‹ Bibliothèque bretonne, collection de pièces concernant l'ancienne province de BretagneChapitre 3 sur 46 · PRÈS GUINGAMP · texte numérisé non relu

PRÈS GUINGAMP

Si vous aimez, en architecture, le beau, le hardi, avec quel- (ine mélange de bizarre, ornant un sîte délicieux, qu'embellissent encore des souvenirs de toils les âges, allez, par une belle malinoe, visiter 1 église de Grâces^ près Guingamp.

Allez vite, pour trouver entière la dernière des aigrettes qui couronnaient le faite de ses chapelles ; allez, avant que le temps n'ai» enlevé ses quatre clochetons festonnés, au colonnettes lé-

gères, sur lesquelles ils paraissent soutenus par les seules lois delëquilibre. Bientôt, d'ailleurs, le clocher principal qui apparaît si gracieusement au milieu des autres, comme une mère au milieu de sa jeune famille, aura perdu les restes de sa croix de fer ; déjà, il incline visiblement sa tète élégante , battue par tant d'orages.

Noire-Dame de Grâces est un monument du 16* siècle. Commencé en 1 506, il fut terminé en 1 521 . Il est dû en grande partie à la munificence de Guy, comte de Guingamp, (ils do Jean III duc de Bretagne. — Il fut d'abord une chapelle dédiée a la Vierçe,.qui reçut le dépôt d'une portion de la Vraie-Croix, et devint, dès son origine, le but d'un nombreux pèlerinage. Enrichi par les dons des seigneui*s et les offrandes des pèlerins, il avait une magnifique et nombreuse argenterie, un jeu de quatre cloches, rares pour la beauté et le son.

En 1 6. ., il fut donné aux Cordeliers de Guingamp, don t lecouvent avait été détruit dans les guerres dernières ; il devint, leur église conventuelle et l'orgueil de l'ordre de Saint-François. Ces religieux y apporlèrent avec eux le corps de Charles de Blois, tué à la Bataille d'Auray, le 29 septembre 136t, dont les restes y reposent encore aujourd'hui.

Comme les autres monuments religieux, il perdit beaucoup dans les orages de. la révolution ; et, lors(ju'à la voix d'un grand homme, l'ordre et la paix succédèrent à une longue tourmente, et que l'église de France se releva de ses sanglants débris, il devint, sous le seul nom de Grâces, le chef-lieu d'une commune nouvelle, formée de l'ancienne paroisse de Saint» Michel-lez-Guingamp et de quelques parties détachées de Plouisy.

n est placé sur le versant occidental du bassin du Trieux , à peu près à la moitié de sa hauteur, à une demie lieue et à une grande élévation au-dessus de Guingamp qui baigne ses pieds

dans cette rivière. Des bords du Trieiix, celle ville s*élëveen amphithéâtre avec le versant oriental du même bassin et sem-» ble poser avec complaisance et pour se laisser admirer, devant l'observateur placé sur la plate-forme delà tour deGrAces.

Comme elle s'encadre gracieusement dans cet immense et magnifique paysage qui lui donne et en reçoit une beauté nouvelle ! Un étranger devinerait-il, dans cette ville si coquette et si jolie, Guingamp la guerrière qui paya de son sang les plus larges et les plus glorieuses libertés?

Et dans ce paysage riche, frais et accidenté, émaillé de riantes maisons de campagne aux verts bosquets, les lieux célèbres par tant de combats, et, comme Guii\gamp, riches de souvenirs ?

Voyez-vous, entre lorient. et le septentrion, ce château qui apparaît entouré de chênes séculaires? c'est Ménéhorre , fière de son ancien titre de comté. — Sur la rive opposée du Trieux^ aux lieux où cette rivière disparaît à vos regards, s'élevait jadis la forte demeure des vaillants barons d' Acigné, vieux et illustre nom , qui ne vit plus que dans l'histoire. Cette forteresse a disparu sans presque laisser de traces ; mais, regardez vers le septentrion, tout contre le clocher de Plouisy ; voilà le château moderne qui le remplaça. La masse des édifices de ce nouveau Rostreneu-Kemabat [prouve la puissance de ses fondateurs , puissance morte comme eux.

