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XIX. Traduction en persan

962. Le Misanthrope, traduit en vers persans, par Mirza Habîb. Constantinople, imprimerie du journal Tasviri- Efkiar, 1286 (1869), in-12 de 125 pp.

Nous n'avons pu voir nous-mème cette traduction, mais M. Barbier de Meynard nous communique à ce sujet la note suivante :

« Mirza Habib, professeur de langue persane au lycée de Galata- Séraï, est déjà connu par la traduction de plusieurs fables de La Fontaine.

« Le traducteur a suivi scrupuleusement le texte de Molière, scène par scène et vers par vers. Tout en restant assujetti au mètre de la prosodie persane et à la rime, il traduit, pour ainsi dire, mot à mot, de façon que sa traduction puisse guider les élèves persans qui lisent le chef-d'œuvre français.

« Cependant il a affublé ses personnages de noms orientaux. Alceste est nommé Mounis, ce qui, par antiphrase, signifie « farouche, sauvage »; Philinte est devenu Nassih, «le conseiller »; Célimène, Fotaïna, c'est-à-dire « la séductrice » ; ses deux amies portent le nom de Le'ila et de Zuleïkha. ; les deux marquis, de Naïm-Bey et Noman-Bey.

« Par le même désir de couleur locale, le traducteur a donné une physionomie persane à certains passages d'une couleur par trop française. Ainsi la chanson : « Si le roi m'avait donné Paris sa grand'ville », est traduite comme il suit, dans un mètre qui se rapproche de celui de la vieille chanson française :

« Si en échange d'une boucle de cheveux de ma belle esclave Schirazinne, le schah m'avait donné la ville de Schiraz. —

« Je dirais au roi : Sire, bien que Schiraz n'ait pas sa pareille au monde, —

« L'esclave Schirazinne est tout ce que j'aime : reprenez votre Schiraz. »

« Je regrette de ne pas avoir le texte sous les yeux, pour donner un aperçu du style de la traduction et des changements, d'ailleurs peu importants, que Mirza Habib a dû y introduire pour ne pas trop choquer le dilettantisme de ses lecteurs iraniens. L'impression qui m'en est restée est que sa traduction est fort habilement faite et aussi

exacte que le comporte le génie d'une langue cousine germaine de la nôtre, mais devenue étrangère et presque ennemie par son contact avec les idées et les littératures musulmanes. Néanmoins on peut affirmer qu'une traduction aussi fidèle ne serait possible ni en arabe ni en turc. »

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