PRISE DE DINAN
Au temps de la Ligue.
Eitralt de Histoire ineite de la ville de Saint-Malo.
Quoique les affaires du duc de Mercœur allassent en décadence en Bretagne, il lui restait encore quelques places dont les plus importantes étaient Nantes et Dinan. Celle dernière ne lui était point tombée par la force des armes, pas plus que par le voeu des habitant^ : elle avait été livrée à la ligue, le 7 juillet 1585, par Henri III, comme place de sûreté et comme ^gage de la sincérité de sa promesse de faire la guerre aux pro- [testants* Depuis la prise de possession, le duc y faisait battre I jnonnaie et exercer la justice par quelques membres du présil^ial de Rennes qui avaient embrassé la cause de son parti, lean d'Avau^ouri sieur de Saint-Laurent, en avait la garde avec iSne grosse garnison. Cette ville, entourée de remparts dont on
voit encore des restes, était sa place d'armes dans le nord de^la Bretagne, comme Nantes Tétait au midi.
En janvier 1598, les Dinannais commençaient à s'ennuyer d'une domination qu'ils n'avaient point recherchée, elle leur pesait plus encore depuis la conversion du roi Henri IV. Trois des principaux habitants surtout, hommes de tète et de» cœur, n'attendaient qu'une occasion favorable pour se remettre sous l'obéissance du souverain légitime ; savoir : Raoul Marot, sieur 'des Aïeux, sénéchal du lieu ; François de Saint-Cyr, prieur de Saint-Malo de Dinan ; et Robert Hamon, sieur de la Grange, syndic de la ville.
Dans le mois de décembre précédent, 4e prieur, impatient d'en terminer, avait été secrètement trouver le roi et l'avait supplié de lui remettre, pour le gouverneur de Saint-iMIalo, un ordre de tenir un corps de 1500 hommes à sa disposition, et à celle de ses deux collègues. Cette demande accordée, il y avait d'autres précautions à prendre ; il fallait éloigner d'Avaugour et bon nombre de ses gens. Pour y parvenir, on imagina de coptrefaire des lettres du duc de Mercœur, portant injonction audit d'Avaugour de venir le trouver en hâte à Nantes avec la majeure partie de ses troupes, et de ne laisser à Dinan que ce qui serait exactement nécessaire pour garder la ville (* ).
Le trop crédule gouverneur se laissa d'autant mieux tromper, que non-seulement le style, l'écriture et le cachet du duc étaient parfaitement contrefaits, mais encore que rien n'était plus naturel que cet ordre de son chef, dans un moment où le roi projetait d'entrer en Bretagne par la Loire. D'Avaugour
(*) Messire Porée Du parc dit» dans son testament capitu1aire,'qae ces fausses lettres furent écrites à Saint-Malo, d'où elles parvinrenl au sieur de Saint-Laurent, par égard pour M. de Coêtquea : oatûHàil à éloigner son gendre de la mêlée qui pouvait s'eo suivre.
parlîl donc à la fin du mois de janvier, avec tout ce qu'il avait de meilleurs soldais , laissant la garde de Dinan a un de ses lieutenants, le sieur de la Frénaye.
L Pendant que Saint-Laurent et sa troupe gagnaient Nantes,
^ftle sénéchalj le syndic et le prieur firent avertir le gouverneur ^^de Saint- Malo de leur envoyer, sans délai et de nuit, 800 !iom- ^- mes seulement au lieu de tSOO demandes, ce nombre parais- ^Vsant suffire dans Tcial de dénuement où se trouvait la place. t Le 12 février, par un temps froid et pluvieux, 300 de ces ^Hiraves volontaires nialouins prirent le parti d*a!ler par terre et ^■furent se poster a près d*une lieue de Dinan, sur les liauteui's ^^du village de La ndeboulou, dans un endroit appelé TOrmeaux-Dinannais. Les 500 autres s'embarquèrent et vinrent avec la marée jusque sous Taden; mais ce ne fut pas sans avoir failli périr plusieurs fois, par une tempête qui survint après
! leur départ de Saint-Malo. Celte troupe prit terre çt se divisa en deux détachements de 250 hommes chacun. Le premier, composé des plus déterminés, s'avança jusqu'à l'ancien cimetière du faubourg Saiol-Malo qu'on lui avait assigné pour rendez-vous; le deuxième dctachcnient s'arrêta au lieu nonmië Baudouin, avec ordre de marcher en avant, si on eu faisait le signal, ou faciliter la retraite de l'autre, s'il se trouvait repoussé.
Les chefs du complot na'élaient point restés dans Finaction ;
et pour donner le change a la garnison et laciHter Tenlrée des
Malouins, ils avaient donné cette nuit-là un bal dans une des
maisons voisines du Château, où les officiers avaient été învi-
Là, sous prétexte de ne les laisser sortir qu'après qu'ils
ut fait réveillon, un prétendu plaisant térnia les portes^
it les clefs dans ses poches en disant quil allait commander
le repas.
Tandis que cette troupe joyeuse était en fête et ne songeait
qu'au plaisir, les trois chefs de renlreprise, aiîn d'en assurer le succès, placèrent deux corps de garde de la milice diaannaise, de manière à couper toute communication entre le Château et la porte de Saint-Malo. Cette porte était celle par laquelle nos gens devaient pénétrer dans la place. Cette disposition prise, le syndic se rendit avec plusieurs de ses amis dans la maison du sénéchal Marot, proche le couvent des Cordeliei^ ; et afin de ne donner aucun soupf;on^ ils y entrèrent par trois port» différentes, dont une ouvrant dans la cour de ces mêmes religieux. Celte dernière fut ouverte par le pière gardien du couvent. De là, ils allèrent s'établir dans une maison avoîsînant la porte Saint-MalOy où commandait le sieur de laRuzaye qu'ils firent inviter à venir boire avec eux.
