‹ BibliothéconomieChapitre 26 sur 104 · DU PRÊT AU DEHORS · texte numérisé non relu

DU PRÊT AU DEHORS

1. Après les dangers qui menacent la conservation d'une bibliothèque, viennent les ennemis auxquels le

{>rêt des livres ouvre les portes à deux battants. Un voume une fois sorti de l'intérieur d'une bibliothèque esl exposé à toutes les chances , sinon de perte, du moin} de dégradation et d'avarie de la part des maladroits des négligents et des malpropres ; il ne rentre ordinai rement qu'à la volonté de l'emprunteur , qui le gardi pendant des années et souvent même tout-à-fait, parc< que le principe que garder un livre n'est pas un vol, es malheureusement adopté par beaucoup de personnes Le prêt des livres hors de l'enceinte d'une bibliotht que ne peut avoir que des conséquences préjudiciable pour elle : absence des ouvrages, négligence des em prunteurs à les rendre , leur perte entière en cas d

mort ou de départ, détérioration plus grande de livres, etc., etc. ! — Un visiteur qui se dérange et vient quelquefois d'une grande distance , ne serait-ce que pour faire une seule recherche, a incontestablement plus de droits aux ressources que la bibliothèque lui promet, qu'un favorisé qui consulte le même ouvrage à loisir dans son cabinet, et l'enlève ainsi à l'usage du public entier. Le moyen le plus sûr contre ces mauvaises chances est, sans doute, celui de ne pas prêter un seul volume; mais, comme les règlements du plus grand nombre des bibliothèques publiques , ou les circonstances locales , s'opposent ordinairement à un pareil refus, il faut, au moins, chercher à diminuer le danger en usantde la plus grande sévérité envers les personnes auxquelles on accorde cette faveur, et dans le soin à faire rentrer les prêts; car il en est bien assez de l'impudeur avec laquelle des lecteurs osent arracher, dans le local même, pour s'éviter de copier un passage, les pages dont ils ont besoin, et abîmer ainsi , par un vol ignoble , l'ouvrage qu'on leur remet avec confiance.

2. Une bibliothèque publique étant destinée à faciliter l'usage des livres et à perfectionner les études de tout ^enre , la nature autant que la destination de toute colection scientifique ou artistique, qui est ouverte au public, imposent la condition de ne point la regarder comme a propriété d'une génération ou d'une époque , mais )ien comme un legs de nos pères dont nous avons l'usuruit, et que nous devons transmettre à nos descendants, ion seulement intact, mais augmenté et perfectionné. L'usage n'en doit donc pas dégénérer en dilapidation; t se permettre , en tenant un livre , de le soumettre à oute espèce de mauvais traitements auxquels on n'extoserait pas un sien propre, n'est pas un simple abus, ■ fiais une infidélité réelle; car, si une bibliothèque, par a destination , appartient au public entier, elle n'est as , pour cela , la propriété de chaque individu qui ient la consulter, et la violation d'un bien confié à la onne foi publique est un acte indigne de la civilisaon, dont on se plaît tant de nos jours ù faire parade,

3. Cependant, comment inspirer à cette espèce de biblioclastes des sentiments plus élevés, et du respect pour une propriété nationale ou publique? Quels moyens employer pour prévenir ou punir des actions de ce genre? Déjà, Cicéron et Sénèque se plaignaient du peu d'égards que leurs contemporains" avaient pour la conservation des livres : on ne peut donc guère espérer que le temps améliorera l'esprit public à ce sujet ; et, en fait de moyens préventifs, il n'existe que la surveillance sévère des lecteurs et la mesure inviolable de ne prêter des livres que sous des restrictions très-limitées.

4. Quant aux bibliothécaires ou employés, ils doivent d'autant moins emporter chez eux des livres de la bibliothèque à laquelle ils sont attachés , qu'ils ont la faculté d'y travailler à loisir , et sans être bornés par les heures de l'ouverture.

L'auteur de cet opuscule a éprouvé le grand inconvé- t nient d'avoir besoin de livres d'une science dont un des

conservateurs de la bibliothèque faisait également

son étude : tous les ouvrages traitant cette matière, dûment portés au catalogue, étaient constamment absents. Une pareille indiscrétion envers le public mériterait peut-être qu'on la qualifiât d'un autre nom.

5. Il en est de même de certains élus : souvent une personne favorisée retient chez elle, pendant des années , la plupart des ouvrages qui ont rapport au sujei dont elle s'occupe, et que le public demande vainement, jusqu'à ce qu'enfin ils reviennent après l'achèvement de son travail. Heureux encore s'ils ne sont paî oubliés dans sa bibliothèque jusqu'au jour ©ù ils son mis sur table pour être vendus après le décès de l'em .. prunteur : car il y a peu de successions d'hommes d< / lettres où il ne se trouve des livres au timbre de la bi ! bliothèque royale, et on est sûr de ne pas en cherche I en vain chez la plupart des bouquinistes.

