‹ Bibliothèque bretonne, collection de pièces concernant l'ancienne province de BretagneChapitre 33 sur 46 · KEZ DE LA NATION DE BRETAIGNE, ET NOMBRE AU NOMBRE DES PREULX · texte numérisé non relu

KEZ DE LA NATION DE BRETAIGNE, ET NOMBRE AU NOMBRE DES PREULX

Au temps et règne Phelîppe le roy de France, ûlx de Charles, conte de Vallois, frère de Pbelippe-le-Bel, roy de France et de Navarre, qui en son vivant engendra troys filz, lesqyelz Fung après l'autre, depuis le trespassenient dudit Phelippe-le- Bel, leur père, furent couronnez roys de France par la succession du derrain ; et desquelz le royaulme descendit et esclieut audit Phelippe de Vallois, nepveu ainsnë dudit Plielippe. En ce temps esloit en Brelaignc ung chevalier nommé Regnauddu Guesclin, seigneur de La Mole de Bron, ung fort chastel et bien seans à dix lieues de Règnes. Le chevalier fut preudons, loyal et ^joicturler envers Dieu et le monde, renommé degrant prouesse et de hardemenl. Sur toutes riens aimoit l'église pour la révérence de nostre Seigneur, de qui tous biens viennent; conforloit les povres et leur faisoit aulniosnes. Vray est que do celluy chevalier et de sa femme, qui moult de saincle vie esloit et bien renommée en son pais, yssirent trois fils desquelx

(1) Ces (locumciUii u:il vie n cueillis el pub.ics par M. Lui;;! Oilorîi i, coiiaervulcur iic la !)ihr.otl.è.]»U' cl du i::u.u'c ^.' ÏWiuiti.

rainsné euî nom Berlrnnd, dont en ses jours connit tant de renommée par loule terre et chrestienne et sarrazine, que il fut craint et redoubté. Le second eut nom Guillaume, qui moult valut, mais peu vesquit. Et le tiers eut nom Olivier, qui or» règne contede Longueville. A la haulte prouesse d'icellity Bertrand, ne se peut nul comparer en son vivant, dont Charfes, roy de France, le retint son connestable etchiefde toutes se» guerres. Mais pour ce que les chevaliers de jeunesse désirent grandes vaillances ouyr et voulentiers ractompter, sont cy les iaitzd'icelluy Bertrand ramentevez depuis le temps de sa jeunesse jusques a son trespassement, selon ce que trouvé est en ses faiz qui sont escriptz es faiz des roys de France, en l'esglise de monseigneur sainct Denis, en France.

Bertrand du Guesclin, ainsné filz de Regnaud du Guesclin^ fut de moyenne stature, le visaige brun, le nez camus, les yeulx vers, large d'espaules, longz bras et petites mains. Mais poar ce que de grant beaulté n'estoit-il pas plein, fut pou prisé en sa jeunesse, et sou ventes fois advient que l'enfant moins prisé en sa jeunesse, reçoit en ses jours avancement et grant honneur. Il advint a une feste de Ascension que a La Mote deBron vint une converse . qui jeune, avoit esté et estoit de granf science. Celle converse reparoit souvent en Fostel du sire de Bron, qui de bonnaironient la rccevoit, et a ce jour la fit asseoir a sa table. Si regarda la converse, que a la table secondé estoyent assis les trois enHuis, et tout au dernier bout estoit assiz Bertrand, qui estoit Tainsné ; mais pou de compte et moing» que les aultres en tenoit le chevalier. Elle considéra et advis». la manière de Bertrand, et au lever de la table, print TenfanC i\n\ estoit en leage de six ans, et, après Oe qu'elle luy eut regardé les mains et veu sa piiilozomîe, elle demanda au chevalier et a la dame pou rquoy on le tenoit si villaînen^ent. L» dame respoiulil: Bolleainie. en véritcveest enfant est tantrude^

ilîcioux, et divoi*scu couraige, \f ue oiu*i jucs sont pareil ne fut U; car ja iiormne laut sioitde liaull rigiiaige nu lut fera ou ra soinlesi>laisir que laulost il iR»soit par lui frappé, biett Eiiuies, uionseigiieur et moi, souveiiles li^is doulcns jiour les iefs qu'il fait aux aullres eufaus du pais, car jit u» cessera de i faire asseud>ler pour les faire coiiilKittre, et lui luesmes uibat avecqueseulx, dont uioiiseigueur et ruoy desiionssouni sa uiori, ou que oncque» ne fut iié. A cl lie parolie respout la converse : Madame, je vous atreniie (fuc sur cest enfant je vj ung tel signe, que par lui seulement le royaulme Je France ra essaulcitS iie de son tempis ne sera nul (|ui |>uisse eslre alui mparë de chevalerie, Bece se eoniiuenva la dame a esjouyr, d'il 1er en avant le tint plus cliier. Tant creut Bertrand, qu'il ut en Teaye de neuf ans» et prinl une costume qui assembloit % enfanset les partissoit par batailles, et souvent les faisoit »fiibattresi lonyuenienl, que plusieurs des enfants s'en repenyent et s'en retournoyent navres en leur maison, et lui meses y estoit bleeié el ses robbcs desrompnes, Quand la dame ïoit ainsi Bertrand démener moult estoit dolente, et lui dilit: Maloustru, maulvaisemerâl vous souvient du liault bon- Wi* a quoy vous dit la converse que vous devez venir ; mais ■bd, elle vous advisa mal, car, en v^irilé, je ne le pourroye oyre. De ce ne tint compte Bertrand ^ ainrois fit fait quintaîles et joustes d'enfants, et manière de tournois, selon le scnment qu'il en pouvoit avoir ouy racompler: car adoncques m faisoit tournois parmi le royauUne de France. Ainsi so aiiilint Bertrand jus^jnes a ce que les gens du pais firent iinle au sire de Bron de son filz, qui leurs enfants guerreoit telle manière. Adonc Ut crier le sire du Guesclin et de Bron» laDul ne laissast aller leurs enfants avec Bertrand. Quant rtrand vist et apparceut que nul enfant ne le vouloit plus fFji U se prenoit a culxi et les faisoit combattre a lui outre