Cet imprudent officier accepta Tinvitation; mais à peine eutil bu quelques rasades, qu'on s empara de lui, et, le poignard sur la gorge, on le somma de ne rien dire. Les conjurç*s, au nombre de quarante, s'emparèrent du poste, jetèrent la sentinelle par dessus les remparts et ouvrirent les portes avec de lausses clefs que le syndic avait eu la précaution de faire faille à Saint-Malo.
Ils lancèrent ensuite une fusée qui était le signal convenu avec les Malouîns. Mais personne ne parut. On en fit partir une seconde qui ne produisit pas plus d'effet* Etonnés de ne voir personne venir a eux^ les conjurés s<% décidèrent a s'avancer jusqu'au cimetière; là^ ils trouvèrent les deux cent cinquante volontaires mouillés par une pluie glaciale jusqu'à la peau, morfondus et refusant de marcher en avant ; non-seulement le froid avait calmé leur première ardeur, mais encore ils craignaient une trahison.
Les Dinannais qui avaient tout fait pour secouer le joug du duc de Mercœur, surpris qu'on doutât de leur sincérité/ renseignèrent brièvement les Malouins »ur les mesures qu'ils
— il* —
ayaieut prî^â dans l'intérieur, El voyant que ceux-ci hésitaient encore, ils leur déclarèrent qu'ils allaient être forcés de se tirer d'aflfaire à leurs dépens en criant aux armes.
D n*en fallut pas d'avantage pour convaincre nos concitoyens, qui sentirent leur courage renaître à mesure que la confiance les gagnait; ils marchèrent immédiatement sur Dinan, s'emparèrent de la porte Saint-Malo, et envoyèreni avertir leurs compagnons, stationnés à Baudouin^ de venir les rallier. Et aussitôt qne tes deux troupes se trouvèrent réunies, des fanaux furent placés au haut des maisons les plus élevées, ainsi qu'on en était convenu, afin de faire accourir le détachement de 300 hommes camj>és au village de Landeboulou.
Les Malouins, maîtres de la porte Saint-Malo, y laissent un fort détachement pour assurer leur retraite en cas de besoin, cl s'avancent dans la ville aux cris de vive le Roi I Ceux des habitants qui n étaient point du complot^ réveillés par le bruit, voyant les principaux de la ville marcher a la tète des Malouins, quittent à la hâte leurs demeures et courent %e réunir à leurs concitoyens pour concourir à la liberté commune.
Les royalistes s'étaient partagés en troupes nombreuses pour parcourir les rues et les remparts, et ils ne trouvèrent de résistance qu'aux toui-s de T hôtellerie et au château. Le commandant de la Frénaye avait été rejoint par le sieur de la Ruzaye, parvenu à s'échapper des mains de ses gardes et à s'y réfugier avec quelques autres oQîciers,
Pendant que ceci se passait , le sieur Vallée, bourgeois de Dinan, reçut du sénéchal Tordre d'aller avec quelques hommes s'emparer de la tour Saint-Julien qui servait de poudrière, ais il arriva qu'au moment où s en approchait ce citoyen dévoué, rédifice sauta par Teffet d'une mèche allumée que le garde-magasin y avait laissée en se retirant à la hâte. L'explosion fut si violente, que Vallée resta écrasé sous les ruines et
que l'église Saint-Malo, peu éloignée de cette tour, en fut lézardée en quelques endroits, ainsi qu'on le voit encore aujourd'hui.
Le 13, à la pointe du jour, on envoya dans tous les bourgs des environs demander du secours pour réduire le château et les tours de l'hôtellerie. Mais, avant l'arrivée des paysans qui accouraient pour se venger des maux que la garnison leur avait fait souffrir, les tours se rendirent par capitulation au sénéchal Marot qui, quoique blessé, continuait a commander l'attaque de ce poste important.
Le château, consistant prin'cipalement en deux grosses tours jumelles fort élevées' et à mâchicoulis, couvertes par une raveline, était le seul point fortifié qui restait aux partisans du duc et le seul qu'il s'agissait de forcer. Pour y parvenir, on éleva au haut de 1^ place du Champ une batterie de deux couleuvrines et de cinq canons que le marquis de Coetquen,.qui avait suivi de près les 800 hommes avec un renfort, venait d^àmener de Saint-Malo. En même temps, Charles de Cosse, comte de Brissac et maréchal de France, le baron de Molac, et les comtes de Montgomery et de Montmartin, qui avait eu l'ordre du roi de seconder les Malouins, arrivèrent avec des troupes, et l'on fit les dispositions pour une attaque sérieuse, afin d'en finir promplement avec cette forteresse. Mais après quelques volées de notre artillerie, les assiégés, se voyant sans espoir d'être secourus, se rendirent par composition.
Pendant que ceci se passait, de Saint-Laurent et sa troupe avaient gagné Nantes ; mais avant d'y arriver, le chef, aOn d'aller faire plutôt sa révérence au duc, quitta ses gens et prit les devants.