Entre le septentrion et l'occident , vous apercevez ce mamelon blanchâtre qui se perd dans la nue ; c'est le sommet de Méné-bré, un des points les plus élevés de la Bretagne et la demeure du barde Guinclan. Le nom du poète grandit en traversant les siècles. Il vivra encore, quand celui des princes et des grands sera perdu dans l'oubli. Il est immortel comme la patrie et la liberté qu'il chanta dans des hymnes dignes d'elle.

Nais, si la reconnaissance des hommes récompense le génie et

les bîeafaîts envers rhomanité par une gloire impérlssuble, leur juste vengeance tlëttît les grands coupables d'un opprobre éternel.

Cest f>our !a vouera rexëcralîon des siècles à venir qu'ils ont conservé la mémoire du prince Cemmore^ dont le château re-douté était sis au lieu qui porte encore aujourd'hui son nom , lout près de cette même montagne du Mené-Bré.

Le récit que nous appelons le conte de Barbe-Bleue, récit i\m lit frissonner notre enfance, n'est que son liistoire dépouillée de ce qu'elle a de plus odieux. Le fratricide Ganaa ou Commore, le maudit (Commorc ar Miliguel), teint du sang de son frère et prodigue de celui de son peuple, fût on lâche scélérat (jui, soit par jalousie, libertinage ou férocité, empoisonna ou assassina plusieurs jeunes et belles femmes t^u il avait épousées successivement et malgré elles.

Depuis ce temps maudit, les filles du villag^e, De ces lieux désolés ont foi Taspect sauvage. On ne va plus danser sous l'antique couvert^ De Commore à jamiis le bocage est désert.

Errant près de ces lieuxt le voyageur sensilile. Souvent par des soupirs troubla Técho paisible^ De ces jeunes beautés déplora les malheurs^ Fixa Commore, cl répandit des pleurs.

Tournez maintenant vos regards vers l'orient. Près de ces lïoLsfut Avaugour. C'était, il y a bien longtemps, un petit rendez-vous de chasse, dont le nom fut adopté par ses maîtres et par eux porté au plus haut degré d'honneur, de puisvsanceet de gloire* Aujourd'hui quelques ruines indiquent sa place. Ainsi passe la puissance de ce monde «

Vers le midi, voila le Bois de la Roche qui ra[qH?lh^ du Lis-

«mA

couët, un chef vaillant des forces royalistes au temps de la ligue f la forêt aux merveilles, la fameuse Brocelîande couronne ces lointaines montagnes où finit Thorison.

Tout près d'ici, voici Tabbaye de Sainle-Groix, qui date du temps des croisades; plus prèsencore, St-Mîehel, la puissante chutellenie qui rappelle le nom, à jamais célèbre dans les deux mondes, de Lafayelte qui la recueillit dans Théritage de ses l)ères.

Arrêtons-nous ici, car pourrions-nous, sans fatiguer le lectour, évoquer tous les souvenirs qui s'attachent aux lieux qui passent lour h tour sous nos regards, ou plutôtfbornons-nous à ceux que notre sujet ne noiis permet pas d'oublier.

Là, sous nos pieds, git une grande ruine, Ch. deBlois qui par 18 batailles rangées et 23 ans de combats, acquit une déplorable célébrité ; car elle causa h notre patrie des maux inouis et fit couler des torrents du plus pur sang breton, vei'sé en grande partie (triste et douloureux souvenir!) par des mains bretonnes.

De la plate-forme élevée où nous sommes placés, nous pouvons examiner à loisir la forme de la basilique, dernière demeure de ce prince.

