Généralités
Cette section de l'art français est bien maigre! si maigre que nous sornrne.s obligi';s de signaler ici les causes de cette déplorable stérilil»'.
Il y a cinquante ans, on dédaignait les vieux' monuments de Part français; pour mieux dire, on ne les connaissait pas. Gothique et barbarie, c'était tout un aux yeux d'un Quatreinère de Qnincy. On sait que, dans le siècle dernier, Falconet faisait partir la sculpture française de Pigalle et dePuget. A présent, «'est l'inverse : on est idolâtre du vieil art français; il esta la mode, peutêtre a-t-on raison, car cet art a eu sa grandeur et sa puissance, parfois des qualités charmantes, surtout la sincérité et la naïveté.
Chose étrange! personne jusqu'ici n'a embrassé cet art dans son ensemble; personne n'a entrepris d'écrire l'histoire de notre art national, depuis ses origines jusqu'à nos jours. O honte! ce sont les Allemands qui, dans de fort bons, manuels, nous racontent cette histoire; c'est chez eux que nous sommes condamnés à l'aller chercher !
En pareil cas, que doit faire le bibliographe .î* Rien, si ce n'est d'indiquer les études partielles et les monographies : ce sont les matériaux avec lesquels on construira, sans trop de retard, le grand monument qui manque à la France et qu'il est urgent d'élever. — (Voy. aussi plus haut : Expositions des Beaux-Arts (n»» 914 à 1 208) et plus loin, aux divisions : Architeciuref Peinture, Sculpture, Gravure.)
1365. BRUUN-NEERGAARD (T.-C).
Sur la Situation des Beaux-Aris en France, ou Lettres d'un Danois à son ami. — Paris, 1801, in-8, i90 pp. et pi. grav. (1 à 2 fr.).
1366. HERBE. Histoire des Beaux- Arts en France par les monuments, spécialement de la sculpture et de la peinture, depuis la domination romaine jusqu'à l'époque de la Renaissance. Dessins gravés par Aug. Garnier. — Paris, (1842), in-4, avec 48 pi. gr. s. acier (25 fr.).
1367. LABORDE (le comte [Léon] de), membre de l'Institut. La Renaissance des arts à la cour de France. Etudes sur le seizième siècle. T. 1". Peinture. — Paris, 1850, gr. in-8. = Additions au tome P''. —Paris, 1855, gr. in-8. — Ces 2 vol., publ. au prix de 24 fr., et 30 fr. sur pap. de HoU., se vendent aujourd'hui 120 fr. et plus. (Tiré à 134exempl. dont 26 sur pap. de Holl. et 1 sur pap. vert.)
C'est à ces deux tomes, ou plutôt à un seul, car le second n'est qu'un supplément, que se borne aujourd'hui la publication du feu comte de Laborde. L'ouvrage devait avoir quatre tomes. Le premier, c'est celui que nous possédons avec un supplément, était consacré à la Peinture; le second devait comprendre la Sculpture, le troisième, V Architecture, le quatrième, les if/ <5<««(7es.
Un des principaux caractères de cet ouvrage, c'est d'être écrit sous le coup d'une prévention • xcessive en faveur de la monarchi(î. Le comte de Laborde accepte tout d'elle-, il va même jusqu'à se faire l'apologiste de ses vices il les ex-
HISTOIRE GÉNÉRALE DE L'ART
cusc, il les dcfeiul. Pour lui, il u'y a qu'une forme lie gouvernenienl favorable à la culture des arts, à leurs progrès : c'est la monarchie. Pour bien établir sa thèse, il remonte jusqu'à la fin du moyen âge, c'est-à-dire à Louis XI, passe en revue notre \ieille école de peinture, et nous montre quelle était la place des artistes, à celte date, dans les rangs de la société.
Les rois, les princes, les grands seigneurs, avaientun peintre à leur cour, pendant le moyen âge. A la vérité, ce peintre était confiné dans les derniers ranys de la domesticité; hiérarchiquement, il était au-dessous des palefreniers et des marmiions, parmi les gensde métier. Van-Eyck et Jehan Fouquet furent des gens de métier. Quelques égards, quelques faveurs, mérités par leurs talents, ne les firent pas sortir de cette basse condition ; les préjugés du siècle les condamnèrent à V rester.
Quand les mœurs devinrent moins grossières, les peintres, comme les poètes, montèrent en grade, bien qu'ils restassent toujours fort au-dessous de la maison ecclésiastique ou financière; on en fit des varlcts de chambre : l'un des trois Clouet fut valet de chambre ordinaire du roi. Leurs attributions étaient médiocres : décorer la chambre du seigneur, peindre les selles des chevaux, orner les pàiés, voilà à quoi le plus souvent on employait le talent de l'artiste. Le peintre aurait cessé de l'être, si on n'eût mis son talent à contribution pour les portraits. Le portrait! voilà ce qui devint la sauvegarde des plus beaux talents fort mal employés. Holbeinet les Clouet sont là pour le dire.