Etonné de la présence de son lieutenant, le prince en l'apercevant lui demanda avec vivacité la cause d'une arrivée si peu attendue. — Vos ordres, Monseigneur! répondit d'Avaùgour.
Mes ordres^ répartit le duc stupéfait, mes ordres! Ah ! Dinan
n'est plus a moi ?
de quek
la reddi
di
;e trompait 1
château et de la ville suivit de bien près l*eiitrevue du duc de Mercœur et de d'Avaugour, sieur de Saiut-Laureiit*
Les Malouîns, qui avaient eu la meilleure part dans ce coup de maiOj furent aussi les premiei^ à s'en faire lionneur près du roi, eu lui apprenant cette heureuse nouvelle.
Voici à cet égard la scène plaisante qui se passa h la Cour : Le sieur Jean Pépin de la Blinaye, qui avait déjà fait ses preuves à la prise du château de Sainl-Malo, était un de ces hommes brusques et francs qui, dans leur simplicité naïve, savent intéresser et plaire. Le lendemain de la prise de Dinan, à laquelle il avait pris part, il enfourche son cheval et prend la route de Paris. Craignant d'être devancé, il le pousse, le met hors d'haleine, et la pauvre béte expire en arrivant. — Pépin lui-même se présente tout essouOlé devant Henri IV : Sire, lui dit-il sans autre préambule, j'avons pris Dinan! — Charles de Biron, maréchal, dit au roi c|ue cela ne se pouvait. — Vay, il sçara mieux que mai qui y étasi répondit Pépin d'un ton railleur et en regardant le roi rj*un airfaniili*^; puis il demanda s îl était dans la maison du Ixai Dieu, où Ion ne beuvait ni ne mangeait. — Le roi chargea un de ses officiei-s de le régaler, et lui demanda le lendemain, avant son dépari, s il voulait qu'il le fît gentilhomme : « Meuny, Sire, je les chassons de notre ville à coups de bâtons; mais faites-moi donner un clicval de TOtre écurie, le mien a crevé comme un porc. ^ Le roi lui fit domier un de ses meilleurs coureurs, et Pépin s en retourna fort content. Ch. Cunat.
lÊum
Notre-Dame-du-Mup,
Au nombre des monuments dotit la perte est à déplorer, on peut mettre en première ligne rancienne église collégiale de Notre-Dame-du-Mur, à Morlaix (Finistère).
Cette église, d'une architecture bizarre, îrrégulière et capricieuse, n'en possédait pas moins un grand cachet d élégance. Bâtie au pied d'une colline que les tours du château dominaient de leur masse sombre, elle devait son nom significatif à sa situation; car un de ses côtés s*élevait sur une partie des mui*s dont les mâchicoulis et les créneaux se voyaient encore, il y a peu d'années.
L'église de Notre-Dame-du-Mur servait de chapelle au château , d'où Ton pouvait facilement y communiquer. Elle fut fondée en 129S, par le duc de Bretagne, Jean II, sous l'invocation de Marie. Son architecture, les richesses qu'elle renfermait, la grande hauteur de son clocher à jour, en faisaient une des merveilles de la Bretagne.
On entrait dans l'église par la rue du Mur^ qui, étroite et iiw régulière, ne permettait pas de voir complètement Iç large et majestueux escalier conduisant au portail.
L'église, petite mais très élevée, possédait à l'intérieur deux rangs de galeries à jour, travaillées avec une extrême délicatesse. D'autres galeries régnaient à 1 extérieur autour de» combles ; des tourelles établissaient les communications entre elles.
A l'intérieur, les colonnes s'élançaient avec hardiesse jusqu'aux nervures des voûtes où les colonnettes groupées s'épanouissaient en chapiteaux historiés ou a feuillages.
Les belles verrières reposaient agréablement les yeux par"
-^ ass —
mille nuances des viti*aux à mosaïques et à légendes représentant des calvaires, des ducs et duchesses de Bretagne, les her-» mines nationales et quelques-uns des nombreux miracles attribués a la sainte madone.
Au-dessus du maître-autel, construit à la romaine et dont la matière était un stuc brillant, régnait une galerie en marbre noir, terminée aux deux extrémités par des écussons aux armes de France et de Bretagne. Des galeries de Tau tel on descendait dans un reliquaire fort riche.
Trois lampes en argent, ciselées avec beaucoup de goût, se
CToyaîent suspendues dans le chœur. La plus grande brûlait 89I1S casse.
Le tableau du maître-autel représentait TAssomption. Comme les siècles l'avaient altéré, on chargea Valenlin (') d'en faire la restauration, ce dont il 5'acquitta avec bonheur. Les colonnes, en marbre noir et rose, étaient remarquablement belles. Le chœur, pavé en marbre noir et blanc, oflVait à Fœîl une mosaïque d'un fort bon effet.
Le magnilique calice en vermeil, orné de pierres précieuses, et la lampe e^ argent, délicatement travaillée, qui brfdait sans cesse devant Timage de la Vierge, avaient été donnés par la duchesse Aune de Bretagne, ainsi que le constataient des in-
bcriptions.
Le lutrin aussi était une oeuvre d* art. L'aigle en cuivre doré développait une large envergure ; sa base était soutenue par trois lions au repos, également en cuivre doré.
On voyait, dans cette église, deux statues d'un beau travail : saint Marc et saint Louis; elles ont été i>robabh*ment brisées
(*} H eiisleà UorUix, djiiigrégtîse de Saint Melaine, deui précîeui tableaui de cet artiste. L'un représente lEntaui Jésus dtsbout sur un globe, et Tautre la délivrance d'une âme du Purgatoire.
