‹ Bibliothèque bretonne, collection de pièces concernant l'ancienne province de BretagneChapitre 18 sur 46 · DÉCOUVERTE · texte numérisé non relu

DÉCOUVERTE

D'une Conslrueliou Galto-Roniaiue.

En défrichant, au mois d'avril 1845^ une partie du liois des Jars, situé dans la commune d<î Sainl-JulicUj à deux lieues au midi de Saint-Brieuc, M. Thierry rencontra une espèce de petit caveau souterrain, construit en briciues et en pieri'es, dont la partie supérieut^ était recouverte dun pavé en caiTeaux médiocres, établis horizontalement. Ce carrelage n'était qu'à quinze centimètres environ au-deswsous du niveau du sol. M, Thierry fit, en conséquence, enlever la couche d'humus qui se trouvait pardessus, pour en connaître Tétendue, et bientôt on reconnut que cet ouvrage se réduisait à un rectangle orienté de Test-nord-est à l>st-sud-ouest, seulement long de (rois

mètres quatre-vingts centimètres, sur un mètre quatre-vingts centimètres de largeur, dimensions prises de dehors en dehors. Une partie de sa couverture, rompue au bout oriental, fit connaître que cette construction avait été déjà fouillée ; mais cela n\avait eu lieu qu'à une époque si reculée, que cette ccHistruclion se trouvait complètement oubliée dans le pays, et d'autant plus que rien ne pouvait en révéler Texistence au dehors-

M. Thierry s'occupa d'en faire déblayer sur-le-champ tout intérieur; et ses ouvriers y travaillèrent avec d'autant plus d'ardeur, qulls s'imaginaient à chaque instant y trouver un trésor!.,. Vain espoir, ce ne fut que de la terre, des pierres et surtout quantité de briques, maïs presque toujours brisées.

Les singularités que présentait cette petite bâtisse, son isolement complet dans une contrée couverte jadis d'une forêt continue et au loin de toute habitation, furent un objet de sur^ prise pour M. Thierry : cei>endant, d'après la quantité de briques qu'elle renfermait et sa proximité de la voie romaine de Corseul àCarhaix, dont elle n'est éloignée que de deux cent cio«|uante pas environ, celui-ci pensa que ce devait être Touvrage des Komains. Cette découverte fut bientôt connue de MM. Habasque, de Garaby, Le Maout; et d après les détails qu'ils m'ont doimés a ce sujet, je me suis empressé d'aller visiter rédifice ; c était le 3 maL

Ne pouvant être mieux l'cîiseigné sur tout ce qui le concernailqueparM. Thierry lui-même, je me suis rendu au château de la Noé qu'il habite, et qui est situé a un petit quart de lieue à l'ouest-nord-ouest du bourg de Saint-Julien. J'ai reçu de lui un accueil qui mérite d'autant plus ma reconnaissance , qu'il m'a conduit lui-même au bois des Jars, quoique distant d'une demi-lieue de son château, et que, sans tous les détails qu'il m'a donnés avec une obligeance infinie, je n'aurais pu

présenter qu*uiie deseaiption iiicoinpièle de la petite consiruolion romaine, vu son état de délëriaralioo.

Le sol dans lequel elle se trouve creusée est plat et un peu incliné au sud-est, vers un bassin spacieux, au fond duquel la petite rivière de F Urne forme une grande courbe pour rejoindre la base de la hauteur de Péran et se jeter ensuite dans la mer, au fond du petit golfe d'Itltiiiac. Tout ve bas-fond devait former un lac dans les temps primitifs, dont le diamètre était de plus d'une lieue. Sans doute en marais encore, du temps des Romains, dans sa partie centrale, le sol s* est successivement amélioré, et de grandes prairies remplacent maintenant ces terrains anciennement inabordables. Le bois des Jars s'incline vers ce bassin du côté de roccîdent. Vainement je promenai mes regards de tous cot€% pour tacber de découvrir les motifs qui avaient déterminé le choix de cette localité pour une telle construction ; il n'y avait pas même la trace du moindre sentier pour y conduire, et Funiforniité de toute cette étendue de terrain ne pouvait faire soupçonner, par son apparence d'un abandon complet depuis les temps les plus reculés, qu*il eût recelé une œuvre s<3rtanl de la main de riiomme. Eniin, les amas de terre, m^'lés de quantité de briques fort diversifiées, qu'on avait extraites de la conMvité, nous en signalèrent la position, et je mempressai d'y arriver. '

