EN FRANCE
plus de vingt années, et qui offre aujourd'hui aux critiques et à tous ceux qui seront tentés d'écrire l'histoire de notre art national des matériaux aussi solides que variés. Déjà, grâce ai:x pièces qu'il publie, non-svulcment nous nous faisons maintenant une idée plus exacte de la condition sociale et de la vie pratique de ces artistes dont les ouvrages sont l'honneur de notre nation, mais nous assistons, pour ainsi dire, à la résurrection de plusieurs légions de peintres et sculpteurs. Leurs œuvres ont disparu, mais leurs noms resteront désormais comme un icmoignage de raideur avec laquelle, avant la Renaissance, et parfaitement alors indépendante de l'Italie , la France artiste travaillait et florissait. (Voy- aussi plus loin, section : Lettres d^artistes , d'amateurs, etc.)
La première série de ce l'ecueil est divisée en deux parties : VAbecedario de Mariette, formant six volumes, et dont je parlerai aux Biographies, et les Documents, qui occupent les six autres volumes.
1369. DUSSIEUX (Louis). Les Artistes français à l'étranger. — Paris, 1852, in-12,160pp.(2 fr.);— nouv. édit.rLes Artistes français à l'étranger. Reclierches sur leurs travaux et sur leur influence en Europe, précédé d'un essai sur les origines et le développement des arts en France. — Paris, 1856, gr. in-8 (5 à 7 fr.). — ( Voir aussi plus haut , no 311.)
Ce livre est excellent. Il est impossible de montrer en moins de mots et avec plus de netteté l'inHuence de la France sur l'art des divers peuples, depuis le moyen âge jusqu'à nos jours. L'auteur combat ces traditions menteuses qui attribuent à des artistes italiens des œuvres toutes françaises, comme le prouve l'étude attentive des actes, des comptes, des manuscrits. « La France, « dit-il, a créé Farchitecture gothique, construit « les plus anciens monuments de FAngleterre, de « l'Espagne, de l'Italie, de la Suède, donné un dé- « veloppement prodigieux à la sculpture monu- « mentale, à la sculpture en bois, à la peinture « sur verre et sur émail, à l'art de la tapisserie. » — Ce livre est une revendication appuyée sur des preuves, et j'ai eu raison de dire qu'il est excellent.
1370. CONCOURT (Edmond et Jules de). L'Art au xviii<^ siècle : Les Saint- Aubin, Watteau, Prudhon, Greuze, Chardin, Fragonard, Debucourt, La Tour, Les Vignettistes : Gravelot-Cochin, Moreau, Eisen, Boucher. — Paris, Dentu, 1859-70, onze monographies séparées, in-4, chacune avec quatre eaux-fortes. — - Publ. au prix de 55 fr., mais se vendent aujourd'hui 200 fr., n'ayant été tirées qu'à 200 ex. — 2'^ édition, revue et augm., sous ce titre :
L'Art au xviii^ siècle : Walteau, Chardin, Boucher, La Tour, Greuze, les Saint-Aubin, Gravelot, Cochin, Eisen, IMoreau, Debucourt, Fragonard, Priidhon. — Paris, Rapilly, 1873-74, 2 vol.
in-8. — 20 fr. sur pap. leiuté ; 30 fr. sur pap. de Holl.
Les auteurs de ce livre sont-ils bien nos contemporains ? n'appartienneiit-ils pas plutôt au
siècle dernier ? Ce siècle, personne ne le conniiît comme eux 1 C'est à croire qu'ils ont vécu dan la plus étroite intimité avec Watteau, Boucher, Chardin, La Tour, Prudhoii, Greuze ou Fragonard. Disons-le, ces biographies-là sont des merveilles des portraits achevés. Mais, quand ou a fermé le livre, quand le charme de cette lecture attrayante est dissipé, on s'aperçoit que la physionomie de l'art du xviiie siècle n'est pas nette dans l'esprit. Quel est le trait caractéristique de cet art? en quoi se distingue-t-il de celui du xviie ou du xix«, du premier coup d'œil. on ne le voit point. Critiques raffinés dans le détail, les auteurs négligent l'ensemble et ne prennent point les choses de haut. Torturer leur prose, pour montrer par quels procédés particuliers chacun des artistes dont ils parlent arrive avec le crayon ou le pinceau à produire certains effets sur le papier ou sur la toile, voilà ce qu'ils ambitionnent. Est-ce de la bonne critique? Non.