— 28ft —
lorsque Téglise fut dépouillée de ses ornements; mais un grand Christ, auquel se rattache une merveilleuse légende, échappa aux iconoclastes modernes et se trouve aujourd'hui dans la paroisse Saint-Mathieu de la même ville.
C'est là aussi que^ pendant plusieurs années, on conserva pieusement la statue de Notrè-pame-du-Mur ; elle avait perdu sans doute sa riche coui^nhé ornée dé pierres précieuses, sa grotte brillante et les anges âôrés qui sem))laient la squtenir dans les airs ; mais le rude matelot échappé du naufrage, les cœurs souffrants et' atîdeâ ^ espéirtince n'en venaient pas moins près d'elle avec amour, àvéé confiance.
Aujourd'hui on lui a ponétruît une petite chapelle particulière. Une singularité fort parieuse de cette statue de la vierge, c'est qu'elle peut s'ouvrir conime une armoire. Alors on aperçoit dans l'intérieur Dieu le Père, ayant une thiare sur la tête et soutenant le Christ. Le Saint-Esprit plane au-dessus de ce groupe; sur les côtés, qui sont d'un rouge sombre, il existe des peintures sur émail ; on ne peut plus les voir, par suite Je dispositions assez maladroites, prises depuis quelques années, et qui empêchent d'ouvrir la statue.
L'église renfermait plusieurs autels sous l'invocation de la Trinité, de sainte Anne, de Notre-Dame-de-Pitié ; tous étaient ornés de tableaux et de sculptures* >
Une nouvelle chaire fut faîte en 1710 par Jean Lespagnol, sculpteur fort habile. Elle coûta neuf cents livres.
Le clocher était d'une grande élégance , surmonté d'une flèche avec treffles et hermines à jour; il avait plus de trois cents pieds d'élévation ; quatre grosses cloches servaient pour les sonneries ; la plus grosse était mise en mouvement dans les cérémonies publiques et les assemblées de la commune. Un carillon jouait plusieurs airs,* entre autres : Ave, maris Stella,
invocation à laquelle se joignaient bien des vœux et d'ardeules prières pour des époux et des frères absents.
• C'est de la galerie de ce clocher que le chapelain de Véglise tua plusieurs Anglais à coups d*arquebuse, lorsqu'ils s eniparèreutjde la ville par surprise, en 1522.
Lors dujsiége du château, vers la fin de la Ligue, le maréchal irAuiuont y plaça des mousquetaires, mais ils furent promptement contraints d en déguer[nr par un feu vif et soutenu qui dégrada les clochetons.
Be celte galerie, la vue était é4endue et pittoresque : on dominait la ville, le [)ort, et en partie les vallées voisines. Celui qui^ la veille] de la Saini-Jean, fête célébrée avec solennité^ dans toute la Bretagne, eût pu, a dix heures du soir, s y transporter^ eût joui d*un magnifique spectacle en voyant La campagne constellée par des centaines de feux, comme le dit si poétiquement M^"*^ Elisa Franck :
Puis cent fetix, milk rinL\, de inoolagni} en mootâgnc. Comme 911 ta ni de sotdb éclaireûl la BreUgne, Et semblent refléter Féclai du HrtnaraeDt ; TaDdis qwi dans les airs sï'lèvent par moment Des cris lonys et joyeux, doDl la riioieur confuse Se mAle aujE sons atgus de l'aigre cornemuse
Que Im pâtres etifleqt galment.
Partout, des plaine*; aux vallées.
Les voix, par les voix api>clées.
Chantent nostvreux Not^s bretons,
Et les vieillards, au front sévère.
Vont aux pieds de chaque cakaire,
Appuyés sur leurs lon^s hâtons.
Le chapitre de Téglise Notre-Dame-du-Mur était composé : d'au prévôt, d'un doyen, d'un syndic, de douze chanoines portant aumusse, d'un sacristain, de deux chanires et de quatre enfants de choBur, qui avaient le grand camail en hiver. Si nous entrons dans ces détails, c'est pour faire connaître
une organisation intérieure dont le souvenir est bon à conserver •
Cette église fut, pendant un grand nombre de siècles, Tarche sainte, le palladium de la ville; dans plusieurs circonstances, on délibéra dans son enceinte sur les intérêts matériels et politiques de la cité.
MaiSj le 22 octobre 1790^ les habitants virent avec douleur les membres du district apposer les scellés sur les portes. Plus tard, on en fil le temple de la Raison, et une inscription constata que le peuple français voulait bien reconnaître un Être suprême et rimmortalité de l'âme.
Plus tard encore Téglise fut vendue et livrée aux démolisseurs ; imprévoyance aussi absurde que coupable, et qui occasiona un grand mallieur. Le clocher, resté seul debout au milieu de ces ruines et privé de son puissant soutien, s*affaissa sur lui-même, le 28 mars 1 806, tandis qu'une Commission délibérait sur le parti à prendre pour le conserver. Plusieurs maisons furent renversées, et cinq personnes périrent sous l^ décombres. OL Le Gall.*
LE QUAI B AIGUILLON , A Lannioo.
