‹ Bibliothéconomie (volume 2)Chapitre 20 sur 26 · Sous le rapport bibhographique et littéraire, plus · texte numérisé non relu

Sous le rapport bibhographique et littéraire, plus

un catalogue contient de notes, de renvois, de renseignements utiles, plus son mérite augmente; et c'est là où le bibliographe se dislingue. Les services que rendent ces notices aux personnes qui s'occupent de littérature sont inappréciables ; elles suppléent à ce que les titres laissent de douteux , épargnent des recherches longues et infructueuses, fournissent des matériaux ignorés , et acquièrent à juste titre la reconnaissance de ceux qui en profitent.

2. Ces notes peuvent être de tous genres, pourvu qu'elles se rattachent, d'une manière ou d'autre, à l'ouvrage dont elles accompagnent le titre; rien n'en est exclu : la critique littéraire, l'exécution matérielle, l'histoire, les anecdotes, la biographie, tout peut y trouver place. Mais leur rédaction doit être correcte , claire et concise, et n'a pas besoin de celte élégance qui fait le premier mérite d'autres compositions. Un écueil est cependant à éviter : c'est la monotonie inévitable des formules bibliographiques que la nature du sujet amène continuellement; il est inutile, par la même raison, de surcharger les notes de détails que l'on trouve souvent ailleurs.

3. Une chose dont il est difficile de se rendre compte, c'est l'âpreté avec laquelle sont rédigées la plupart des notes bibliographiques et les rectifications des plus légères inadvertances. Dans une science où les erreurs et les méprises sont si faciles à commettre, les qualifier à^ absurdités, de sottises, d'indices à^ignorance, et d'autres expressions plus outrageanles encore , c'est donner des preuves de mauvais goût et de personnalités offensantes. L'abbé Riç^e (1730-1791) est le type de ces bibliographes remplis d'érudition , mais bilieux et haineux à l'excès, et il serait malheureusement facile d'en citer beaucoup d'autres qui, de nos jours, ne lui cèdent le pas ni en mérite, ni en acrimonie.

4. Les renvois, si utiles et si bien venus, demandent les plus grands soins; car une indication inexacte cause des recherches inutiles et est pis que de n'en pas donner du tout. Ce défaut est cependant celui de beaucoup de savants qui citent les titres trop superficiellement ; chose inexcusable, parce que ce n'est pas toujours l'économie du temps qui les engage à cette légèreté , mais bien un genre de présomption qui veut dire : Je n'écris que pour des personnes aussi instruites que moi. Ils oublient que la véritable science doit être compréhensible pour le disciple comme pour le maître, et que ces sortes de citations perdent toute leur valeur lorsqu'elles sont sans utilité. Enfin, pour compléter le mérite d'une note, il faut s'appuyer de la source où elle est puisée.

5. Le genre des observations dans un catalogue manuscrit est cependant très-différent de celui des notes que l'on peut ajouter dans un catalogue destiné à l'impression : les premières sont pour l'usage immédiat, et doivent dispenser d'autres recherches; elles peuvent donc contenir des répétitions et des renseignements que l'on trouve ailleurs. Il n'en est pas de même des dernières , qui ne doivent offrir que ce qui n'a pas encore été dit dans d'autres bibliographies ; elles doivent être passées au creuset de la critique littéraire, et présenter le résultat de connaissances réelles.

Des Livres anciens et rares.

1. Quant aux manuscrits, et aux éditions anciennes ou rares, ils sortent entièrement de la règle : l'ancienneté , l'exécution matérielle et la rareté font ordinairement leur principale valeur , et ils diffèrent en cela des livres modernes, dont on considère avant tout le mérite littéraire. Les manuscrits, les paléotypes, les in-

cuiiables, les éditions princeps , regardés comme les joyaux d'une bibliothèque , demandent , en outre des connaissances spéciales pour apprécier les anciennes écritures, la variété infinie des peintures et des ornements, pour distinguer les éditions , savoir par quelles particularités elles diffèrent entre elles , et en connaître la valeur commerciale.

2. Au reste , à l'exception de quelques bibliothèques publiques , il y en a peu qui possèdent un assez grand nombre de ces précieux volumes pour qu'une classification particulière soit nécessaire ou applicable. La meilleure méthode, dans ce cas, est de les ranger sur les rayons par format et par date, et d'en dresser un catalogue descriptif et raisonné, tout en répétant les litres, dans les catalogues généraux, à leur place respective.

3. La qualification de rare, qui exerce un si grand pouvoir sur tout ce qui est amateur, étend également sa séduction sur les bibliophiles : l'ancienneté, la conservation parfaite, l'annotation d'une main célèbre, la rareté proprement dite , ne sont pas les seuls motifs qui font regarder comme précieux un livre dont il est quelquefois difficile de soutenir la lecture ; la mise au pilon de l'édition , l'existence de doubles cartons ou gravures , la preuve qu'il a appartenu à une personne célèbre , ou qu'il a été tiré à petit nombre , le rangent tout aussi bien parmi les curiosités bdDliographiques , que mille autres particularités souvent sans importance.