loulgré. A*]oacqnps relourncrcnt les porcs dos enfants cîè^èfà le sire de Bron, lairc leur plainte de son fîlz, lequel îl fit eiiijprisonner. Si- advint que ung soir une chamberîere portait a mcnger a Bertrand ; ainsi comme elleouvristluys de la prison, Bertrand en yssit et lui osla les clefz, et lenferma dedens, puis s'en alla de nuit en Tune des maisons de son père, et là print une jument et s'en alla a Règnes. Le sire de Bron avoîtime suer a Règnes, mariée a ung chevalier de grant bonneur, qui a Règnes demouroit. Là se trahit (1) Bertrand, et quanti la dame son hante l'apperceut, elle fut moult liée (2) de sa venue, pour ce que déjà avoit ouy parler de son maintien, et lui dît : Ha! beau nepveu, mal ressemblez la rasse dont vous estez issa, qui ainsi Vous denieucz villaynemont. Là estoît le chevalier marry de la dame, qui lui dist : Dame, laissez a Bertrand saj acquitter de jeunesse. Puis dist a Bertrand : Beau nepveu, V» tel de céans est vostre. Dont Bertrand le ncercia moult deboiH naîremcnt.

A Règnes demoura Bertrand avec son oncle longuement et moult changea de ses manières; puis fut son père appaisé envers luy et retourna en son hostel. Et tant creut Bertrand quMl fut enl'eagede douze ans. Adonc lui bailla le sire du Guesclin chevaulx et harnois, et d'illec en avant suyvit les joustes, armes et tournoyments ; et tant fut large et faisant dons etpreseiis aux gentilz hommes qui par la terre de son père passoyent que en brief temps fut acointé des chevaliers et renommé de largesse. Et entre ses aultres manières avoit de constnme que se aulcun povre querant Taumosne^ s'il n'avoit argent, il se devestoit et donnoit sa robbe pour l'amour de Nostre Seigneur dont son père Tavoit moult chier plus que de nulle chose qui

(1) Se relira.

(2) Joyeuse.

^^m^ï^mvîivl que les barons il< Brelaîgn^rmfrôm Hegnes unes hïcn graas jousles el de rentr.^prise fui le sire Du Guesclin^ pcre Je Herîraiid et avei: luy Berlraiid qui luoull désirant esloil de jouster ; mais pour ce que trop jeune esloi t» son perc ne voulut point qu'il Jouslast.

Au jourdes jousLessc armèrent chevaliei*s de plusieurs contrées, a Règnes. Là eust grande fesle et y oust des dames et des damoyselles, des bourgoys et des bourgoyses. Les chevaliers vindreut sur la place des jousles, qui de lenipire estoienl venus et furent receuz tous chevaliers et escuyers. Et sur tous ceulxqtii bien feroient la journée donnoitle pris le seigneur du Guesclin. 11 advint que par ceulx de dehors jousla ung €*scuyer parent de la dame du Guesclin et moult bel et longuement se maintint a la jouste, puis retourna en Toslel ou logîé estoit Bertrand qm Tescuyer congnoissoit. Et le suyvit en la chambre où desarmer se vouIoit<?t se agenoilla devant luy, ea lui requérant qu*il luy voulsit jiresier son harnoys pour jousler : dont l'escuver qui le congnoissoit luy respondit doulce^ inont: Ha beau cousin, ce ne dcvos pas requerre. mais tout prendre comme le voslre. Dont fut moulx joyeux Bertrand- Puis arma 1 escuyer Bertrand monU secrètement, puis luy bailla cheval de jousteset varlet oour le servir et gouverner. Joycnseuienî vint Bertrand sur le champ et quant il se vit sur losrans, il /erit son cheval des espérons appertement contre ung chevalier, et le chevalier contre luy. Bi^rtrand qui oncqucs niais n*avoit jousté ferit le chevalier par le heanlme de telle force, qu1l luy mist hors de la teste. De ce coup cheut le chevalier et son cheval occiz. Quant les heraulx virent le rude coup que fait avoit celluy qu'on ne congnoissoit, et ne savoyent quel cry crier, ils commencèrent tous à crier : A lescmyer adventu-

reux.

