Un catalogue manuscrit, fait avec soin, est
(1) La Bibliothèque royale de Berlin publie annuellement un cat; logue et un état statistique des augmentations qu'elle a reçues pendai l'année écoulée. — La Bibliothèque de l'Université de Gottingue fa imprimer tous les six mois, dans les Goettinger yelehrlen Anzei gen , le catalogue de ses nouvelles acquisitions. — Le Musée Britar nique a Londres publie également un compte rendu anuuel dans s Mémoires.
DES CATALOGUES. 3£f
sans doute, déjà d'une grande utilité , mais il ne peut suffire à une bibliothèque publique, carie peu de temps que les portes de ces établissements sont ouvertes et l'affluence de ceux qui viennent consulter le catalogue empêchent d'y faire des recherches souvent très-longues ; tandis qu'un catalogue imprimé permet à tout le monde de le parcourir et de l'étudier à loisir, d'y prendre les notes des ouvrages que l'on désire consulter aux heures de l'ouverture de la bibliothèque, enfin de s'en servir de guide pour l'achat de livres à son propre usage.
7. On ne cesse déparier des frais énormes que coûte 'impression des catalogues des grandes bibliothèques, et les sommes exorbitantes que l'on demande ordinairement pour cela effraient toujours ( non sans raison ) :eux qui doivent les accorder. Cependant, dans l'imprimerie on trouve beaucoup de moyens pour économiser :es frais, si on s'adresse à des personnes de bonne foi ît expérimentées dans cette partie. Les formats d'in-f° 3t in -4° sont la première cause du prix élevé de ces sortes de livres et les rendent inachetables pour les modestes fortunes des savants et des amateurs : que l'on abandonne donc ces formats incommodes, pédants et l'un luxe déplacé, et que l'on emploie le modeste in-8<> ]ui, par l'économie résultant du format, du choix du ca- 'actère , du tirage et du papier, en met l'acquisition à a portée de tout le monde et en rend l'usage commode; les feuilles de papier blanc intercalées rempjacent , au ;urplus, les grandes marges des in-f° et des m-4o, )our y joindre des notes, et les abréviations convenables les mots qui se répètent presque à chaque titre économisent beaucoup de place et permettent de faire une niblication aussi utile , avec une dépense bien moins îlevée , en ayant même la perspective assez assurée l'un bénéfice proportionné.
Un exemple récent ( mai 1840 ) prouve toute la vérité de ce qui vient d'être dit : le catalogue de la bibliohèque d'un des grands établissements d'instruction clans Paris forme un beau volume in-folio tiré à 500
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exemplaires de 104 feuilles; compte fait, il doit avoir coûté au moins 5000 à 5500 fr. Ce même catalogue, exécuté in-8°, en caractère pctit-roma in ou philosophie, n'aurait coûté que tout au plus 1600 fr. Les conséquences à tirer de cette différence de frais sont trop évidentes pour les démontrer.
8. Si, dans une bibliothèque, il existe deux catalogues, l'un systématique , l'autre nominal et alphabétique , il est toujours préférable de livrer le premier à l'impression et d'y ajouter une table d'auteurs, car on éprouve beaucoup plus souvent le besoin de chercher l'ensemble des livres écrits sur la même matière que la série des ouvrages de chaque auteur. Plus loin, on aura occasion de préciser davantage la nécessité relative de ces deux genres de catalogues.
1. La formation et l'augmentation successive d'une bibliothèque dépendent nécessairement des fonds qui lui sont destinés : si c'est une bibliothèque spéciale , le but principal doit être de la rendre , dans son genre , aussi complète que possible ; si elle embrasse toutes les sciences, le premier soin sera de choisir les meilleurs ouvrages de chaque branche des connaissances humaines, et de ne penser à augmenter le nombre des livres que lorsque ce choix se trouve présent et aussitôt que les fonds permettent une pareille extension : car, en littérature, rester à la même place, c'est rétrograder et augmenter la difficulté de regagner le terrain perdu.
•2. Un bibliothécaire, dans tous ses travaux, ne doit 1 jamais perdre de vue les besoins et le goût de l'époque ; mais c'est surtout l'acquisition des livres qu'il doit diriger avec une critique éclairée et sévère, avec une abnégation absolue de toute prédilection, et sans se laisser I
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entraîner ni par la mode du jour, ni par les demandes de quelques personnes privilégiées.