Au côté droif d'une nef formant un carré très allongé, régnent quatre chapelles qui s'en partagent également la longueur et lui forment un seul bas côté. A l'occident de ces bâtiments, s'unit à eux une tour composée de deux parties distinctes. La première est la tour proprement dite, de forme carrée, consolidée par des contre-forts, haute d'environ 55 pieds. Elle est terminée par une plate-forme entourée d'une balustrade en pierres découpées à jour. Du centre de cette plate-forme s'élance un clocher conique, a huit pans,, onié de fenêtres élégantes. Sa hauteur est d'environ 30 pieds, y compris le bourre-

let qui sert de base à une croix de fer. Quatre clochetons de même forme, mais à 6 pans, et d'une hauteur de 15 pieds, s elèvent à Fonlour. Entr eux sont quatre dais de pierre de 7 à 8 pieds de hauteur, supportés comme eux, d'ujp coté par le clocher principal, de l'autre par d'élégantes colonettes ; il est difficile de faire, en pierre, quelque chose d'aussi léger et d'aussi gracieux. ^^

QaFttons maintenant notre position aérienne, pour examiner les ornements extérieurs du monument.

L'édifice entier est en pierre de taille à vives et pures arêtes. Dessculptures.saillantes en décorent les pignons dont le sommet se couronnç d'une aigrette à trois flottants ; des niches à cloches, veuves de leurs statues, décorent les faces des chajKîHes et de la tour. Les jets-d'eau figurent un cordelier, des crocodiles et des dragons ailés. Les'fenêtres, en ogive, sont divisées par des ornements en pierre ; leurs vitraux en verres coloriés ontJl)eaucoup souffert.

Remarquez, sous la grande fenêtre du chœur, celte jolie fontaine à niche, où sourd une eau d une admirable pureté.

Est-ce une réminisceiîce des fontaines sacrées, ou bien estelle due au désir de montrer,' sortant de son temple, l'un des dons les plus précieux que Dieu fit à l'homme?

Autour de la porte principale tournent quatre rangs de cordons, entre chacun desquels serpente une double vigne demisaillante, dont le pied est recouvert par des lièvres, renards, chiens et grenouilles. Deux autres portes sont semblables, mais seulement à deux rangs de cordons.

Entrons maintenant dans l'église par la porte principale, sise dans la tour.

Devant nous est la nef, séparée par une colonnade éléganU^, de son bas côté, formé par les cliapelles. Au fond, versTorienl,

est placé le grand autel ; sur la même ligne, un second, dans le hûs côté ; entr eux deux, une colonne tronquée supportant la châsse de Oharleis de Blois.

Au plus hauf^cy^dia^i^e des fenêtres sont les armes de Bretagne ; dans Tune d'elles, elles sont entourées de quatre hermines blanches portant sur leurs colliers J^ ma vie, abrégé du fameux potius mori quam fœdari, devise sublime et justifiée par notre loyale et belliqueuse Armorique.

Des têtes de crocodiles sortant des murs soutiennent dans leurs gueules les poutres simlptées. Sur les poutrelles qui régnent le long des lambris, saillissent en bosse, des sujets variés dont Toriginalité mérite ici une place. «

Dans la nef, près du chœur, voyez d'abord ce combat entre des licornes et des dragons ailés ; ces deux chasses au cerf et au lièvre qui fuient, le bois et les oreilles couchés.

Plus loi]}, une scène bachique, dans laquelle un homme soutire le vin d'un tonneau, d'autres emportent les boiiteilles¥em« plies, tandis que dans un coin un curieux déguste la liqueur.

Phis loin encore, un joueur de biniou, les jouies çt l'instrument gonflés, près de figures dans dés poses grotesques. Dans le bas-côté, remarquez d'abord ces vignes très saillantes à fruits et à feuilles bizarres, puis cette écriture d'un gothique élégant, vous donnant les dates de la fondation et de l'achèvement de l'édifice ; ces têtes grotesques et grimaçantes ; ces anges supportant l'écusson de Bretagne, et enfin ces coqs, a'aidant de leurs becs et de leurs pieds, pour dépoiiiller vif un renard faisant triste figure. Ces scènes bizarres sont précieuses par leur exécution soignée et surtout parce qu'elles sont le naïf emblème des idées de cette lointaine époque. — Telle est aujourd'hui Notrc-Dame-de-Grâces. Puisse-t-elle du moins conserver ce qui lui reste ; mais de prompts f^urs peuvent seuls conjurer les pertes dont elle est menacée. JOLY, juge.

Li TOUR DE LORiiiï.