Adoncques piqua Bertrand, chevauchant les rans, cl tant

fist ce jom* qu'il n'y eust nul de ceulx de dedans qui ne dontn tassent le x-encontrer et si ne savoyent qu'il esloil. Quant le sire du Guesclin qui loute jour avoit eu le pris apperceut b contesianee de ceulx de dedens, il iiert cheval des espérons et. s'a* «dressa contre Bertrand son filz« lequel congneut son père a ses {mreuiens. Adonc laissa Bertrand sa lance cbeoir. Le sire du -Guesclin que son filz ne congnoissoit s'esmerveilla dont il lay avoit la }ouste refusé ; et loi*s s'assembla avec les aultres compaignons , en leur demandant s'ils savoyent qu'il estoit, ne comment ils le pourroyent savoir. Par le conseil du sire da Guesclin, fut dit que l'ung des chevaliers du dedens yroît contre luy et mettroit peine de le desheauhner et par ce le pourroit on oongnoisire. Dont partit ung escuyer, qui de grant prouesse ostoit et de grant vertu, et vint conli-e Bertrand et le deshaulma. Lors fut Bertrand cogneu de ceulx de son lignaige et de son père qui moult joyeux en furent, et sur tous ceux qui joie en firent, le sire du Guesclin, pour le bien qu'il vit en son fllz, fut moult joyeux. Celle journée l'aima tellement que d'illec en avant le tint moult chier, et lui abandonna toute sa terre. Quant la dame eu Guesclin ouyt ces nouvelles de Bertrand son filz, a qui le pris fut donné des joustes de Règnes, ne demanda nul si elle le receust a grant joie. Adonc lui souvint des paroUes de la converse. Au partir des joustes, s'en alla le sire du Gues^ clin a La Mote de Bi*on avec son filz^ auquel il bailla grand estât pour suyr joustes et tournoyemens, Briefvement tant fit Bertrand, que de lui courut grant renommée en la duchiéde Bretaigne.

En ce temps regnoit en Bretaigne le bon duc Jehan qui en tout son temps fut bon françois, preudhons et joyeux, ei loyaulment avoit servi le roy Phelippes de Valloys. Contre le roi Phelippes gucrreoit le roy Edoart d'Angleterre, qui tant fit

par raydedosFlammans, Aleinaiis, Galloys, llunyers(l),Bi*ehausons et geus de plusieui*s nacions a luy alliez, qu*il mist le siège devant la cite de Tournay. Quant le roy Phelippes le sceut, il manda les princes de son royaulme. Au mandement du roy, alla le bon duc Jehan de Bretaigoe a graat harnois , accompaigné de ses barons; et briefvement le roy assembla quatre cens lances, et s*en partit pour aller contre Edoard. Tant chevaucha par ses journées a Mons en Henault. Quant la comtesse de Uenault, qui vefve estoit, et par devocion s estoit rendue abaisse de Fontenelles, sceut que le roy Phelippes son ^ frère vcnoit, et le roy Edoard que sa lille avoit espousée, tant se peyna la dame que toutes- voyes (2) furent prinses entre les roys trêves en espérance de paix. Adonc fut levé le siège, et s'en retournèrent les roys, chascun en sa contrée ; et quant le • roy Phelippes fut retourné en France, il donna congié a ses princes et mouU les mercia de leur secours. Et sur tous les atilti*es le bon duc fut honoré et festoyé ; puis print congié du roy et s'en retourna en Bretaigoe où moult fut receu homiorablement. Pour la grant renommée qui de Bertrand couroit en Bretaigne, desiroit moult le bon duc Jehan a le veoir, et pour , ce le manda et il vint devers luy. Là le receut le bon duc Jehan a son service, et, en tous les voyages qu'il fit pour le roy, le mena avec luy et en sa compaigaie* Ne demoura pas longuement que le bon duc Jehan trespassa, dont le pais fut moult endonmxagié (3).

(1) Ou plutôt Hennuyers^ habitanti da llâiiiftat.

(2) TotttefoU,

(3) Noas aroQS emprunté cet reaseigneméûti (éeriiâ en tanfu€ r«* ;) à U Ghroniqae de Da GaesclÎD» colUUoiiiiée sar rédltioD ari^i*

«al« an. %V* »ièe1e, par le tâTant M. FraDcii<|tte Michel» de l'École MoyAle det Ciiartct.

Devenu illustre par cette aventure, notre jeune héros s'empressa de chercher au service militaire des occasions de gloire * plus utiles, et fit ses premières armes sous le comte de Blois, au si^e de Rennes, en 1 342.

A la tétetie vingt soldats, il repoussa un corps consklëraUe d'anglais devant Vannes.

En 1351, il reparaît, mais déjà redoutable aux ennemis, pour qui son cri de guerre :

I0TRB-DIIE-6UE8CL1I !

semblait être tm coup de foudre, ce qui prouve qu'il n'étaitpas resté dans l'inaction pendant ce vide de huit années, k compter du siège de Rennes jusqu'à celui de Vannes.

Vers la fin de 1351, Du Guesclin estdu nombre des ambamdeiirs chargés de conduire à Londres les deux fils du comte de iBlolsqni devaient servir d'otages a leur père, pris au combat de la Roche^Dérrién, en juin 1 047. .

Du Guesclin, dans cette occasion, se distingua par lafermelé avec laquelle il osa parler à Ëdôtiàrd III, au sujet de la Breiigne, sa patrie, théâtre de la guerre.

De retour en Bretagne j il battit et fit prisonnier un capitaine du parti anglais, nomïné la Toigne, qui,* peu de temps après^ le fit prisonnier à àbn tour.

Pendant qùé le^dùc de Lancàstre assi^eaif Rëtmes, en 1386 et 4;â67,*Du feuesèlîn, '<[ui* n'àVaît pu s'ènféhrier dans la phce, fatiguait l'armée anglaise par des escarmouches^ ci6ntfnttéMes; il fit prisonnier le baron île la Esole et hii do&nait tme pleine liberté, à condition d'obtenir pour lui, du duc de Launcastre, h permission d'entrer dans Rennes. Le duc la refusa en disant: a J'aimerais mieux qu'il y entrât cinq cent gens d'armes que ie »• seulDu' Gmesdifi. »

€ëhif^i jiKstifla-to mec d^ duc en trduvant le moyefH de pénétrer dans la place et d'en faire lever le siège.

Cc{îUornVr% non mains rcdoulabledaiLs les coniliats singuliers que (iaiis les balailles, remporta eonslaninieiit la victoire côiilri* Troiisselj conlre Panebrock, parent de celui qui, au combat des Trente, élait le chef du parti anglais, et contre 'Thomas de Kaniorbie.