Il faut, après avoir bien consulté la position financière de la bibliothèque , qu'il cherche constamment à compléter chaque classe, sans en enrichir une au préjudice d'une autre ; car c'est l'harmonie des divisions entre elles qui fait le mérite distinctif d'une bonne bibliothèque , quoique inférieure en nombre de volumes à une plus étendue, mais moins proportionnée dans ses parties.
3. Paris seul, parmi toutes les villes, présente au monde savant non-seulement les plus belles bibliothèques publiques, avec lesquelles Londres, Vienne, Rome, ne peuvent rivaliser ; mais cette métropole des sciences l'emporte encore par le nombre de volumes (1) réunis dans ses immenses galeries. Cependant, cette abondance même peut devenir un inconvénient par la difficulté de leur conservation ; il serait peut-être à désirer que les bibliothèques appartenant à l'Etat fussent rendues spéciales, c'est-à-dire que chacune d'elles renfermât une seule des principales branches des sciences ; elles n'en seraient que plus complètes et supérieures entre elles, et plus commodes pour les travailleurs, qui n'auraient pas besoin de faire leurs recherches sur une même matière dans plusieurs bibliothèques , souvent à de grandes distances l'une de l'autre.
4. Une bibliothèque publique, telles qu'elles sont actuellement, devant offrir la possiblité d'y faire des recherches sur toutes les sciences, il faut qu'elle contienne les meilleurs livres sur chaque matière et les ouvrages qui, par leur prix et par leur grand nombre de volumes, ne peuvent que rarement trouver place dans les bibliothèques particulières ; de ce nombre sont les grands ouvrages à gravures , les mémoires des sociétés savantes, les séries de classiques, de voyages, de journaux, etc. Ce n'est que lorsque tout cela se trouve sur les rayons
(1) Les 42 grandes bibliothèques dépendantes de l'administration publique renferment un total de près de 4,000,000 de Yolumea imprimés et manuscrits.
Jiibliothéconomie. 4
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d'une bibliothèque publique , que le conservateur peut penser à y ajouter les livres dune utilité moins générale.
5. Dans une bibliothèque particulière ou spéciale, au contraire , qui n'est composée que de livres à l'usage d'une seule personne, ou sur une seule matière, le choix est plus précisé et l'ensemble peut en être plus complet.
Un amateur, à moins que sa fortune ne soit considérable, ne doit s'attacher d'abord qu'à un seul genre de livres, dont la possession le flatte ou qui lui sont le plus nécessaires ; il pourra toujours étendre ses limites, lorsque la première souche sera parvenue au degré de perfection qu'il désirera. Ce principe est même bon à adopter par les administrateurs de grandes bibliothèques dont les fonds disponibles sont bornés.
6. Celui qui, sans les connaissances nécessaires, sans réflexion et sans guide, voudrait se former une bibliothèque, paierait certainement ce projet bien cher, sans obtenir un résultat satisfaisant. Une pareille entreprise exige un choix scrupuleux non-seulement des éditions et des exemplaires , mais surtout des ouvrages mêmes, pour éviter des disparates et des méprises de toute espèce qui choqueraient les connaisseurs et exposeraient le propriétaire au ridicule et à des pertes considérables. La prudence doit le retenir toutes les fois qu'il sera tenté d'aller au-delà de ses moyens ; elle empêchera que son désir de posséder ne lui devienne funeste. Combien d'amateurs , en s'écartant de cette règle , se sont ôté les moyens de continuer leur collection, ont été obligés d'abandonner au paiement de dettes légitimes le truit de plusieurs années de travail et de recherches , et ont eu la douleur de voir disperser ce qu'ils avaient eu tant de peine à rassembler !
7. Une fois un plan bien arrêté, le véritable bibliophile doit le suivre avec persévérance sans jamais s'en écarter, et combattre avec courage les tentations qui se présentent sans cesse ; et si des circonstances impérieuses l'en ont détourné, il faut y revenir aussitôt. Si,
par exemple, on lui propose d'acquérir une bibliothèque entière dans laquelle se trouvent un grand nombre d'articles qu'il a vainement cherchés depuis long-temps et qu'on ne consent pas à vendre séparément , qu'il en fasse l'acquisition pour se compléter, mais qu'il choisisse les volumes qui lui conviennent, et qu'il livre immédiatement le reste aux hasards d'une vente publique. Il serait possible que ce qu'il en a distrait pour sa bibliothèque ne lui coûtât presque rien : le duc de La Valhère, dont la bibliothèque était si célèbre, a plus d'une fois usé de ce moyen, qui lui a presque toujours réussi, et beaucoup d'exemples plus récents ne peuvent qu'encourager à ce genre d'opérations.