Cet ouvrage me surprit d autant plus qu'il ne me présentait point dans sa construction ces formes soignées et s)-métri<jues qui caractérisent ceux des Romains... et pourtant les briques, les tuiles, les fftitîei'es, les gi-nnds carreaux si épais, étaient pa» reils, quant h leur forme, à tous ceux qu'ils avaient Thabilude de conHiclionner et que j'avais rencontrés dans tant d'autres localités, La bâtisse consiste, ainsi que nous l'avons dit précédemment, en un carré long, dont la moitié de sa couverture en plate-formes avait été détruite pour pénétrer dans son iuté*

rieur. Quant à sa construction, elle présente la singularité d'clre formée latéraleiuent de deux murs conlij^us do deux natures différentes; l'intérieur est en briques rouges ordinaires, taudis que Textérieur est (ait avec des pierres granitiques cimentées avec de la t^rre argileuse de la Ux*alité et posées à plat. Ce mur en donijlure a trente-liuit ceutimèti^s (treize [Kiuces d'épaisseur), de même que ['interne, où les briques sont également posées à plat, unilornies et d'une épaisseur médiocre. Je présume que Texlérjeur a été fait pour que les briques, ainsi isolées du sol adjacent, pussent conserver plus longtemps leur chaltmr, i ,

Linlérieur du réduit se trouve divisé transversalement par des demi-cloisons en briques pareilles aux précédentes, dont Je bord interne, coupé obliquement d'une manière surplombante de chaque coté, forme une grande ouverture centrale en

ive, large d'un mètre inférieurement eî tronquée à son soraîet par le dessus de la plale-formc. Toutes les briques de ces cloisons^ étant inclinées de rarrière en avant, se présentent cx^mnie les claveaux d'une voûte* Les cloisons étaient au nombre de cinq de chaque coté, mais i) nen reste plus que trois : elles sont à trente-cin<( centimètres (treize pouces) de distance les unes des autres, épaisses de vingt-cinq centimètres (neuf pouces) sur une hauteur d'un mètre environ.

Le mur qui fait la clôture de ce caveau du coté de Foccident nous présente, dans sa partie centrale, UUQ espèce de niche également ogivée, haute de cinquante centimètres (dix-huit pouces) et large de trente-six centimètres (treize pouces et derai), qui descend juscju^au niveau du sol. Peut-t*tre était-ce une ouverture traversant toute l'épaisseur du mur de briques et qu*auraient bouchée les terres amoncelées ensuite extérieuretnenl? J ai oublié de m'en assurer.

Le fond de ce caveau, au lieu d'être horizontal, s'incline vers

Test, en formant une pente de seize centimètres (six pouces). Lorsqu'oo enleva son carrelage^ composé de briques ordinaires Itcssero), M* Thierry rencontra une série de pierre» plates en granit et grossièrement taillées^ qui recouvi'aient un canal central allant d'un bout à l'autre de la bâlisse. Ce canal était bordé de pierres de la nature des précédentes, mais épaisses de treize cenlimètres (cinq pouces). Nous ne devons pas omettre que le fond du caveau se trouvait couvert dans toute son étendue d'une espèce de ciment noiràlre et comme scorilié par le feu, épais de trois cenlimètres (un pouce) el très uni à sa superficie.

Le caveau était recouvert en totalité par une plate-forme en briques un peu convexe en dessus, mais plus bombée en dessous ; il reste maintenant a peine la moitié de sa longueur. En examinant sa comjKisition intérieure, j'ai reconnu sur-le^ champ trois espèces difîérentes d'appareils; sa partie inférieure constitue un plafond fait avec des briques (laterculi), placées à plat, bout à bout, de manière à fermer par une courbe la troncature de rogive. Ces briques ne se trouvent que sur un seul rang au milieu de la construction, mais elles sont doublées sur lescùtés. La partie centrale de ce plancher, au lieu d'avoir ses briques a plat, comme les précédentes, nous les présente , an contraire, placées verticalement les unes contre les autres dans toute la longueur du caveau. Enfîn^ celles-ci sont recouvertes par un carrelage qui forme le pavé supérieur. Au bout oriental du parallélogramme se trouvait une pieri-e taillée en rond, placée dans chaque angle, selon M. Thierry.