Emmanuel-Armand du Plessîs-Rîcheliea , duc d'Aiguillon « liantenant-ijéncrâl et commandant en clief de la province de Bretagne, s'y fil personnellement détester par sa morgue et son caractère baulatit. Mail son gouvernement fut iateUigent et libéral. Il n'est pas une de nos villes bretonnes qui ne conserve des marques de sa munificence*
Lorsqu'il fit son entrée solennelle à Lannion , en 1755^ la commo- Banté de tîIIc ajouta dans son Bcle } aa eérémonial d'usage^ On toit ûgu*
— ÎS7 —
rtr aux comptes du miscur, une dépense de 114 livre» » dans laquelle éUit comprise uoe somme de 4 livres 4 sous» pour sept dous:iines de crêpes offertes à ItoBsei{;Deur, et une au Ire de 16 livres* pour des che* YâUY detilîués à ses fréquents vayag^es de Perros.
Les travaux du g^rami chemîti de Perros à Lannîou» ctAÎenl alors en pleine activité* Le rc!gflement et les instructions du duc et de rîntendant Le Bret ^ qui devaient doter la province de tant d'^Admiraliles voies de communication, avaient été puliHés à Rennes le 6 novembre de l'an* née précédente.
Avant cette époque , nous n^nvions, * à proprement parler» que deux grandes routes, Tune entrant dans la province du càté du midi ^ par Ingrande « et conlinuant jusqu'à Brest, par Nantes, Vannes, Quimper« Landcrneau ; Tautre, entrant aussi dans la province du côté du nord » par Pontorson, et continuant jusques à Brest par Dinan, Saint-BrieuC| JUorlaiK et Landcrneau. » (De Xotntel, Blém. H*' 1098).
L'accueil et la reconnaissance de Lannion lui valurent la faveur intime de ce puissant pertionna^er gouverneur de fait de la provincep puisque le titulaire de cette di(^nité , le duc de Pentliièvre^ n*avait pas le droit d*entrer dans son |rouvernement. Aussi nos volontaires ne farenl*i]s pas les derniers à se rendre a son appel, lorsqu^en 1758^ les Anglais menaçaient nos eûtes, Béunîâ aux troupes du compte d'Aubi-' ^jt qi^i commandait à Tréguier, ils contribuèrent vaillamment au gain de la bataille de Saint-Cast. On sait que le duc d'Aiguillon leur laissa comme trophée, un certain nombre de fusils, qu*its avaient pris à Teo» neini^ et notre garde nationale les possédait encore en IBld.
Peu de temps après ce brillant fait d'armes « le due revint m Lan* nion. 11 était souffrant. Nos excellentes eaux minérales, par trop négligées aujourd'hui, lui rendirent la aauté. C'est pendant ce séjour <|Q'il apprit à connaître les besoins de la localité, et quVîl conçut le plan de ces utiles et vastes travaux, qui d*une assez laide bourgade « sombre et resserrée comme toutes les forteresses du moycn-àge« ârent la elurmante cité que nous habitons.
Vm bomme de mérite t ringénieur AoiTray, à qui l'on doit, par pa»
iFCOtbcse, Téglise de Langoat, le tribunal de Guîngamp, et d'autreg
■lonuments remarquables , dirigeait tout sous ses ordres. Il Exait les
liaîtcft de la banlieue aux cinq entrées des routes nouvelles • relevait le
pivage» redressait les rues» achetant a cet effet des maitoos» celle entre
— ass —
autres da sieur Le Gaër i l'angle de la rue de Tréguier. U réédifiail le mur du cimetière du baly, approuyait le projet de translation des halles aux battes de TArbalète, comblait le payé'lieuf sur les anciennes douTes, et plantait l'Allée- Verte , commencement du frais bouleyart qui deyait enceindre la yille.
Mais sa création la plus importante » est celle dont nous allons plus spécialement parler.
Sur sa demande , les états de Bretagne yotèrent les fonds nécessaires à la construction du quai de Lannion.
Le 9 février 1 76S , la communauté de yille , assemblée au sou de la êampane, et délibérant en la manière accoustuméct est d*ayis : c de suivre le devis et arrangement du quai \ dressé par M. M agin. — Que M. de Lestimber-Couppéy Maire, fasse sans délai les aprovisionnements de matériaux nécessaires, — De s'entendre avec le sieur Frottis» entrepreneur, pour le prix qu'il conviendra lui donner pour veiller à l'exécn* tion des travaux du quay ... — Et ont les susdits délibérants statué de faire élever au milieu du nouveau quay une obélisque qui servira de fontaine, lorsque l'on aura par la suite les moyens d'en faire la dépense et que cette obélisque portera les armes de monseigneur le duc d'Aiguillon en sculpture , et qu'avec la permission on donnera son nom au quay. »
Nos écbevins étaient alors :
MM. Gouppé de Rervennou, Gbauvel » Saint-Hugeon. Le Bourva; de Fontaineguéy Troguirec Le Poncin, Kerest-Tbomas » Kervenno* Délivré y Le Jannou, Tromenguy-Jagou, Kerprigent-Riou » de Lestim* ber-Gouppéy Maire.
Nous avions pensé d'abord» sur la foi d*un écrit par M. Gouppé de Kervennouy que la première pierre du quay avait été posée le 8 février 1762.
