DINAN
Aspect général de la ville et des environs.
€e panorama sîjriche, îl ne faut pas le chercher sur un point unique; il s'offre^' devant vous à chaque pas, tantôt dans son ensemble, tantôt par partie, tantôt dans^un lointain bleuâtre, se décomposant -en relief avec ses moindres détails, selon les accidents de lumière.
De quelque tîôté que la vue se porte autour de la ville,' ce sont des sites ravissants^^ ici, graves, solitaires et reposés^; ici, pleins de grâce et de fraîcheiir ; ici, pleins dfe vie et de mouTement; au loin, imposants et sublimes.
Pôrtfez vos pas vers le Mont- Parnasse, c'est là qpue l'homme aui&grandB rêves se berce dans une protende admiration; c'est là que le poète vient puiser des idëes sublimes. 6e lieu, sans contredît, est le plus magnifique point de vue de tontes ces contrées-; la nature- semblé arvoir prodigué à ce petit coin de terw tous les^tréisors^de ses éternelles beautés, et tes souvenir» historiques que rappelle un instant le panorama qui se dérônte sous les- yeux, comme un bas-relief immense, viennent encore jeter un nouveau coloris sur ce tabteau nwgnifiqne. Là s'étalent à la vue d'ombreux et verdoyants coteanx, qui encaissent de riantes prairies que baignent les eaux de:la Rance; là
sont des cascades et des moulins ; plus liaul, sur le versant opposé, est cette élégante et coquette habitation de BeauvaiSj dont rarchilectore nous rappelle le beau ciel deNaples; sur votre droite apparaissent quelques ruines que vous distinguez a peine à travers la foret de châtaigniers qui les couvrç de son ombre, ce sont les vieilles tours du château île Léhon, dont quelquesunes sont encore debout comme des sentinelles oubliées des siècles qui ne sont plus; c'est là qu'au temps de la cotte de mailles et de la lance, se rassemblaient, à Tappel de leur rude suzerain, ces hommes de forte race, ces durs vassaux, Lardés de fer, qui devaient terrasser renne mi le plus farouche. Au pied de ces ruines, encore palpitantes de leur gloire du passé; ► vous remarquerez le modeste et antitjuc bourg de Lélion, dont vous distinguez la lleche ardoisée, qui s élance, sans caractère et vSans grâce, sur une pauvre et frêle église dépourvue de tous les dons de Tart, et qui semble honteuse de survivre à sa voisine, dont les ruines vastes et paissantes l'humilient toujours- Ce temple délabré, qui gît à Coté, est rancienne église du prieuré de Saint-Miigloire, qui fut bâtie dans les beaux jours de larchitecture chrétienne, a lepoque où Togive élancée vint s'enter sur le cintre.
Il est impossible de se défendre d'un profond sentiment d*cmotion, quand on pénètre dans cette église par une porte latérale, obstruée par des rooces et des débris de st-ulpture, à travers les restes d'architecture des deux époques du monument, vestiges romans, vestiges gothiques ; une puissante végétation r-est fait jour, de jeunes ormes élèvent leurs tètes verdoyantes r les nmrs et cherchent à former un toit naturel au temple ulé; rien de gracieux comme cette aUian<e de la nature aTCc les ruines; de jeunes arbustes croissent, dans les interstices des pierres, leurs racines puisent la vie dans de vieux tombeaux ; des lierres grimpent et enlacent logive et les pleins-
Karl
cintres, et forment ainsi des guirlandes d*un effet délicieia ; le lierre, en s'attachant à ces raines avec amour, les défend <xmtre les assauts des yents et rintemjpérie destructive des saisons, en leur faisant un manteau de son feuillage et de ses inncnni^ brables réseaux. Enfin, la nature semble, par ses caprioes inimitables, faire tous ses efforts pour orner ce temple du Seigneur que les hommes ont proscrit.
Une petite porte basse que vous voyez sur la droite conduit au caveau où gisaient ancienneiAeht lés cendres des desoen-* dants du héros de la bataille des Trente. A c6té de l'église sont les bâtiments du prieuré, naguère pstisible demeure des ces utiles Bénédictins, véritables manœuvres des sciences historiques, dont les précieux travaux, fruits pénibles d'une patience infatigable, épouvantent nos modernes écrivaiià. Au fond de cette retraite inaccessible aux bruits du monde, Tàme ne pouvait être dominée que par des pensées graves et sévères comme les rochers qu'on a sous les yeux.