Telle est la structure de cette petite bâtisse : je Tai décrite de la manière la plus complète qu'il m'a été possible, afin qu'en la méditant on [iiit découvrir le but de sa construction.

En voyant la pâte de toutes les briques de ses cloisons vitrifiée, et la terre argileuse qui cimente celles des murs latéraux rougie de toutes parts par le feu , nous devons y reconnaître

uiio action de celui-ci plus prolongée que par un incendie momentané : nous en aurons encore une nouvelle preuve par la couche du ciment qui recouvre son pavé, passée elle-même à 1 état de vitrification.

Si nous considérons ensuite la diversité des briques dont on renconire les morceaux parmi les dccornl>res, et parmi lesquels nous reconnaissons les grands carreaux (latercs), épais de sept cenliinetres (deux pouces neuf lignes), d'autres carreaux moitié moins épais, des briques à crochet (tegulae hamaliie) ('), des tuiles planes et d'autres plus ou moins recourbées, qui sont des faîtières (imbrices), enfin des carreaux (tesscra) pour les pavés, nous ne pourrons retirer de ces produits nul autre indice plus vraiscMublable que c'était ici un four à briques, parce que Ton n'eût apporté simplement que des luteres, lalercuH et des tessero, les seules espèces qni pouvaient être employées dans sa construction.

Une chose qui ma surtout frap[>é dans ces briques et carreaux, c*esl la grossièreté de leur pâte exlrêmement graveleuse* leur crochet qui est Ibrtné comme par les ouvriers des siècles de barbarie, enfin leur coupe, jointe à un aplanissement moins parfait, principalement les tuiles. Comme ce ne fut qu'a partir du règne de Gallien, jusqu'aux septième et huitième siècles, qu*on les fit entrer dans la construction des édifices, la petite bâtisse qui nous occupe ne remonterait j>eutêlre qu'tiux septième et huitième siècles, par la rusticité de ses produits. Nous n omettons pas de faire remarquer à ce sujet

(*) J*ai remarqué parmi ces sortes de briques qu*n y en avait une grande quantilé dont la pfile,au lieu d'être rouge comme de coulumet se trouvai! d'un brun violacé ei le rubord oblique de rarrière en avant 9 en même lemps que moiitô moins élevé. Je n'en connais paa encore d'autres exemples.

que rélat de ces briques est identique, sous tous les rapports, avec celles (pii se rencontrent éparses parmi les débris de la tour de Cessou et des forliiications du voisinage.

Quant au petit canal pratiqué sous le pavé qui fait le fond du caveau, il avait sans doute pour objet de servir à Técoulement des eaux d'jutilUatioit, afin que le pavé qui formait le fond du four se maintint constamment dans un état de sécheresse parfaite : ce ne pouvait être encore que pour le même motif qu'on avait donné à son pavé Tinclinaison que nous avons men lion née.

D'après tout ce qui précède, notre opinion que c'était ici un four à briques et poterie grossière est conlirmée de reclief par r usage qu*on a conservé jusqu'à présent dans la commune de Pahu, à trois kilomètres de Guingamp, de partager de la même manière Tintérjeur des fours h poterie, afin que les cloisons, en soutenant les diverses pièces durant la cuisson, celle-ci ne pussent se déformer en s appuyant ou en retombant les unes sur les autres. Nous devons signaler [>eut-ètre encore cfue cette construction s* aligne sur le camp de Péran, sftué à une demi-lieue de distance. B. De la Pîlme,

VOIE ROMAIÎVE,

Venant de Corsenl et d'Erpy, et se rendant à Carhaix.