Mais l'art français, par bonheur, ne devait pas rester confiné dans cet étroit domaine. Le courant électrique qui traversa le xV siècle devait le porter vers de plus hautes destinées. « Après François Clouet, dit M. de Laborde, l'art du portraitiste fit une halte. » A ce moment, l'activité des a"tistes français recevait un autre aliment. Les officiers domestiqués de Vostel du Boy se trouvèrent attachés aux travaux d'embellissement des maisons royales, soit spécialement, soit occasionnellement : par exemple à 1:« décoration de Fontainebleau ou de Madrid, et l'on sait que ceux d'entre eux qui n'étaient pas portés sur les comptes de Voslel étaient payés au mois, à la semaine, à la journée, comme de simples ouvriers; dépenses portées dans les comptes des bâtiments royaux.
Ce mot, les comptes royaux, nous amène à parler d'un des traits les plus saillants du livre singulier dont j'essaye de donner une idée. Les listes et la publication d'un grand nombre de ces comptes royaux non-seulement nous permettent de voir clair dans les ténèbres de ce temps pour ce qui concerne certains artistes, mais nous autorisent même à revendiquer la part de nos compatriotes, trop longtemps €t injustement attribuée aux artistes italiens, dans les travaux de Fontainebleau. Ainsi, dans ces comptes, on trouve trois ou quatre noms français, et même plus, pour un nom italien; et ne voyez-vous pas là le moyen de rendre à notre vieille école un des titres de sa gloire? ..
Il est regrettable que des recherches si intelligentes, si patientes, dans de poudreux dossiers, soient encore si peu accessibles pour les lecteurs pressés de récolter. Feu Léon de Laborde, si actif, si sagace, a été toute sa vie brouillé avec la méthode. Merveilleusement disposé à parcourir les sentiers peu battus, à faire des découvertes, la surexcitation habituelle de son cerveau l'empêchait de mettre de l'ordre dans ses découvertes. Ardent à entreprendre, il ne savait pas finir. En toute chose, le talent de perfectionner et de mettre la dernière main à l'œuvre lui a manqué.
1368. Archives de l'art français. Recueil de documents inédits relatifs à l'histoire
des arts en France, publié sous la direction de Ph. de Chennevières (et continué, à partir du t. IV, par Anatole de MONTAIGLON). — Paris, 1851-1860, 12 vol. in-8 (60 à 80 fr.). = Deuxième série : publiée sous la direction d'Anatole de Montaiglon. — Paris, Tross, 1861-1866, 2 vol. in-8 (15 à 20 fr.). = Nouvelles Archives de l'art français. Recueil de documents inédits publiés par la Société de l'Histoire de l'art français. — Paris, Baur, 1872 et suiv., in-8. — 20 fr. par an.
« L'histoire des arts, suivant M. de Chenne- • vières, se trouve partout et dans tout, dans les « follicules les plus badins, comme dans les récils « les plus austères. On la trouve dans les églises, « en feuilletant les registres baptismaux et les « comptes de la fabrique; dans les chartriers des « châteaux et dans les livres des bollandistes, « dansles descriptions des archéologues et des an- « ciens historiens de nos villes, dans les préfaces « des grammairiens, dans les recettes des moines « alchimistes, dans l^s sonnets des poètes : elle « est dans tous, elle est partout. »
D'autres documents moins variés, mais d'un caractère plus positif ou tout à faitoffîciel, constituent pour la chronologie et l'histoire de l'art de solides points d'appui : je parle des actes de naissance ou de mort et des testaments d'artistes ; des comptes des rois, princes ou abbés, leurs protecteurs; des marchés conclus entre les artistes et les acquéreurs de leurs œuvres, et les reçus et payements qui s'y rattachent; enfin des documents d'un caractère plus intime, et qui font entrer très-avant dans la vie des artistes, c'est-àdire leur correspondance , offrent à l'histoire de l'art un nouvel élément et des plus précieux.
Oe telles sources d'information, sources si abondantes et si pures, de tels moyens de compléter tant de renseignements incomplets, de rectifier tant d'erreurs chez les écrivains les plus accrédités, devaient tenterle zèle d'une certaineclasse d'érudits : de là, le Carteggio de Gaye, les Memorie originali risguardanti le belle avtU de Gualandi, les Ducs de Bourgogne, du comte Léon de Laborde , etc., etc. Malheureusement, l'histoire de l'art français restait oubliée , et les publications dont nous venons de parler concernaient principalement l'étranger.
C'est afin de combler une lacune fâcheuse pour l'honneur national que M. de Chennevières a entrepris les Archives de l'art français; entreprise d'autant plus délicate, qu'en France la révolution de 1789 a bouleversé nosarchives et surtout celles des établissements publics. Or pour atteindre au but qu'il se proposait, il s'est adressé nonseulement aux chartriers publics, mais aux chartriers particuliers; il s'est fait ouvrir les portefeuilles des amateurs; il s'est adressé aux collectionneurs d'autographes; il a réclamé le concours de ces respectables érudits de province qui fouillent dans les archives municipales et départementales, dans les registres des fabriques, dans les dossiers des notaires, dans les vieux parchemins ; tousont répondu avec empressement à son appel; la plupart lui ont fourni de ces pièces, presque introuvables, qui jettent parfois une si vive lumière sur un point de l'histoire; car, il faut bien le dire, un bon nombre de nos grands artistes sont nés en province, beaucoup y ont vécu, beaucoup sont retournés y mourir, et, de ces mille pièces éparpillées, il est parvenu à former un faisceau.
Ce livre, en réalité, n'est pas un livre; ce n'est pas non plus une revue ; ce sera plutôt un magasin, qui s'est amplement approvisionné pendant