B. DS LA COPIE DES TITRES
1. En faisant les premiers essais dans la rédaction d'un catalogue, on s'en abrégera de beaucoup l'apprentissage, si l'on compare sa transcription et la classification des titres , faits sans avoir consulté aucun autre catalogue , avec celle des mêmes titres dans les cataloques reconnus bons et bien rédigés. On verra alors facilement les erreurs que l'on aura commises et les corrections à faire.
2. Dans un catalogue de livres qui est destiné pour tout le monde sans exception , les recherches doivent être facilitées plus que dans tout autre ouvrage , par la clarté et par l'exactitude des renseignements. Des difficultés se présentent cependant à chaque instant : c'est ainsi que , dans les éditions des premiers temps de l'imprimerie , on cherche quelquefois vainement le véritable titre d'un ouvrage souvent caché dans la préface, ou dans l'ouvrage même, ou à la fin. Les excellents ouvrages que nous possédons sur ces premières productions typographiques aideront, dans ce cas, à trouver les renseignements nécessaires pour lever les
doutes, pour éviter les méprises sur le véritable titre, et pour épargner le long examen d'un volume.
3. On trouve fréquemment, en copiant les titres, une orthographe différente, souvent fautive, une ponctuation bizarre ou mal raisonnée, une diversité ou une ressemblance de noms latinisés, anagrammatisés, etc.; il est alors du devoir de celui qui rédige un catalogue d'observer la plus grande fidélité dans la transcription des titres. Toute fondée qu'elle puisse être, 1* opinion que peu d'indices suffisent à un connaisseur pour distinguer les différentes éditions , ne doit jamais faire négliger la copie exacte des titres et conforme à la méthode adoptée pour le catalogue , qui sert aux recherches des personnes nonexpérimentées aussi bien qu'aux bibliologues les plus consommés.
4. Cette minutieuse exactitude dans la transcription est d'autant plus importante , que la plus petite omission, la transposition ou le changemeut d'un seul mot,
Î)euvent causer souvent qu'un titre soit mal placé dans a classification, qu'il se trouve à plusieurs endroits k la fois , ou bien que d'un auteur on en fait deux, trois et plus, ou de plusieurs un seul. De même, l'omission du lieu où un livre est imprimé , du nom du libraire, de la date , entraîne souvent dans des recherches longues et infructueuses. C'est ainsi que l'on voit quelquefois un catalogue indiquer simplement l'année du premier volume d'un ouvrage composé de plusieurs volumes publiés à dates différentes ; un autre donner celle du dernier; tandis que, dans un troisième, on trouve la date d'un volume intermédiaire. Quelquefois un ouvrage porte deux noms de ville à la fois (Amsterdam et Paris ) ; une source indique Amsterdam et le libraire de cette ville , l'autre fait de même pour Paris. Ajoutant à cela des erreurs plus graves qu'on rencontre fréquemment dans l'indication des dates, du format, du nombre de volumes , il est impossible de se garantir d'erreurs, à moins de recourir à l'ouvrage.
5. Il est donc essentiel de copier les titres non sur d'autres catalogues, mais sur les livres mêmes, et d«
les transcrire chacun dans sa langue, à l'exception cependant de certaines langues peu connues. Dans ce dernier cas, on abrège le titre et on ajoute la traduction de son ensemble. Si un titre porte une omission quelconque , une orthographe inusitée , même des fautes , il faut l'indiquer pour justifier de l'exactitude de la ?opie.
6. Un titre bien transcrit, on ne doit pas encore mittcr le volume, mais bien l'examiner. S'il y a quelle défectuosité , en donner , si elle le mérite , la description matérielle , et constater l'identité et l'état de conservation de l'exemplaire.
7. Dans le cas où, cependant, on serait obligé de faire nention d'un livre que l'on ne tient pas, il faut consulter plusieurs catalogues et ouvrages bibliographies , afin de pouvoir se fixer , par leur concordance , ur l'exactitude présumabîe du titre. Malheureusement es sortes de renseignements , puisés dans des sources ifférentes , présentent presque toujours une telle diersité entre eux, que souvent il est, sinon impossible, u moins très-difficile d'établir le véritable libellé d'un tre ; car , dans certaines bibliographies , les plus acréditées même, on ne s'est fait aucun scrupule de 'onquer et d'altérer les titres, soit en les abrégeant, 3it en les augmentant.
