‹ BibliothéconomieChapitre 17 sur 104 · DEVOIRS D UN BIBLIOTHÉCAIRE · texte numérisé non relu

DEVOIRS D UN BIBLIOTHÉCAIRE

trace par ses prédécesseurs, et ne penser aux véritables améliorations que lorsqu'on connaîtra parfaitement la bibliothèque dans tous ses détails.

10. Outre ces connaissances et les talents que l'on veut trouver chez un bibliothécaire, il y a encore certaines qualités secondaires qui lui sont nécessaires. Lue bonne écriture en est une des premières, et, sans vouloir soutenir qu'il soit positivement de bon ton , parmi les gens qui se vouent à l'étude , d'écrire de travers et mal, sinon iilisiblcment, il est un fait, c'est que le plus grand nombre d" entre eux ont contracté cette mauvaise habitude uniquement pour ne pas avoir l'air d'un homme de bureau, mais bien pour prouver que l'écriture nette et lisible n'est pas digne d'un esprit supérieur. On pourrait citer les erreurs les plus plaisantes et les plus préjudiciables occasionées par cette manie. L'écriture est la pa rôle fixée sur le papier ! Eh î que dirait-on du plus grand poète , savant ou orateur, qui , en parlant, bredouillerait tellement qu'on ne pourrait le comprendre ?

11. Un bibliothécaire, plus que tout autre, doit donc s'appliquer, sinon à une belle main, au moins à une écriture nette et très-lisible ; car tous ses travaux, surtout les catalogues, ne sont pas destinés seulement à son propre usage , mais bien à celui de tous ceux qui les consultent, même long-temps après lui. Un moyen assez bon pour donner à l'écriture une certaine régularité, c'est de se servir de papier et de registres réglés en gris : cette réglure , par la distance égale des lignes, rend l'écriture , serait-elle même mauvaise , plus propre et par là plus lisible.

12. Vn des devoirs les plus pesants d'un bibliothécaire est l'obligation d'accueillir et de satisfaire aux questions les plus triviales, aux demandes insignifiantes et indiscrètes , avec autant de prévenances et d'indulgence qu'aux plus savantes et aux plus intéressantes interrogations ; il doit, pour ainsi dire, faire abnégation de soi-même et s'identifier en quelque sorte avec toute personne qui sollicite des renseignements , et qui sou-

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vent abuse de son temps et de son intarissable complaisance. C'est un sacrifice qu'il doit faire à sa situation. Toute son activité devant être dirigée vers l'utilité de sa bibliothèque , il doit s'armer de résignation lorsqu'il voit que le public croit ne devoir de la reconnaissance des bienfaits qu'il tire d'un pareil dépôt qu'à son fondateur, et nullement au bibliothécaire, qui, par ses soins et par son travail seul , sait y faire trouver et en communiquer toutes les richesses.

Le public, en général, sera toujours inexorable pour les vices qu'il découvre dans les établissements publics ( qu'il regarde comme les siens ), et ingrat envers ceu# qui en font disparaître les abus et qui se sacrifient pour les améliorations qui tendent à son profit. Aussi les travaux et la peine du bibliothécaire ne sont-ils guère récompensés que par la reconnaissance de quelques habitués de l'établissement qui lui est confié ; les plus grands succès de ses efforts et de son zèle restent inconnus audelà des limites étroites de sa bibliothèque ; tandis que les productions de ceux qui cultivent les lettres et les sciences leur procurent éloges et témoignages d'estime publique.

13. Beaucoup d'administrateurs ou de gérants ont le grand défaut de s'imaginer qu'ils vivront éternellement, et de ne point penser à l'avenir ni à leurs successeurs ; se fiant sur leur mémoire , ils gardent dans leur tête la clef de leurs travaux , sans rien confier au papier ; et lorsque la mort ou toute autre cause les éloigne de leur place, les affaires qui leur étaient confiées se trouvent dans un tel cahos, qu'on ne peut les débrouiller qu'avec peine et avec du temps et beaucoup de frais.

Plus répréhensibles encore sont ceux qui en font autant par jalousie ou pour se rendre nécessaires pendant leur service et se faire regretter dans leur absence. Malheureusement cette manière d'agir, que l'on pourrait qualifier d'infidélité dans l'exercice d'une fonction , ne se voit que trop souvent.

