Les OEuvres de M. de Molière. Paris, J.Ribou
70, 4 vol. in-12.
C'est un recueil factice des comédies de Molière, publiées séparément, avec l'adresse du même libraire, qui (après avoir publié , en
1660 le Sganarelle, avec le privilège accordé au sieur de Neuf-Villenaine), s'était associé avec plusieurs de ses collègues, à partir de 1665 ou 1666, pour la vente des éditions nouvelles de ces comédies. Molière, à la' suite d'un procès intenté à Ribou au sujet de la contrefaçon de Sganarelle, s'était réconcilié avec lui et le chargeait de l'exploitation des privilèges qu'il demandait et obtenait lui-même en son propre nom. .
On ne connaît que deux volumes de ce recueil factice, qui ne. semble pas avoir été poussé au-delà du tome V, Jean Ribou s'étant brouillé avec Molière, qui lui fit un nouveau procès, en 1670, et qui était encore son créancier quand il mourut en 1673. Deux volumes de ce recueil se trouvaient dans la Bibliothèque dramatique de M. de Soleinne : tome III, 1668, contenant le Médecin malgré lui, l'Amour médecin et le Misanthrope ; tome IV, 1669, contenant le Sicilien, Amphitryon et le Mariage forcé.
264. Les OEuvres de M. Molier {sic). Paris, Guillaume de Luyne, 1663, 2 vol. in-12,
C'est un recueil factice des éditions séparées des comédies qui avaient paru de 1660 à 1663: Guillaume de Luyne avait acquis, comme associé aux privilèges de ces éditions, un certain nombre d'exemplaires auxquels il avait fait mettre des titres à son nom. La comédie des Précieuses ridicules est la seule dont le privilège lui avait été accordé nominativement avec l'adhésion de l'auteur. On ne connaît qu'un volume de cette réunion de pièces : le tome II, contenant l'Estourdy, le Dépit amoureux, l'Escole des femmes, et la Critique de l'Escole des femmes. On peut donc supposer que le premier tome contenait les Précieuses ridicules, Sganarelle, l'Escole des maris et les Fascheux. Il est possible que Guillaume de Luyne n'ait pas publié d'autres volumes de ce recueil factice.
Il faut remarquer que le nom de Molière est encore écrit Molier, sur le titre des recueils de Guillaume de Luyne et de Charles de Sercy, publiés en 1663 et 1664.
265. Les OEuvres de J.-B. P. Molière. Tome premier. Paris, G. Quinet, 1664, in-12.
Le libraire Gabriel Quinet, à qui avaient été cédés les privilèges de l'Étourdi et du Dépit amoureux, comédies imprimées pour la première fois en 1663, quoique ces deux privilèges fussent du dernier jour de mai 1660, eut aussi l'idée de publier, sous son nom, avec le titre collectif d'Œuvres, un recueil composé des comédies qu'il avait fait paraître, ou dont il avait acquis des exemplaires; mais on ne connaît de cette édition factice, qu'un tome premier, contenant l'Étourdi, le Dépit, les Précieuses et Sganarelle.
Il est probable qu'un recueil factice du même genre fut commencé et continué successivement par Cl. Barbin, qui avait partagé avec
G. Quinet les bénéfices du privilège de l'Étourdi et du Dépit amoureux ; mais on n'a pas encore signalé un exemplaire de ce recueil au nom de Barbin.
266. Les OEuvres de Monsieur Molier (sz'c).Tome premier. Paris, Charles de Sercy, 1664, in-12.
On ne connaît que le premier volume de ce recueil factice des comédies de Molière, réunies sous le titre d'GEuvres ; il est ainsi composé : titre, faux-titre, Remerciement au Roi, 10 pp. ; les Précieuses ridicules, 1663; Sganarelle ou le Cocu imaginaire, avec les arguments de chaque scène, 1662; l'École des maris, 1663, et les Fascheux, 1663. Les exemplaires de ces comédies sont de la première édition, avec le nom et l'adresse de Charles de Sercy, excepté Sganarelle, qui porte seulement le nom d'Estienne Loyson, ce qui prouve que ce libraire avait obtenu de Molière, en 1662, la permission de vendre la pièce mise au jour par le sieur de Neuf-Villenaine, en 1660, et saisie, à la requête de l'auteur, chez le libraire Ribou.