En 1339, le duc de Lancaslre \int assiéger Dinan. Du Guesclîn courut s*eiifermer dans cette place, dont la défense était confiée au chevalier de Penhoët, api>elé le Tort-Boiteux. La ville fut bientôt réduite aux abois, et ses habitants prièi'ent Lancaslre de leur accorder une trêve de quarante jours, après lesquels ils promettaient de se rendre s ils n'étaient pas secourus.

Pendant cette trêve, un chevalier anglais, Thomas de Kaniorbie, illustre de naissance et décourage, ne craignit pas de faire prisonoîcr, contre toute justice, Olivier Du Guesclin, frère de notre héros, qui, tout seul, se promenait hors de la ville, A cette nouvelle, Bertrand s écria : t Par Saint-Yves! *> et aussitôt, se présente sur un cheval, à la tente du duc.

Thomas de Kaniorbie, irrité du courage de Du Guesclin^ lui jette son gant aux pieds. Bertrand se liate de le relever, et dit : «f Oncques ne mangeray que trois soupes au vin en nom i de la Trinité, jusqua tant qu'aye faict et accompli le

gaige, »>

Le combat eut lieu dans i*enceinte de la ville; le duc de Lancaslre et plusieurs chevaliers de sa compagnie y assistèrent. Thomas de Kantorbie fut désarmé, abattu» vaincu par Du Guesclin, qui Teût immolé à sa juste colère, si le sire de Penhoët n'eut intercédé en sa faveur.

Peu de jours après le siège de Dinan fut levé.

Ce combat singulier eut lieu sur la place où Ion tenait le

marché, qui, en 1823, lors de l'érection de sa statue pédestre, a pris celui de place du Champ Du Guesclin (1).

Du Guesclin ne combattit d'abord les Anglais qu'en servant contre la maison de Montfort, le comte de Blois qu'il r^pirdait comme le vrai duc de Bretagne. Ayant pris dans la suite dn service auprès du roi Jean, il redoubla de valeur contre les ennemis de son pays.

A la prise du château d'Essé, en Poitou, une poutre manque sous lui, il tombe d'une hauteur extraordinaire danslaconr du château et se casse une jambe ; il combat en s'appuyant sur l'autre.

Le Dauphin (après Charles V), en assiégeant Melnn, vit on chevalier monter à la brèche avec un courage extraordinaire. Ah I s'écria le Dauphin, ce ne peut être que Du Guesclin; c c'était lui-même. »

De soldat le voilà général: il ouvre le règne de GbarieiT par la victoire de Gocherel, le 23 mai 1364. L'impétueuse indocilité du comte de Blois lui fait perdre, dans cette même année, la bataille d'Âuray, qui décida du sort de la Bretagne et de la querelle des maisons de Montfort et de Penthièvre. Le comte de Blois y est tué. Du Guesclin y est fait prisonnier par Chandos, et n'en est pas moins regardé comme le maître de ses vainqueurs.

(i) M. Victor Aubry (enfant de cette YiUe), qni a encore plu detterite qne de renommée, dans nn petit poëme întilnlé DinaMfB*tMfnM ainsi en faisant aUusion à ce combat singuUer :

« Quand le soleil, brillant dans an ciel sans nnaget,

D*an torrent de lumière inonde ces rirtLgeêf .

Ah ! qu'il est doux d*errer sous ces tilleuls si frais»

Ou du grand Du Guesclin la figure guerrière

Semble nous dire eneore : • Ici, dans la poussière.

Mou pied vainqueur foula l'anglais. »

Du GuescIiQ^ sorti des fers de Charidos, entreprend de purger la France des grandes compagnies, flëau né de la guerre* (ies brigands, an nombre de 25^000, se mettent sous son commandement, et il les conduit en Espagne pour détrôner un monstre. Ce monstre est Pierre-le-Cruel, roi de Castille,

Après de courtes batailles, Pierre-le-Cruel, en 1366, est forcé de chercher un refuge chez les Maures, en Afrique. Henry de Transtamare, frère nalurel de Pierre, étant proclamé roi de

ICasîillej Du Gnesclin revient en France, Mais le Prince-Noîr ïJuc de Galles), en 1367, s étant armé pour Pierre-leCruel, on pesait pourquoi, car le Prince-Noir était le plus vertueux, le ilus humain des princes de son temps, Du Guesclin repasse aussitôt en Espagne a la tète de f 0,000 hommes. Le comte Teilo, frère de Henry de Transtamare, qui devait aiipuyer avec ses gens d'armes les forces de Du Guesclin, s'enfuit dans le commencement de Tattaque, et Du Guesclin est fait prisonnier.

Pierre-le-Cruel remonte sur le trône, et paie delà plus noire ^^ûgratitude les services du Prince-Noir, Celui-ci Fabandonne ^Htmet en liberté Du Guesclin.

^^ La princesse de Galles, femme du Prince-Noir, le taxa à 50,000 livres de France pour contribuer à la rançon de 100,000 florins que Du Gnesclin s était lui-même imposée. A cette offre ^eaéreuse, Du Guesclin s écria gaiement : « Je me croyais le lus laid de tous les chevaliers, mais après une telle faveur une telle princesse, je ne me donnerais pour le plus beau et le plus vaillant, » Chandos et d'autres capitaines anglais offrirent leur bourse à Du Guesclin, qu'il accepta. Le Pape lui donne 20,000 francs, le duc d'Anjou autant. Du Guesclin croit porter tte somme à Bordeaux ; avant d'y arriver, il avait tout donné ur racheter les autres ; mais Charles V lui envoya aus&itôt le loi al de la ranvon.

