Bibliothèque bretonne, collection de pièces concernant l'ancienne province de Bretagne
Eh ! que m'importe, à moi, de ces grands coups d'épée Qu'ont fait donner au loin Alexandre et Pompée?... Tout ce qui s'est passé parmi mes bons aïeux.
Dans le pays qui ma vu naître.
Voilà ce qui me plaît, ce que j'aime à connaître, Et ce qui m'a paru toujours très-curieux.
(Du Cerceau.)
Avis au Lecteur.
L'ouvrage que nous publions, sous le litre de BIBLIOTHÈ- C>l^E BRETONNE, a pour objet de mettre au jour une série do pièces inédites, concernant l'ancienne province de Bretagne ( (orinanl aujourd'hui les départements des Côtes-du- Noi-d, du Finistère, du Morbihan, d'IUe-et-Vilaine et de la Loire-Inférieure), et d'en réunir un grand nombre d'autres, ilvjli publiées dans des feuilles locales, mais généralement peu connues.
Toutes les pièces qui en feront partie sont destinées a faire connaître celte ancienne province, sous les rapports Historique, Archéologique et Littéraire. Nous y joindrons un grand nonil)re de documents statistiques, pour compléter les notions les plus essentielles à la connaissance de cette péninsule.
Tel est l'objet de cette publication qui intéressera , nous l'espérons, tout ce que le pays compte d'hommes curieux de
connaître le présent et le passé de la terre qu'ils habitent.
Depuis une quinzaine d'années , à la tète du journal Le PuBUCATEUR DES CÔTES-Du-NoRD , eu relation avec la plupart des autres journaux de la Bretagne, nous avons pu y recueillir de nombreux documents relatifs à l'Histoire , à l'Archéologie et à la Littérature bretonnes.
Nous nous ferons un devoir de rendre compte des travaux de nos sociétés Archéologiques, de ceux des divers Congrès qui auront lieu en Bretagne , de publier des notices biographiques sur nos illustrations et sur tous les hommes qui auraient rendu des services au pays, de mentionner, enfin, tous les nouveaux ouvrages relatifs à cette province.
Nous accueillerons avec reconnaissance les travaux qui nous seront adressés, pourvu qu'ils aient trait à notre sujet ; mais ils ne trouveront place dans cette publication qu'après qu'un Comité en aura reconnu l'opportunité.
Ch. Le Maout.
Nota. Cette publication est rigoureusement fermée à tout écrit traitant directement ou indirectement de politique.
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Chacun à son pays doit un tribut d'hommages V Payer ici ma dette est un bonheur pour moi : Et , bien que Ton te mette au rang des plus sauvages^ Bretagne , je dirai que dans tous mes voyages , Je n ai jamais rien vu qui me plut comme toi.
Ton aspect romantique à chaque instant varie ! Un naïade ici s'épanche en frais ruisseaux ; Des saules argentés bordent cette prairie, Et la lande épineuse au genêt se marie , Pour faire un tapis d'or à ce charmant coteau.
Sur tous tes points on voit plusieurs manoirs gothiques
Ayant une chapelle , une ferme , un moulin ;
Et tous sont ombragés par des chênes antiques ,
Arbres tant révérés des prêtres druidiques
Qui levaient leurs autels sur les bords d'un chemin,
CamacetToull-Inguet, on trouve sur vos plages Quelques débrUd'un temple à nul autre pareil ; Oui , l'océan fougueux , le temps et les orages Ont laissé subsister, sur vos tristes rivages, Des menhirs, des dolmens consacrés au soleil.
Ce soleil qu'obscurcit quelques vapeurs légères, Ne fait pas en tes champs fleurir les orangers , Mais il teint d'incarnat les roses prin tanières. De jonquilles, d'oeillets il jonche les parterres Et fait mûrir la pomme en tes rians vergers.
Oui, Pomone^t Cérès méritent tes hommages,
Car tous tes fruits sont beaux... Belles sont tes moissons ;
Remercions aussi le Dieu qui , des naufrages ,
Préserve tes enfants et jette sur tes plages
Les meilleurs, les plus beaux , les plus rares poissons»
Si le pêcheur se platt dans la vieille Armorique , Elle a pour le chasseur encore plus d'attraits : Des lièvres , des perdreaux c'est la terre classique , Les sangliers, les loups vivent en république , Dans les bois où Phébus ne pénètre jamais.
Malgré ces loups cruels, les fermiers à l'herbage Conduisent leur bétail, dès que le jour paraît. Non, la Suisse n'a pas de plus gras pâturages Et ses vaches jamais ne donneront , je gage , De lait plus savoureux, de beurre plus parfait.
. Oui, ce beurre est vraiment mille fois préférable A l'huile que partout mettent les Provençaux. Sans lui, pour les Bretons, nul mets n'est délectable ; S'il n'était pas , je crois , permanent sur la table , .On dînerait très mal , même dans les châteaux.
Parmi les vieux châteaux flanques d'une tourelle On compte les Rochers, où Sévigné , dit-on , Trouva, sans la chercher, celte plume si telle, Qu'un ange ravissant arracha de son aile , Pour immortaliser sa tendresse et son nom.
Plus loin, je vois Combourç ! muse, que l'on s'incline !
Des modernes auteurs ^ là , naquit le plus grand !
