FAITES DU VIVANT DE MOLIÈRE
1. L'Estourdy, ou les Contre-temps, comédie (5 a. v.), représentée sur le théâtre du Palais-Royal. Par J.-B. P. Molière. Paris, Gabriel Quinet (ou Claude Barbin), 1663, in-12 de 6 ff. prélim., dont un blanc en tête, qui compte dans la signature à, 117 pp. et 1 f. non chiffré1.
La dédicace à messire Armand-Jean de Riants est signée par le libraire Cl. Barbin, mais sans doute rédigée par Molière.
Le privilège, en date du dernier jour de mai 1660, est accordé au sieur Molier. On lit à la fin de ce privilège , qui commence au verso de la page 117 : « Achevé d'imprimer pour la première fois le 21 novembre 1662. » Ainsi Molière avait demandé un privilège, pour l'impression de cette pièce, trente mois avant de la faire imprimer.
On reconnaîtra cette édition à la page 53, qui est numérotée, par erreur, 35.
Une autre édition, sous la même date, au nom de Gabr. Quinet, a 105 pp., y compris le privilège. Ne serait-ce pas une contrefaçon?
Cette comédie, la première que Molière ait mise au théâtre, fut représentée à Lyon en 1653 et à Paris en 1658. Le chevalier de Mouhy cite une édition in-4°, imprimée en 1658, mais on ne l'a jamais vue.
1 90 fr. Bertin, 1854. — 96 fr., mar. r. Duru, Giraud, 1855. — 450 fr., non relié, Huillard, 1870. — 500 fr., non relié, Aguillon, 1870. — 1,200 fr., non relié, Rouquette, 1873 , catalogue n° 9.
2. Dépit amoureux, comédie (5 a. v.), représentée sur le théâtre du Palais-Royal. De J.-B. P. Molière. Paris, Claude Barbin (ou Gabriel Quinet), 1663, in-12 de 2 ff. prélim. et 135 pp.1
On lit, à la fin du privilège accordé au sieur de Molier et daté du dernier jour de mai 1660 : « Achevé d'imprimer le 24 novembre 1662. » Cette première édition n'a pas de dédicace ni de préface. On peut supposer qu'il a existé une édition antérieure, imprimée en province, à Béziers, sans doute, où cette comédie fut représentée pour la première fois en 1654 ; mais on n'en connaît aucun exemplaire, si ce n'est que le chevalier de Mouhy, qui écrivait sur les notes des frères Parfaict son Abrégé de l'Histoire du Théâtre françois , a cité, p. 231 du tome II, une édition in- 4 du Dépit amoureux, imprimée en 1658, ainsi qu'une édition également in- 4 de V Étourdi, toutes deux antérieures aux éditions de Paris.
Cette comédie avait été représentée à Béziers en 1654, avant de l'être à Paris en 1658.
3. Les Précieuses ridicules, comédie (3 a. pr.), représentée au Petit-Bourbon. Paris, Guillaume de Luyne, 1660, in-12 de A prélim. et 135 pp.2 (L'extrait du privilège est au verso de la dernière page.)
Cette comédie est précédée d'une préface de l'auteur, mais n'a pas de dédicace, quoique dans cette préface Molière parle d'une épître dédicatoire bien fleurie, qu'on l'accusait d'avoir adressée à un grand seigneur de la cour, pour s'en faire un protecteur.
A la fin du privilège, daté du 19 janvier 1660, et accordé à Guillaume de Luyne , libraire , sans qu'il soit fait mention du nom de Molière (qui est nommé Molier, sur le registre de la Chambre syndicale des libraires de Paris), on lit : « Achevé d'imprimer pour la première fois le 29 janvier 1660. »
Guillaume de Luyne ayant fait part de son privilège à ses confrères Charles de Sercy et Claude Barbin, les exemplaires qui portent les noms et adresses de ces deux libraires ne sont pas tout à fait semblables, et l'on peut constater qu'une partie des feuilles a été recomposée pour l'un ou l'autre tirage. Ainsi, dans les exemplaires de Ch. de Sercy, on remarque des fautes d'impression dans la pagination : 87 au lieu de 74, 28 au lieu de 88. La vignette en tète de
1 90 fr. Bertin, 1874. —425 fr., mar. r. Trautz-Bauzonnet , Germot, 1869. — 320 fr. mar. r. Trautz-Bauzonnet, Huillard, 1870. — 530 fr., non relié, Aguill&n, 1870. — 1,200 fr., non relié, Rouquette, 1873, catalogue n° 9. — 1,500 fr. mar. r. janséniste, Trautz-Bauzonnet , et 1,800 fr., mar. r. dos orné , doublé de mar. bleu, dent, à petits fers, Trautz-Bauzonnet , catalogue Aug. Fontaine, 1875.
