‹ Bibliothéconomie (volume 2)Chapitre 17 sur 26 · Il est incontestable que, dans le catalogue alpha · texte numérisé non relu

Il est incontestable que, dans le catalogue alpha

bétique, on trouve immédiatement un livre, si on en sait littéralement le titre et l'auteur ; mais, quand on ne connaît l'un ou l'autre que vaguement, le catalogue systématique est le guide le plus sûr. Il est donc urgent qu'une bibliothèque possède l'un et l'autre.

1 1. Un troisième genre de catalogue réunit en quelque sorte les deux autres : c'est de classer méthodiquement tous les écrits sur un même sujet , et de réunir ensuite ces catalogues spéciaux dans l'ordre alphabétique de la matière qu'ils renferment, sans établir ni classes, ni divisions , ni subdivisions ; c'est-à-dire :

Bibles, non à Théologie, mais à la lettre B....

Code, non à Jurisprudence, mais à » C...

Logique, non à Philosophie, mais à » L...

Cliirurgie, non à Médecine, mais à » C...

12.. Si l'on pouvait supposer la possibilité d'établir des bibliothèques spéciales pour chaque branche des connaissances de l'homme, on obtiendrait par la réunion de leurs catalogues {Monocatalogues) l'aperçu le plus complet et le mieux ordonné d'une bibliothèque universelle ; mais comment admettre cette possibilité , quand on pense à l'immense réorganisation que cela demanderait ?

13. En examinant bien l'utilité des deux catalogues dans une bibliothèque, l'un encyclopédique , l'autre alphabétique, on sera toujours embarrassé pour décider lequel doit être fait le premier : îe mieux est donc de les exécuter simultanément ; ce qui est très-aisé , en faisant une copie exacte des bulletins ou cartes , et en classant les deux séries de titres, Tune par matières, l'autre d'après l'alphabet. Cette copie est d'autant plus facile à obtenir, que l'on peut y employer le premier copiste venu, et la destiner au catalogue alphabétique, pour lequel on n'a besoin que du titre , du nombre des volumes , du

format , du lieu d'iuipression , de la date et du numéro d'ordre , tandis que toutes notes , etc. , ne se marquent que dans le catalogue systématique.

14. Le moyen le plus sûr pour faciliter et accélérer le travail mécanique de la rédaction est de se servir de cartes pour la première transcription des titres destinés au classement dans tel ordre que ce soit. Un catalogue en cartes a l'éminent avantage de pouvoir y faire autant de changements ou corrections qu'il sera nécessaire , sans autre difficulté que de recopier le titre erroné et de l'intercaler à la place où il doit être, jusqu'à ce qu'enfin le tout soit assez parfait pour être transcrit sur un livre relié.

L'ensemble de ces cartes peut, en outre, servir de base à telle classification générale ou spéciale que l'on voudra faire et refaire ; il faut aussi les conserver soigneusement et les tenir au complet , parce que l'on est constamment obligé d'y avoir recours.

15. Un autre perfectionnement dont sauront gré tous ceux qui consultent les catalogues est celui de reporter à leur place respective , dans le catalogue , les titres des traités et opuscules qui se trouvent dans les mémoires des sociétés savantes , dans les œuvres complètes despolygraphes et dans d'autres collections qui forment corps d'ouvrage. C'est un travail méritoire par lequel on acquiert d'autant plus de droits à la reconnaissance du public studieux , que ces écrits , souvent d'un mérite réel , sont ordinairement ignorés et enfouis dans ces sortes d'ouvrages.

Cette tache pénible et longue a rarement été entreprise ; cependant quiconque s'occupe de littérature a quelquefois vu dans ces collections à grand nombre de volumes , dans les revues , etc. , des traités très-intéressants , sans pouvoir, plus tard , se rappeler où il les

a lus 5 et sans avoir aucun moyen de les retrouver. Quel service important ne lui rend pas alors un tel catalogue , qui , par un renvoi précis , lui fait découvrir ce qu'il a vainement cherché I

De la Copie des Titres.

1. En faisant les premiers essais dans la rédaction d'un catalogue , on s'en abrégera de beaucoup l'apprentissage, si l'on compare sa transcription et la classification des titres , faits sans avoir consulté aucun autre catalogue , avec celles des mêmes titres dans les catalogues reconnus bons et bien rédigés. On verra alors facilement les erreurs que l'on aura commises et les corrections à faire.

