DE L'AMEUBLEMENT
1. L'ameublement d'une bibliothèque, chose bien accessoire en apparence , n'est pas moins important que !e local qu'il garnit, et contribue, selon sa composition,
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autant à la conservation des livres qu'à leur usage. II n'est sans doute pas nécessaire que , dans une bibliothèque publique , chaque visiteur trouve un fauteuil et un bureau particulier pour s'y installer comme dans son cabinet ; mais en bannir toute espèce de commodité , c'est passer d'un extrême à l'autre. Il y a peu de personnes qui n'aient fait l'expérience que tout travail de tête devient plus facile lorsque le corps se trouve dans une position et dans un entourage confortables : être mal assis , à une table trop petite ou chancelante, trop basse ou trop haute, contre le jour, les pieds froids, etc., sont autant de causes de distractions désagréables; tandis que l'esprit s'anime et devient fécond si la partie physique de l'homme est satisfaite.
2. A commencer par les corps de bibliothèque, il ne faut pas que leur élévation ou leur disposition intérieure fasse jamais abandonner une recherche, de crainte de grimper sur des échelles trop grandes , ou de déplacer une première rangée de. volumes pour découvrir dans celle du fond un livre dont souvent on n'a besoin que pour un nom ou une date. Pour fixer leur hauteur et leur largeur, il faut bien considérer le nombre des volumes dont est composée la bibliothèque et l'étendue du local où elle doit être placée. Si alors on n'est pas forcé de les élever très-haut , il faut toujours l'éviter ; on peut les orner de bustes et de vases analogues aux études. La hauteur la plus convenable est de 2 mètres 599mill.à3m.248mill.(8àl0pi.),et,silasalleesttrèsélevée , on y pratique , au-dessus de la première rangée d'armoires, une galerie ou pourtour en saillie avec un balcon léger, sur laquelle peut être placé un second étage d'armoires. Cette galerie, exécutée avec intelligence et goût , peut même servir d'ornement à une vaste salle.
La distance des tablettes dépend entièrement des formats et des dispositions prises dans l'arrangement de l'ensemble ; toutefois on a soin de placer la première du bas au moins à 81 ou 108 millimètres ( 3 ou 4 pouces ) au-dessus du parquet, et de la garnir d'une plinthe pour empêcher qu'on m touche du pied les volumes et pour
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donner jeu à l'air. Les distances d'usage sont :
Pour les in-fo, 433 à 487 millimètres (16 à 18 pouces). » in-4o 271 à 298 idem ( iO à il idem ). )> in-8o 2Î7 » idem ( 8 » idem ).
» in- 12 189 » idem ( 7 » idem ).
et il restera toujours assez de place en tête des volumes pour les retirer sans les frotter.
Chaque tablette des corps de bibliothèque qui ne sont pas garnis de portes vitrées , doit avoir un tablier ( bande de drap ) de 27 à 41 millimètres (12 à 18 lignes) de largeur , cloué sur le devant des rayons et tombant sur la rangée de livres au-dessous , pour préserver les volumes de la poussière. Les tablettes , sans toucher au fond de l'armoire , doivent être larges et au moins de 406 millimètres (15 pouces), afin que les volumes , même les in-folio , laissent la place nécessaire à la circulation de l'air, qui doit être encore favorisé par des ventouses dans les côtés des montants.
Pour garantir les livres des mains des curieux, des importants et même des gens pires que ceux-ci , il faut que les corps de bibliothèque soient fermés, jusqu'à la nauteur de 2 mètres 599 mill. ( 8 pieds ), par des portes \ grillages. Cette dépense est promptement recouvrée par l'ordre et la conservation des livres. Les portes virées ont l'inconvénient d'être facilement cassées, et, sans être établies à meilleur marché, de causer des frais continuels; le grillage, au contraire, dure toujours et orévient les tentatives de vol, sans empêcher de lire les itres et les étiquettes des livres.
3. Toutes les tables doivent avoir un fond à 162 milimètresf 6 pouces ) du parquet , pour recevoir les atlas *t les ouvrages d'un format plus grand que l'in-folio ordinaire. Les autres meubles n'exigent pas non plus le uxe des habitations modernes ; il suffît qu'ils soient décents et assez commodes pour ne point éloigner les slujieux et savants travailleurs, qui, le plus souvent, sont l'un âge avancé ou d'une constitution délicate.
4> Les plus incommodes et en même temps les plus
78 àdministeatIo:* d'u>e bibliothèque.
indispensables des diverses pièces de l'ameublement def bibliothèques , ce sont les échelles : le besoin d'atteindre les livres sur les rayons les rend nécessaires ; il faut donc qu'elles soient solides, mais assez légères pour n'exposer à aucun accident et pour faciliter leur déplacement continuel.