4. La description de ces volumes demande beaucoup plus de détails que les autres ouvrages moins curieux ou plus modernes , et pour qu'elle soit bien faite , surtout celle d'un manuscrit ou d'un incunable , il faut qu'elle indique, outre l'auteur et le titre, le genre de caractères , la pagination, le nombre des lignes et des colonnes de chaque page , les signatures, le nombre de volumes ,

le format , la ville , l'impriineur , ou le copiste si c'est un manuscrit, et la date. Dans les cas où un volume n'a ni titre , ni date , ni autre indication de ce genre , ce qui se voit fréquemment dans les premières productions de l'imprimerie , on copie les premières et les dernières lignes. Les excellents ouvrages des Brunet, Ebert, Panzer, Audiffredi , etc. , etc. , en présentent les exemples les plus parfaits.

De la Disposition calligraphique des Catalogues.

1 . L'exécution calligraphique d'un catalogue , quoique souvent négligée , contribue néanmoins beaucoup à le rendre plus commode et plus utile. La netteté et h régularité dans la disposition des lignes , le soin que l'or a de faire ressortir , par un caractère différent , le non: d'auteur ou le mot d'ordre , facilitent à l'œil de trouvei ce qu'il cherche ; tandis qu'un catalogue d'une mauvais( écriture , sans arrangement régulier , fait reculer devani les recherches que l'on voudrait y faire.

2. En dressant un catalogue, alphabétique ou systématique, il est nécessaire de laisser assez de place poui intercaler facilement les nouvelles acquisitions. Il fau donc que le catalogue soit composé de caries ou defeuil lets détachés ; ou , s'il est écrit sur des volumes reliés qu'il y ait , entre chaque article , de grandes lacune: blanches.

3. L'une et l'autre méthodes ont leurs inconvénient: et leurs avantages : la première demande le plus granc soin , afin qu'aucun titre ne soit égaré ou déplacé pai une main maladroite ou brouillonne ; ce qui interdit nécessairement d'en abandonner l'usage à tout-venant ; mais aussi elle permet autant d'intercalations et de changements que l'on voudra.

4. La seconde méthode , il est vrai , donne la facilité de feuilleter le catalogue sans risque du moindre désordre; mais les changements deviennent impossibles sans ratures , et les intercalations , dont on ne peut jamais prévoir ni le genre ni le nombre, remplissent bientôt toutes les lacunes , et forcent à établir des volumes supplémentaires.

5. Il s'agit , par conséquent , de choisir entre deux maux le plus petit , et on ne peut hésiter à préférer la première méthode à toute autre , parce qu'elle offre la plus grande facilité aux classements , aux augmentations et aux transpositions continuellement nécessaires , et parce qu'on peut supposer que les personnes qui consultent un catalogue ont assez d'habitude de s'en servir et assez d'attention pour n'y causer aucun dérangement. La seconde , au contraire , ne prévient que ce dernier danger , sans avoir aucun des avantages de la première.

6. En transcrivant les titres sur les cartes , on laisse en tète une place suffisante pour le numéro provisoire , et en bas autant pour les lettres et numéros d'après lesquels chaque ouvrage est placé définitivement. Yoici un exemple s

Précis histor. de la révolution franc. , par deLacreteUej^,b\o\.

in-18. Paris, 1801-—

Chaque renvoi d'un i^ot, d'uu nom , d'une classe à une autre , doit être écrit sur une carte séparée , pour être classée à sa place.

7. Pour conserver rensemble des cartes dans l'ordre établi , il ne faut jamais les percer et les enfder en paquets , ce qui rend les recherches très-incommodes et empêche d'intercaler avec facilité de nouvelles cartes ; on fait faire de grandes boîtes ou cases , partagées en petits compartiments de la largeur des cartes , dans lesquels on les pose debout , de manière qu'elles en sortent du tiers de leur hauteur. Le nombre de cases se règle d'après le nombre de cartes , qui demande des divisions proportionnelles.

8. Quand on se sert de bulletins ou feuillets de papier au lieu de cartes , on les fait régler perpendiculairement en huit colonnes , dans lesquelles on inscrit :

l'Auteur ;

le Titre ;

le Nombre de volumes j

le Format ;

la Ville et le libraire ;

la Date ;

la Lettre distinctive de la classe et de la division ;

le Numéro d'ordre.

Il est bien entendu que la largeur de chaque colonne doit être proportionnée à ce qui doit y être inscrit ; que le format , par exemple , ne demande que la place de deux chiffres ; le titre , au contraire , le plus possible. (v. le modèle ci-contre.)