J'ai suivi celle-ci, pour me rendre du four à briques que nous venons de décrire à la forteresse de Péran, sur une demilieue de longueur. Comme on va la rétablir en chemin de grande communication, M. Gaignoux, architecte et îngénieurvnyer du département, venait de la faire bouleverser de fond

en comble, pour en extraire les pierres de son assise inférieure (^Iratunien)^ afin qu'en les brisaut on put en ferrer la nouvelle roule. Quelques tranches latérales de rancienac m'en ayant mis à découvert la sti*ucture intérieure, j'ai reconnu que celleci n'était composée que du slralumen* recouvert [>ar un lit d argile très compacte, mêlée de graviers et de quantité de fort petites pierres. Par conséquent, les blocages de la partie centrale des routes normales, nommés rudus et uucleus« se trouvaient confondus ici, et ce lit venait en même temps former, par la partie supérieure de la chaussée^ le summa crusUi ou couche superllcielle.

Comme celle voie ne présentait que deux au lieu des quatre stratifications des voies romaines faites avec soin, elle ne pouvait appartenir qu'à la classe des TranUles, lesquels étaient surtout destinés aux convois militaires et à la marche des troupes.

La largeur moyenne de cette Toîe aurait été, selon M. Gaigaoox, de dix à douze mètres ; mais dans toute la longueur oft je Tai suivie^ elle n'en avait que sept et quelquefois moins, par Teffet des empiétements latéraux. Elle se rend a Carhaix, en passant par les communes de Plédran, Saint-Julien, Saint- Brandan, entre Lanfains et Saint-Bihy, entre Canihuel et Corlay, au nord et près de Plounevez-Quintin, prés de Kergrist, do côlé sud, enfin à ih u <Ir distance de Maël-Carhaix et de là àCarhaix.

n est à remarquer que les paysans ne l'appellent que le chemin des Romains ou le chemin d^Ohès, ayant travesti par ce dernier nom celui d'Ahès, heod-ahès, que porte son prolongement depuis Carhaix jusqu'à la pointe de ComouaiUe ; c'est là qu'il se termine, en face de rtle de Sein, Notre chemin d'Ohès aurait, selon AI. Gaignoux^ jusqu'à vingt-quatre mètres de laideur dans les landes qui sont au nord de Maél-Carhaix.

Selon cet ingénieur, le stratumen, toujours composé de grosses pierres^ même quelquefois fort volumineuses, aurait trente-cinq à quarante centimètres d'épaisseur, le lit de pierrailles établit par dessus vingt a trente centimètres. Gelui^-ci constitue a lui seul le reste de la chaussée ; mais quand il est usé par l'effet de la fréquentation et des eaux pluviales, les grosses pierres du stratumeu rendent ces routes impraticables.

Nous devons à M. Gaignoux une remarque qui peut être fort utile aux ingénieui^-voyers : c'est que, quand la voie romaine devait traverser un sol marécageux sans'solidité, on avait soin d'étendre sur celui-ci, pour le pavimenlum ou point d*appui du stralumen, un lit de sable^ tel que par exemple dans la vallée de Kergrist et dans les autres marais qu'on rencontre en se rendant de Saint-Nicolas à Carhaix. J'avais aussi fait cette remarque en 1824, près de Sainte-Anne-d'Auray, sur la voie qui se rend de Vannes à Sulini, dont je voulais connaître l'épaisseur des stratifications : la baguette de fer que j'enfonçai dans sa chaussée ne la traversa que très difficilement, tant elle était endurcie ; mais, dès que je fus arrivé au sol sur lequel elle était étendue, cette baguette y entra aussi facilement que dans du beurre. La voie se trouvait alors en quelque sorte compaiable à une espèce de pont* B. De la Ptlme.

Indicatiou de Monuments.

Divers cultivateurs, qui écaieul venus causer avec moi pendant que je prenais mes notes sur la forteresse de Péran» m*ont indiqué dans la commune de Plédran :

10 Un meuhiTi haut de quatre mètres, érigé au bas de h

mm^

rajbtne de ia Touche, au bord d uu ruisseau, dans un terrain fdat et marécageux;

2** Un cromelec'h de forme ovale, à la métairie de la Touche- But, au midi du bourg ;

3** Un dolmen au nord de celui-ci, sur une hauteur, près de la métairie Cadio, et qu'il m*ont nommé dolmen de Cadio;

4^ Un autre dolmen du côté du sud-ouest, près du ruisseau de FrocaSj vei-s son origine, dans les collines qu'ils appellent les Côtes du Saule ;

5° Il y aurait encore, selon eux, dans les environs, une roche [ taillée en forme de chaise ou de fauteuil. B, De la Pylaib-

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