Pendant que Du Guesclîn élaît ea France, Pierre-le-Cruel, à la tète. (le 30,000 Maures et de 30,000 Espagnols, arrive k Tolède. Du. Guesclin court aussitôt à la rencontre de cette armée formidabl^, et,^ avec 12,000 hommes seulement, défait complètement Tarmée du tyraa. Le carnage fut terrible^ Don Pedro est fait prisonnier au château de Hontiel, et le lendemain, 23 mars 1369, les deux frères s étant rencontrés soas la tente de Du Guesclin, se jetèrent l'un sur l'autre sans qu'on put le$> séparer» et, dans un combat dont frémit la nature, dont peutêtre l'honneur rougit, ce fut du moins le tyran qui succomba,

Cette mort pacifia l'Espagne, et Du Guesclin revint en France 4vec le titre de Connétable de Castille.

La guerre ayant recommencé entre la France et l'Angleterre, Du Guesclin vend toute sa vaisselle d'or qu'il avait reçue du m de Castille, et, avec cette somme, lève jusqu'à 4,000 honuucs d'armes ; la noblesse se joint à lui, et avec cette armée pea nombreuse mais choisie, il va chercher les ennemis, qui avaient i.avagé cette partie de la France, à commencer par Calais jusqu'à Villejuif, près Paris.

n les attaque et dissipe la formidable armée de Knolles. Du Guesclin est fait Connétable de France le 2 octobre 1370. Du Guesclin, dans le cours de cette guerre, reprit presque toute la Guyenne, le Poitou, la Saintonge, le Périgord, une partie du Limousin et notamment Limoges. Ce ne fut qu'une suite de conquêtes et de victoires.

En 1372, Du Guesclin est fait capitaine de la ville et du château de Nantes, qu'il venait de soumettre à Charles V.

Le roi de Navarre, Charles-le-Mauvais, soulève la Normandie. Le Connétable Du Guesclin la soumet. Le duc de Bretagne, en 1373, appelle les anglais; Du Guesclin, breton, soumet la Bretagne et prend Fougères, Saint-Aubin-nlu-Cormier, Rennes, Dinan. Ploërmel et Concaineau.

S, lorsque Charles V prononce solennellement la confisca- 3 ce duché, Du Guésclin redevient breton ; ^on silence e action condamnent la mesure du roi.

vert de gloire, mais abreuvé de dégoûts, ayant appris 5;sieiis et ses amis le regardaient comme ennemi de son il part pour rejoindre Henry de Transtamarre* Arrivé à iuneuf-Randon, il y rencontre son frère d'armes, le Cour. 6 de Sancerre^ qui faisait le si^ de ce château. Là^Jl . lustrer sa sortie du Royaume par un dernier fait d'ar- ^ gouverneur, à l'arrivée de Du Guésclin, demande et t une halte dequinze jours.

irans les trêves prinses par les Anglois du Chastel-Neuf idon rendre, messire Bertrand, €[ui siège y tenoit, ac- I au lit de la mort. Et quand de la mort se vit si approudévotement receut les sacremens et par devers luy fit emareschal de Sancerre, lequel il tenoit moult bon chemessire OUivier de Mauny et la chevalerie de son siège, ûz dit : Seigneurs, de vostre compaignie me fauldra tment partir pour la mort, qui est à tous commun. Par llances et non par moy m'a tenu fortune en grant honin toute France, en mon vivant, et a vous en est deu 3ur, qui mon ame a vous recommande. Certes, Sei- , bien avoie intencion de briefvement par voz vaillances r les guerres de France, et au roy Charles rendre tout 'aulme en obéissance ; mais compaignie a vous ne pui» air doresnavant. Et non pourtant je requiers Dieu, mon ir, que couraige vous doient toujours envers le roy, que 18, sire mareschal, et par voz vaillances et de toute la rie, qui tant loyaulment et vaillamment se sont toujours mvers luy, ses guerres soient affinées. Monseigneur le [lal et vous aullres messeigneurs, qui cy estes, d un^. 3US vucil requerrc, dont m ame finera en granl repciz

fie faire se povoit. £t diray quelle : vous sçayez, Seigneurs, que Ânglois ont prins envers moy journée de leur chastel rendre : dont en mon cueur je désire moult que, avant ma mort, Anglois rendissent le chastel. Des parolles de messire Bertrand eurent toute la chevalerie grand pitié que nul ne le sçaurait dire. Lung redardoitl autre en plourant, en faisant le non pareil dueil que Ion veist oncqnes et disoient r Hélas! or perdons nous nostre bon père et capitaine, nostre bon pasteur qui tant doulcement nous nourrissoit et seurement nous condoi* soit, et se bien et honneur avons, c'est par luy. 0 honneur et chevalerie, tant perdras quant ces tuy del&nera! Et plusieurs autres regretz faisoient ceulx de I ost tellement qneceulxdn chastel aucunement lapperceurent ; mais pourqnoy e estoitiMr sçavoient riens. Ainsi passa la journée, ne du roy anglois n eor rent aulcun secouts ceulx du chastel. Et lendemain vint le mareschal de Sancerre devant le chastel et le capitaine du chastel manda, lequel tantost vint a luy ; et moult doulcement lui dit le mareschal die Sancerre : capitaine et amis, de par monseigneur le connéstable, vous viens requerre que le chastel et les clefz rendez et vos hostaiges aquitez, selon voz promesses. Courtoisement respondit le capitaine : Shre, vray est que z messire Bertrand avons convenances, les quelles nous tiendrons, quant nous le verrons et non a aultre. Amis, dit le mareschal, se de par luy ne venisse, je ne le vous disse point. Certes, sire je vous tiens a bien leur messagier et aux eompùgnons de la garnison me conseilleray sur voz parolles; puis vous en feray response, s il vous plaist après disner. A cesaccorda le mareschal Loys de Sancerre, qui devers messire Bertrand ala et ce qu'il trouva aux Anglois luy racompta. A donc approucha messire Bertrand de sa Gn et bien le cougneosL Pour ce, manda que 1 on luy apportast 1 espee royalle la quelle luy fut apportée. Et en sa main la print et puis dit, par devant