14. Le bibliothécaire qui a une idée juste de ses devoirs doit constamment avoir en vue qu'il n'exécute pas

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tous ses travaux pour lui seul, mais bien pour les autres, et même pour des personnes moins instruites que lui et peu habituées à l'usage des livres; car, de tous ceux qui fréquentent les bibliothèques et qui consultent les catalogues , il n'y en a qu'un très-petit nombre qui aient l'habitude des recherches, et qui n'ont besoin que de légères indications pour trouver les renseignements qui leur sont nécessaires. Il faut du courage pour semer sans recueillir, pour renoncer à toute activité procréative, et se résigner à un travail assidu, souvent aride et presque toujours ignoré de ceux qui en tirent tout l'avantage.

* 15. Un autre moyen conservateur, c'est de former des élèves , afin de trouver parmi eux des aides exercés et des successeurs habiles ; car souvent les travaux les plus utiles et les mieux entendus restent en projets, ou interrompus par le départ du bibliothécaire, faute de personnes capables et pénétrées des mêmes vues que celui qui les a commencés.

16. La série des qualités- et des connaissances dont on vient de donner le développement n'est cependant pas encore assez complète pour qu'un bibliothécaire puisse, en les possédant , remplir tous les devoirs que sa place lui impose ; il faut encore qu'il sache administrer les diverses parties du personnel, les fonds et le matériel qui composent l'ensemble d'une bibliothèque. C'est un talent tout particulier que celui de chef d'un plus ou moins grand nombre de personnes , de leur assigner leurs travaux , de les diriger dans leurs devoirs sans blesser leur amour-propre , de n'être ni trop sévère ni trop indulgent, et par tous ces moyens d'utiliser leur concours.

17. La gestion des fonds demande également une étude spéciale ; elle devient plus difficile et plus délicate à mesure qu'augmente la liberté laissée dans leurs dispositions ; car moins elle est contrôlée , plus la responsabilité est grande. Les fonds destinés aux acquisitions doivent être employés avec conscience, économie et réflexion : quelques considérables qu'ils puissent être.

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si l'on n'est prudent dans leur emploi, l'immense quantité des livres parus et à paraître les épuisera toujours trop vite; et puis, l'inégalité dans la composition des classes d'une bibliothèque est une injustice envers le public , qui peut prétendre à ce qu'aucune d'elles soit privilégiée ; il ne doit y avoir exception à cet égard que dans les bibliothèques spéciales.

18. La connaissance, enfin, du matériel des livres et de l'ensemble d'une bibliothèque n'est pas moins nécessaire à l'administration d'un pareil établissement, tant pour éviter les méprises ou des pertes , qu'afin de pouvoir juger par soi-même.

19. En entrant en fonction, le nouveau conservateur doit commencer, avant tout, et aussitôt que l'ébahissement que produit toujours le premier aspect d'un grand assemblage de livres est passé , par s'orienter dans les localités et dans la distribution de la bibliothèque, en consultant en même temps les catalogues qui en existent. Il étudiera ensuite avec soin l'histoire de la formation et de l'agrandissement progressif de son ensemble, se familiarisera avec les travaux courants, et consultera les archives des gestions précédentes. C'est par ces inspections qu'il connaîtra promptement tous les détails de l'établissement et les travaux que son emploi lui prescrit ; mais ce n'est qu'après s'être ainsi identifié avec la bibliothèque , qu'il pourra penser à y introduire des améliorations , ou bien une réorganisation générale , si la nécessité l'exige. Qu'il s'arme alors de courage pour surmonter tous les obstacles que la routine , l'insouciance, la paresse même des subalternes, comme celle des supérieurs , opposeront à toute espèce de changement, quelles qu'en puissent être l'urgence et l'utilité.

20. Ce qui vient d'être dit sur les devoirs , connaissances et qualités d'un bibliothécaire, prouve que sa position, tant envers sa bibliothèque qu'à l'égard du public, l'expose à des prétentions sans bornes, qu'il est au-dessus de l'étendue des facultés d'un seul homme de pouvoir jamais satisfaire à toutes. Il faudrait qu'il connût toutes les langues, qu'il lût imbu des sciences en

général, ou qu'il fût un miracle d'universalité, auquel, cependant, s'il en existe, manqueraient peut-être les qualités personnelles qui lui sont indispensables.