267. Les OEuvres de Monsieur Molière. Paris, Gabriel Quinet, 1666, 2 vol. in-12 de 391 pp., non compris 1 feuillet non chiffré pour le privilège, et de 480 pp., avec deux frontispices gravés par Fr. Chauveau.
On a remarqué que la vignette en bois qui fait l'en-tête des quatre premières pièces renferme les initiales entrelacées I. P. Chaque pièce, dans cette première édition de 1666, est précédée, comme dans l'édition de 1674, d'un feuillet blanc, qui compte dans la pagination. On ne saurait trop insister sur l'existence de ce feuillet blanc, en tête de chaque pièce. Ce feuillet blanc était-il réservé pour une estampe qui n'a pas été gravée , ou pour une préface qui n'a pas été faite? C'est ce qu'il est impossible de décider. Nous y voyons, nous, une protestation muette de Molière, qui, en refusant de remplacer ces feuillets d'attente par des préfaces nouvelles, n'aura jamais voulu coopérer à cette édition, imprimée contre ses droits et sa volonté, car les libraires semblaient établir en principe que, se trouvant dûment nantis des privilèges particuliers pour imprimer et vendre séparément les pièces de Molière, ils étaient maîtres de réimprimer ces pièces ensemble, sans l'autorisation de l'auteur, en obtenant pour eux-mêmes un nouveau privilège général. Au surplus, dans le privilège du 18 mars 1671, Molière déclare, en propres termes, que tous ces privilèges pour l'impression de ses Œuvres ont été obtenus, par surprise, sans son consentement.
C'est la première édition des Œuvres , en corps d'ouvrage, avec pagination suivie ; elle contient seulement les Précieuses ridicules, Sganarelle ou le Cocu imaginaire, avec les arguments de chaque scène, par le sieur de Neuf-Villenaine, l'Estourdy, ou les Contre-
temps, le Dépit amoureux, les Fascheux y l'Escole des maris, l'Escole des femmes, la Critique de l'Escole des femmes, et la Princesse d'Elide, avec les Plaisirs de l'Ile enchantée.
Le premier volume est précédé , en guise de préface, du Remerciement au Roy, composé en 1663, et imprimé alors pour être distribué à la cour en feuille volante. Le privilège, daté du 6 mars 1666, permet à Gabriel Quinet d'imprimer « les Œuvres de Molière, en un ou plusieurs volumes ». On lit, à la fin de ce privilège : « Achevé d'imprimer, le 23 mars 1666. »
Il y a donc eu des exemplaires avec les noms de Louis Billaine, d'Etienne Loyson, de Guillaume de Luyne, de Jean Ribou, de Claude Barbin, etc. On en conserve un au nom de Thomas Jolly, dans la bibliothèque Cousin à la Sorbonne. Ce qui prouverait, à notre avis, que Molière eut peu de part à cette édition collective de toutes ses comédies, qui avaient paru jusqu'à la fin de mars 1666, c'est qu'on y trouve Sganarelle, avec la préface et les arguments du sieur de Neuf-Villenaine.
Avant cette édition, les libraires, associés aux privilèges particuliers dont Molière fit cession après les avoir obtenus, avaient rassemblé, sous des titres, à leur nom, portant Œuvres de Monsieur Molière, les comédies publiées séparément : ils continuèrent à réunir, de la même manière, les pièces suivantes, à mesure qu'elles paraissaient. Yoy. ci-dessus, nos 236 à 266.
Les frontispices gravés de la première édition de 1666 représentent Molière et sa femme dans les costumes de leurs principaux rôles et couronnés par Thalie. Ces portraits ont été faits certainement d'après nature et ne peuvent être que fort ressemblants.