6. Le registre d'entrée et de sortie des prêts au de I hors (Tro/r le n° 1 des gravures, est donc d'une grand< \ importance , et demande à être tenu avec beaucouj 1 d'exactitude. Faire inscrire ou contre-signer dans c<

DtJ LOCAL. fi

registre les ouvrages par les personnes mêmes qui les empruntent donne non-seulement une sorte de garantie, mais évite aussi toute erreur, contestation et réclamation mal fondées. Pour plus de régularité, on peut faire constater la rentrée des livres par la même formalité.

Si on ne fait aucune exception de cette mesure , elle ne blessera personne, attendu que c'est toujours un service rendu, et quelquefois très-essentiel, de pouvoir consulter tout à son aise un ouvrage dans son cabinet, et avec cette application que l'on ne peut pas toujours y porter dans une bibliothèque publique, et entouré de monde.

7. Quant aux bibliothèques particulières, la volonté du propriétaire suffit pour écarter toute demande de prêt. Il existe des exemples d'amateurs qui ne possèdent de bibliothèque que pour leurs amis, et qui remplacent volontiers les ouvrages que ceux-ci ne leur rendent pas; comme il y en a d'autres qui ne prêtent jamais une feuille. On ne doit blâmer ni les uns ni les autres, et aussi peu accuser les derniers d'égoïsme que les premiers d'insouciance pour leur bibliothèque.

1. La disposition architectonique d'une bibliothèque est autant l'affaire du bibliothécaire que de l'architecte. Sans dédaigner la décoration extérieure d'un bâtiment qui renferme une bibliothèque, la distribution intérieure la plus convenable à sa destination est toujours d'une plus grande importance, tant pour la conservation que pour l'usage commode des livres , et ne peut être bien indiquée que par celui qui en connaît la nature et le but. Il est rare que le local assigné à une bibliothèque publique permette de la réunir dans une seule

salle; ordinairement elle est disposée dans plusieurs pièces peu convenables à cet usage. Des difficultés sans nombre s'opposent à l'arrangement des livres, et c'est au bibliothécaire à faire preuve d'habileté , en tirant le meilleur parti des localités.

2. Les gouvernements hésitent peu à construire de superbes écuries, d'élégants théâtres, de brillantes salles de danse, etc. , etc.; pour les bibliothèques, on ne trouve que d'anciens bâtiments que l'on ne peut employer à d'autre usage. Les exceptions sont rares, et ne datent pas de loin. Il en est de même des bibliothèques particulières; souvent on leur assigne les endroits les moins commodes et les plus défavorables à leur conservation, tandis que le luxe envahit toutes les autres parties de la maison. Combien de bibliophiles gémissent sur le mauvais placement de leurs bouquins chéris , auquel les condamnent la volonté et le mépris de la maîtresse du logis !

3. Une bibliothèque choisie et bien organisée n'a pas besoin d'un local construit dans le style le plus parfait de l'architecture , et orné avec richesse ; si elle est mal composée et en désordre , elle n'acquerra point de mérite par toute l'élégance possible de sa façade, de ses salles et de son ameublement. Ce n'estpas que l'on doive éloigner le bon goût dans l'arrangement et dans les décors d'un local de bibliothèque, seulement on ne se laissera aller à ces dépenses que lorsque les fonds le permettront sans nuire aux acquisitions des livres, ni aux appointements des employés: car, dans le fait, il suffît quil existe un ordre rigoureux, une grande propreté et des soins actifs pour la conservation des livres dans l'ensemble d'une bibliothèque , pour qu'elle remplisse son véritable but d'utilité publique. Le local , je le répète , n'augmente ni ne diminue le mérite des livres ; cependant l'élégance convenable et le confortable s'allient très-bien avec les études , et contribuent beaucoup à ce qu'on ne recule jamais devant le travail dans un local clair, propre , ni trop froid en hiver, ni trop chaud en été, et garni commodément de tables et de chaises,

4. Pour une bibliothèque publique, établie aux frais d'un Etat, dont les ressources ne sont jamais aussi bornées que celles d'un particulier , il ne faut point, dans l'ordonnance de l'ensemble , en éloignant un luxe déplacé , cette économie qui , raisonnable chez un particulier, devient lésinerie dans un gouvernement.

Les conditions essentielles dans la construction d'un bâtiment spécialement destiné à une bibliothèque, sont:

De le préserver du feu et de l'eau, et de lui choisir un emplacement éloigné d'un voisinage bruyant ou dangereux, tel que théâtres, usines, etc. , mais à la portée du public qui le fréquente ;

D'avoir égard, dans sa distribution intérieure, autant à l'économie de la place qu'à la commodité;

De chercher, par tous les moyens possibles , à garantir les livres d'une influence pernicieuse ;

De prévoir , en dressant les plans , la possibilité d'un agrandissement.