Pour rendre commode l'usage d'un catalogue de ce genre, et pour éviter que l'ordre des bulletins ne soit dérangé , on fait confectionner, d'après le format , des boîtes de carton (v. le dessin, p. 50) , qui permettent d'y feuilleter sans les ôter. On met sur ces boîtes des étiquettes , pour les placer comme des volumes.

9. Cependant, si le grand nombre de cartes ou de feuillets prend trop de place , si l'usage cesse d'en être com-

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mode , on peut les inscrire , suivant leur classification , sur des feuilles entières pour être reliées. IMais que l'on se garde bien de détruire ces premiers éléments , car on en aura toujours besoin pour des vérifications ou de nouvelles classifications. Il faut même continuer à faire des cartes, ou bulletins, des nouvelles acquisitions, pour les transcrire sur le catalogue en volumes, et pour les intercaler ensuite dans l'ancienne série.

IQ. Un autre moyen , c'est de se servir, en place de cartes ou de feuillets, de petites Bandes , de même grandeur , de papier mince , sur lesquelles on transcrit les titres. On les classe comme les cartes , et on les colle , dans l'oidre voulu , sur de grandes feuilles , que l'on fait relier après. On doit laisser en blanc le verso de ces grandes feuilles , afin d'y faire des notes en regard du recto suivant (couvert de bandes collées). On concevra, au reste, que ces bandes, qui sont destinées à être collées, doivent également n'être écrites que d'un côté.

Si l'on écrit ces bandes avec soin et uniformément , si on les colle proprement et avec régularité , un tel catalogue peut être assez bien , sans trop choquer la vue même d'un bibliomane.

1 1 . Souvent aussi on est obligé de reclasser un catalogue imprimé. Dans ce cas , on en prend deux exemplaires : dans l'un, on barre, avec de l'encre ou du crayon rouge, toutes les pages paires (2,4» ^ ? ^ -> ^*^^- ) '■> ^^^^ l'autre , les pages impaires (i , 3 , 5,7, etc.). Cela fait , on découpe les titres qui se trouvent dans les pages non biffées, on les classe et on les colle sur des feuilles , comme il vient d'être dit.

12. Enfin une dernière méthode pour l'exécution calligraphique des catalogues est celle de transcrire immédiatement les titres dans un registre , relié et disposé par la réglure, pour former le catalogue définitif. Mais ce mode

a plus d'un inconvénient, ne serait-ce que l'impossibilité d'estimer , à l'avance , la place nécessaire pour chaque lettre, syllabe ou matière, ou le feuilletage continuel, et de ne pouvoir faire, sans rature, le moindre changement ou redressement d'erreur.

Dans les cas où on serait cependant forcé d'employer cette manière , que l'on ne soit, au moins , pas avare de papier, et qu'on laisse amplement de place pour pouvoir ajouter des titres sans être gêné et sans être obligé de faire des volumes supplémentaires. Cette précaution est surtout nécessaire pour le catalogue alphabétique, où on ne peut jamais prévoir ce que l'on aura à intercaler. Le mieux est de faire la copie sur des cahiers volants de quatre à six feuilles , et de ne les faire relier que lorsque tout le travail est terminé ; ce moyen permet non-seulement de faire une séparation égale des volumes , mais aussi de remédier plus facilement aux erreurs , par le remplacement d'une ou deux feuilles. Le format m-î" est celui qui, en général , convient le mieux à ces sortes de catalogues.

13. Les deux modèles ci-joints sont les plus convenables pour l'un et l'autre genres , et peuvent être modifiés selon les circonstances. Le choix du papier n'est même pas indifférent; il faut qu'il soit de belle qualité , pour que l'on y écrive volontiers et proprement, et bien collé, pour résister aussi longtenips que possible à l'usage fréquent auquel un catalogue est exposé.

14. Outre les catalogues alphabétique et systématique , quelques bibliothèques d'Allemagne en possèdent un troisième (Lo/ial-Katalog) , dans lequel se trouvent inscrits les livres d'après l'ordre dans lequel ils sont rangés sur les tablettes. Un semblable catalogue est aussi superflu qu'incommode pour la moindre recherche , et ne peut servir que d'inventaire pour le récolement.

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Des Abréviations.

1. La bibliographie, aussi bien que chaque art et chaque science , a sa terminologie : semblable à Talgèbre, elle a composé la sienne de signes et surtout d'abréviations qui, dans un catalogue , dispensent de détails et de répétitions, fastidieux dans toute autre rédaction. Cette espèce de sténographie a l'immense avantage d'une grande économie de temps et de place, et d'être adoptée par tout le monde savant. Peu d'exemples suffiront pour montrer combien elle est facile à comprendre :

P, pour in-folio.

got..

pour

gothique.

B in-<]uarlo.

gravures.

» in-oclavo.

Havn. ,

Havniœ.

» in-douze.

Lips. ,

Lipsiœ.

Lugd.,

Lugduni.

Lugd.-B

Lugduni-Batavo-

rum.

» anno ou année.

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