OUVRAGES DIVERS ATTRIBUÉS A MOLIÈRE
225. L'Oracle du Ballet de la Sibille de Pansoust, dansé au Palais-Royal et à l'Hostel du Luxembourg. Paris, J. Bessin, 1645, in-4° de 12 pp.
Ce ballet, dont il existe une autre édition contemporaine sans nom et sans date, a été reproduit, d'après cette édition, dans le tome VI des Ballets et Mascarades de cour sous Henri IV et Louis XIII , publ. par Paul Lacroix (Turin, J. Gay, 1870, in-8, pp. 103 et suiv.), avec cette note : « Ce ballet, que les connaisseurs attribuent à Molière, fut dansé, en 1645 , par les gentilshommes et les officiers de Gaston d'Orléans. Il est imprimé de format in-4°, sans nom et sans date, comme la plupart des ballets du répertoire de Monsieur, frère du roi, et il forme 12 pages. Le duc de la Vallière ne l'a pas connu. L'exemplaire que nous avons sous les yeux présente les noms des danseurs, écrits en marge; nous n'avons pas manqué de les recueillir. Un de ces noms, qu'il n'était pas facile de déchiffrer, peut être lu : Ratière ou Molière. »
MOLIERESQUE. 59
M.Victor Fournel, en réimprimant ce ballet dans le tome II de sa précieuse collection des Contemporains de Molière, pp. 361 et suiv. (Paris, Firmin Didot, 1866-74, 3 vol. in-8), n'a pas soupçonné que Molière pouvait en être l'auteur : il remarque seulement que « la versification en est assez bonne, et le style trahit une main exercée... » Il aurait pu ajouter qu'on y trouve en germe l'idée du Mariage forcé.
M. Edouard Fournier a confirmé l'attribution de ce ballet à Molière, en lui empruntant quelques vers qu'il a intercalés dans sa spirituelle comédie de la Valise de Molière. Dans les notes qui accompagnent la pièce, il s'est attaché à prouver cette attribution par des rapprochements historiques et littéraires.
226. Ballet des Vrays moyens de parvenir. Sans nom de lieu ni de libraire, et sans date (vers 1645), in-4 de 8 pp.
« Encore un ballet de la fabrique du duc de Guise, ou de Gaston d'Orléans, disions-nous dans une note de la Description bibliographique des livres choisis en tous genres, composant la librairie J. Techener (Paris, 1858, in-8, tome II, page 395). La date de la représentation n'est pas connue. Il y a des vers charmants, pleins de philosophie, qui rappellent le Ballet des hicompatibles , de Molière. On voit figurer, dans la 5e entrée, trois comédiens fameux de la troupe italienne : Spacamonte, Briguelle et Trivelin. »
Ce ballet a été réimprimé dans le tome VI des Ballets et Mascarades de cour sous Henri IV et Louis XIII, publ. par Paul Lacroix (Turin, J. Gag, 1870, in-12), avec cette note : « Ce ballet, qui appartient probablement au répertoire des ballets de Gaston d'Orléans, comme l'indique l'obscénité de certaines allusions , n'était pas encore oublié, dix ou douze ans après la première représentation à Paris, car, selon Beauchamps , il aurait été encore dansé à Lyon, le 15 février 1654. » On aurait pu ajouter que cette représentation, donnée à Lyon, en 1654, doit se rapporter sans doute à la présence de la troupe ambulante de Molière à Lyon, où elle vint se fixer dès l'année 1653. Il était tout simple que Molière, qui avait des danseurs et des danseuses dans sa troupe, les employât à reprendre un des ballets qui avaient eu le plus de succès à la cour de Gaston d'Orléans, protecteur de V Illustre théâtre des Béjart.
227. Mélisse , tragi-comédie pastorale (5 a. et prol. v.). S. I. n. d., pet. in-12 de 4 ff. et 80 pp.
' « Il est bien singulier que les bibliographes du Théâtre, qui ont cité cette pièce, dont tous les exemplaires commencent par un faux titre, ne se soient pas arrêtés sur un ouvrage aussi remarquable. Le sujet est assez peu de chose en lui-même , et le genre d'une pasto-
raie a toujours certaine fadeur, que l'habile arrangement des scènes ne corrige pas même dans ce chef-d'œuvre inconnu ; oui , chefd'œuvre, surtout si on le compare à tout ce qui paraissait sur la scène à cette époque. Qu'on se figure un langage harmonieux, élégant, facile, naturel ; un style toujours pur et toujours franc ; les qualités enfin qui caractérisent celui de Molière. Répétons-le avec avec assurance, il n*y a que Molière qui sût écrire de la sorte, avant Racine. Voici une citation prise au hasard :
Alexis ! de l'amour le pouvoir est étrange :
Un amant mille fois en un moment se change,
Et de ses passions l'impétueux reflus
Luy fait parfois haïr ce qu'il aime le plus.
