Le catalogue, cette sauvegarde d'une bibliothèque
ce guide fidèle dans l'usage des livres qui la composent , en est en même temps le premier conservateur : c'est par lui que l'existence de chaque volume est constatée ; c'est lui qui indique la place où on doit le trouver.
La rédaction, faite avec la plus minutieuse exactitude, n'est donc pas si peu importante que bien des gens se l'imaginent ; cependant il y a trop d'exemples , même dans quelques-unes des plus célèbres bibliothèques , de catalogues incomplets , inexacts , trop abrégés, ou faits avec une indifférence évidente. Et que résulte-t-il de la rédaction et du classement mal faits d'un catalogue ? Recherches multipliées , sinon inutiles , renseignements inexacts, perte de temps, défectuosité des nouveaux catalogues basés sur l'ancien, et enfin, par ces raisons mêmes, inutilité de la bibliothèque.
2. Dresser un catalogue de livres qui ne contienne aucune erreur est, sans doute, aussi impossible que la perfection dans toute autre œuvre des hommes, et les difficultés s'y augmentent en proj^ortion des innombrables détails qu'il contient ; mais avec de la persévérance , une minutieuse exactitude et une critique éclairée, on peut approcher de cette perfection et donner à un pareil tiavail le mérite de la véritable utilité, qui n'appartient qu'aux livres qui ne laissent à celui qui les consulte aucun doute sur leur exactitude micrologique. A cet effet, il faut se livrer à l'ouvrage comme si la perfection était chose possible, et cette illusion peut seule faire faire quelque chose de bon dans ce genre.
3. Un catalogue de livres Z'/e/î/^fV, ne serait-ce que celui d'une vente publique , a le double mérite d'instruire les acheteurs sur ce qu'ils veulent acquérir, et de flonner des renseignements souvent très-intéressants; celui d'une bibliothèque particulière présente, en outre, l'aperçu de la collection qu'un amateur érudir , un
homme d'État, ou toute autre personne remarquable par sa position sociale ou par son mérite intellectuel, aura fait avec soin et prédilection ; enfin le catalogua d'une bibliothèque publique donne non-seulement la nomenclature des livres qui sont à la disposition de ceux qui désirent y avoir recours, mais il présente encore un tableau plus ou moins étendu des ouvrages sur les diverses sciences.
4. La rédaction du catalogue d'une collection délivres, grande ou petite, est donc utile sous tous les rapports ; et il est important que celui qui en est chargé ait des connaissances en bibhographie et en littérature , et mémo l'habitude de ce genre de travaux. Les premières s'acquièrent par l'étude , la dernière par la pratique ; et quelques centaines de livres , pour\Ti qu'ils contiennent diverses matières , suffisent pour faire les essais des travaux qu'un catalogue demande j leur application en grand sera ensuite facile.
5. En entreprenant cette tâche, il ne faut jamais oublier que les deux principaux mérites d'un catalogue sont de présenter un état descriptif et exact de tous les livres qui composent une bibliothèque, et de fournir les moyens de trouver promptement chaque volume, et de se procurer tout renseignement littéraire ou bibliographique. Ce sont ces deux qualités que l'on ne doit jamais perdre de vue pendant ce travail.
6. Plus les détails sont nombreux dans un ouvrage, plus son auteur est exposé à commettre des erreurs ; nul travail n'est donc sujet à en offrir autant qu'un catalogue de livres : la transcription des titres , les noms propres et leur orthographe, le format, la date, le nom de la ville où il a été publié, etc., tout devient écueil et exige l'exactitude la plus minutieuse dans la rédaction comme dans le classement des livres.
7. La variété immense des titres présente à celui qui les transcrit un grand nombre de cas qui le laissent d'autant plus embarrassé et incertain sur le principe à suivre dans leur classification, que souvent il est indifférent lequel il adoptera, et qu'il ne s'agit que de choisir. A cet effet, il est essentiel de suivre une marche iwariable, surtout dans une grande bibliothèque, où les travaux, partagés entre plusieurs personnes , doivent se faire avec une parfaite harmonie dans toutes leurs parties.
8. Quoiqu'un catalogue ne puisse jamais être un livre de lecture suivie , mais seulement un ouvrage à consulter, il y en a pourtant qui contiennent autre chose que la sèche nomenclature des titres , et qui , par les notes littéraires et critiques dont ils sont enrichis , présentent un grand intérêt ; mais alors ils cessent d'être de simples catalogues , et entrent dans la classe des livres bibliographiques et littéraires.
9. Sous le rapport de la classification des titres, il y en a deux, espèces : l'une systématique ou par ordre de matière, l'autre alphabétique.
Le catalogue systématique est l'état ou l'inventaire dans lequel les livres sont inscrits , suivant un système littéraire et scientifique, chacun à la place que son contenu lui assigne. Dans le catalogue alpliabélique, au contraire, les ouvrages sont portés, sans aucun égard au sujet dont ils traitent , dans l'ordre de l'alphabet que le nom de l'auteur ou le premier substantif du titre lui indique. Celui-ci a l'avantage de faire découvrir plus promptement un livre dont on connaît le titre-, l'autre, tout en présentant le même avantage, mais sans ordre de matières, aide, en outre, à trouver tous les ouvrages écrits sur un même sujet, et donne, pour les études et les recherches, plus de facilité qu'aucune autre méthode.