5. Dans la destruction d'une grande bibliothèque, soit par un accident, soit par la violence, les pertes sont irréparables, à part la valeur pécuniaire ; car il est incontestablement prouvé, par l'histoire littéraire, que la ruine d'une bibliothèque fait toujours regretter la perte ie plus ou moins de trésors littéraires et bibliographiques quelle seule possédait , et qu'on ne peut remplacer ni par le temps ni par l'argent.

6. Dans les pays où l'hiver n'est ni rigoureux ni long, >n peut , sans inconvénient , proscrire le chauffage et 'éclairage des salles; mais, dans le Nord, le premier levient urgent et demande la plus grande surveillance jour prévenir tout malheur. Le chauffage par la vapeur ;st un des moyens préservatifs les plus efficaces contre e danger du feu, et l'éclairage n'est pas d'impérieuse îécessité, quand on considère que, depuis le matin jusqu'à la nuit tombante , l'espace de temps bien employé ïst suffisant pour les travailleurs.

7. Les architectes, en construisant des monuments )ublics , attachent presque toujours plus d'importancQ

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à l'effet extérieur qu'à la disposition intérieure, qui cependant, dans toutes ses parties, doit répondre à sa destination: un théâtre, tel remarquable que puisse être son extérieur, est un mauvais théâtre , lorsque la disposition de la salle ne permet pas à chaque spectateur de bien voir et de bien entendre ; une prison est mauvaise , si la sûreté, la salubrité et la commodité de son intérieur ne sont pas garanties, quand même l'élévation extérieure répondrait à toutes les exigences de l'art. Malheureusement les architectes cherchent trop souvent àiliiistrer leur nom par une façade imposante, conforme aux règles de l'architecture et bien décorée, et se soucient tort peu delà destination des bâtiments.

8. L'économie de la place est une des choses les plus nécessaires dans une bibliothèque. Les sailestrop grandes et trop élevées ne sont que pour l'effet : elles forcent inutilement à laisser libre et sans emploi la partie supérieure des murs, ou à y établir des galeries pour le service d'un second rang -d'armoires. Le mieux* est de former plusieurs salles d'une grandeur convenable à l'étendue de la bibliothèque et au nombre des personnes qui sont dans le cas de s'y réunir: elles contribuent même à faciliter le service et le maintien de l'ordre , eu y rangeant à portée les différentes classes, langues, etc.

9. La distribution du jour est également d'une haute importance : une bibliothèque demande à être bien éclairée , afin d'y pouvoir lire dans les coins les plus éloignés, ne serait-ce que pour reconnaître les étiquettes , qui ne peuvent être d'une grande écriture. Cependant l'effet direct du soleil du midi est non-seulement incommode , mais nuit aux reliures et provoque la multiplication des insectes-. Le verre dépoli prévient en partie ces inconvénients et dispense de l'emploi des rideaux , lesquels augmentent les dépenses , et demandent de nouveaux soins, si on ne veut pas qu'ils soient des nids de poussière. Il y a, au contraire, un grand avantage, si les croisées sont vers l'orient, parce que le vent de l'est est le plus sec et le plus pur, et la clarté moins

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éblouissante ; le nord même est préférable au sud ou à l'ouest.

10. Un bâtiment qui est, comme une autre maison, coupé eii grandes et petites pièces, ne fournit ni la place ni la commodité nécessaires à une grande bibliothèque* qui ne se prête pas à cette économie de place , si recherchée clans la construction d'une maison ordinaire.

Le local le plus convenable , le plus facile à trouver et le plus économique à construire pour une salie de bibliothèque , est celui d'une longue et large galerie , éclairée d'en haut ou des deux côtés , et coupée en travées par des corps de bibliothèque adossés les uns aux autres, formant ainsi des divisions, et communiquant ensemble par un passage ou par une porte au milieu ; ou, cette galerie coupée en sa longueur par une rangée de corps de bibliothèque adossés de même , qui forment ainsi deux parties parallèles. (V. nos 6 et 7 des planches.)

Outre les salies destinées à renfermer la bibliothèque même , il faut réserver un salon de lecture , une pièce pour les bureaux de l'administration et un vestiaire.

11. 1/ avantage d'une pièce spécialement consacrée à la lecture est trop grand pour qu'on ne fasse pas tout ce qui est possible pour en établir une dans une bibliothèque publique ; les employés peuvent mieux y surveiller les lecteurs et la remise exacte des volumes qui leur sont confiés , les travailleurs sont moins distraits par le bruit des allants et des venants ; enfin, dans l'hiver, il est plus facile de chauffer cette seule pièce que tout un vaste local.

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