2. Dans un catalogue de livres qui est destiné pour tout le monde sans exception , les recherches doivent être facilitées plus que dans tout autre ouvrage , par la clarté et par l'exactitude des renseignements. Des difficultés se présentent cependant à chaque instant : c'est ainsi que , dans les éditions des premiers temps de l'imprimerie , on cherche quelquefois vainement le véritable titre d'un ouvrage souvent caché dans la préface, ou dans l'ouvrage même, ou à la fin. Les excellents ouvrages que nous possédons sur ces premières productions typographiques aideront , dans ce cas , à trouver les renseignements nécessaires pour lever les doutes , pour éviter les méprises sur le véritable titre , et pour épargner le long examen d'un volume.

3. On trouve fréquemment , en copiant les titres , une orthographe différente , souvent fautive , une ponctuation bizarre ou mal raisonnée , une diversité ou une ressemblance de noms latinisés , anagrammatisés , etc. ; il est alors du devoir de celui qui rédige un catalogue d'observer la plus grande fidélité dans la transcription des

titres. Toute fondée qu'elle puisse être , l'opinion que peu d'indices suffisent à un connaisseur pour distinguer les différentes éeiitions ne doit jamais faire négliger la copie exacte des titres et conforme à la méthode adoptée pour le catalogue , qui sert aux recherches des personnes non expérimentées aussi bien qu'aux bibliologues les plus consommés.

4. Cette minutieuse exactitude dans la transcription est d'autant plus importante , que la plus petite omission , la transposition ou le changement d'un seul mot , peuvent causer souvent qu'un titre soit mal placé dans la classification , qu'il se trouve à plusieurs endroits à la fois , ou bien que d'un auteur on en fait deux , trois et plus , ou de plusieurs un seul. De même , l'omission du lieu oii un livre est imprimé , du nom du libraire , de la date , entraîne souvent dans des recherches longues et infructueuses. C'est ainsi que l'on voit quelquefois un catalogue indiquer simplement l'année du premier volume d'un ouvrage composé de plusieurs volumes publiés à dates différentes ; un autre donner celle du dernier ; tandis que , dans un troisième , on trouve la date d'un volume intermédiaire. Quelquefois un ouvrage porte deux noms de ville à la fois (Amsterdam et Paris) ; une source indique Amsterdam et le libraire de cette ville , l'autre fait de même pour Paris. Ajoutant à cela des erreurs plus graves qu'on rencontre fréquenmient dans l'indication des dates , du format , du nombre de volumes , il est impossible de se garantir d'erreurs, à moins de recourir à l'ouvrage.

5. Il est donc essentiel de copier les titres non sur d'autres catalogues , mais sur les livres mêmes , et de les transcrire chacun dans sa langue , à l'exception cependant de certaines langues peu connues. Dans ce dernier cas , on abrège le titre et on ajoute la traduction de son

ensemble. Si un titre porte une omission quelconque , une orthographe inusitée , même des fautes , il faut l'indiquer pour justifier de l'exactitude de la copie.

6. Un titre ainsi transcrit , on ne doit pas encore quitter le volume , mais bien l'examiner. S'il y a quelque défectuosité , en donner , si elle le mérite , la description matérielle , et constater l'identité et l'état de conservation de l'exemplaire.

7. Dans le cas où , cependant, on serait obligé de faire mention d'un livre que l'on ne tient pas, il faut consulter plusieurs catalogues et ouvrages bibliographiques , afin de pouvoir se fixer , par leur concordance , sur l'exaclitude présumable du titre. Malheureusement ces sortes de renseignements , puisés dans des sources différentes , présentent presque toujours une telle diversité entre eux , que souvent il est , sinon impossible , du moins très-difficile d'établir le véritable libellé d'un titre ; car , dans certaines bibliographies, les plus accréditées même, on ne s'est fait aucun scrupule de tronquer et d'altérer les titres , soit en les abrégeant , soit en les augmentant-

8. La manie de beaucoup d'auteurs modernes et anciens , de donner à leurs ouvrages des titres mystiques , allégoriques , n'ayant souvent aucun rapport avec la matière qu'ils traitent, entraîne infailliblement aux méprises les plus grossières. Si l'on n'examine pas le contenu aussitôt qu'un titre présente la moindre équivoque , pour ne pas être obligé , pendant le classement , de recourir de nouveau aux volumes dont le titre laisse une incertitude , il faut prévenir cet inconvénient en écrivant de suite , sur la copie du titre , un mot ou un chiffre indicatif de la division à laquelle les livres appartiennent.