La lour de Lorient est une colonne lilaiiche, lonie en pierres, qui s*élève comme un géant dans reacemto du port et à Taspect fuïi pilier corinthien. Sa base est assise sur une éminence a 60 ^pif'ds au-dessus des plus hautes mers et à 75 pieds au-dessus dt?sbassc*smersd*ëquinoxe. La première construction de ce monument remonte précisément a un siècle. La compagnie des Indes, qui venait de faire de Lorient le dépôt général de ses marchandises, jeta les fondements de la tour en 1737, dans le but d'en faire un phare, ou simplement pour avoir un point qui iKînnit de découvrir au loin la mer. On lui donna une forme ronde de vingl-sept pieds de diamètre à la basi^*, et dix étages de onze pieds chacun, c*esl-à-dire, ceutnlix pieds d'élévalion. On fit ^fclescalier et tout Tintérieur eu l>ois ; lenveloppe S43ule fut en ^pierre^. L ouvrage fut terminé, en 1738 ; mais au lieii d'y [dacer un fanal pour guider les navires, comme on en avait eu d'abord ridée, on y établit une liorloge et une cloche pour le service delà compagnie,

^^ Treize ans après cette conslruction, en 1751, le tonnerre ^ tomba sur la tour, alorsqu'elleétait remplie de matières intlammables, disix>sées pour un feu d*artiJice cpii devait avoir lieu le lendemain. L'intthieurdu monument fut brûlé et la partie supérieure des murailles s écroula*

On repara, autant qu'on le put, les dégradations causées par l te catastrophe ; mais ce n*était pas Tunique événement de ce

genre que devait éprouver la tour de Lorient, la foudre lendommagea encore en 1782, et deux ans plus tard, en 1784, elle la frappa de nouveau pour la détruire presque entièrement : 56 pieds de muraille fiâ|eiit renversés du sommet vers la base. On abattit alors ce qui restait encore, et une nouvelle tour, plus élégante et plus solide, remplaça Tancieniie : c'est celle qui existe aujourd'hui.

Cette tour fut achevée vers la fin de Tannée 1786. Elle est ronde, bâtie en pierres et a cent-quinze pieds de hauteur, sur une base de vingt-^inq pieds de diamètre. On y monte par un escalier en spirale, pratiqué au cenlre du monument et éclairé par 24 ouvertures placées de distance en distance et disposées dans la direction des quatre points cardinaux. Le sommet de la colonne est couronné par une plate-forme à corniche de vingt-six pieds de diamètre, garnie d'une balustrade en fer. Sur cette plate-forme étaient autrefois deux paratonnerres, l'un placé verticalement, l'autre établi dans une position horizonlale ; aujourd'hui il n'y reste plus qu'un vieux mât de trente pieds de longueur, au bout du quel flotte le drapeau national.

Du sommet dé la tour on jouit d'un panorama admirable , et parla variété infinie des objets qu'il présente, et par l'étendue de la surface qui se déroule pittoresqu^nent de toutes parts. On a à ses pieds les magasins du port, ses arsenaux, ses chan-^ tiers, sesvaisseaux; on plane en quelque sorte sur Lorient, cette ville de nos jours si régulière, et qui, en 1689, lorsque madame de Sévigné eut la curiosité de la voir, ne se composait encore que d'un amas de baraques, à l'extrémité dune lande, sur la rive droite de l'embouchure du ScorlT. D'un côlé sont lescampagnesdeKimperlé, des bois, des hameaux, des villages et la tour de l'église dePIœmcur, au-delà de laquelle on aperçoit la mer et larchipel orageux des Glénans; do l'autre, on voit les eaux bleuâtres du Blavet, sortant du fond d'une colline, puis le