Claude Barbin, ayant acquis le privilège accordé à Molière en date du 8 mars 1671 pour la réimpression de ses œuvres complètes, dut acheter au rabais le fonds de l'édition de 1666, publiée par Gabriel Quinet, afin de mettre à néant les droits que Quinet et ses associés pouvaient invoquer, en vertu du privilège en date du 6 mars 1666. Il ne mit pas au pilon ces exemplaires restants, et, comme il avait racheté également les exemplaires des pièces isolées de Molière qui restaient chez les libraires (voy. l'article suivant, n° 268), il essaya de les écouler, en leur donnant un nouveau titre général d'Œuvres, à son nom, sous la date de 1673, et en les ajoutant à l'édition de 1666, de manière à former ainsi sept volumes, tomes I à VII.
If. Potier, dont le savoir et l'expérience bibliographiques font toujours autorité, nous assure que les deux volumes de l'édition de 1666 ont été réimprimés identiquement en 1673 : notre examen n'a porté que sur un exemplaire, portant la date de 1673, lequel était bien de l'édition de 1666, avec un nouveau titre. Au reste, si l'édition de 1666 a été réimprimée en 1673, comme nous le croyons d'après l'affirmation de M. Potier, la rareté excessive de cette édition (on n'en signale que deux exemplaires) prouverait qu'elle n'a pas été mise en vente et que l'édition de 1674 l'aura fait disparaître.
268. OEuvres de Monsieur de Molière. Paris, Claude Barbin, 1673, 7 vol. in-12.
Molière avait obtenu un privilège en date du 18 mars 1671, pour faire imprimer ses Œuvres complètes ; mais il ne s'occupa de cette édition, que peu de mois avant sa mort. Il en avait préparé le texte, et il la faisait imprimer à ses frais chez Denis Thierry, lorsqu'il mourut subitement. Sa veuve abandonna l'édition commencée, et sans doute très-avancée, aux soins de Claude Barbin, qui ne l'acheva qu'en 1674, sinon en 1673.
Ce serait donc là l'édition originale de Molière. Plusieurs bibliographes ont prétendu, ont assuré qu'une autre édition des Œuvres de Molière a été réellement imprimée en 1673 et publiée avec cette date; mais, jusqu'à présent, cette édition de 1673, avec pagination suivie, est restée inconnue. Le savant bibliographe M. Pierre Deschamps a cité pourtant, dans le Catalogue de la bibliothèque de Félix Solar (tome Ier, Paris, typogr. Firmin Didot, 1860, in-8, n° 1210), une première édition originale, introuvable, dit-il, «formée par Molière lui-même et publiée, l'année de sa mort, chez Denys Thierry ». Les trois premiers volumes seulement d'une édition de Claude Barbin, datée de 1673, sans autre détail bibliographique, figurent dans le Catalogue des livres de la bibliothèque de J.-M. De Bure, ancien libraire, vendue en 1849. Mais M. Potier, quia tenu et examiné ces trois volumes, au moment de la vente, s'est assuré qu'ils étaient composés de pièces imprimées séparément. On pourrait cependant, jusqu'à un certain point, admettre l'existence, non pas d'une édition de 1673, mais de quelques exemplaires de l'édition de 1674, avec des titres datés de 1673, quoiqu'on n'en connaisse pas un seul ; car, si l'auteur du Manuel a cité une édition de 1673, avec pagination suivie, c'est qu'il en avait vu peut-être un exemplaire. Ces exemplaires, complets ou incomplets, qui ont pu circuler, en dehors du commerce de la librairie, n'auraient été tirés que comme épreuves, pour servir de spécimen à Claude Barbin, acquéreur de l'édition et du privilège.