5. Dans le choix du bois à employer à l'ameublement d'une bibliothèque , le chêne est, comme il a déjà été dit, préférable à tous les autres bois de nos climats, parce que sa dureté l'expose peu aux attaques des vers et qu'il est très-solide pour cette espèce de meubles; il permet, en outre, une propreté plus facile à entretenir.
6. Dans une bibliothèque publique, il est urgent que les places et bureaux des employés de service soient élevés d'un ou de deux gradins au-dessus du parquet, pour dominer en quelque sorte la salle : la surveillance et le service en seront plus faciles.
Les employés de recherche doivent être séparés du public par une barrière , pu par tout autre moyen convenable aux localités, de manière qu'ils ne soient pas gênés dans leur service , et qu'aucune personne étrangère ne puisse toucher aux catalogues, aux registres et aux papiers dont ils sont entourés.
La distribution, enfin, de l'ensemble des meubles est naturellement soumise aux localités , et principalement au jour qu'il faut ménager avec le plus grand soin.
DE L'ADMLMSTRATION D'UNE BIBLIO- THÈQUE.
1. Les bibliothèques qui ne sont pas dotées de fonds nécessaires à leurs entretien, administration et augmentation , ne sont presque toujours que des amas de papier imprimé , particulièrement celles qui , par don ou par legs , tombent en partage à des établissements pu-
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blics sans être accompagnées d'une dotation proportionnée à leur nombre de volumes. Des exemples de pareils trésors sans utilité ne sont que trop fréquents , principalement en province , où ils pourraient porter le plus de fruit. Quelquefois seulement, en admettant qu'on ne les relègue pas pour toujours dans un coin , se trouve un amateur qui veut bien se charger de leur arrangement et d'en dresser un catalogue. Mais c'est là où tout s'arrête, et où aboutissent les meilleures intentions d'un donataire, faute d'un salaire convenable pour un bibliothécaire ad hoc.
2. Sous le rapport administratif, une bibliothèque publique peut être comparée à une grande maison de commerce. Il est vrai, la marchandise qui y est déposée n'est pas vendue et remplacée par d'autre ; mais ce mouvement continuel est compensé par celui du prêt au dehors et de l'usage journalier que le public en fait, qui nécessitent un personnel en proportion des détails administratifs. Cette comparaison est applicable à tous les travaux , depuis ceux du bibliothécaire en chef jusqu'à ceux des derniers employés; car la prospérité J'une bibliothèque dépend aussi bien de son bibliothécaire que celle d'une maison de commerce de son gérant. Or , pour qu'une bibliothèque publique soit vrainent utile , il faut que l'ordre le plus sévère règne dans outes les parties de son administration ; car rien ne end le public plus négligent et en même temps plus exigeant que lorsqu'il reconnaît de l'indifférence dans a gestion d'un établissement.
3. L'administration d'une grande bibliothèque est, îe notre temps , tellement étendue et composée de tant le parties, qu'elle nécessite un personnel plus ou moins ïombreux. Il faut donc qu'il y soit attaché autant de )ersonnes qu'exigent son étendue et l'usage auquel elle ;st consacrée; sans cela, l'ordre, l'utilité et la conservation souffrent d'une manière toujours croissante. La :apacité et le zèîe des employés diminuent , au reste , la nécessité du grand nombre ; et ici, comme partout, m trouvera toujours des personnes capables , aussitôt
80 ADMmsTRATiox d'uxe bibliothèque.
qu'il leur est présenté une position honorable et des appointements qui les indemniseront des travaux continuels et souvent arides de leurs fonctions.
4. Le personnel d'une bibliothèque est ordinairement composé :
D'un bibliothécaire ou conservateur en chef; De sous-chefs ;
D'employés pour les travaux secondaires ; De surveillants et d'hommes do peine.
5. Les devoirs d'un bibliothécaire en chef sont si multipliés, si divers, tellement subordonnés aux localités, aux règlements ou à la volonté d'une autorité supérieure , qu'il faudrait répéter tout ce qui a déjà été dit dans le commencement de cet ouvrage , si on voulait en faire ici l'énumération.
L'obligation principale qui lui est imposée , c'est une surveillance vigilante et continue, tant sur la conservation de l'ensemble de la bibliothèque que sur la gestion des fonds et l'administration matérielle. Un coup d'œil juste et pénétrant est donc aussi nécessaire que la connaissance des plus petits détails du service.