toas, ces parolles ; Seigneurs, entre qui jay en honneur des^ mondaines vaillances, dont pou suis digne, payer me fault le Iruaige de la mort, eue nul n'espargne. Premièrement vous

jyieque envers Dieu veuillez avoir pour recommander mori

^18. Et vous Loys de Sancerre, qui de France estes mareschal, plus grant honneur avca bien desservi; vous recommande mon ame, ma femme (1), et tout mon paj-enté. Au roy Charles de France, mon souverain seigneur, me recommande res, et ceste cspee, soubx qui est le gouvernement de France, de par moy luy rendres : car en main de plus loyal ne la puis mectre en garde. Et après cette paroUe fit le signe de la croix sur luy. Et ainsi trespassa de ce siècle le vaillant messire Bertrand du GuescHn, qui tant valut en ses jours , dont par le regnon de sa de sa loyaullë est nommé le X*' des preux-

Et pour sa mort demeure grant deuil la chevalerie de France

^ d'Angleterre. Et jaçoit ce que aux Anglois il fut contraire, si laimoient-ik pour sa loyaulté et droicture et pour ce que amiablement et sans dure prison et rançons les tractoit etgou* vernoît quand il les avoit, »>

Ainsi Unit cette vie si longtemps exposée tout entière aux re* gards du monde ; ainsi passa celle époque, Tune des plus importantes de notre histoire pour les destinées de laErance; ainsi tomba la glorieuse é^e du petit genlilhomme de Broons, du preux champion de Dinan, du formidable capitaine breton. du maréchal de Normandie, du seigneur de PontorsoUt du comte de Lougueville, du connétable de France, de la plus héroïque figure du moyen-àge ,

m Bebtrand du GUESCLIN ! ! !

(1) Jeanne de Lutal TiuUnîac. Sa première fcmtac, Tbî|)hainc Ra« gucael, étant morte sans enfaoU en 1573, Du Gucsclîu cpou»a à Ken* I, en janvier 1574, U fiUc Je Jean tle Laval Tîntiniac, qui ue lai lint de postérité.

€y après ensuyvent 11»^ armes lesquelles; porioitiiioiiseipeiir Bertrand' diKfisesdto'.

L'escu d*argeut à i. aigle de sable A ij. tez (1 ) et ai. rouge baston Portoit lepreuxy le vaillant connestable^ Le bon Bertrand du Guesclin en surnon.

A Bron fut né le chevalier breton, Fier et hardi, couraigeux comme i. tor (2), Qui Uuit ama de loyal cuer et bon L'escu d'azur a trois fleurs de lis d'or.

A lu y n'estoit chevalier comparable, En son vivant, pour certain ce dit-on, Ne qui tant fust aux armes convenable, * Pour vaincre gens ou abatre penon.

Or il est mort : Dieu lui face pardon! Pleusl or à-Dieu que il vesquitencor ?

Si defl'endist de ce liepar félon ( 3 ) L'escu d'azur a trois fleurs de lis d'or.

Pour ses grans fais soit escript en la table Machabeus et des preux de renon.

De Josué, David le raisonnable, D'Alixandre, d'Ector et Cesaron, Art us, Charles, Godefroy de Billon, Et soit nommé le dixième dès or Bertrand le preux qui servit com preudom L'escu d'azur a trois fleurs de lis d'or.

(1) Tcti's. (2) Taureau.

(3) Le poète parle ici de rAu{;leterrc, dont les armes étaient alors de

gueules aux tfois léopards d*or passants l'un au-dessus de Vautre,

Plourez, princes, ducs et barons, Tous chevaliers, escuiers et bourjois !

Plourez, Normans, Angevins et Bretons La mort du preux connestable françois,

Le^ bon Bertran du Guesclin ! ' Plourons trestruit, soyons à Dieu enclin,. Pour son ame prier, c'est bien raison : Car loailement defendi de cuer fin Les fleurs de lis du lieupart félon.

Hardis estoit et fier c^omme lyons, Li valeureux chevalier et courtois Sa baniere et ses nobles penons Très fièrement demonstroit sur Englois^,

Il les mettoit à dedin Par sa valeur. Or li soit Dieu à fin, Et nous ottroil avoir tel champion Qui garder puist par proesse et engin Les fleurs de lis du lieupart félon !

Soit enterrez enlie les roiauLx bous Son vaillant corps par honnour, c'est bien drois ; Caç puis le tamps des neuf preux, plus preudons En fait d*armes ne fu, si com je crois

Tout dis vray el enterin.

A son seigneur estoit le palazin, Bien y apert a ses fais de renom.

Or veille Dieux garder le trèsbegnin Les fleurs de lis du lieupart félon !.

I ijiay ■ Il

TraDsIalion du Cceur.

La translation du cœur de du Guesclin, de l'église des Jacobins de IMnan^ dans celle de Saint-Sauveur, eut lieu le 10 juillet 1810.

Dès la veille, cette- cérémonie avait été annoncée parle bruit du canon et le son des cloches de toutes les églises-.