9. Il faut de même s'appliquer à ne jamais varier dans la rédaction de la transcription des titres , qui doit contenir , dans l'ordre suivant :

Le Nom de TAuteur ;

Le Titre très-exact , avec le nom de l'Éditeur ou de rAnnotateur ;

Le Nombre de volumes , de gravures , etc. ;

Le Format et le nombre de Pages , lorsque le genre de l'ouvrage l'exige ;

Le Nom de la Ville et du Libraire ou Imprimeur ;

La Date ;

La Lettre distinctive de la Classe et de la Division auxquelles l'ouvrage appartient ;

Le Numéro d'ordre.

10. Le nom de V auteur , ou le mot d'ordre, qui, dans la classification alphabétique, assigne à chaque titre sa place précise , n'est pas moins important dans la classification par matières ; et l'attention que demandent les noms propres est d'autant plus nécessaire, que l'omission ou la transposition d'un seul titre change complètement un nom et le déplace de son ordre alphabétique. Il faut donc s'appliquer à les copier avec une précision diplomatique ; bien considérer que, sans l'indication exacte des prénoms, il est impossible de distinguer les homonymes Dupont, Dupuy, Lefèvre, Lemaire , Maçon, etc.; et reconnaître les auteurs qui ne sont homonymes qu'eu apparence : par exemple les de-la-Croix , de Lacroix et Delacroix, les de-la- Tour-Dupin et Delatour^du-Pin, et tant d'autres. Cependant, malgré les nombreuses difficultés , il ne faut pas redouter la recherche des noms d'auteurs , même de ceux qui se cachent sous le mystère ou sous les pseudonymes. Ces renseignements sont si intéressants pour la bibliographie et pour l'histoire littéraire, qu'on ne doit négliger aucun moyen pour les obtenir, ni l'attention constante dans la lecture des ouvrages périodiques , ni l'examen des préfaces , des dédicaces et des notes.

L'ancienne manière de latiniser ou de traduire les noms cause également beaucoup d'erreurs, et demande autant d'attention que les prénoms, qui, parleur traduction dans les diverses langues modernes, changent complètement '. Enfin, tant qu'il y a possibilité , l'indication du nom véritable et exact d'un livre est toujours utile.

11. La copie complète des titres est nécessaire nonseulement pour faire connaître le contenu des livres , mais afin de pouvoir les distinguer les uns des autres, parce que souvent plusieurs ouvrages portent presque le même titre , et ne se font reconnaître que par une légère différence dans son libellé.

12. La précision qui doit régner dans toutes les indications exige encore de bien énoncer le nombre de volumes de chaque ouvrage, et de distinguer les tomes des volumes. Le mot volume a rapport à la reliure , celui de tome à la division d'un livre en plusieurs parties : un ouvrage peut avoir douze tomes en six volumes, comme six tomes en douze volumes. La mention exacte du nombre des vignettes , cartes, etc., noires ou coloriées , est aussi d'une grande utilité pour constater que l'exemplaire est bien complet.

13. Il faut avoir soin de ne point laisser suivre ou précéder la date immédiatement par la désignation du

format, car le chiffre de celui-ci , se trouvant placé près du millésime, peut facilement causer des erreurs.

14. L'indication du libraire, et même de l'imprimeur dans certains cas, sert à préciser et à faire reconnaître les diverses éditions d'un même livre, dont la valeur diffère toujours par quelque particularité, ne serait-ce que

* Tels que Dielerich en Théodoric , Gottlieb en Théophile , Hans et John en Jean , Wilhelm et William en Guillaume, James en Jacques, Waller en Gautier, elc.

par la nouveauté ; et quoique l'usage soit de ne citer que les noms des imprimeurs antérieurs à 1550, ou de se borner à un petit nombre d'entre eux, tels que les Aide, les Junte , les Etienne , les Elzevir, les Plantin , etc. , il n'est pas moins convenable d'en faire autant pour plusieurs typographes ou libraires modernes : cette indication suffit souvent pour désigner telle ou telle édition, surtout des classiques anciens et modernes dont il existe un si grand nombre de réimpressions.

15. Quant à la date, on a grand tort, lorsque les volumes d'un ouvrage n'ont point paru dans la même année, de mettre, par exemple 1795 et années suwantes. Cette négligence ne doit pas se voir dans un catalogue ; il faut toujours indiquer le millésime du premier et du dernier volume : 1795-1802, ou 795—802.

16. La trop grande extension des titres, en les copiant en entier, ne peut être un motif de reproche, car le titre d'un livre en est l'exposé, et on n'y devrait rien supprimer ni ajouter. Dans une nomenclature de botanique ou de toute autre partie de l'histoire naturelle, personne ne trouvera trop minutieux le détail qui décrit le caractère et la physionomie de chaque sujet; le nombre prodigieux des livres doit donc engager le bibliographe à agir de même. Cependant on peut éviter une prolixité fastidieuse autant qu'une concision obscure, et s'attacher à resserrer dans de justes bornes les titres qui pèchent par une excessive étendue , ou à éclaircir ceux qui ne sont pas assez détaillés ; un seul mot, ajouté entre parenthèses, suffit ordinairement pour ôter à un titre toute obscurité. Mais il y a des exceptions où la copie la plus minutieuse devient un mérite, surtout pour les manuscrits et pour les livres anciens.