2 16 fr. 50 c. Bertin, 1864 (incomplet d'un f.). — 1,500 fr. vélin, Fontaine, 1875. — 1,650 fr. mar. r. janséniste, Trautz-Bauzonnet, catalogue Aug. Fontaine, 1875.
la première page est différente dans les deux tirages. Dans les exemplaires de Sercy, la page 7 commence par cette ligne : extravagant, qui s'est mis dds ; dans ceux de Barbin, cette ligne est ainsi imprimée : extrauagàt qui s'est mis dans. La préface et le dernier feuillet du volume sont de la même composition. Il y a eu depuis un nouveau tirage au nom de Barbin, puisque la première ligne de la page 7 présente encore cette variante : extravagant qui s'est mis dds. En outre, le nom de du Croisy n'est écrit avec Yy qu'à partir de la scène xm, pp. 117, jusqu'à la fin.
L'examen attentif de plusieurs exemplaires nous a permis de supposer que l'impression de cette comédie de Molière avait donné lieu à plusieurs tirages et à des remaniements typographiques, pour les libraires associés au privilège. Ainsi, dans les exemplaires qui portent l'adresse de Guillaume de Luyne, du Croisy est partout avec un t, du Croisi : tandis que dans les exemplaires à l'adresse de Charles de Sercy, on a mis presque partout du Croisy. On peut donc assurer qu'il y a trois éditions différentes, sous la date de 1660. M. J. Taschereau, dans son Histoire de la vie et des ouvrages de Molière (Paris, Furne, 1863, in-8°), en cite une dans laquelle se trouve l'extrait du privilège au nom du sieur de Molier. Cette édition serait la dernière des trois. Un quatrième exemplaire, au nom de Guillaume de Luyne, avec la même date, acquis depuis par la Bibliothèque nationale, semble d'une édition différente ; car le nom de Molière est ainsi mentionné dans l'extrait du privilège : a Les Précieuses ridicules, fait (sic) par le sieur Molier. »
Le privilège pour l'impression des Précieuses ridicules étant accordé, sans doute par surprise , à Guillaume de Luyne, Molière ne put s'opposer à cette impression, ce qui lui a fait dire dans la préface de sa comédie : « C'est une chose estrange qu'on imprime les gens malgré eux ; je ne vois rien de si injuste, et je pardonnerois toute autre violence plustôt que celle-là. »
Il y a plusieurs contrefaçons des Précieuses ridicules, imprimées en province, entre autres la suivante : Jouxte la copie imprimée à Paris chez Claude Barbin, ou chez Guillaume de Luyne, 1660, pet. in-12 de 6 ff- prélim., y compris le privilège, et 96 pages1.
Un bibliophile, M. Picot, a fait un minutieux travail de comparaison sur les exemplaires de l'édition originale des Précieuses, qu'il a pu examiner à la Bibliothèque nationale, à la bibliothèque Victor Cousin, à la librairie de M. Auguste Fontaine, chez M. le baron de Paible, et surtout dans la bibliothèque de M. le baron James -E. de Rothschild. Il s'est efforcé, en relevant les différences nombreuses qui existent dans ces exemplaires, de reconnaître quels sont les tirages qu'on a faits de cette édition originale, tantôt remaniée, tantôt réimprimée en partie. Nous ne pouvons reproduire ici cette dissertation bibliographique, à cause de son étendue; mais en voici les conclusions, M. Picot a
1 49 fr. vélin , Chedeau , 1865.
reconnu trois éditions des Précieuses ridicules, sous la même date, et publiées par Guillaume de Luyne ou par les libraires associés à son privilège. Dans la première, il signale plusieurs fautes d'impression importantes : Pag. 2, lig. 7, Du Criosy, au lieu de Du Croisi; pag. 43, Cène viii, au lieu de scène ; pag. 123, Du Croicy ; pag. 34 et 36, les Précieuse (sic) ; de plus, la première page de la préface a vingt lignes. Dans la seconde édition, la première page de la préface n'a plus que 19 lignes, et les fautes d'impression citées plus haut sont corrigées ; en outre, la pag.'74 est chiffrée 87 ; la pag. 87, 55, et la pag. 98, 27. Dans la troisième édition, la préface a, de même que dans l'édition précédente, 19 lignes à la première page, mais on n'y trouve pas les mots que nous avons soulignés dans la phrase suivante : « Outre quelque grand seigneur, que j'aurois esté prendre malgré luy, pour protecteur de mon ouvrage, et dont j'aurois tenté la libéralité par une épître dédicatoire bien fleurie, j'aurois tâché... » Ces indications suffiront pour caractériser les trois éditions reconnues par M. Picot, ou plutôt trois des tirages principaux de l'édition originale, tirages dont le dernier accuse la main de Molière par la suppression d'un membre de phrase, qu'on avait peut-être considéré comme injurieux pour un grand personnage de la cour.
L'édition, citée, comme la seconde, dans le Manuel et dans plusieurs catalogues (Paris, Estienne Loyson, 1661, in-12 de 4 ff. et 60 pp.), n'existe pas ; c'est la traduction en vers des Précieuses ridicules, par le sieur de Somaise, qui a été confondue avec la pièce originale de Molière. Cette pièce a été cependant réimprimée plusieurs fois, du vivant de Molière depuis la première édition : Paris, Guillaume de Luyne, 1662, ou 1663 ', in-12 de 4 ff. et 87 pp.