Il en fut sans doute alois question» et le duc d'Aiguillon était dans nos murs » car dans l'Assemblée du 3 mars suivant le maire demanda « sa reprise sur les fonds de la ville d'une somme de 8S5 livrés 16' S'y pour différentes dépenses faites à l'occasion du passage de monseigneur le duc d'Aiguillon y commandant en cbef de la Province ^ par cette ville les 6» 9 et, 10 du mois dernier. x>
Mais la délibération du 17 juillet, nous montre Terreur. -^ En Tendroit nous a été représenté par monsieur Gouppé» commissaire
des étatit rioscrtplioi] ei-a[irè8 que la eoaifDuiiaulé est d'avis d'être mite sur U fiierre destioée à recevoir 1a dernière ioscriptioû au ^uay d^Aifjl'uilItiti dans les fonderaents :
AifruilloDio duce faueiitc ,
Gomitiis Armoricis [iir|rientîlju8 ,
Portvs bicj au^cndis ditaadîsque "^ 4
Gommerciîs^ slruîlur , anno M. DCC» LXII.
Et sont de plus d'iivis de réitérer leur» prières à isiODScigoeur le duc d'Aiguillon de mettre la première pierre. »
Une heureuse eirconstancc nous a procuré des traditions et des docu* nenls qui nous pcrnietteut de décrire avec certains développements cette brillante soiepnitc.
Dès que Taceeptation et le jour de [^arrivée du due d'Aig^uitlon furent counuSy on décida : « qu'il serait à propos de députer vern sa grandeur pour la supplier de permettre que la communauté ait Thonneur de lui donner à manfïer pendant son séjour à Lannion* »
he couvent du Pucbour était depuis lougtemps disposé pour le recevoir» C'est la qu'il tenait sa cour. Pendant les repas , les portes restaient ouvertes ^ les dames et les nuUbîlilés circulaient autour du cou* ftri» comme au diner du roi.
— Quels sont ces jolis enfants, demanda-t*il un jour?
-^ Ce sont ceux de ralloué , M. Couppé de Kervennou. Aussitôt ils les fait approcher, et les comble de bonbons et de caresses.'
Or, l'un de ces cufants fut depuis député de Lannîon à la Constituante et à la Conveuttan. L*anlre était cette bonne demoiselle Couppé, morte presque centenaire» il y a en?iron 4 ans^ et de qui nous lenonf la plupart de ces détails.
Enfin, le (^rand jour parut. C'était le 2o juillet 1762.
Dès la fine aurore» oo lire les canons. La ville était déjà snr pied. ^
Vers 0 heures, un incident fàcbeum faillit troubler la cérémonie. Les ordres et les corps étaient réunis à l'Botcl-de-Vtlle.
Une question de préséance, qut se renouvelait sans cesse ^ ne pouvait mavqoer de surj^ir de nouveau, dans une aussi {[rave circonslancc.
mH. les juçes*royaux de la cour de Tr€guicr(au siéfje de Launion^^ réclamèrent impérieusement le pas.
Vous atrres la droite, disaient messieurs de la ville» mais nous prendrons la çanciie.
— Nous marcherons seuls! dit le sénéchal Frémel» jaloa& des droiU de sa compagnie. Et sur ce • la magistratare sort la première.
L'échevinagc, furieux , hroche une proAstation dont l'écriture trem* hlée y et les signa tures, à peine lisihles, attestent les passions qui l'a* gitent.
La maligne hourgeoisie attendait.
Le maire qui la commande donne, avec présence d'esprit, quelque» ordres que se hâte de faire exécuter le major, M. Chauvel.
La première compagnie, dont M. Riou de Rerprigent est le capitaine, ouyre ses rangs à MU. de la cour, et, prenant par la rue neuve, se di. rige vers le Porchou. La seconde, commandée par H. Vistorte va servir d'escorte au clergé , et descend par le Baly et la rampe de l'église. Enfin la troisième, sous les ordres de M. de Miniac, doit accompagner la communauté de ville , et sortir par 1^ porte de la rive.
De cette manière , tous vont se trouver réunis sur la grève» et venus par des chemins différents » nul n'aura eu le pas.
L'on se ferait une fausse idée du coup d'oeil que durent offrir ces lieux» si on les jugeait d'après ce que nous les voyons.
Une grève aride et vaseuse , longeait les maisons , ou plutôt les murailles où s'ouvrait une porte, dite de la rive. A droite, les ruines du chàteaii; à gauche, le couvent du Porchou. A la tète du pont, un vieux moulin , et en face • de l'autre côté de l'eau , Sainte-Anne an milieu de son marais.
Tel était l'amphithéâtre oii se groupait un peuple immense.
Les trois compagnies se réunissent devant les Augustins , reçoivent le duc et son cortège. Le demi-cercle se forme. M. Le Nouvel, recteur de Lannion , après les prières et hénédictions d'usage, remet la truelle d'honneur au héros de la journée, qui en touche légèrement la pierre hlasonnée,où hrille sur sa lame de cuivre poli, l'inscription votée « entourée de lys et d'hermines.
Alors, M. Gouppé, alloué et ancien maire ,.8*avance, et dit: ' < Monseigneur,
On sait les services mémorahles que lès grands hommes de, votre mai- "son ont rendus à l'-état ; mais on ressent encore mieux ceux que vous lui rendes peur voiis , Monseigneur, d'exposer votre santé' et votre' personne pour la sûreté dc' la Province, travailler* encore « la rendre heureuse dans les temps mêmes les plus critiques.
l^arinl les arU c|ue vous [trolég^es dans celle ville « vous avez iUsIÎd-
Ic nh
int, t;t SI Icâ leiups
* qui s opposent aa prînclpalemciit sa
gue le commerce coo
pa» favorables pour son rétabrrssemenl, les obst Lien sont faits pour exercer une âme ferme qui gloire ilans Ick services rcadu& à l'Iiumanité.