C'est à lui , nous dit-on , que l'illustre Corine
A légué sa belle âme et sa plume divine.
Le lecteur, avant moi, dit : C'est Chateaubrîant.
Ce nom, sur mon pays, jette un reflet de gloire ; Mais il n'est pas le seul qui de nous soit chéri , Et parmi les élus , à muse de l'histoire ! Dont tu marquas la place au temple de mémoire , Nous sommes orgueilleux de compter Keratry.
Comme lui, tu naquis sur ces plages si belles , Saint apôtre du Christ ! sublime prosateur I Pourquoi faut-il , hélas ! que des anges rebelles Poussent ton grand esprit dans les routes nouvelles^ Où se perd la jeunesse en cherchant le bonheur.
Dans TArmorique aussi le ciel t'avait fait naître. Muse de vingt prinptemps ! douce Elisa Mercœur I Apollon te pleura, te pleure encor peut-être ; Car, dans ce monde , hclas ! tu ne fis que paraître , Tu vidas cependant la coupe du malheur.
O Bretagne ! pour prix du bien qu'a fait mon père A tes enfants proscrits , errans et malheureux , Alors que sonnera pour moi l'heure deniièro , Ne me refuse pas un petit coin de terre, Pour reposer en paix auprès de mes aïeux.
Mme LANIK), nOcDE KKRVÉLÉGAX.
CHANT BRETOIV.
Des fleurs d'une hâtive serre
La fleur des chauts N'est point jaloase , elle praspère.
Malgré les vents.
Il ne lui faut point de culture
Ni d'appareil ; Elle tient tout de la nature
Et du soleil.
Le Breton aime sa Bretagne ;
Il en est fier !
Il aime avoir, delà montagne,.
La vaste mer Qui, scintillante, l'environne
D*un lit vermeil.
Quand, sur elle un matin rayonne
Un beau soleil.
Tels, au milieu de leurs bruyères»
Sim[llesdecœur, Les Bretons ont, dans leurs chaumières»
Le vrai bonheur. Le riche, sur un lit de soie,
A son réveil, ▼oit briller l'or; mais nous, la joie
Etlesoleil«
De» villes monuments splendides.
Tours, hauts clochers, Qu'ètes-vous près des pyramides
De nos rochers !
Qu'avec orgueil on vous dénombre ;
Rien n'est pareil A l'œuvre du Dieu qui fit l'ombre
Et le soleil.
Nous n'envions point l'héritage Des beaux palais.
Un dôme élégant de feuillage- Est bien plus frais.
Chez nous, fille jolie ignore Le fard vermeil ;
C'est la San té qui la colore Et le soleil.
Souvent le malheur nous obsède
En plus d'un lieu ; .
Mais le Breton sait un remède,.
L'espoir en Dieu !
Car toujours Dieu, pendant Torage,
Nous suit de l'œil.
Tôt ou tard, après le nuage,
Luit son soleil. D. B.
Les jolies fiUes de Douarnenez*
Le Conquet, perché sur sa roche.
Est un charmant petit séjour.
Où, sans avoir Crésus en poche, On peut TiTre et foire l'amour.
Mais, pour les enfants de Un lyre, A leurs songes abandonnés, Rien n*est plus doux que le sourire Des filles de Douarnenez.
Assise à Tombredeses vignes, Nantes, du haut de ses coteaux.
Voit se croiser les blanches lignes De ses routes et de ses eaux ; Mercure à ses pieds, qui soupire, Vante ses charmes blasonnés...
Ils ne valent pas le sourire Des ûlles de Douarnenez.
D'Ouessani les femmes sont belles.
Sous le pli d'un sourcil romain, Leurs yeux inondent d'étincelles Les lignes d'un profil d'airain :
Craignez, ah ! craignez leur empire, Nochers à Técueil entraînés !...
Mais recherchez le doux sourire Des ûUes de Douarnenez.
D'une courtoise bourgeoisie.
Rennes, ce rendez-vous dernier.
Regrette la galanterie De ses présidents à mortier ; La pauvrette mourra martyre De s^s sentiments surannés...
Ou retrouver le doux sourire Des ûlles de Douarnenez ?
De Camaret que vous dirai-je.
Ce paradis du caboteur ?
En reiâcbe, qu'il pleuve ou neige.
Il s'y maintient en bonne humeur :
Pour s'égayer, il y soutire Les fûts à l'Anglais destinés...
Mais quel vin vaudcait un sourire Des filles de Douarnenez ?
Tandis que de sa blanche écume La vague baigne •Sai/i/-Jfa/^, Ses enfants s'en vont dans la brume Loin du pays errer sur l'eau ; CARTIER dont l'âme les inspire Les veut grands comme leurs aînés...
La gloire vaut-elle un sourire Des filles de Douarnenez?
Brest, la ville puissante et forte, Teille derrière ses remparts»
Et, d*un geste, ferme sa porte Aux carènes des Léopards ; Do port où leur instinct aspire, <^e toujours ils soient éloignés...
Et qu'ils ignorent le sourire Des filles de Douarnenez.
50US un ciel où la foi s'allume La BretagneréMini tout :
Cités dont le cratère fume Près des Dolmens cncor debout ; Langage où le passé respire.
Mers plaintives, sillons bornés...
Non, rien no vaut le doux sourire Des filles de Douarnenez. C.
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