M. le sous-préfet avait fait dresser dans son hôtel une chambre ardente, représentant une grotte sépulcrale, décorée d'une guirlande de crêpe, d'attributs funèbres, des armes du connétable et de celles deTyphaineKaguenel^ née à Dinan, première épouse de Du Guesclin qui, lui-même, prit naissance à Broons^ Tune des communes de cet arrondissement, peu distante de celle ville.

Vn autel de forme antique, surmonté d'une urne cinéraire, renfermant le cœur du Connétable, enveloppé de sa botte de plomb, aussi de la forme d'un cœur, était placée au milieu de la grotte. Sur le pourtour de l'autel, éclairé par plusieurs bougies, on lisait diverses inscriptions analogues, dont quelquesunes tirées de Tbistoire du tiéros, et les autres du discours qu'a prononcé M. le Sous-Préiet. On a remarqué celles-ci :

Il fut proclamé le dixième des preux. Il triompha dans le cercueil. NaminaiuB e$î mqnè adexîrema terrœ. U fut l'épée et le bouclier de la France.

Deux ecclésiastiques ont veillé auprès du cœur pendant son exposition.

M. le baron Boullé, préfet du département^ M. le baron Caffarelli, évéque, membres de la Légion-d'Honneur ; M. le général Henri Boyer, commandant de la Légion-d'Honneur, chevalier de la Couronne de Fer et commandant le département, avaient été invités à la cérémonie.

M. !o Profol, attendu la réunion du Conseil-Général, Mgr

TO^^u'ii se trouvait en tournée dans un pc gué de celte ville, ont témoigné leur vif regret de ne pouvoir 'y rendre.

Après un discours de M. le curé de Saint-Sauveur et un autre de M • le Sous-Préfet, ce dernier si invité M. le Général et tous les fonctionnaires à passer dans la salle d'exposition où s'était déjà rendu le clergé qui, après avoir pris place autour de Tautel^ a commencé la cérëmonie religieuse |»ar un depra^ /ttndâ chanté en faux-bourdon.

M. le Sous-Préfet, assisté de MM. le Président du Tribunal civil, le Maire de Dim>n, et de M. le Commandant d armes, a présenté le cœur à M. le grand-vicaire; ce dernier Tarerais dans rurne qui a été placée sur un brancard préparé et disposé à cet effet -

\ Le cortège ecclésiastique, les croix levées, précédé destamboui^y drapés en noir, et des musiciens de la garde nationale, dont les instruments étaient revêtus de crêpes, a ouvert lentement la marche.

Venait ensuite le brancard qui était porté par MM. le commandant d*armes, M. Ménager, ancien oiBcier de la Ré[»ublique, et Serizay, ancien major de dragons, pensionné.

I Les coins du poêle étaient tenus par MM. De Castellan, ancien brigadier des Armées navales, Jaulîn, Lemassonet Touron, capitaines d'infanterie retirés.

Les torches funéraires étaient portées par MM. ToOicier commandant la gendarmerie, Lesvier, capitaine d'infanterie retraité, rolBcier du recrutement et Ferlé, lieutenant dartillerie retraité.

Le brancard était précédé et suivi d'un peloton des élèves du collège communal en grande tenue, portant des crêpes aux bras et tenant à la main des branches de laurier et de cyprès. — Suivaient les fonctionnaires publics, rangés dans Tordre des

^rrse;incos, ayaiif îi la l6te MM. le général; le sôus-pt^feî, irésidonl du trilmnaU le maire de iJinan, celui de ïîroons es meiîibres de la légiou-d'lioiineur. — L'escorte était formée 'par les brigades de gendarmerie, des douanes, des sousnofficiers du recrutement et d'un détachement d'élite de la garde piiationalCy dans la meilleure tenue possible. — Les mes qu*a parcourues le cortège étaient couvertes, en plusieurs parties, de branches de cyprès. — Le cortège s'est d'abord dirigé vers la place du Champ. I*endant la marche, le chant était inier- 'rompu par des airs lugubres, des coups de tambour frappés par intervalles : les cloches sonnaient en deuil. — A Tarrivée sur la Place, les restes du connéiable ont été salués par treize coups de canon. — Un autel de forme monumentale avait été préparé sur la place où Duguesclin vainquît, en champ clos, le* periide et déloyal anglais Cantorbie, au lieu que la tradition populaire assigne au combat. Le brancard a été déposé sur cet autel. — Le cortège Ta entouré ; Nous, maire de Dinan^ avons proclamé que désormais cette belle place porterait le nom im- . mortel du Héros. Des tablettes sur lesquelles sont écrits ces ^inots : Champ Duguesclm, ont été attachées à toutes les encoignures des rues aboutissant à cette place. — Après la proclamation, le canon s est fait entendre et la musique a exécute l'air : Mourir pour sa patrie^ a grand orchestre, — Le cortige ayant repris son ordre, a poursuivi sa marche et s'est rendu à l'église Saint-Sauveur, — La force armée a fait plusieurs décharges de mousqueterie sur le parvis du temple. — Une pyrthîide étiïïcelante de feux et surmontée d*une urne cinéraire de grand modèle et forme antique, avait été disposée au-des- ^sous du dôtne de la flèche. — Une ceinture de drap noîr, par- ' settiée de latmes et de létes de mort, coupée par intervalle des armes du connétable et de celles de sa première * femme, régnait àtitour de Téglise. Des drapeaux, dotitles cravates

— 5iiâ —

lira

formées lie crêpes et rubans noirs, élaîeul ap|>enilus aux !>.>lotmes. — Le chœur étail éclairé par des lampes sépulcrales.