8. La manie de beaucoup d'auteurs modernes et aniens, de donner à leurs ouvrages des titres mystiques, légoriques, n'ayant souvent aucun rapport avec la maère qu'ils traitent , entraîne infailliblement aux merises les plus grossières. Si l'on n'examine pas le connu aussitôt qu'un titre présente la moindre équivoque, dut ne pas être obligé , pendant le classement, de re- Hirir de nouveau aux volumes dont le titre laisse une icertitude, il faut prévenir cet inconvénient en écrimt de suite, sur la copie du titre, un mot ou un chiffre idicatif de la division à laquelle les livres appartienînt.
9* Il faut de même s'appliquer à ne jamais varier
dans la rédaction de la transcription des titres, qui doi contenir, dans l'ordre suivant :
Le Nom de l'Auteur;
Le Titre très-exact, avec le nom de l'Editeur ou d l'Annotateur;
Le Nombre de volumes, de gravures, etc. ;
Le Format et le nombre de pages , lorsque le genr de l'ouvrage l'exige;
Le Nom de la Ville et du Libraire ou Imprimeur ;
La Date ;
La Lettre distinctive de la Classe et de la Divisio auxquelles l'ouvrage appartient ;
Le Numéro d'ordre.
10. Le nom de l'auteur ouïe mot d'ordre, qui,dar la classification alphabétique , assigne à chaque titre s place précise , n'est pas moins important dans la cla; sification par matières; et l'attention que demandent 1< noms propres est d'autant plus nécessaire , que l'omi sion ou la transposition d'une seule lettre change compl tement un nom et le déplace de son ordre alphabétiqu- Il faut donc s'appliquer à les copier avec une précisic diplomatique ; bien considérer que , sans l'indicatk exacte des prénoms, ii est impossible de distinguer 1homonymes Dupont , Dupuy , Lefèvre , Lemaire , M. çon, etc.; et reconnaître les auteurs qui ne sont hom nymes qu'en apparence : par exemple les Delacroix, Lacroix, et de la Croix, Delatour-du-Pin, et de la Toi Dupin, et tant d'autres.
Cependant, malgré les nombreuses difficultés, il i faut pas redouter la recherche des noms d'auteurs, mên de ceux qui se cachent sous le mystère de l'anonyme du pseudonyme. Ces renseignements sont si intére sanls pour la bibliographie et pour l'histoire littérair qu'on ne doit négliger aucun moyen pour les oblcni ni l'attention constante dans la lecture des ouvrages \ riodiques, ni l'examen des préfaces, des dédicaces des notes.
L'ancienne manière de latiniser ou de traduire 1 noms cause également beaucoup d'erreurs, et demain
autant d'attention que les prénoms, qui, par leur traduction dans les diverses langues modernes, changent complètement (J). Enfin, tant qu'il y a possibilité, l'indication du nom véritable et exact d'un livre est toujours utile.
11. La copie complète des titres est nécessaire nonseulement pour faire connaître le contenu des livres, mais afin de pouvoir les distinguer les uns des autres,
f)arce que souvent plusieurs ouvrages portent presque e même titre , et ne se font reconnaître que par une légère différence dans son libellé.
12. La précision qui doit régner dans toutes les indications exige encore de bien énoncer le nombre de volumes de chaque ouvrage , et de distinguer les tomes des volumes. Le mot volume a rapport a là reliure, celui de tome à la division d'un livre en plusieurs parties : un ouvrage peut avoir douze tomes en six volumes , comme six tomes en douze volumes. La mention exacte du nombre de vignettes, cartes , etc. , noires ou coloriées , est aussi d'une grande utilité pour constater que l'exemplaire est bien complet.
13. Il faut avoir soin de ne point laisser suivre ou précéder la date immédiatement par la désignation du format, car le chiffre de celui-ci, se trouvant placé près du millésime, peut facilement causer des erreurs.