Mais , comme les ouvrages encyclopédiques peuvent donner des renseignements dont on réclamerait peutêtre vainement un grand nombre d'un pareil polymathe, un homme éclairé, ayant fait de bonnes études' et connaissant à fond le mécanisme administratif d'une bibliothèque, sera toujours d'une utilité plus réelle, comme bibliothécaire, que le plus grand savant h qui manquerait celte connaissance. Il se formera, au surplus . une petite bibliothèque non-seulement des meilleurs ouvrages bibliographiques et encyclopédiques, mais aussi des notes et cahiers recueillis par lui-même , où il pourra puiser promptement les renseignements dont il peut avoir besoin à chaque instant. (!)

1. L'existence, dans un endroit quelconque, d'un grand nombre de livres entassés dans des caisses ou sur des rayons, ne constitue point une bibliothèque : ces livres ne la formeront que lorsqu'ils seront classés, catalogués et rangés d'une manière convenable à l'étude; et une bibliothèque, qu'elle soit publique ou particulière, qu'elle contienne un million ou quelques centaines de volumes, ne saurait être utile tant qu'elle n'est pas disposée et administrée d'après un système qui est en harmonie avec sa destination. Etre riche, c'est peu ou rien, si l'on ne connaît ses richesses et si l'on ne peut en jouir : or, pour qu'une bibliothèque soit aussi utile que sa nature le permet, il faut que l'on puisse disposer d'un livre promptement et commodément. Pour le trouver promp-

(1) Voir Chap. XII. § 14.

tentent , le catalogue doit être complet, exact et circonstancié, et les livres rangés avec ordre ; pour pouvoir le consulter commodément , il faut que le local soit spécialement disposé à cet effet.

Plus ces degrés de perfection sont atteints d'une manière simple et peu compliquée , plus l'organisation et l'administration d'une bibliothèque sont bonnes.

2. Les bibliothèques publiques ou d'une grande étendue ne sont pas les seules qui aient besoin d'un arrangement bien calculé et d'un catalogue exact ; les bibliothèques particulières , celles d'un petit nombre de volumes , demandent aussi une disposition convenable pour les rendre utiles et pour épargner de longues recherches aux personnes qui y ont recours , et qui souvent renoncent à retourner à un pareil foyer de ressources.

3. Avant de commencer l'organisation d'une bibliothèque , on doit tracer un plan mûrement réfléchi et approprié au genre de sa composition et aux localités. Ce plan une fois arrêté, il faut l'adopter et ne plus s'en écarter ; dès le commencement, il est encore du devoir du bibliothécaire d'établir tous les travaux de manière que son successeur puisse s'orienter immédiatement et sans difficulté, afin que l'usage de la bibliothèque n'éprouve jamais d'interruption. A cet effet, il doit avoir une espèce de journal où il consigne en détail le plan et la méthode d'après lesquels la bibliothèque est organisée (1), ainsi que tous les changements, améliorations, augmentations, etc., qu'elle a subis. Pareil journal servira d'annales à la bibliothèque et mettra tout nouvel employé en état de s'y reconnaître promptement et de pouvoir suivre les principes qui lui servent de base.

4. Toutefois, tant que les volumes d'une bibliothèque ne sont pas rangés et les catalogues achevés , son orga-

(1) La Bibliothèque centrale à Munich, lors de sa réorganisation générale ( en 182(3 ) , e9t restée fermée pendant près de deux ans, et n'a été rouverte au public qu'après l'achèvement complet du nouveau local, de l'arrangement des volumes et des différents catalogues.

nisation n'est pas terminée; cependant, lorsque les circonstances forcent à une ouverture prématurée , il faut employer des moyens particuliers : on se borne alors à la transcription pure et simple des titres pour le catalogue, auxquels on ajoute plus tard les notes, observations et renvois littéraires et bibliographiques , et à ne mettre que des numéros provisoires dans les volumes, pour les remplacer , après un dernier récolement général, par des numéros définitifs. Cependant, un pareil état ne doit subsister que dans les cas d'urgence absolue ; car non -seulement la plus grande partie de ces travaux sont par la suite perdus , mais ceux qui viennent après en sous-œuvre sont toujours plus longs et plus pénibles que ceux exécutés dès le commencement.