clocher pyramidal d'Hennebont, Hennebont, la ville héroïque, si célèbre dans les fastes militaires de Bretagne, par placeurs sièges remarquables, et surtout par la courageuse résistance que Jeanne de Flandre, comtesse de Montfort, y opposa à l'armée de Charles de Blois, compétiteur de son mari à la couronne ducale. Vers la mer la perspective s'agrandit, s'anime, se varie encore; la vue plonge jusqu'àBelle-Isle, et découvre la pointe vaporeuse de Quiberon ; le vaste étang de Belzapparait aux regards avec ses eaux brillantes, et l'œil, fatigué des distances, vient se reiK)ser sur le Port-Louis et le massif de hauts arbres qui semble lier la ville à la citadelle. Devant soi elle est la baie de Lorient, l'îlot Saint-Michel avec son blanc lazaret, la prairie de Nases que chaque marée couyre de ses flots, puis la sombre île de Groix, puis enfin l'immense étendue de l'océan qui limite l'horizon à cet endroit même où le teint verdâtre des eaux paraît se confondre avec l'azur du ciel. Ce magnifique tableau, où la terre et l^^mer se déploient à perte de vue, est le point d'optique le plus admirable peut-être de tout le littoral breton.

NOTICE

Sur LEXOBIE ou LEXOVIË ( Coz Ycaudet, )

Près Lannion ( Côtes-du-Nord }•

Une foale dé documeots' historiques nous apprennent que, dans les temps anciens , il existait, en Basse -Brcta[]^ue, un (j^rand nombre de cites florissantes. TeUcs furent les viUcsd'y6, iVOccismor ei de Totentc; telle fut aussi ceUe dont nous allons faire le sujet de cet article, parce qu'elle est plus di{;ne| croyons«nou8 , de fixer l'intérêt des Bretons.

^ Uh —

Suivant les viclUeii trailitioiis bretonnes et plusîcars écriTains éru> ditii, entre autres, te P. Dupaz , rarcUitliacrc Callaet » O^ée, Boueharl et rbinturien J* ClienUi etc., la canmune de PJoiilecli, arromllsscineDl de Lannîan, possédait autrefois une villi; considérable qu'on appelait alors Lcxobic ou Lcxoviô ci qu*oii nomma plusi tard CoZ'Yeaudet ou CoZ'Gueadch Celte TÎlle antique était BÎtuée à remboucbure de la rivière du Lcj^ucr* à l'ouest de Laouîno, On y voit encore des vestîg'ca qui peuvent indiquer avee eerlitude le lieu qu'elle occupait jadi^.

rVombrc de saTanU prétendent, mal[[ré l'opinion conli-aire de M. Dan ville, que c'est des haiiitanU de cette vieille eilc que César, Slrubou et Rliue font mention dans les passades Suivants de leurs ouvra{jes:Q« Tituriuni Saiinum in UncUos, CuriasoUtas Lcxoviosquc (Co^sar) fnitiU (Lili, 5 C* 11.). Descendunt in Oceanutn et Lexovios eC YadetoSg undé in Britanniatn diurno hrcvior est cursus (Stiabon). Lugdunctisis Gallia haùel Le&ovioa , Ossimas , Fenetcs, etc., (Pline. )

Il serait inutile de citer ici tous les autres écrivains qui ont parlé des LexQvicns: car l'existence passée de ce peuple parait assez certaine pour n'être pas conloâtée. Mais /^e^r^iji;, capitale de ces vieux armoricainS|a-t-rUe été ville épiscopalci avaut rérectiondc l'evéclié de Tré» Ifuier? C'esl un point sur lequel les historiens ne sont pas d'aecord. La plupart, cependant, soutiennent l'aflirinative; quelques-uns la né{^ative. Mais Topinion de ces derniers n'étant point fondée sur des raisons as* aez convaincantes, nous pensons qu'on est en droit de la rejeter cl d'em* brasser le sentiment contraire. D'ailleurs, la tradition invariable du pays est, sur un point de cette nature» comme le dit bien le Père Iion^^ueval, d'un plus ^rand poids que les décisions sans preuves de quelques savants.