Qu'il est doux aux babitants de Lanuion d'avoir tant de part aux Lien* faits t|ue vous donnez a publiera la renommée! Oui, Mouseifrocur | la ville de Lannion vous devra ractivité de son commerrc; elle vous de* vra d'être un jour de quelque considération dans la province , et ces ouvrages qu'on va commencer sous vos auspices, redoublent la cou* fiance qu« nous avons fondée sur votre puissante protection ; que le ciel exauce nos vceux I qu'une vie longue, une santé parfaite vous affermis* teot, Monset(rneur « dans ce ran^ émincnt ou vous continuez de rendre à la province des services si di|;iies de sa reconnaissance et du souvenir de la postérité, qu'enfin les jours de votre commandement ayent aussi peu de bornes qu*cn ont noire amour, notre soumission et notre respect
Pour comble de grâce, nous tous supplions de mettre la première pierre à notre port , il sera votre ouvragCp et votre main seule peut lui doooer de la solidité, •
Nous n'avonf pas la réponse faite à ce discours, mais nous pouvons affirmer qu'elle fut flatteuse et bienveillante. Dans ses relations épîstô* latres avec nos magistrats municipaux, voici la formule qu'affeclionnait le duc d'Aiguillon ;
t Personne ne vous bonore , Messieurs, plus véritablement et plus parfaitement que moi. •
Le canon tonnait toujours sur le tronçon de la vieille tour du cbâ* teao. Le cortège se remit en marcbe, ramenant le duc au couvent devenu son bétel, précédé de la musique et des violons de la milice. Le soîr« on banqueta^ on dansa, il y eut des illuminations.
Le quay de Lannion venait de sortir de Tonde!
Le ^7 août «i le Maire remet un mémoire de dépense montant à l|â6(l
I livres 17*0^ pour le passage du duc d'Aiguillon en cette ville les 24, Se, 2G et 27 du mois^ dernier »
Le 7 février de l'année suivante, la ville snppUc Monseigneur le duc de PcBthîèvre de nommer la cloche du Baly , avec madame la duchesse tl'Aîgttilleii.
Enfin, eo 1764, il est encore question de différents séjours du duc en notre TÎlle, entre autres de celui qu'il y fit les 26» 27, et 88 janvier. Les travaux du quay s'^chèyent. On parle encore, < de Tobélisque que l'on doit élever en mémoire de la protection dont monseigneur le duc daigne honorer la ville, et surtout de la pompe qu'elle désire avoir dv puis plus d'un siècle, puisque dès le 17 septembre 1688, la communauté avait délibéré d'en faire venir une à Lannion. •
Un autre siècle s'est écoulé depuis ces événements, la ville forme tou* jours les mêmes vœux relativement à la pompe ; quant à l'obélisque, il n*en est plus question.
Et cependant, l'ingratitude n*est pas un vice breton. Que d'autres jugent l'homme politique, attaquent même Thomme privé , cherchant un motif secret aux visites si fréquentes qu'il daignait nous faire. Nous ne verrons , nous , que ses bienfaits ; et qu'ils soient ou non gravés sur la pierre, nous n'en continuerons pas moins, respectant le vote de nos pères, il nommer le quay de Lannion le quay d'Aiguillon !
J. DE PEi\GUERX.
NOTICE HISTOftlOlie
Sur l'Abbaye de Beauport.
La fondation de l'abbaye de Beauport, faite Tan 1202 par Alain , fils aîné de Henri d'Avaugour, comte de Goëlo , qui était vivant^ et à la mort duquel le fondateur devint comte, est un des anciens démembrements du comté de Goëlo.
Pour connaître Torigine de cette seigneurie qui a éprouvé toutes sortes de malheurs, il convient de remonter jusqu'à Audren, quatrième roi de Bretagœ, qui fit bâtir le château appelé de son nom, Gostelaudren (Châtelaudren), chef-lieu du comté deGoêto.
Alain d'Avaugour, qui ne prit dans l'acte de fondation de
labbaye de Beauport que la c|yaluë de seigneur de Goëlo et de Uls du comte Henri, avait deux frtîres nommes Etienne et Conan : l'acte même de fondation le prouve.
Ces trois frères, comme les plus grands seigneurs et les plus disïtngués de Bretagne, sont cités au premier rang, après Guy de Thouars, garde de sa ûlle Alix, liérifière du ducliè, dans rassocialion que les seigneurs du pays firent pour demander à Philippe-Auguste, roi de France, vengeance de la mort de leur duc Arthur \^^, assassiné par Jean-sans-Terres, roi d'Angleterre, son oncle.
Mathilde, t'pouse de Henri, comte de Goëlo, était apparemment décédée lors de la fondation de Beauport, et leurs enfants avaient recueilli la succession, parce que !e fondateur employa parmi les biens dont il dota fabbaye villam comiltissc avise sua* quae dicitur Caraburum : c*esl la mét;iirie de la grange de Burons dans la paroisse de Plouëzec, et campum marie et raoleodioum siiuililer comillisse. — Il n>st pas ordinaire de disposer du bien de ses aïeux, alors qu on a père et mère vivants. D^ailleurs, les biens compris dans la fondation, tant en Bretagne qu'en Angleterre, dans Tévèché de Lincoln, vaudraient plus de 60 mille livres de rente de notre monnaie.