« Il est probable, avons-nous dit dans la Véritable Edition originale des Œuvres de Molifre, que l'édition des Œuvres existait, sur le marbre, composée, sans doute corrigée, mais non tirée, dans l'imprimerie de Denys Thierry, quand Molière fut enlevé par une mort subite, le 17 février 1673. Il ne restait plus qu'à compléter cette édition par des préfaces, ou par des dédicaces, ou par des recommandations en vers, qui n'avaient pas encore été remises à l'imprimeur (ou par des figures que Molière avait eu l'intention de faire graver, comme il l'annonçait dans le privilège du 18 mars 1671); peut-être même toutes les feuilles étaient-elles déjà tirées, à l'exception de celles qui devaient contenir ces préfaces (ou ces dédicaces, ou ces vers encomiologiques, ou ces figures) : ce qui a lieu encore aujourd'hui en typographie, dans des circonstances particulières.
MOLIERESQUE. 75
Quoi qu'il eu fût, Claude Barbin, à qui Molière avait cédé le privilège de cette édition, attendit autant que possible, avant de la faire paraître, et quand il se décida enfin à la publier, avec la date de 1674, sans aucun achevé d'imprimer (contravention grave aux règlements de l'imprimerie), il n'y ajouta pas même une préface générale du libraire, et il laissa en blanc, par force majeure, la place que les préfaces spéciales (ou les estampes) auraient occupée en tête de chaque pièce, sauf pour les Précieuses ridicules: qui ont leur préface : celle de la première édition, que Molière avait voulu conserver. Les six premiers volumes parurent ainsi. »
On a cité quatre ou cinq exemplaires des Œuvres de Molière, en 7 volumes, avec la date 1673, mais voici comment ces exemplaires sont composés : 1° l'édition des Œuvres, en 2 volumes, publiée par Gabriel Quinet en 1666, remise en vente avec un nouveau titre, daté de 1673, soit à l'adresse de Claude Barbin, soit à celle de Guillaume de Luyne, ou bien la réimpression identique de cette édition, sous ladite date ; 2° 5 volumes de pièces de Molière, éditions originales ou réimpressions faites par Claude Barbin, réunies sous des titres factices, et formant les tomes III à VII. Il faut supposer que Claude Barbin avait imaginé cette publication trompeuse, aussitôt après la mort de Molière, pour écouler le reste des anciennes éditions de pièces imprimées séparément, avant de mettre au jour l'édition complète et définitive de 1674-75.
Le savant auteur du Manuel du libraire avait-il eu sous les yeux une édition inconnue de 1673, ou un tirage de l'édition de 1674, avec titres datés de 1673 ? Il dit positivement que cette édition n'a de pagination suivie que dans les 6 premiers volumes, et que le 7e volume renferme Psyché, les Fourberies de Scapin et les Femmes savantes, imprimées séparément.
Au surplus, comme il existe au moins quatre exemplaires, tous différents, du recueil factice des Œuvres de M. Molière, publié par Claude Barbin, avec la date de 1673, nous croyons utile et intéressant de donner la description de celui que possède la Bibliothèque nationale, et de ceux qui appartiennent à M. le comte de Lignerolles et à M. de Crozet.
1° Exemplaire de la Bibliothèque nationale :
Tomes I et II. Réimpression de l'édition de 1666, avec les deux frontispices gravés de cette édition et la date de 1673.
III. Titre, verso blanc ; second feuillet, recto blanc, et au verso : « Pièces contenues en ce troisième tome : l'Amour médecin, le Misantrope, le Médecin malgré luy. »
L'Amour médecin. Trabouillet, 1669. — Le Misantrope. Jean Ribou, 1667. — Le Médecin malgré luy. Claude Barbin, 1674.
IV. 2 ff. prélim., comme dans le tome précédent; au verso du second feuillet : « Pièces contenues en ce quatrième tome : le Sicilien, l'Amphitryon, le Mariage forcé. »
Le Sicilien. Jean Ribou, 1668. — Amphitryon. Jean Ribou, 1668.— Le Mariage forcé. Jean Ribou, 1668.