‹ Bibliographie méthodique et raisonnée des beaux-arts. Esthétique et histoire de l'art, archéologie, architecture, sculpture, peinture, gravure, arts, industriels. Accompagnée de tables alphabetiques et analytiquesChapitre 2 sur 167 · VI AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

VI AVANT-PROPOS

vraiment éclairée du grand public. On ne peut plus habile et plus zélée pour le classement des matières scientifiques, l'Allemagne a été moins heureuse toutes les fois qu'elle a tenté de coordonner les ouvrages qui traitent des beaux-arts. En effet, quand on cherche à tracer le tableau de ces études, l'écrivain que l'on rencontre au seuil, Christophe-Théophile Murr, ne nous offre dans sa Bibliothèque (1) qu'un Catalogue raisonné aussi embrouillé qu'incomplet, comme on pourra en juger plus loin, catalogue dont le plus grand des arts (je parle de l'architecture) , a été banni par un singulier caprice. Toutefois, si l'on est en droit déjuger Murr avec quelque sévérité, il est juste de reconnaître qu'il est le premier qui ait essayé de faire ce qu'on nomme maintenant une Bibliographie des Beaux- Arts : il a entrevu une science nouvelle, et, bien qu'il n'ait laissé qu'une ébauche peu avancée, cette ébauche suffit pour honorer son nom. Mais dans son propre pays Murr n'a pas fait école. •

La terre sur laquelle il a semé s'est montrée rebelle; et je n'en donnerai pas d'autre preuve que les deux seules notables publications que l'Allemagne puisse citer de ce genre : la Bibliographie de Jean-Samuel Ersch (2), et le Catalogue du libraire Rodolphe Weigel (3).

Ersch, je regrette d'être obligé de le dire, offre Timage de la confusion. Ses divisions ne divisent rien, ne répondent à rien ; c'est avec une lanterne sourde qu'il guide ses lecteurs. Notez que cette publication ne traite, comme le titre le veut, que des ouvrages allemands et publiés seulement depuis le milieu du xviii^ siècle. Les beaux-arts, qui n'y tiennent qu'une place très-secondaire, ne viennent qu'à la suite de la poésie et en guise de complément.

Rodolphe Weigel l'emporte de beaucoup sur Ersch : son catalogue — ou plutôt les trente-cinq catalogues assez mal cousus ensemble dont il se compose — renferme des indications précieuses pour les amateurs d'anciens livres; mais ce qui distingue surtout ce catalogue si touffu, c'est qu'il nous donne une table méthodique des matières pour les seize premières parties ; table qui serait excellente si elle était mieux pondérée, et moins assujettie aux calculs du génie commercial. Entièrement privé de ce qu'il y a de lumineux dans l'ordre chronologique, dénué d'éclaircissements, de notes critiques ou historiques , aussi décharné qu'un catalogue de

(i) Bibliothèque de Peinture j de Sculpture et de Gravure ^ Francfort el Leipzig, 1770, 2 vol. petit in-8°.

(2) Literatur der schônen Kûnste, 7* partie du Handbuch der deutschen Literatur ; Leipzig, 1812-14, a vol. en 8 part, in-8 ; — nouv. édit. (2^ partie du tome II.) ; Leipzig, 1822-40, 4 vol. in-8.

(3) Rudolph Weigel's Kunstlager-Catalog ;\,ç\^z\%y i838-66, 35 part, en 6 vol. in-8.

ÀVANT-PROPOS. VII

libraire, le Kunstcatalog de Rodolphe Weigel ne peut, malgré son incontestable utilité, être mis en balance avec une bibliographie raisonnée.

Une question me préoccupait : L'Angleterre a-t-elle mieux réussi que TAllemagne ? J'avais entendu beaucoup vanter une grande bibliographie des beaux-arts publiée l'année dernière à Londres , avec solennité ,

us le titre suivant : The first proofs of the universal Catalogue ofbooks on art. J'ai ouvert ce volume, où règne Tordre alphabétique : hélas ! je n'ai pu y admirer que la rare complaisance des éditeurs. Ils avaient interrogé l'Europe, et ils ont accueilli avec beaucoup trop de gratitude tout ce que l'Europe leur a envoyé. Il faut bien l'exphquer ainsi, et mettre sur le compte d'un excès de politesse l'insertion du Nobiliaire des Pays-Bas^ des Œuvres complètes de Chateaubriand^ d'un livre comme Y Icônes plan-

nim incognitarum^ ou bien encore d'une Histoire des singes (1), dans une Bibliographie des beaux-arts. Tant de condescendance, il est vrai, n'a rien qui puisse nous surprendre : ce catalogue universel n'est tout bonnement qu'un essai, the first jiroofs. De là des imperfections et des tâtonnements que rachète toutefois la richesse des informations.

Et maintenant que me reste-t-il à citer ? rien , si ce n'est un livre fran-

js, un livre excellent que l'Europe, on peut le dire sans fadeur, nous enie : tout le monde le sait, le Manuel du libraire par Brunet, est un modèle, un instrument précieux, la source abondante où l'ou puise sans cesse; mais, comme on y traite principalement dés livres rares, curieux et précieux, il est resté fort imparfait du côté des beaux-arts.

La place étant libre, me trouvant en rase campagne, j'ai voulu en profiter. Depuis longtemps je voyais une grande lacune, je me disais qu'il fallait la combler. Décidé à oser, et consultant plus mon courage que mes forces, je me suis mis à l'œuvre. J'ai rattaché mon travail, tout spécial, au grand travail d'ensemble de Brunet, et je livre aujourd'hui à la publicité la première livraison d'un ouvrage destiné à former le septième volume du Manuel du Libraire. Ce sera le volume des beaux-arts.

Voilà qui est bien établi : ce Manuel m'a servi de cadre. Toutefois j'a-

tvais fait mes réserves, car j'ai compris autrement que Brunet comment vait se traiter une Bibliographie des beaux-arts. Et d'abord, ma Bibliographie étant méthodique , l'ordre alphabétique dut en disparaître. Cet ordre, qui personnifie le plus souvent l'esprit de jK)utine ou la paresse des auteurs, devrait également être abandonné dans "outes les bibliographies. Les facilités qu'il offre aux travailleurs, facilités

(i) Hugues^ Storia naturale délie Scimie et délie Maki,

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