Au-delà, en remontant le cours de la Rance, vous découvrez des deux côtés une chaîne de verdoyantes collines qui vont s'abaissant peu à peu, jusqu'à ce que la dernière ondulation aille se perdre dans l'horizon ; à gauche, sur la crête du rocher, se voit une modeste campanille : c'est l'ancien prieuré de Saint-Jacques, aujourd'hui église de Tressaint; à droite, sur le penchant d'un coteau, à travers les échappées d'un groupe d'arbre aux vigouneux rameaux, apparaît le joli manoir du Chêne-Ferron, et sur la même li^e les charmantes maisons de campagne de Forêtrie ; la Nourais et l'Echapt contribuent aussi à embellir ce beau point de vue.
Dirigez-vous maintenant vers cette haute colline qui garde
. Dinan des vents de l'ouest ; là vous respirez un air pur et salu-
bre ; de cette immense perspective apparaissent au milieu des
campagnes les flèches ardoisées des églises :>rien ne relève
mieux la grâce n«iturelle de ces magnitiques (paysages que ces humbles (eiiiples champêtres.
Ce groupe de toils qui se dessine avec peine dans le lointain* c est Bécherel, la jeune sœur de Dinau, qui, au temps des chevaliei^s, avait aussi sa cuirasse de remparts; sur la gaucho de Bwherel, ce point Idanc que Tœil remarque au-dessus du feuillage des arbres, c'est le château de Mouimurau : cest li que le grand capitaine de la 31ûlle-Brooii$ fut fait chevalier
EJireton. Abandonnez un instant cette ¥ue lointaine, pour lixer votre attention sur les lieux qui vous envii'onuent ; tout près de vous est cet établissement monumental des Bas-Foins ; c'est là que viennent chercher le repos et le calme ces hommes dont lé moral a fléchi sous les im|)ressions des vicissitudes humaine; cest la qu'ils éprouvent un doux soulagemenl, qui leur Ïst prodigué par la main bienfaisanle des frères de Saint-Jeanle-Dieu, tout dévoués pour l'œuvre pénible qu'ils ont entre- >rise.
Au-delà, c*cst le Saint-Esprit ; regardez bien ce joli village, î gracieusement assis sur le coteau qui étale devant vous ses rais ombrages et ses ruisseaux murmurants ; derrière ces arires et ces maisonnettes , au milieu de ce paysage riant et champêtre, se cache une ruine du temps passé, et cette ruine éloquente et sérieuse, c'est une croix de pierre, chef-d'œuvre délégancc et de délicatesse, sur lequel Tart de tailler la pierre mble avoix' épuisé ses raffinements les plus exquis.
Pour jouir d'un tableau encore plus sublime, portez-vous sur la hauteur des Charrières; tourné vers la ville, fixez d'un œil atlentif les dernières limites de l'horizon, et vous découvrez, dans ce vaste lointain, une masse noirâtre qui se dessine faiblement sous un ciel incertaxji ; c'est le mont Saint-Michel, ce
[)cher gigantesque^ cette merveille des côtes de la Manche»"
ui renferme tant de souvenirs du |)assé.
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Tout en contemplant Fadmirable point de vue qui fuit devant vous, n'oubliez pas cette humble chapelle qui est à vos pieds ; il faudrait voir, au jour de la fête Sainte-Anne^ ces processions de pèlerins qui viennent de tous les coins du pays y offrir leurs vœux à la mère de la Vierge.
Traversez à présent les riantes collines dU|PoulichQt et de la Vallée-Douce : vous vous rendez à la Garaye, lieu si riche en souvenirs historiques ; vous apercevez maintenant les ruinœ du château , qui portent encore de belles traces dep'art splendide du passé; il est devant vous, ce manoir célèbre dans la légende naïve que se transmet fidèlement le peuple des campagnes, pendant les loisirs de la veillée, alors que le vent pleure dans les ruines et que le cri de la chouette se mêle au bruissement de la feuille des arbres.
Voyez quel aspect saisissant et rêveur, quel trésor pour le poète et le peintre, paysage complet et magnifique dans son imposante désolation ! Je ne sais quel parfum de mélancolique poésie s'échappe du milieu de ces monceaux de débris et de ces pierres qui gisent éparses dans les hautes herbes et les^ ronces; le regard se promène avec une sorte de volupté mystérieuse le long de ces ruines que recouvre le lierre de son manteau de verdure et que décore la fleur des|champs.