5. Les moyens techniques pour arriver le plus promp" tentent au but de l'organisation d'une bibliothèque sont plus simples qu'on ne le pense ; seulement il s'agit de savoir les mettre en usage dans les cas suivants , où leur emploi est nécessaire.

Quand une bibliothèque est dans un désordre complet, où tout est à faire ;

Quand on est obligé de conserver un ordre établi, mais vicieux , où l'on ne peut qu'introduire des améliorations dans les diverses parties ;

Quand il n'y a que des fonds disponibles pour l'achat des livres et pour former une nouvelle bibliothèque.

6. Quel que soit l'un de ces cas, il faut bien prendre ses mesures, examiner les ressources que l'on a à sa disposition, et tout préparer avec prévoyance avant de rien commencer. Etre obligé de s arrêter ou de changer de système est aussi préjudiciable dans l'établissement d'une bibliothèque que pour la construction d'un bâtiment ; il s'agit donc de savoir :

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Quelle est la manière la plus économique, la plus facile et la plus prompte pour dresser le catalogue ;

Quelle est la meilleure méthode pour ranger les livres présents et à venir ;

Quels sont les principes à suivre dans les nouvelles acquisitions ;

A qui doit être abandonné le choix de ces acquisitions ;

Quelles sont les ressources pécuniaires pour la conservation de l'ensemble ;

Quels sont les moyens pour rendre une bibliothèque vraiment utile ;

La tâche la plus difficile est celle qui oblige, dans l'arrangement d'une bibliothèque , de laisser subsister une partie, et même l'ensemble d'un ordre défectueux et anciennement établi , dans lequel on ne doit qu'introduire des améliorations. Dans ce cas, on doit agir avec la plus grande prudence pour ne pas détruire au lieu d'améliorer ou de remédier, examiner sans prévention l'organisation qui existe, s'identifier avec elle, et moins chercher à changer qu'à corriger.

Si, cependant, l'état des choses s'oppose aux modifications, il vaut mieux changer le tout, le regarder comme in cahos et lui donner une organisation nouvelle. Mais le travail même demande des ménagements ; il faut 'entreprendre avec mesure et par divisions de l'ancien système ; car, tel mauvais que celui-ci puisse être , il y •ègne toujours un ordre quelconque, qui sert au moins rendant que le nouveau travail avance graduellement.

1. En mettant la main à l'œuvre, la première chose rui demande une grande application et foute l'assiduité te celui qui en est chargé, est le catalogue, qui est l'inentaire et le véritable palladium d'une bibliothèque.

2. 11 doit renfermer les titres de tous les ouvrages ans aucune exception, qu'ils soient reliés ensemble ou ion, qu'ils forment de simples brochures de peu de

pages ou des ouvrages d'une centaine de volumes; et une bibliothèque bien organisée doit toujours posséder deux catalogues, l'un alphabétique, l'autre systématique.

3. La classification est absolument subordonnée à l'étendue et à la composition de la bibliothèque : si elle embrasse toutes les branches du savoir humain, elle possède nécessairement un grand nombre de volumes ; on adopte alors non-seulement les grandes classes d'un système bibliographique , mais aussi ses diverses subdivisions ; si , au contraire , elle contient un moins grand nombre de volumes , ou uniquement des livres sur une seule science, telle que les bibliothèques des facultés ot des sociétés savantes , on se borne aux divisions et i certaines subdivisions.

4. Les deux catalogues terminés (lors même seulement celui par matières), on peut s'occuper à placeriez livres dans l'ordre que l'on voudra , en supprimant le; anciens numéros et en donnant à chaque ouvrage les éti quettes que les catalogues lui assignent définitivement.

5. L'impression des catalogues , surtout du systé matique, est toujours une chose utile , sinon indispen sable, aussitôt qu'une bibliothèque est remarquable pa son étendue , par le choix des ouvrages qui la compo sent , ou par l'ensemble et le grand-complet de ce cju a été publié sur une seule science. La publicité est, ei outre , le frein des abus , des négligences et des mal versations, l'aiguillon du zèle et la source de toute amé lioration (i ) ; les amateurs eux-mêmes ne doivent pa hésiter de mettre dans la confidence de leurs bibiiotht ques, en en publiant le catalogue, et leurs confrères e bibliographie et le public studieux.

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