L*arcbidiaere Conradns a dit, dans ses ouvra{[f8, que le 1er évéque qui gouverna Lexoùie^ se nommait Drcnnalus ; que ce saint prélatp brûlant de zèle pour le salut des âmes, pnssa de la Grande»Bretaj;ne dans notre vieille Armorique ; qu'il aborda au port Lio[>;an, qui était situé entre le Conqtiet et Saint*Matbieu, et qu'il se rendit ensuite dans la ville de llorlatx {quondànv Jntiajy dont il convertit les habitants au christianisme. Ce même arebidincre ajoute que le cbarilablc évéquc^ encouragé par ces beureuit succès, et voulant i'uirc de nouvelles conquêtes spirituelles, se transporta dans la ville de Lcxobic dout les babi-

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lanis lui firent an ai hoii accueil qu*tl résolut d'y clAblir son fiîé(][e èph* copal. Orennal è majoH Britanniâ vcnUns^ Chnsîi fidem pra^dica» rtf* pastcà Usobia pta-iul effcctus (Conrad). Ceci se passait à répoque où vîvAit 8aîat Clair, évoque de !Vantes« avec lequel Drennalus fut en reUtîoD, Drenimlus gouvernii révcclié de Lexobie pendant IB ans^ el cal pour successeur le saint homnMï Conj^alus qui ne siégea que six ans.

Enfin, suivant plusieurs historiens» le siège de Le^iobie a été occupé par un (jrand nombre d'évéqucs que Taulorîté civile pouvait bien alora n9 considérer que comme évéques réjjionnaîres, car il parait certain qu^aucun souverain n'a fondé un évéché dxc h Lcuoliie. Il existe d*anrtensducamcnts qui font mention de ces prélats. Asscrit ArgentncnSf dit la Gai lia christiana. inscriéi pfŒsute^n !*exoMenseiD ifi vctcriùus do* eicfiMnIsj. Le plus connu de tous ces évéques, eu égard à rémincnce de •es vertus, fut le eélélire saint TugduiiK Tugdual était fils de sainte VofDpée et de Uoël 1er, roi de la Petite-Bretagne. Ce prince et sa fa* iiiille« ayant été chassés par Clovis» se rcfu {lièrent auprès du roi Artur, daas la Grande-Bretagne , au pays de Galles. Après y avoir passé quelques années, ils franchÎTcnt de nouveau la mer et revinrent dans la Pc* lite-Brctagne« Tugdual embrassa Tétat ecclésiastique el parcourut une partie des états de son père, annonçant partout la parole dit Dieu des cliréttens. Ils'arréta enfin dans la vallée de Trécor (Tréguer, Lan*Dre* Ipier), oit il bâtit un monastère dont il devint ahiié. A la mort deTirî« «Iran, évéque de Lexobic, il fut choisi pour snccéder à ce prélat ; ip$a* qutt dit Tancien Propre de Tréguîer« Chiideberto annuente^ sîvit se $3% episcopum comecrari urùis lexoTil ^j^m oUrn ad ostiutn Legueri siUtf haud procài Landww. Alors il quitta leVaUTrécor et ses frères» pour aller habiter la ville épiseopale. Quelque temps aprcs^ il y fut vi- Allé par saint Maudiz, ainsi que Falteste le passage suivant de Tancien bréviaire de Léon : LezoMoDl adve/itl, uùi ^anclo Tuffduaio, {oci lune 0pti$€op0, ùenignisiimè acccpins estf etc.

Cependant son amour pour la solitude et son affection pour ses religieux le rappelaient souvent à son monastère de Trécor ; ut à iusccpiis^ disent ses actes, tu ovihus pasctndis iaùariùus reficeretur^ sœpiùs adi* éaiTr€€ùrené6nwnaiUriufn^ uùi iihtrius rerum cœiesUam médita* iiûni vacaret. Les habitants des environs^ charmés de ce quele saint prélat faiiHiit ses délices de vivre au milieu d'eux, prirent de là occasion de rappeler iv£qu€ dtTréguiet^ et c'est sous ce titre qu'il est le plus con*

nu. Ce fut aussi dans son monastère de TrégvLÏer que, chargé d'années et de mérite» il rendit son àme à Dieu, après un pontificat fort long, Tan S64, suivant Tabbé Défie; Tan 592, suivant le P. Albert. Après la mort de ce vertueux pontife, saint Ruelln, son disciple, occupa le siège de Lexobief sons le nom à*évéque de TriguicTy comme son prédécesseur ; car cette dénomination avait prévalin depuis saint Tugdual. .