Il y a aujourd'hui un siècle que ce lieu triste et silencieux était plein de vie et de mouvement : c'était la demeure du dernier c(Hnte de la Garaye, qui a rendu son nom immortel par sa bienfaisance;
De ce lieu, vous n'avez que deux pas à faire pour vous rendre à la Conninais; vous verrez avec plaisir ce joli casteF agréablement posé près d'une belle pièce d'eau, sur la pente d'une vallée délicieuse.
Continuez vos pas à travers ces verdoyantes prairies qui se déploient devant vous : vous avez, à droite et à gauche, de ra-
vissaots cliàteaux couverts de hoîs, qui laissent apercevoir par inteiTalle quelques rochers que les siècles, en passant sur leur lèle, n ont pu endommager.
Vous laissez à gauche la Pasquenais, celte charmante habitalion qui s'élève à l'ombre de frais bosquets au Ibnd d'un vallon que parcourent les eaux de la petite rivière d'Argantel, et qui va un peu plus loin se briser en cascades.
Enfiii, vous arrivez dans une étroite et profonde vallée que dominent de riants et gracieux coteaux : c'est ici la fontaine des eaux minérales; vous êtes dans cette vallée tant chantée ^ par nos jeunes poètes et qui fait Tadmiration des étrangers et les délices des promeneurs dans les beaux jours dété ; rien da las suave aussi que ces frais ombrages où l'on respire tout h la fois Todeur du lilas et du jasmin, du thym et du serpolet.
Gravissez le coteau de Saint-Vallay : là, au milieu d'un déicicux nid de verdure, s élève avec grâce une belle maison de ^campagne d'où la vue s'étend sur un de ces riches paysages que Ton rencontre presque à chaque pas dans les alentours. Non loin de cette habitation se trouvait une i^elile chapelle de Saint-Vallay ; mais , depuis de longues années, le temps la renversée, et il ne reste plus d'elle qu'une tradition confuse*
Dirigez-vous vers le bourg de Taden, dont vous voyez la liéche ardoisée qui s'élance, svelte et gracieuse^ au-dessus des plus hauts arbres; entrez dans le cimetière, et, dans ce champ de repos, vous remarquerez une grille de fer qui renferme deux pierres tombales, sur lesquelles vous lisez ces deux mots ^mqtie h* temps no peut elfacer : Humanité et btenfaisaitce. C'est ^■si que reposent le dernier comte de la Garaye et sa digne com-
Descendez ensuite à la croix de Taden : là vous vous trouve^ rez on face d'une vaste plaine d'eau que le tlux de la mer grossit deux fois le jour. Qui pourrait nous dire que dans les prc-
miers âges de noire ère, une Ûotille roniaine ne soit pas venue jeter l'ancre dans ces lieux? car vous avez entendu dire, sans doute, que sur quelque point du globe où les envoyés de la M ville éternelle, ces vainqueurs du monde, fissent une halte, ils laissaient une empreinte qui devait durer des siècles. Eh bien! vous avez ici, sur votre droite, des traces et des preuves ^ de leur passage : sous ce sol que fertilise tous les ans la charrue ■ sont cachées de vastes ruines TOmaiives, où vous remarquez le ciment qui lie la tuile avec la pierre, et nous croyons découvrir dans ces ruines un établissement thermal.
Avant de quitter ce lieu, jetez un dernier regard sur celte belle plaine où vous voyez une quantité de petits bateaux qui se balancent à la moindre ride des eaux ; ici, près la muraille de rCEuvre, c est une barque chargée de sel pour Dînan; un peu plus loin, c'est un chasse-marée chargé de blé, qui descend la Rance pour aller prendre les eaux de la Manche ; voua regar- M dez d\m air ravi ces longs panaches de fumée que la brise ma- i rine carde en llocons légers,'et la rivière qui ouvre ses eaux en frémissant : c'est lé bateau à vapeur la Ville-de-DînaD , qui part ponr Saint-Malo. Tout en suivant ce sentier sinueux, vous ■ arrivez vers la Corburé; vous avez, en face de vous, ce magnifique coteau de Landelioufou , où est blouîe, comme un nid d'hirondelle, la jolie habitation de Grillemont qui fait le pendant de rélégant pavillon de la Menardais. Au pied de cette immense carrière où Ton extrait le granit, sur la rive droite, vous distinguez les ruines d'une chapelle qui, suivant une tradition du pays, dépendait autrefois dun petit ermitage situé sur la roche voisine ; dans cette frêle chapelle étaient un autel et une statuette de Notre-Dame de Bon-Secours ; là, anciexinement, le marin, au retour d'un voyage périlleux, venait accomplir un voeu ; une femme demander le retour duii mari en mer; une mère prier pour les jours de son fils ;
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vue Ilicu qui semé Ia leiii||c'fc Au3c sillons ites (lois écnmcux.