8. Le choix des exemplaires, sous le rapport de leur exécution matérielle et de leur conservation , doit toujours guider dans leur acquisition, et si l'empressement de jouir, ou la crainte de ne pas trouver un livre rare, engage à acheter un exemplaire qui ait un défaut, on ne doit point hésiter à le remplacer par un plus beau, dès que l'occasion s'en présente, et revendre celui qu'on possède.
9. Il y a des amateurs qui ne cherchent qu'à former des bibliothèques composées uniquement de productions des premiers temps de l'imprimerie, de livres imprimés sur vélin, de manuscrits enrichis de peintures, de livres tirés sur un papier extraordinaire ou sortis d'imprimeries renommées , d'ouvrages dont les gravures font le principal mérite, etc., etc. Il n'y a qu'à ceux qui jouissent d'une grande fortune que ce genre de bibliothèques puisse convenir ; car il ne faut pas être exposé, faute de calculer jusqu'où cela peut les conduire, à y renoncer au moment où la jouissance leur en est le plus agréable , et où ils ont déjà dépensé beaucoup d'argent pour n'avoir qu'une collection incomplète.
10. Une autre classe de bibliophiles est celle qui, par goût ou par nécessité, n'adopte qu'un seul genre de littérature : l'utilité de ces sortes de bibliothèques est plus sensible, et il est plus facile d'acquérir un ensemble sur un seul sujet que de réunir ce qui a été é'erit sur plu-
sieurs; cependant, il y a des branches, telles que l'histoire naturelle et les voyages , qui n'exigent pas moins la dépense de sommes considérables et une constance à toute épreuve pour rassembler tout ce qui a été publié sur une même matière. Pour en donner un exemple, on estime le nombre des diverses éditions de la Bible qui se trouvent dans la bibliothèque de Wolfenbuttel, à plus de 4,500 ; et cependant la collection n'est pas complète.
11. Le plus grand nombre des personnes qui possèdent de vastes ou de petites bibliothèques chercheit à réunir des livres de tous les genres, uniquement pour leur instruction ou leur amusement; celles-là , n'ayant aucune prétention exclusive, peuvent augmenter ou diminuer leur collection suivant les occasions , toutefois sans jamais négliger le choix dans leurs acquisitions sous le rapport du mérite littéraire et matériel. Que le prétendu bon-marché ne les porte point à acquérir des livres non estimés ou des éditions mauvaises , et à encombrer ainsi les tablettes et le catalogue de volumes sans utilité et sans valeur.
12. Le désir déposséder est recueil que doit redouter tout amateur qui a le goût de collections quelconques, serait-ce même de cure-dents (1 ). Ce goût, qu'il soit pour les tableaux , pour les livres, médailles, minerais, papillons , ou pour les choses les plus futiles , est une passion qui peut devenir aussi invincible et aussi préjudiciable que celles du jeu, des femmes, etc.
13. Pour qu'il ne manque pas une partie indispensable à l'ensemble d'une bibliothèque , quelque petite ou étendue qu'elle soit, il faut qu'il s'y trouve une collection de livres de renseignements , à l'usage de celui
(i) Je connais , en Allemagne, un amateur à qui l'on offrit, pour une somme considérable , une paire de vieux souliers , qu'on lui assura avoir été portés par Mélanchton ; il accorda le prix avec empressement , parce qu'il s'était formé , depuis longues années et à grand frais, un riche cabinet de chaussures de toutes les nations et d'hommes célèbres. — J'ai vu par une autre personne dépensée beaucoup d'argent pour uue collection de tabatières.
qui en est le propriétaire ou le conservateur. — Les connaissances en fait de bibliographie ne s'acquièrent sans doute pas dans un manuel ; elles exigent, au contraire , de longues études et beaucoup de temps pour avoir vu , tenu et examiné un grand nombre de livres de tout genre et de toute époque, Mais, par cette même raison, celui qui s'occupe de biblioïogïc ne peut se dispenser de celte espèce de livres, et doit les avoir constamment à sa portée , afin de faciliter les recherches qu'à chaque instant il est obligé de faire.