17. Le ridicule dans la rédaction du titre de certains écrits, où l'appareil vaniteux des qualités et titres hono-

iOT

rifiques de l'auteur forme la plus grande partie des lignes, doit, dans la transcription, toujours disparaître, à moins qu'une de ces qualifications soit nécessaire pour distinguer des homonymes.

18. Quoique l'on ait déjà fait connaître dans ces feuilles l'inconvénient qui résulte de l'assemblage de plusieurs ouvrages en un seul volume, il est trop grand pour ne pas y revenir , et recommander de transcrire à part chacun des titres ; car, malgré la shnilitude de leur contenu, il se peut qu'en les classant ils se trouvent séparés par les subdivisions. Le désavantage de cette réunion est, au reste, trop évident pour qu'il ne soit pas compris par tout homme qui a la moindre expérience en livres ; aussi on fait souvent très-bien de recourir au couteau pour séparer ces assemblages, avec la condition expresse, toutefois, de confier immédiatement ces parties au relieur , pour en prévenir la perte ou la destruction presque inévitable.

La copie du titre étant faite dans tous ses détails, ainsi qu'il a été dit, on examine l'état du livre pour en donner la description, si l'ouvrage le mérite sous quelque rapport , ou pour en indiquer les défectuosités.

Le luxe dans l'exécution de la partie matérielle d'un livre n'ajoute rien , sans doute , à sa valeur littéraire ; mais on peut présupposer qu'il a du mérite , parce que les frais n'ont pas été épargnés pour le doter d'un extérieur qui le distingue. Aussi des passages soulignés, des notes écrites en marge, les signatures ou armes des propriétaires, diminuent le prix d'un exemplaire , à moins qu'ils ne viennent d'une personne célèbre : alors ils peuvent , au contraire, contribuer à en augmenter la valeur.

Du Format.

1 . La connaissance des formats semble facile et de peu d'importance ; cependant les hommes savants en bibliographie ont commis de fréquentes erreurs de ce genre , et on a vu plus d'une discussion sérieuse s'élever sur l'existence de l'édition d'un ouvrage, uniquement par une fausse désignation de format.

2. Quelquefois un livre (surtout parmi ceux du xv** siècle et du commencement du xvi*') semble être d'un format au-dessous de celui auquel il appartient, parce que, ayant été imprimé sur du papier plus petit que d'ordinaire , et les marges rognées plusieurs fois , l'in-folio a dû être réduit à la grandeur d'un in-4'', et ce dernier à celle d'un in-S". Dans les premiers temps de l'imprimerie , on ne faisait pas usage de signatures; il est donc facile de commettre des erreurs lorsque le feuillet qui contient le registre a été enlevé , et , pour les éviter, il faut faire attention aux pontuseaux. Depuis l'emploi des signatures , la chose n'est plus embarrassante , quand même il n'y aurait pas de pontuseaux , comme au vélin ou au papier vélin.

3. Dans le fait, ce n'est point la grandeur du papier qui constitue le format d'un livre, mais bien le nombre de pages qui se trouvent sur chaque côté de la feuille at^ant d'être pliée, et qui produisent naturellement, après la pliure, autant de feuillets. Quelquefois les imprimeurs emploient des papiers d'une dimension plus grande ou plus petite que l'ordinaire, de manière qu'un volume paraît un in-12, tandis qu'il est petit in-8°, ou qu'il a l'air d'un petit in-folio, et c'est un in-4", etc. C'est par cette raison qu'on indique très-souvent, à tort, les Elzévir et beaucoup d'autres anciennes impressions de Hollande tomme des in-18, tandis qu'ils sont des in-12 sur papier

dit couronne. Il en est de même des in-S" sur le même papier , que la plus grande partie des catalogues gratifie d'in-12. Quand un format présente du doute , on n'a donc qu'à recourir aux pontuseaux , aux signatures ou aux réclames, qui indiquent sans équivoque le véritable format.

Les Pontuseaux sont les raies claires qui traversent le papier à douze ou quinze lignes de distance, ou qui coupent d'équerres d'autres raies très-rapprocliées et moins transparentes appelées vergeures.

Tableau des formats , du nombre de pages et de la position des pontuseaux.

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