Toujours eteudG aur là tête Uû ciel ausgî bleu quotcfl 70111 •
Liini|tcm|)s j^AÎ vu partir ton pire, Lonuflemps fui lïétii boo relaar; Put8« un jour, il quitta la terre*. *«. Ou m Appria U Teuve^ mo joiift^,i>à« *
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Ce Heu de pèlerinage a bien changé; lo temps, plus lori que les hommes, s est emparé de ce modeste temple, et en fait chaque jour sa proie.
Tout en vous rendant vers le pont de Dinan, vous découvrez la ville qui s*élève majestueusement sur son vieux rcicher. Quel magnifique panorama ! qu'elle est belle et grandiose celte première vue de Dinan qui se présente à vousl Et cette construction gigantesque qui grandit avec tant de grâce et de légèreté au milieu de. ce profond vallon, ce superbe viaduc qui bientût doit unir les deux coteaux de la lUnce !
Ne vous arrêtez cependant pas encore, si vous désirez voir un tableau plus étendu, d'un dessin et d*un ensemble plus complets. Gravissez les hautes collines qui dominent la rive droite de la Rance, laissant à votre gauche ce jeune clocher qui semble fuir le vieux bourg de Lanvaltay. JDe là, assis sur un vert gazon, à l'ombre dun buisson d'églaûliers et de chèvrefeuille^ et respirant un air pur et frais, vous contemplez à r;iise^ dans ses grandes proportions comme dans ses moindres détails, ce i>oint de vue sublime* ce paysage varié à l'infini et d*iiae décoration mystérieuse de la nature^ dont les caprices
îflent r imagination la plus vagabonde.
Au pied de ces collines, c'est la Kance qui, au milieu de riantes prairies, roule avec lenteur ses eaux jaunâtres vers les
bords de l'océan ; au-delà, c'est* le coteau sous la ville, couvert d'arbres presque toujours verts, où sont coquettement assises de gentilles maisonnettes encore revêtues de la parure de leurs premiers ans, et qui contrastent à merveille, au milieu de ces rochers grisâtres, dont le ifront sec et aride se fait jour à travers un épais feuillage ; plus haut, l'on découvre de nombreuses tours adossées aux vieilles murailles de la ville, qui cachent sous de longues nappes de lierre leurs laides et profondes cicatrices de leur passé plein de luttes et de périls; au-dessus, de jolis jardins, couronnés de massifs d'arbres fleufis, laissent apercevoir ces groupes de vieilles maisons qui, avec leurs noires murailles et leurs toits affaissés, semblent s'humilier devant ces magnifiques clochers qui s'élancent avec fierté dans les airs, et qui complètent le coup-d'œil le plus gracieux.
Maintenant que vous entrez en ville, que vous reste-t-il encore à voir? deux beaux teçiples, admirables à l'extérieur, graves, imposants et sublimes dans le sanctuaire !
De belles promenades, de délicieux boulevards où l'on respire un air doux et frais. Venez voir un instant cette promenade charmante de la muraille Saint-Sauveur; de cette vieille tour qui e^h l-eltrémité, vous découvrez le plus beau point de vue que l'on puisse voir : d'ici; l'œil s'incline à une profondeur de plus de 80 mètres, sur les quartiers du Pont et de la Magde- laine, qui apparaissent là comme une autre ville tout-à-coup créée par enchantement sous le regard de l'admirateur; et l'œil, sans se lasser, se promène avec ravissement sur les magnifiques coteaux qui bordent la Rance, et dans le lointain, sur de riches et fertiles campagnes.
