Un genre de livres encore qui ne peuvent être
bien vérifiés qu'à l'aide d'une instruction spéciale ou même d'un autre exemplaire , sont les œuvres de plusieurs polygraphes , les collections et séries d'auteurs classiques, de mémoires , de journaux, etc. Sans un pareil guide, il serait impossible, par exemple, de collationner les Mémoires de l'Académie de Berlin , la Description de l'Egypte , les Grands et petits Voyages , le Moniteur , et tant d'autres pour lesquels il est difficile de se procurer certains volumes manquants.
5. Quant à certaines curiosités bibliographiques qui ne sont remarquables que par des cartons, des feuilles supprimées ou ajoutées , des illustrations , même par une faute, ce n'est qu'en ayant connaissance de ces particularités, ou par des recherches dans les ouvrages bibliographiques , qu'on peut les reconnaître.
6. Enfin, si l'on rencontre quelque défectuosité, il faut en faire mention dans le catalogue et employer tous les moyens possibles pour y remédier ; et , afin qu'on ne les perde jamais de vue, on tient un état exact de tous les défects au fur et à mesure qu'on en découvre.
1. La conservation, dans toute l'acception du mot , est certainement très-importante pour le propriétaire d'une bibliothèque : son propre intérêt l'y engage ; mais elle devient une loi sévère pour celui à qui l'on confie une bibliothèque publique , dont l'utilité , comme de toute autre collection d'objets d'arts ou de sciences , ne doit pas être calculée seulement pour nos contemporains , mais encore pour nos neveux ; i»l faut donc que le gardien y veille avec une infatigable activité.
2. Les principaux moyens pour préserver et conser^ ver une bibliothèque sont :
Les catalogues complets et exacts , qui en sont les inventaires ;
Le maintien de l'ordre établi et la surveillance se- l vère des visiteurs et des subalternes ;
Le récolement périodique des livres avec les catalogues ;
Le soin de nettoyer les livres et de les préserver des vers, des rats, de l'humidité, etc.;
De ne se servir d'aucun volume sans qu'il soit relié, catalogué et numéroté.
3. Ces précautions servent, sans doute, à se garantir des dangers ordinaires ; mais, malgré l'opinion que les seuls ennemis des livres soient les vers, les rats , l'humidité et la poussière , il y en a d'autres , moins hostiles en apparence, mais tout aussi redoutables : ce sont les emprunteurs , les personnes maladroites et aux doigts sales, les domestiques, les enfants, les chiens, les chats, etc.
4. On a beaucoup écrit sur les moyens à employer contre les vers , les rats et les souris , qui ravagent les bibliothèques ; on a fait de nombreuses expériences pour les en éloigner ; cependant , encore aujourd'hui , on est à trouver un remède efficace dans tous les climats et dans toutes les localités où on rencontre ces animaux destructeurs.
Pour éloigner les rats et les souris, il suffit de connaître leur retraite et d'en boucher avec soin toutes les issues , ou de les détruire par les moyens généralemeut connus; on exceptera les chats, qui, souvent, sont aussi dangereux pour les livres que les rats eux-mêmes. Il n'en est pas de même des vers, qui, malgré tous les soins, s'introduisent et se multiplient d'une manière si imperceptible , qu'il y a peu de bibliothèques où leur présence ne se manifeste par quelque dégât.
5. Le dommage que les vers causent aux livres les plus précieux n'est que trop connu des bibliophiles; mais les personnes qui n'ont vu les livres que tels qu'ils sortent des mains du libraire ou du relieur, ou qui servent continuellement, ne peuvent s'en faire une idée.
Déjà dans les bibliothèques particulières entretenues avec soin, ces insectes ne sont pas rares ; mais dans celles où il y a un très-grand nombre de volumes, où un livre reste quelquefois des années sans être dérangé de sa place, où enfin les moyens préservatifs et destructifs contre les vers ne sont pas employés, ils se multiplient, d'une manière incroyable, et causent des pertes sinon irréparables, du moins très-importantes, en attaquant les reliures, les livres et les manuscrits.
6. Ce qui a le plus d'influence sur les vers, c'est la température ; car plus on approche des pays chauds , plus les ravages qu'ils font sont grands. Le voisinage d'un jardin ou de plantations d'arbres présente le même danger, parce que des insectes de toute espèce s'y nourrissent et aiment à déposer leurs œufs dans l'intérieur des maisons.
7. Malgré la presque impossibilité d'éviter complètement ces insectes , il y a cependant plusieurs préservatifs et moyens de destruction dont le succès a été prouvé par l'expérience.
Le premier et le meilleur de tous , c'est la grande propreté dans laquelle on entretient le local et les livres, en ne laissant jamais séjourner la poussière, même dans les coins les plus cachés, et en battant tous les volumes, sinon au printemps et à l'automne, du moins une fois par an, et bien dans les mois de juillet et d'août; car c'est la poussière que recherchent les papillons pour y déposer leurs œufs , et qui favorise beaucoup leur développement. Pendant toute l'année on doit , au surplus, mettre derrière des livres des morceaux de drap fortement imbibés d'essence de térébenthine, de camphre, ou d'une infusion de tabac à fumer, et les renouveler dès que l'odeur s'en affaiblit.