L'abbaye de Beauport n'a pas dû pouvoir en conserver la moitié; car elle a perdu toutes ses possessions en Angleterre^ par TeCTet de Thérésie, et ses possessions en Bretagne ont souffert beaucoup de diminution par des usurpations et des aliénations forcées. Il se peut néanmoins que des seigneurs aussi puissants et aussi riches que Henri d'Avaugour et Matbild?, son épouse, comtesse de Goëlo, aient en effet donné à leur fils atné un avancement successif assez considérable pour le mettre en étîit de faire la fondation de Beauport,
Conan d'Avaugour, son frère second, jouissait aussi d'une partie de la seigneurie de Goëlo et des droits qui en dépeu-
daient, car il fit don à Tabbaye de Beauport, en Tannée 1202, d'une foire qui se tient à Paimpol pendant trois jours, dans l'octave de la Pentecôte, et qui est appelée la foire aux Moines. C'est du même Conan d'Avaugour que l'abbaye de Beauport a reçu le trait de dîme par deçà les bois et plus des trois quarts de celui de par delà les bois, par donation de l'an 1205, trois ans après la fondation de l'abbaye. Cette distinction, désignée comme il vient d'être dit, provient de la situation de l'abbaye et de celle de la paroisse de Pïo^rivo. Beauport est à une petite demi-lieue du bord de cette paroisse, vers le nord-est ; elle était autrefois presque entièrement traversée par un grand bois détroupl depuis près de trois siècles. Les terres qui étaient en culture au levant et au midi du bois, lorsqu'il existait, étant les plus proches de l'abbaye de Beauport, composaient le trait de par deçà le bois, et les terres au couchant du bois, qui n'est plus qu'une lande cultivée en grande partie, étaient dans le trait au-delà du bois.
La châtellenie d'Yvias, Plourivo, Plounez, Lanvignec, portant les noms des quatre paroisses où elle s'étendait, était \in des anciens démembrements du comté de Goëlo. Conan d'Avaugour jouissait sans doute de cette portion au commencement du treizième siècle, sans quoi il n'aurait pu donner à l'abbaye de Beauport des dîmes dans la paroisse de Plourivo. Il eut des enfants ; mais leurs descendants n'ayant point laissé de postérité, cette châtellenie fut réunie au corps du comté de Goëlo, et y demeura jointe jusque vers l'an 1317-1318, époque à laquelle Marie, fille aînée et héritière principale de Henri d'Avaugour, comte de Goëlo, petit-fils ou arrière-petit-fils d'Alain, fondateur de Beauport, porta le comté de Goëlo, baronnie d'Avaugour, dans la maison de Penthièvre, en épousant Guy de Bretagne, fils puîné du duc Arthur IL
1202. La fondation de Beauport fut confirmée par Josselin ,
évèque de Saint-Brieuc, en présence de Guillaume, chanlre, Ollivier, archidiacre, Guillaume, doyen, Eudon, Flarlem, Guillaume Grua, Tabbé Aiisgole, les religieux et plusieurs clercs lémoins.
Le révérend père en Dieu messire Jean Mexhin (dit de la Mouche), évêque de Do!, s'opposa à celle fonda lion pour conserver ses droite pool i Beaux daas rîle et monastère de Gu iriinîl, situé dans son diocèse, quoique enclave de Saint-Brieuc, que le comte ne pouvait donner, sauf sou consentement; mais il accorda incontinent et consentit le don d'annexés inséparables desdites îles et abbayes à la nouvelle abbaye de Beauport, à laquelle il donna encore trois paroisses en Goëlo, Karity, Lannévez et THe deBrébal, sauf en tout son droit épiscopal, et, de plus, lit présent à Tabbé Ausgole du chef de saint Mandé pour ladite abbaye de Beauport, lequel s y voit enchâssé eu argent : cet acconl fut passé à Tours, en [présence de Barthélémy, archevêque de Tours, Jean, évèque de Dol^ H., évèque du Mans, Pierre de Dinan, évèque de Rennes, GeolTroy, évèque de Nantes, Pierre Giraud, évèque de Saint-Malo, Guenoc, évèque de Vannes, Guillaume, évêque de Cornouailles, Guillaume, prévôt de la Varenne, et plusieufs autres, scellés du sceau dudit évèque de DoL
Le fondateur Alain donna a celte même abbaye de Beauport iJn^iaesde Schote et Vualcliam, diocèse de Lincoln en Angleterre, les églises de Belegby, Hautechène, Kavendale, Bor- Dol*?gby, Biichelay, Ilabardeby, Beseby, Vuesl-Havendale, et toutes leui'S appartenances ; et à la veslirie dudil monastère, il donna tout son village de Vuest-Ravendale , en présence de Geoffroy, évêque, H., archidiacre de Tréguier, Gelfroy, abbé de Bégard, ordre des Cîteaux, Eudon, abbé de Coétmaloën, ordre des Cîleaux, Ausgole, abbé de la Luzerne, acceptant ledit don confirmé depuis par Edouard, roi d Angleterre, à
Westmontier, le 28 mai, Tan de son règne. Ladite fondation et tous les dons y mentionnés conQrmés par le pape Innocent III, par bulle sous plomb, signée de treize cardinaux, donnée à Saini-Jean-de-Latran le 2 des Ides de novembre, indiction sixième. Tan du salut 1202.