Quant à l'intérieur, la ville ne présente point dans ses édifices, conune beaucoup d'autres villes, cet aspect du grandiose moderne , où se déploient le luxe et les richesses de l'art ; on n'y voit point ces larges rues avec trottoirs , où s'élèvent de
hautes el maguifiques maisous : ce sout tout boiinemeat deA rue» i^troiles el tortueuses, où sont alignées tant bien cjue mal, l'ouimn do vieux soldats mutiles, des maisons de bois, la plupari avec poiTlies, ronlrefaites, abaissées, diiïormes, au milieu des4|uelles apparaissent par instant quelrjues façades récrépies; toutes ces construeiious se rai tachent au moyen âge, et cependant, malgi^ toute leur ditrormité, elles ont un aspect intéressant et agréable aux yeux de Tainateur, non pas qu elles se distinguent par aucun caractère qui étale l élégance et la richesse, mais Tensemble est si majestueux et si imposant, et la position tellement accidentée, que chatjue rue, prise en plusieurs sens, présente autant de tableaux dignes du pinceau de Tartiste. > Mauéo.
{Extraii de rindicatcur Dinannais )
LE PUISOI\i\IEU
De la Tour de Cesson ,
EplstMle de la guerre de la Hncc«ssion en Bretagne.
Au sein de la CornouaiUe-Cisraariuo, remplie dépaisses Ibréls, de verdoyantes prairies et de monts couverts de bruyère, une branche puissante de lanciennc dynastie des Bretons fiossétlait dix-sept vastes seigneuries; c'était la maison de Plusquellec. L'histoire signale plusieurs de ses membres, illustres dans les administi'ations, illustres dans les combats. 11 en est uû dont lexistencCy presque séculaire et toute aventureuse, incrîte une mention spéciale. Cest le cheralier Maurice, qui avait f»ui$é, et dans sa naissance^ et dans »oji cdilculion> la
liaiiie des Montfort, encore p!tis tics Anglais ^ leurs soulicns intéressés.
Aloi's, rAriooriquo était partagée en deiix camps ; celui des Penthîèvre avait loule la prédilection de Maurice. Dès 1373, malgré sa jerniesso^ il commandait des places : on le trouve à la tète des garnisons bretonnes, avec son oncle, Maurice de Tronguîdi, et Olivier de Mauny. Ces braves se prononcèrent pour les enfants de Charles de Blois, et; à lexeniple des goa- ■ verneurs de Rennes, Jugon, Broons et Saint-Malo, ils remirent ^Tinleniîic et Dinan aux Français, amis du parti national. Ils firent j>lus : ils prirent, avec leurs guerriei-s, un service actif sous les ordres du duc de BoUrbon, général en chef des forces françaises entrées en Bretagne; et promenèrent !a victoire dans une foule de plices, jusqu'en celle de Brest, assise à Textrémité de la terre, comme un voyageur au bout de sa course.
Le père conuuun des fidèles, affligé de voir tant de peuples prodiguer leur saug pour deux familles rivales, fit conclurej le 27 juin 1374, une paix de quarante ans entre la France, TAnglelerre et leurs alliés. Mais bientôt, le roi de France voulut attenter aux franchises de la Bretagne ; Tamour sacré de la m lj|>âtrie excita tous les Bretons à se lever, comme un seul hom- ^ me, et a se rallier au comte de Montfort. Il rentra en triomphe, La sécurité rendue à la Bretagne laissa ses fils poiler leur épée i sur d'autres points, ■
Après la défaite d'Azincourt, 1*15, le généreux Maurice, touché des maux de la France, fut un des nobles cœurs qui m reprirent les armes, tant pour la garde de la personne de son Toi et celle du dauphin, que pour la sûreté de Paris* Il voulait reconnaître les services rendus aux Penthièvre. Ces princes prirent bientôt une mesure audacieuse contre les Montfort, leurs vainqueurs ; ils s'emparèrent du duc et ne le rendirent que pour éviter un soulèvement universel qui les eût anéantis.