8. Le choix du bois que l'on emploie à l'ameublement et aux corps de bibliothèque contribue également à les préserver contre les insectes en général ; plus il est dur et serré, moins il leur permet de s'y établir, et celui du chêne , bien sain et sec , est préférable , sous tous les rapports , aux autres bois de nos climats.
9. La reliure peut également, par son genre , attirer les vers ou les éloigner : les anciennes reliures en bois, même quand elles sont couvertes de peau ou d'étoffes , en sont les berceaux : on prétend à tort que la peau de truie attire les vers ; c'est le bois qu'elle couvre qui leur dorme la nourriture. Mais, comme il y a peu de bibliothèques dans lesquelles on ne conserve pas, comme monuments bibliographiques , quelques volumes couverts de celte dangereuse reliure , il faut leur vouer une attention toute particulière pour empêcher leur influence pernicieuse et les reléguer, sans exception , dans l'endroit le plus isolé d'une bibliothèque. Le même danger est à redouter des reliures pour lesquelles on s'est servi de colle de pâte , nourriture recherchée par les vers ; aussi les relieurs entendus se servent de colle forte , à laquelle ils ajoutent une partie convenable d'alun, et mêlent du sel ammoniacal au blanc d'œuf qu'ils emploient, avant de poser la dorure. Les reliures en cuir de Russie ou de parchemin, au contraire, dont les cartons sont faits de vieux cordages imprégnés de goudron , ont non-seulement le mérite d'une solidité égale à celle du bois , mais encore celui d'empêcher pour cinquante ans et plus toute attaque des vers. Une autre reliure, il est vrai sans élégance, mais donnant peu ou point d'accès aux vers, est celle usitée dans les anciennes bibliothèques d'Espagne, de Portugal et d'Italie ; elle ne consiste qu'en une couverture de parchemin (sans carton), recourbé sur la tranche, ou plutôt n'est qu'une brochure battue, cousue sur nerfs et couverte de parchemin. L'expérience de quatre siècles a prouvé que, sans le voisinage de reliures en bois ou en carton, aucun des livres reliés de cette manière n'eût été atteint des vers.
10. Après les insectes et les rats, l'humidité, qui est quelquefois tout aussi difficile à combattre, et souvent traitée avec plus d'insouciance , compromet le plus la conservation des livres.
11. Les seuls moyens pour la diminuer ou la faire disparaître d'un local , ce sont l'air et la chaleur : il faut donc en procurer à une bibliothèque aussi frcquem-
ment que la saison et la température le permettent; il est même nécessaire que , pendant l'hiver , des poêles ou des conduits de chaleur y sèchent l'air et chassent l'humidité naturelle aux murs.
Pour garantir tout- à- fait une bibliothèque de l'influence de l'humidité, il faut que les corps de bibliothèque soient élevés du parquet au moins de 162 millimètres (6 pouces) et éloignés des murs de 54 millimèt. ( 2 pouces ) , afin de faciliter partout la circulation de l'air. A cet effet, on doit ouvrir les croisées toutes les fois qu'il fait une température sèche et vive, mais surtout les refermer avant le coucher du soleil, parce que c'est après cette heure que les papillons déposent leurs œufs.
12. Dans les cas où on ne peut éviter de placer des rayons près d'un mur humide, on en diminuera le danger de beaucoup par le procédé suivant , un peu dispendieux, mais sûr : on donne au mur plusieurs couches d'huile bouillante et on le recouvre ensuite de feuilles de plomb laminé (dont on se sert pour entourer les bouteilles d'électricité ), que l'on fixe avec de petits clous.
13. Pour empêcher que la poussière, qui cause de la moisissure , ne conserve l'humidité , n'abime et ne détruise mémo les reliures, on doit, pour qu'elle ne s'élève pas en balayant, semer d'abord sur le plancher des feuilles fraîches d'arbres , de choux ou de toute autre plante, mises en petits morceaux. En balayant ces feuilles , toute la poussière s'y attache , et le parquet n'est point taché par l'arrosement ou par le sable mouillé, qui ne fait qu'augmenter la poussière.
14. Il est aussi nuisible aux volumes de les trop serrer sur les rayons que de les placer trop écartés ; l'un les déforme et favorise l'entrée des vers et de la poussière dans l'intérieur des volumes, l'autre empêche l'influence de l'air et permet à l'humidité d'attaquer les livres.
Quand on trouve des volumes dont la reliure porte îles traces d'humidité et de moisissure , il faut les netloyer avec beaucoup de soin , les frotter avec un mor-
ceau de drap de laine, et les exposer à la chaleur ou à l'air jusqu'à ce qu'ils soient tout-à-fait secs.
15. De tous les livres dont l'exécution typographique exige des soins particuliers pour en éloigner l'humidité, ceux imprimés sur parchemin ou vélin les réclament plus que tous les autres : on ne doit les faire relier que lorsque l'impression et la peau sont parfaitement sèches, et, malgré cette précaution, il faut encore que le relieur mette du papier Joseph entre chaque feuillet pour empêcher que l'encre ne macule. Dès que la reliure en est faite, elle doit être séchée à l'air, ou à une chaleur très-modérée , avant de la serrer. Lorsqu' ensuite on se sert de ces sortes de livres , il ne faut les laisser exposés à l'air que le temps nécessaire aux recherches ; car rien ne perd son lustre et ne jaunit plus vite que le vélin , et la moindre humidité ou une trop grande chaleur le fait crisper.