t-il pas parlé? Une idée aussi conforme aux siennes et qui battait en brèche la brillante antithèse de Simonide : « la peinture est une poésie muette, et la poésie une peinture parlante » , cette idée devait le frapper. Serait-ce parce qu’il se laissait aller déjà à ce parti pris, à cet esprit d’exclusion que témoigne l’Allemagne d’aujourd’hui et qui fausse ses jugements?

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