6. Soumettre le bibliothécaire en chef, dans l'exercice de ses fonctions , à une volonté supérieure autre que celle des règlements et de ses instructions particulières , c'est lui lier les mains dans les plus petites mesures , le décourager dans son zèle pour le bien de l'établissement , et avouer tacitement que l'en se trouve dans la position de ne pouvoir faire un choix satisfaisant. D'un autre côté , il est urgent que l'autorité contrôle à certaines époques tous les comptes et actes de son administration , dont il est responsable ; et , à défaut de cette mesure , il doit , pour sa propre satisfaction et garantie , se former lui-même une espèce de conseil, choisi parmi les sous-chefs et autres experts.
7. Dans les bibliothèques particulières ou peu considérables , où l'administration et la conservation sont confiées à une seule personne, la gestion doit être soumise à une surveillance supérieure. Il existe plus d'un exemple que l'insouciance, la paresse, l'incapacité *
Administration d'une bibliothèque. 81 quelquefois même l'infidélité , ont fait périr ou disparaître d'une bibliothèque des objets très-précieux ou d'une grande utilité. Là où le personnel est nombreux et bien organisé, il s'établit imperceptiblement, au contraire , un contrôle naturel par les travaux mêmes des divers employés.
8. Il en est des employés comme de leurs chefs ; on ne peut s'attendre , ni des uns ni des autres , à un travail tel qu'il doit être , et à un zèle continu , si l'on n'est sévère dans leur choix , si les appointements ne sont en proportion de leurs besoins , et si les travaux ne sont répartis entre eux avec discernement. Ici , comme dans toute autre administration , il importe que , dans ses parties, il n'y ait rien d'arriéré , et, pour arriver à ce résultat, il faut que le personnel soit en rapport avec son étendue , ou que , pour certains travaux momentanés , on ait recours à des employés auxiliaires , dont les talents peuvent se borner à quelque intelligence , à l'exactitude dans le travail et à une bonne écriture. On épargne par ce moyen aux employés un temps précieux qu'ils peuvent consacrer à des travaux plus importants.
9. Il est bon , dans la répartition des travaux , de les laisser toujours continuer par les mêmes employés, surtout la transcription des titres et le classement du catalogue systématique, seul moyen d'établir l'unité nécessaire à ce travail. Au surplus, laisser aux mêmes personnes les mêmes occupations , c'est leur en donner l'habitude et, par conséquent, accélérer la besogne.
10. La bonne gestion des fonds est une des tâches les plus délicates, et l'économie bien entendue est aussi essentielle dans l'administration d'une bibliothèque que dans celle d'un autre établissement : elle permet souvent de faire , avec des moyens très-bornés, plus que , sans elle , avec de fortes sommes. La situation est plus difficile encore , lorsque les fonds disponibles ne sont pas en proportion du plan sur lequel une bibliothèque est basée, et ne permettent pas de l'étendre au fur et à mesure que le demandent les nouvelles publications ou
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les besoins de ceux qui la fréquentent. Une ressource souvent négligée dans de pareilles circonstances , est la vente des doubles et des éditions remplacées par de nouvelles ; il y a peu ou point de bibliothèque où il ne se trouve de temps en temps des volumes à écarter.
La quotité de la somme disponible, l'étendue et la destination d'une bibliothèque , le goût des personnes qui la consultent, les localités, etc., sont autant de causes de modifications à apporter aux mesures générales qu'il serait difficile de désigner à l'avance.
11. Abandonner le choix des nouvelles acquisitions à une seule personne, à tel titre que ce soit, est toujours préjudiciable pour une bibliothèque , à moins qu'elle n'appartienne à cette personne même: car ce choix sera inévitablement dirigé par son goût ou par ses études. La meilleure marche à suivre à cet égard, c'est de laisser l'initiative aux bibliothécaires , qui connaissent le mieux les besoins du public , et qui présentent leur proposition à la décision de la commission dont on a parlé plus haut. Cependant on doit prévoir les cas où il se présente une occasion avantageuse pour acquérir des ouvrages très-rares ou à bon compte , mais où il faut une résolution immédiate. Si un bibliothécaire est seul chargé des acquisitions , qu'il sacrifie alors ses prédilections personnelles aux besoins de la bibliothèque qui lui est confiée , pour remplir les lacunes , rendre chaque classe de plus en plus complète , et surtout ne pas laisser échapperles continuations des ouvrages dont les premiers volumes se trouvent déjà sur les rayons.
12. Si une bibliothèque est spéciale, c'est-à-dire si elle appartient à un établissement particulier , ou si elle est consacrée à une seule branche de littérature, le choix devient plus facile et se borne aux soins de tenir le tout au plus grand complet possible ; la présence d'ouvrages d'un mérite secondaire et qu'on dédaignerait même ailleurs y est permise. Tel est, par exemple, la bibliothèque d'un établissement de médecine; la plus petite thèse ou brochure , aussi bien que l'ouvrage le plus parfait et le plus volumineux , sur la même matière,