‹ BibliothéconomieChapitre 45 sur 104 · J. DE LA CLASSIFICATION ALPHABÉTIQUE · texte numérisé non relu

J. DE LA CLASSIFICATION ALPHABÉTIQUE

1. En examinant bien si le catalogue alphabétique, ou celui classé par ordre systématique des matières , mérite la préférence , on trouvera toujours que le premier doit être fait d'abord, parce que son classement, plus facile et moins long, permet d'établir promptement l'état d'une bibliothèque , et donne l'habitude manuelle de ce genre de travaux pour classer le dernier.

2. Dans la classification alphabétique, la chose la plus essentielle, c'est de suivre rigoureusement l'alphabet dans la composition syllabaire des mots et des noms ; cette classification est toujours la même, comme une opération d'arithmétique ; elle n'est soumise à aucun raisonnement: elle est connue de tout écolier, et ne présente pas la moindre variation ou incertitude , ni dans son exécution, ni dans les recherches que l'on y fait.

3. Pour procéder à ce classement des titres, on corn- Pibliothêconomie, il

mence par ranger les cartes ou les feuillets d'après la première lettre des noms d'auteur, ou du premier substantif, en autant de tas qu'il y a de lettres dans l'alphabet. On peut faire cette distribution sur une grande iable, ou, si le nombre des titres est grand, dans des cases ou boîtes, dans lesquelles ils ne risquent pas de se mêler, ni que le vent ou autre accident puisse détruire l'ordre établi; ces boîtes permettent en outre de quitter et de reprendre ce travail sans aucun inconvénient.

4. Cette première opération faite, chaque lettre ou paquet est soumis à autant de nouveaux triages qu'il y a de lettres successives dans les mots qui commencent les titres, à l'exception de la syllable déclinable des noms propres. En faisant ce nouveau triage, on classe les cartes ou bulletins ( sans égard à la première lettre, qui naturellement est la même dans tout le paquet) d'après la seconde lettre, en vingt-cinq paquets ou lettres

de l'alphabet; savoir : Aa. Ab. Ac. Ad. Ae On agit

de même avec chacun de ces vingt-cinq paquets à l'égard de la troisième lettre ; savoir: Aab. Aac. Aad. Âae. Aaf..... , et ainsi de suite.

Quelques essais , faits avec attention , suffisent pour apprendre ce classement. — Les diphlhongues a,'ô, ù, représentent, dans les langues étrangères, les voyelles ae , oe , ne.

5. Il n'y a que deux espèces de livres : les ouvrages dont l'auteur s'est nommé , et les anonymes ; ceux-ci sont à classer d'après le premier substantif, les autres d'après les noms de l'auteur. Les anonymes présentent plusieurs difficultés qui demandent quelques explications détaillées.

Comme c'est le premier substantif qui devient le mot d'ordre et assigne aux titres la place dans l'alphabet , on n'a aucun égard ni à l'article ni à l'adjectif qui le précèdent. Exemple :

Condé (le Grand), éloge, etc ; au lieu de: Le

Grand Condé, éloge, etc.

Influence (V) des climats ; au lieu de : l'influence

des climats,

Cependant, il faut excepter de cette règle les titres qui commencent par une phrase ; on les classe à la première lettre. Exemple :

A quelque chose malheur est bon. ( Vaudeville. )

Allons en Russie. ( Vaudeville. )

Au feu, ouïes femmes solitaires. ( Comédie.)

Je veux être heureux. (Roman. )

Mon histoire ou la tienne. (Satire. )

Tout le monde a tort. (Pamphlet.)

6. Quant aux mots qui suivent le mot d'ordre, il faut strictement se tenir à les classer d'après l'ordre alpha-* bétique jusqu'à la première virgule. Exemple :

Abeille (Y ), almanach des grâces.

— du Parnasse.

Abrégé de l'histoire ancienne.

— — d'Angleterre.

— — de France.

— — de l'église.

— — de la monarchie.

— — de l'ancien Poitou.

— — de l'ancien testament.

— — de Russie.

— — des empereurs.

— — du moyen-âge.

Les voyelles finales qui s'élident comptent comme si elles existaient, de manière qu'il faut se figurer comme si :

d'Angleterre était écrit de Angleterre, de l'église — — de la église, de l'ancien — — de le ancien.

7. On doit toujours regarder comme anonyme tout ouvrage dont l'auteur n'est pas nommé sur le titre ; cependant , s'il est généralement connu ( par exemple, Kempis, comme auteur de l'imitation de J-C. ), ou s'il s'est nommé dans l'intérieur de l'ouvrage, on classe le titre à son nom, mais on l'indique avec renvoi à la place du premier substantif. On agit de même avec les

pseudonymes et les monogrammes, à l'exception qu'on les place au nom supposé , avec renvoi au véritable.

8. Classer les titres d'après le premier mot, quel qu'il soit , c'est exposer celui qui cherche un ouvrage, faute d'en connaître littéralement le titre, à perdre un temps précieux , souvent même à le dégoûter de toutes recherches. — En plaçant :

Nouvelle Géographie , Petit Manuel , Grand Dictionnaire , aux mots Nouvelle , Petit , Grand , au lieu de : Géographie (nouvelle), Manuel (petit), Dictionnaire ( grand ) ,

on charge inutilement le catalogue aux adjectifs, et on ne se rappelle pas toujours l'adjectif d'un titre, tout en connaissant fort bien le plus essentiel, le substantif.

9. Si le premier substantif est au pluriel, il suit immédiatement son singulier; car, sans cela, il s'en trouverait souvent séparé par une trop grande distance ; entre An et Ans , par exemple, se trouvent plusieurs centaines de mots et de noms ; et ce cas se rencontre presque avec tous les substantifs.

10. Lorsqu'en classant les différentes éditions d'un ouvrage on trouve une conformité de titres, on peut, pour éviter les répétitions, se servir d'un tiret — et continuer par la partie du titre qui varie de l'édition précédente.

11. Les noms d'auteur se traitent comme des substantifs , seulement c'est le nom de famille et jamais le prénom qui assigne la place dans le système alphabétique. Il ne faut cependant pas négliger de marquer , entre des parenthèses , les prénoms d'un auteur : Joseph-Simon Dupont ne sera donc pas à classer à la lettre J, mais bien au D : Dupont (Jos.-Sim. ). Cette indication est d'autant plus nécessaire , que ce sont principalement les prénoms qui distinguent les homonymes,

et la difficulté de reconnaître ceux-ci augmente encore par l'abus , même illégal , que font quelques écrivains , pour se distinguer, de réunir leurs prénoms à leur nom de famille (i).

12. Les noms composés causent un autre embarras, tels que de Salignac de la Motte-Fénelon , et tant d'autres. Cet usage, de joindre à son nom celui d'un fief, ayant cessé de fait, il a été remplacé, de nos jours, par la mode d'ajouter le nom du village , de la ville ou du département où l'on est né ; chose excusable pour un Dupont, un Martin , un Masson , parce qu'il y a beaucoup de personnes de ce nom ; mais bien inutile , sinon ridicule , de la part de celles qui portent un nom peu commun.

13. Quant aux ouvrages de deux ou plusieurs auteurs , on les classe au nom du premier , auquel on renvoie les autres.

14. Enfin les œuvres complètes d'un auteur se classent en tête de son nom et dans l'ordre chronologique des éditions ; ces ouvrages publiés séparément suivent alphabétiquement, et les éditions d'après leur date.

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