Enfin, l'évécbé de Lbxobit subsista» dit-on, jusqu'à l'an 856. A cette époque, un général danois, nommé Ilasting, vint débarquer avec une flatte à l'emboucbure de la rivièi^du Léguer, et assiégea la ville épiscopale. Un poète breton parle du siège de cette ville de la manière suivante :

Hasteing a deuas gant Vslri Uag en deus bî assieget

Deus a Danemark da Lexobî, Gant pevar mil a soudanM*

Après plusieurs assauts inutiles, le barbare danois» dMMpérant de prendre la ville de force, menaça d*y mettre le feu. A eette nouvelle, la frayeur s'empara des Lexobiens ; ils s'assemblent et délibèrent sur* le parti qu'il convient de prendre dans une telle extrémité. Il fut décidé que, pour sauver la ville des borreurs de rineendie« il fallait recevoir les ennemis à des conditions dont la teneur ne nous est pas connue. Aussitôt un babitant sort de la ville, et va trouver Hasting pour lui faire part de la résolution que les Lexobiens venaient de prendre. Le danois souscrit aux conditions qu'on lui propose, et promet d'y être fi* dèleen tout point. Les portes de la ville s'ouvrent, et les ennemis s'y jettent en foule. Aussitôt le perfide Hasling donne ordre de massacrer le clergé et de passer tous les babitants au fil de Tépée, sans distinction d'âge ni de sexe. Après ces cruelles exécutions, le danois livre la ville au pillage et aux flammes. Urbs verd Lexeriorum diruta fuit à Danis et peniliis soio exçiaa {GM, cbrist.). Govaranus, alors évéque de Lexobie, trouva le moyen de se sauver, et se réfugia à Chartres, emportant avec lui les reliques de son église et la portion de celles de saint Tug« dual que possédait sa catbédrale.

Telle fut la fin déplorable de cette ville antique et de son évécbé. Une cbapelle a été construite sur ses ruines, sous l'invocation de Notre-Dame-de-Goz-Yeaudct. un prétend que cette cbapelle a été érigée pour rappeler la mémoire de rancienne catbédrale. S«Lvant un auteur érudit, c'est la plus ancienne cbapelle qui ait été dédiée à la Sainte* Vierge

dans rArmoriquc. Un poète adit^ au sujet de cette chapelle et delà ruine de Lexobie :

Elle a disparu, Vierge sainte ; L'œil cherche en vain sur ces collines

Ton culte seul a subsisté. Et Lexobie et ses remparts :

A la faulxdu temps ton enceinte <* Le soc sillonne des ruines; Malgré l'inpie a résisté. Ton temple brille à nos regards.

Cependant par suite de la destruction de Lexobie, le siég^e éptscopal Taqua quelques années, c'est*à<-dire jusqu'à l'avènement' de Noménoé à la couronne de la Petite-Bretagne. Alom ce prince nomma Gratian, l'un doses aumôniers, pour succéder à Govaranus, qui n'existait plus, et lui permit de tra us forer le siège de Lexobie à Tré^uicr, Tan 848, en- YÏronm In hoc oppidum dissitum tcucis.qumquc^ transiatam fuisse voiuniêedemepiscopatemy dtletâ vettrc Lexoviorum civitaie. (Gall christ.). Vo||| ce que dit, au sujet de cette translation, le poète breton dont nous aVons déjà cité quelques vers :

Gralien a c'boolennas neuse Accordet voe dezan ar c'hraç;

Permission ous ar roue Er gouênt Trecor e chommas,

Da cbanch a bhiç d'he escopli, Pehini, herve ma lenner,

Pa yoe distrojet Lexobi. Voa commançamant Landrcguer.

Dès lors on ne s'occupa plus de la malheureuse Lexobie. Victime du danois barbare» cette antique cité qui, la première dans l'Armorique, brisa ses idoles et chassa ses druides, se vit pour toujours cnscTelie sous les débris de ses édifices. Le temps, qui détruit tout, n'en a laissé pour ainsi dire qu'un triste souvenir : seulement quelques fondations de mors et une espèce de cayeau attestent encore que là fut l'infortunée Lexobie. Brouster. .

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