1371. PICHAT (Laurent). L'Art et les artistes en France. — Paris , s. d.
(1859), in-16, 188 pp.; — 2«édit., ibid., Pagnerre, s. d. (1861), gr. in-32, Ï88 pp. — 60 c.
1372. HOUSSAYE (Arsène). Histoire de l'art français au xviii® siècle. Coustou, Bouchardon, Houdon, Pigalle, Clodion, Rigaud, Largillière, Watteau, Laucret, Santerre, van Loo, La Tour, Chardin, Greuze, Vernet, Boucher, Fragonard, David, Prudhon, Campra, Rameau, Grétry, etc. — Paris, Pion, 1860, in-8, front."— 6 fr.
Les aventures galantes d'une vingtaine d'artistes méritent-elles le nom d'histoire de l'art français ? On ne sait oîi prendre la vérité dans ces anecdotes racontées d'une façon si romanesque, et qui présentent ceux auxquels on y donne un rôle sous le jour le plus faux. L'admiration dans ce livre est sans choix et sans mesure. L'influence de Watteau sur le siècle est égalée à celle de Voltaire. L'esthétique de l'auteur ne vaut guère mieux ; plus d'écoles, plus de lègles, plus d'études, voilà ce qu'il demande. L'artiste doit pousser seul comme un champignon, s'il est protégé par le bon Dieu. Le style est à l'avenant. Parlant de la sculpture des trois Coustou, l'auteur s'exprime ainsi : « Le marbre devient « chair ; il a tous les frémissements et toutes les « morbidesses des bras et des seins vivants. Ces « femmes, — les filles de marbre de Nicolas H Coustou, — sont les petites-filles pâlies dans la « mollesse des courtisanes lascives qui ont tête « avec les bacchantes aux grappes de l'IUisn sus ; ce sont les pécheresses de la cour de tt Louis XIV et de Louis XV, etc., eic. •
Que dites-vous de cette critique voluptueuse qui fait pensera toute autre chose qu'à la grandeur de l'art ?
1373. RENAN (Ernest). Discours sur l'état des Beaux-Arts en France au quatorzième siècle. (Histoire littéraire de la France, t. xxiv; Paris, 1862, in-4); — 2« édit., à part ; Paris, Michel Lévy, 1865, 2 vol. in-8. — 16 fr.
Ce discours fait suite à un morceau capital de M. Victor Leclerc sur Tétat des lettres au même siècle.
M. Renan a divisé son sujet en deux parties, elles-mêmes subdivisées. Dans la première , il examine la naissance et le développement de ce
HISTOIRE GÉNÉRALE DE L'ART
qu'il nomme l'art profane, c'est-à-dire l'urt qui n'est plus inspiré seulement par l'idée religieuse, l'art qui consent à se prêter aux exigences de la vie mondiune. L'éminenl écrivain expose ensuite la liaison des beaux-arts avec la société d'alors et les événements politiques; il les suit dans les provinces, il énumère les oeuvres qu'ils y ont laissé; il note les inllucnees sous lesquelles ils vivent : influence du clergé, influence des rois, influence des grands seigneurs. 11 dépeint la basse condilion des artistes, considérés comme de simples ouvriers, quand ils n'ont pas le bonheur d'être placés counne domestiques dans la maison (tes grands ; enlin il montre l'art français faisant le tour de l'Europe. « L'influence italienne, dit « M. Renan, ne se fit sentir qu'assez, lard. Ce « n'est que sous Louis XI que la supériorité de « l'Italie en peinture fut reconnue en France, et « qu'on se mit à chercher au-delà des Alpes un « enseignement fécond. »
M. Renan dit, pour conclure, que le xiv* siècle est le moment où l'art, dénué Hepuis plus de cent ans de l'inspiration religieuse, devient vulgaire et laid. Quand le goût reparaît, ce n'est point la vieille tradition nationale qu'il reprend, c'est un autre idéal qu'il poursuit, et de là, le dédain du passé.
J374. VERNEILH (Félix de). L'Art du moyen âge et les causes de sa décadence d'après M. Reuan. — Paris, Didron, 1862, in-4, 31 pp. (Réponse à l'article publié sous ce titre par M. Renan dans la Revue des Deux-Mondes, V juillet 1862.)