Au fort de sa douleur, aveugle, il s'imagine
Chasser facilement l'objet qui le domine,
Et, par le vain secours de sa foible raison,
Il croit rompre ses fers et briser sa prison.
Mais, s'il voit seulement les yeux qui le maistrisent,
Ses frivoles projets tout d'un coup se détruisent,
Et de sa lâcheté tel est le repentir,
Qu'il redouble ses fers pour n'en jamais sortir.
« Quel style ! Est-ce Colletet, est-ce Desmarets, est-ce Rotrou luimême, qui trouvent ainsi la rime sans la chercher? Il suffit de savoir reconnaître les caractères du style d'un écrivain, pour penser aussitôt à Molière, en lisant ces extraits d'une pièce qui date de 1640 à 1655. Que l'on compare ces portraits de femmes, à ceux que Célimène trace si finement dans le Misanthrope? Ceux-ci sont moraux, ceux-là tout physiques, mais le mouvement de la phrase est presque semblable dans les deux passages :
Nérine a les yeux bruns, -<Eglé le teint de lys, Diane est complaisante, et douce Amarillis ; Galatée, à chanter, les rossignols surpasse ; Philis est toute jeune et dans son beau printemps , Aréthuse a des traits encor bien éclatans, Sylvie est enjouée, et la belle Caliste Ne laisse pas de plaire, encor qu'elle soit triste.
« Combien de vers charmants dignes de Molière :
Hélas ! on sait trop tôt ce qui doit affliger :
Le bonheur est tardif et le mal est léger...
On ne plaint point un mal, quand il est volontaire...
On n'exprime pas bien une ardeur violente
Que le cœur ne sent pas et dont l'âme est exempte.
« Nous croyons donc que cette pièce est de Molière, qui composait alors des tragédies, et qui pouvait bien aborder les tragi-comédies pastorales ; mais celle-ci ne fut jamais publiée , et les quelques exemplaires qu'on en a vus ne servirent peut-être qu'à la représentation de la pièce sur V Illustre théâtre, ou chez le prince de Conti. Le prologue, où l'auteur promet à Louis XIII la défaite du Croissant,
s'il veut entreprendre une croisade contre les Turcs, fut-il cause qu'on refusa le privilège nécessaire à la publication?» (Note du Catalogue Soleinne, tome I, n» 1180.)
« Louis XIII n'est pas nommé dans le prologue, comme on pourrait le croire d'après la note du Catalogue Soleinne. Les vers suivants qui s'y trouvent n'ont jamais pu se rapporter à ce roi moribond, et il semble que ce soit plutôt à Louis XIV, dans la fleur de la jeunesse, que l'auteur ait voulu les appliquer:
Mais, entre ces héros, se~présente un Louis, Qui n'eut jamais d'égal dans la suite des âges.
Qu'il est grand, qu'il est beau, qu'il a de majesté ! Il enchante les yeux et charme les oreilles, Et fait à tous les cœurs perdre la liberté.
« On peut supposer que Louis XIV n'a été l'objet de ces vers, qu'à l'âge de dix-huit à vingt ans environ; c'est-à-dire vers 1656 ou 1658, époque où aurait été imprimée cette pièce. C'est, au reste, sous la date de 1658 qu'elle est portée dans le Catalogue de la Vallière- Nyon. L'impression parait, en effet, être de ce temps-là. » (Note de M. Potier.)
228. Histoire des Révolutions de Naples, depuis l'an 1647 jusqu'à la prison du duc de Guise, par (Esprit Raymond) le comte de Modène. Paris, Bouillard, 1666-1668, 3 vol.
Cette histoire, réimprimée avec des notices historiques, par les soins du comte de Fortia d'Urban, sous le titre de Mémoires du comte de Modène (publiés par Miellé, Paris, Sautelet, 1826, 2 vol. in-8), a été plus d'une fois attribuée à Molière, qui l'aurait écrite sur les notes et d'après les souvenirs de l'auteur nominatif. Lorsque cet ouvrage parut pour la première fois, en effet, le comte de Modène, à son retour de l'expédition romanesque de Naples, entreprise par le duc de Guise, s'était établi à Paris, auprès de la famille Béjart, qu'il avait patronnée depuis plus de vingt ans. On peut supposer, du moins avec beaucoup de probabilité , que Molière aura revu le manuscrit de l'ouvrage, avant l'impression. Quant à la dédicace au roi, elle porte, évidemment, le cachet de son style. « Bien que cette histoire ne contienne rien que de vraisemblable, disait le rédacteur du Journal des Sçavants (13 mai 1666), à l'apparition des deux premiers volumes; néanmoins, elle est si mêlée d'événements extraordinaires et si surprenants, qu'il semble qu'elle ait été inventée pour divertir le monde. »