14. L'indication du libraire^ et même deVimprimeur dans certains cas, sert à préciser et à faire reconnaître les diverses éditions d'un même livre, dont la valeur diffère toujours par quelque particularité, ne serait-ce que par la nouveauté ; et quoique l'usage soit de ne citer que les noms des imprimeurs antérieurs à 1550, ou de se borner à un petit nombre d'entre eux, tels que les Aide, les Junte, les Etienne, les Elzevier, les Plantin, etc., il n'est pas moins convenable d'en faire autant pour plusieurs typographes ou libraires modernes : cette indica-
(1) Tels que Dieterich en Théodoric, Gottlieb en Théophile, Hans et John en Jean, Wilhelm et William en Guillaume, James en Jacques, Walter en Gauthier , etc.
tion suffit souvent pour désigner telle ou telle édition, surtout des classiques anciens et modernes dont il existe un si grand nombre de réimpressions.
15. Quant à la date , on a grand tort , lorsque les volumes d'un ouvrage n'ont point paru dans la même année, de mettre, par exemple 1795 et années suivantes. Cette négligence ne doit pas se voir dans un catalogue ; il faut toujours indiquer le millésime du premier et di dernier volume : 1795-1802, ou 795—802.
16. La trop grande extension des titres , en les copiant en entier, ne peut être un motif de reproche, cai le titre d'un livre en est l'exposé, et on n'y devrait rier supprimer ni ajouter. Dans une nomenclature de botanique ou de toute autre partie de l'histoire naturelle, personne ne trouvera trop minutieux le détail qui décrit le caractère et la physionomie de chaque sujet : le nombre prodigieux des livres doit donc engager le bibliographe à agir de même. Cependant on peut éviter une prolixité fastidieuse autant qu'une concision obscure , et s'attacher à resserrer dans de justes bornes les titres qui pèchent par une excessive étendue, ou à éclaircir ceux qui ne sont pas assez détaillés; un seul mot, ajouté entre parenthèses , suffît ordinairement pour ôter à un titre toute obscurité. Mais il y a des exceptions où la copie la plus minutieuse devient un mérite , surtout pour les manuscrits et pour les livres anciens.
17. Lorsqu'il y a plusieurs éditions d'un même ouvrage dans une bibliothèque, ce qui arrive toujours dans la littérature classique , on prend la copie du titre de la première avec tous ses détails , et des éditions subséquentes, on ne conserve que ce qui caractérise chacune d'elles. — Les traductions se rangent après les éditions dans la langue originale.
18. Le ridicule dans la composition du titre de certains écrits, où l'appareil vaniteux des qualités et titres honorifiques de l'auteur forme la plus grande partie des lignes, doit, dans la transcription, toujours disparaître,
à moins qu'une de ces qualifications soit nécessaire pour distinguer les homonymes.
19. Quoique l'on ait déjà fait connaître dans ces feuilles T inconvénient qui résulte de l'assemblage de plusieurs ouvrages en un seul volume , il est trop grand pour ne pas y revenir, et recommander de transcrire à part chacun des titres; car, malgré la similitude de leur contenu, il se peut qu'en les classant ils se trouvent séparés par les subdivisions. Le désavantage de cette réunion est , au reste , trop évident pour qu'il ne soit pas compris par tout homme qui a la moindre expérience en livres ; aussi on fait souvent très-bien de recourir au couteau pour séparer ces assemblages , avec la condition expresse, toutefois, de confier immédiatement ces parties au relieur, pour en prévenir la perte ou la destruction presque inévitable.
20. La copie du titre étant faite dans tous ses détails, ainsi qu'il a été dit , on examine l'état du livre pour en donner la description , si l'ouvrage le mérite sous quelque rapport, ou pour en indiquer les défectuosités.
21. Le luxe dans l'exécution de la partie matérielle d'un livre n'ajoute rien , sans doute , à sa valeur littéraire ; mais on peut présupposer qu'il a du mérite , parce que les frais n'ont pas été épargnés pour le doter d'un extérieur qui le distingue. Aussi des passages soulignés , des notes écrites en marge , les signatures ou armes des propriétaires , diminuent le prix d'un exemplaire , à moins qu'ils ne viennent d'une personne célèbre : alors ils peuvent, au contraire, contribuer à en augmenter la valeur.