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Maurice sembla lui-mènie parlager riadigiiaLiou gciiërale ; et pour être plus siirenient utile à ses anciens maîtres, il entra ouverlemeut dans la ligue des 144 seigacurs» qui voulaient ^punir les Penlhièvre et les dépouiller de tous leurs l>iens eu Bn*taguc. Ils présentèrent leur acte d'union vie 16octobro 1420^ au duc Jean, qui le ratiiia et fit sermeut de ne jamais abandonner les coniedérés ni leurs deseeudanis. truand Maurice s aperçut qu'on devinait ses vues, il courut rejoindre les ennemis des Monlfort. Son arrivée à la Rocheile fol fotée comme une victoire. U voulut de suite prouver 4)ue son dévouement n'était pas stérile. Il ai^ma quelques vaisseaux; et, elief d'escadre impravisé, il se mit à la poursuite des sujets du prince qui occupait le trône de la Bretagne. Il leur prit plusieui*s navires marchands, qu'il rencontra eu pleine mer; il alla jusque dans les ports et dans les havres en culever d'autres, et laissa les populations étonnées de tant d'audace. Le Iruit de ses prises servait à l'entretien de ses équipages et à la solde des troupes,
1 Des ordres furent donnés, pour s'emparer a tout prix d*un homme si redoutable. Longtemps les recherches et les attaques fiireni inutiles. Enfin, les prescriptions du procui'eur général de Bretagne eurent leur effet. Maurice fut surpris à terre, quand il s'y attendait le moins. On enchaîna ce lion lerrible, •et on se bâta de le mettre en lieu de sûix^ié. La nouvelle de son aiTestation se répandit ; on se rassemblait pour le voir au pas- , et sou aspect eflraj'ait encore. Près de Saint-Brieuc, sur a promontoire, entre deux bras de mer, s'élevait Tiniposante ladelle de Cesson, dont les murailles épaisses étaient si bien îmenlées, que le tout semblait un bloc de granit. Ce fut dans rocher qu'on renferma le Ibudre de guerre. Qui nous dira 11$ les mystères de cette antique lour, dont les restes défient encore le temps? On sait que là était une forte garnison, soils le coiumaudement d'un g<;tttveruour chobi entre ks plus ha-
— Mobiles et les plus fidèles iîerviteurs du souverain ; là étaient des prisons, des cachots, dés souterrains; on y a trouvé des débris ^de machines pour attacher]les captifs, de manière à ôter tonte idée de fuite.
On était sûr que le fléau des Anglais et des Montfort, contre lequel toutes les précautions étaient employées, attendrait là son jugement. Dans l'enceinte même du fort étaient les instruments de la question et du dernier supplice; làajossi un cimetière recevait les patients, i
Le procès dt} grand prisonnier d'état fut aussitôt commencé; le zèle des amis du duc éclatait dans Factivité des procédures. L'accusé va comparaître.
Quel ne fut pas Fétonnement des ministres de la justice, quand ils trouvèrent lés portes de chêne bardées dé fer entreouvertes. L'adroit et vigoureux Maurice les avait forcées, dans son désespoir. On multiplie les poursuites dans toute la. province. Il en est déjà loin, sans]jdoute secopdé par des partisans secrets de la même cause. . . , ^ .
Le duc, irrité d'une évasion si surprenante et si périlleuse pour lui, s'en vengea par l'imiuéidiate confiscation de tous ies meubles et immeubles du fugitif, et les donna à son écuyerd'écurie, à Charles de Lesçaufi*^ sieur du Dréor, des Vaux^ Bicnassis et Péliueuc. .
L'exil est un atfreux supplice^:: Maurice désira revoir sa patrie. Mais comment apaiser le duc? Une puissante médiatibn s'offrit, pour y parvenir. Le .duc de Richemont eut recours aux prières et fut enfin exaucé.; Le duc, fléctû au souvenir des ser-i vices que les ancêtres de.Maurice avaient rendus à l'état^ per^ mit sa rentrée, mais à conditioiiL qu'il composerait avec le v^et enrichi pour le retrait de ses biens.
Maurice ne tint compte que de son rappel, et se montra aussi franchement pour Je fnint^qii'Htfvait été- eutièr^neot «antre
lui. Il wnquit iellemenl la confiance de la cour de Bretagne, qu en 1 i37 il fut chargé par Jean V, avec Tarchidiacre de Léon, Alain de Rouzeré, de négocier une haute et intime alliance, le mariage du prince Gilles avec Isabelle, fdle puînée de Jacques I*^^, roi d'Ecosse. Si des entraves n'avaient pas arrêté cette UDion, Cilles ne serait pas mort victime de son propre frère; la famille ne fût peut-être pas tombée en quenouille; les destins de la Bretagne eussent été différents. Maurice, rentré sous le toit de ses pères, y finit ses jours en paix. (V. Dom Maurice,* Nist. de Bretagne.) Be GiiHAfiv.