Dans cet opuscule fort savant et fort bien fait, mais non extmpt d'aigreur, l'auteur s'attache à réfuter quelques-unes des opinions de M. Renan. Il reconnaît que l'éniinent académicien professe beaucoup de respect pour le moyen âge; il reconnaît encore que M. Renan partage l'opinion trèsfondée de ceux qui admettent que l'architecture ogivale ou gothique est née dans le nord de la France ; mais il ajoute : « N'allez pas croire que « M. r.enan ne commette aucune erreur et qu'il « rend justice complète à l'art chrétien du moyen « âge; avec ses antécédenis et ses tendances, ce « serait trop d'études et de vertu pour une
• fois. »
Félix de Verneilh, mort il y a quelques années, était l'un des soutiens les plus ardents de l'école néo-gothique. C'est bien de lui qu'on pourrait dire qu'il n'avait d'yeux que pour le moyen âge. Il n'a pas compris l'art grec. Lisez ceci : « 11 y a ■ à Paris un chapiteau du farthénon; on trou- « vera qu'il se rapporte presque à l'enfance de
• l'architecture, et que le plus mauvais des mille « chapiteaux de Notre-Dame lui est infiniment « supérieur. » Cela suffit pour le juger.
1375. PERRIER (Ch.). Etudes sur les Beaux-Arts en France et à l'étranger.
—Paris, Hachette, 1863, in-8, portr. — 6fr.
1376. RENOUVIER (Jules). Histoire de l'art pendant la révolution, considéré principalement dans les estampes. Ouvrage posthume. Suivi d'une Etude du même sur J.-B. Greuze; avec une notice biographique et une table par M. Anatole de Montaiglon.- Paris, veuve J. Re-
ouard, 1863, in-8. — 16 fr.
La Révolution a eu un art marqué d'une empreinte profonde, et cependant personne n'a réel-
lement envisagé cet art. Les faits politiques se s-int placés entre lui et les historiens de cette terrib'e époque. Les uns, satisfaits d'une phrase académique—Quatremère de Quincy— ont passé rapidement sur cette terrible époque; les autres, comme Dclécluse, aveuglés par des principos exclusifs, n'ont rien vu. Le comte Léon de Laborde a été plus loin : il a accusé l'esprit révolutionnaire d'avoir tué la poésie elles arts; or c'est contre cette opinion très-répandue que s'est élevé Renouvier. Selon lui, c'est précisément au milieu de la tourmente que l'art s'est renouvelé; c'est là qu'il a su acquérir un idéal inconnu, des types de beautés rajeunies, des réalités plus saisissantes, des conceptions plus vastes, et, pour protester avec plus d'avantage, il a parcouru les faits généraux, les institutions, les concours, les expositions de la République, et passé en revue les artistes qui se sont produits dans les divers genres de gravure. Bien pensé, convenablement écrit, le livre de Renouvier est un excellent livre, et on souhaiterait d'en trouver plus souvent de pareils dans le domaine de la critique d'art.
1377. CHESNEAU (Ernest). L'Art et les artistes modernes en France et en Angleterre. — Paris, Didier, 1864, in-18 j.
— 3 fr. 50.
On trouve dans ce volume les morceaux suivants: L'École française; — la moyenne de l'école française;— l'École' française au Salon de 1853;
— l'ensemble de l'École française ; — la sculpture française ; — Eugène Delacroix.
1378. DELABORDE (le vicomte Henri).
Etudes sur les Beaux-Arts en France et en Italie. — Paris, Renouard, 1864, 2 vol. in-8. — 15 fr.
La peinture en Italie avant le xvie siècle; — les Écoles ilafiennes ei l'Académie de peinture en France; — les Arts et les Lettres à la cour d'Urbin; — Raphaël et les préraphaélites; - les Carraches et leur École; — la Peinture française et son histoire; — la Peinture religieuse en France, etc., etc., tels sont, à peu de chose près, les articles principaux contenus dans ces deux volumes très-intéressants, très-instructifs et qu'il faut avoir lu quand on s'occupe des choses de l'art. Savante et timorée, la plume de M. Delabordo présente le plus parfait contraste avec les plumes légères et étourdies qui ne font qu'effleui^er tons les sujets. Elle va au fond des choses et ne se refuse point les plus longs développements.
1379. CLÉiMElNT (Charles). Études sur les Beaux -Arts en France. — Paris, Michel Lévy, 1865, in-18. — 3 fr.
Toutes les quafités du judicieux critique du Journal des Débats se retrouvent ici : sa diction claire, ses idées saines, ses vues élevées. Poussin, Decamps, Delacroix, H. Flandrin,Gleyre, Meissonier, et les paysagistes contemporains défilent devant lui. Il les reprend à nouveau, il les ausculte et formule son opinion. Assez souvent, on peut être d'un autre avis, mais on reconnaîtra que ses jugements sont bien motivés.