— Plusieurs inscriptions, en style lapidaire, se lisaient aulour du catafalque. — Le brancard et Turne ont été dé[»osés sur l'estrade préparée pour les recevoir, — Les fonctionnaires et au-

es personnes convoquées ont pris les places qui leur étaient réservées. — L office divin a été chanté en gTti.nd chœur. — Les musiciens ont exécuté divers morceaux d'harmonie appropriés h la circonstance. — La messe a été céléJjrée par i\L le curé de Saint-Sauveur avec toute la pompe religieuse possible. — Après révangilc, M. Faisant, curé de Bédée, a prononcé l'oraison funèbre dont la transcription aura lieu a la suite du présent.

— Les fonctionnaires publics se sont assemblés près le calafal- I que, où un nouveau Libéra a étéchanlé, — L'urne a été portée ^avec le plus grand respect dans le caveau disposé pour la re- ^■evoir. — ^EUe renfermait le cœur du connétable et celui de sa ^■emme, Typhaine Raguenel. — Elle a été scellée en présence ^du peuple. — La pierre sépulcrale, qui couvrait le cœur dans

réglise des Jacobins, a été placée de manière qu'on puisse facilement lire répitaphe qui, avec un cœur et les armes du connétable (une aigle éployée), est gravée dessus ; elle est ainsi conçue :

Cy : gist : le : cueur : de : messire : bertran : du : gueaquin : en ; son : vivant : conestable: de: france: qui trespassa:

le: xiii': jour: de: iuUet; lan: mil: iii* : iiiiw dont: son: corps: repos: auecques. ceulx : des : roys: a : ^amtdénis : en : France :

— 5kU —

'Les armoiries du connétable et de sa femme, Typhaine Rafueneli ont été placées dans le vitrail en face du moniiment(l). — Le procès-verbal de cette mémorable translation, gravé sur une i^aque, sera incrusté dans le mur, auprès du tombeau, dans le lieu le plus apparent (2). — : Le cort^e s'est formé de nouveau dans Tordre du départ, pour retourner à Thôtel de M. le sous-préfet où il s'est* séparé.

De tout quoi nous avons rapporté le présent ptocès-verbal en quintuple expédition; l'une, pour être adressée à S. E^Ie ministre de l'intérieur, par l'intermédiaire de MM. les sous- , préfet et préfet ; l'autre, envoyée à M. le préfet ; la troisième , déposée aux archives de la sous-préfecture ; la quatrième, à celles de la mairie, et la cinquième, remise à M. Néel, aux soins duquel on est redevable de la conservation du cœur du connétable, de la pierre sépulcrale, des armoiries et autres accessoires, et qui en a fait don.

Signé: LE CHEVALIER.

(1.) Jusqu'à présent on a négligé de faire graver et inemster ce prt* cès-Tcrbal. Il serait à détirer qa*on réparât cet oubli, dans rintérètdtf étrangers et de la postérité.

(2.) Ces armoiries furent brisées par la maladresse de FouTricr chaigé de les placer» et les fragments en furent dispersés.

Icstaoïeiil du Connétable Berliaud DuL'uesclin.

tfi nomine dominî noslri Jejîu-Cristi amen, liicarnaiionm dominicsc anno fijuidem 1580 die nona mcnslK julH et ponlillcatus sanctissiroini in cbrî»(o patris el domioi cicnienlis seplimî îmltcUone secunda. Noverinl unîversi quod seroniSÂimus polenU^siinu.sqae dotninus Derlrându,vDuguesclin cornes LongueviOe, connestabu- Uia Francia^ nuum condidit uliiinam teslamentum de bonis suis disponendo et or-

Kndo pcr modum qui sequilurinlVa sçrrptiis. Vu nom de la benoîslc ti înîté le père, le fils et le $aînl-esprit* Nous Bertrand Duguescfin, coin le de Longueville, sain de notre pensée, combien que par grâce de Dieu nous soyons în- I firme de corps, sç^vanl qu'il n'est rien plus certain que la mort^j ne rien plus iurertain que roure d'icelle, ne voulant pas décéder intestat faisons cl oruoimons notre testament ou dernière vo- Jttntc en la forme et manière qui s en suit : ^Jl^reniicrement nous commandons notre âme à Dieu, à sa glorieuse mère et à toute la compaignie des cieux. — Item nous I élisons la sépulture de nostre estre faite 1 église des Jacobins de Dinan^ en la cljafK^le de nos prédécesseurs, et notre servigc eslre fait comme nos exécuteurs verront que â faire sera, et à iceux religieux nous donnons et laissons le prix que couleroît ou dit pais une fois payées cinquaule livres de rente, pour le remède et salut des âmes de nous et de nos prédécesseurs. — i Item nous voulons et ordonnons nos amendes estre duément I faites, et nos debtes estre peyées à ceux à qui il apparoistra duement nous estre tenus. — Item nous ordonnons qu'un pe- If^rm soit pour nous envéé en veage à Saint-Charles et à Saint- Yves en Bretagne, et à chacun d'iceux cinq cent livres de cire;j — Item nous donnons et laissons à la réparation de Téglise de Cfiisec œut francs une fois payés. — Item nous donnons et ]2iiââons à toutes les paroisses où nous avons aucuns héritages, à phaîcune uns vestemeuts de sainte église bons et suffisants

pour estre nous et nos prédécesseurs participans ez prières desdites églises. — IteiD, nous commandons et ordonnons que la chapelle que nous avons autrefois ordonnée à faire à &iint- Sauveur de Dinan d'une messe par chacun jour, soit parfaite jusqu'à trente cinq livres de rentes, st elle ne l'est dès à présent, pour le remède et salut de l'âme de nous. — Item, nons donnons à Bertrand du Guesclin fils de notre cousin messire Ollivier du Guesclin, ce que deux cent livres de rente poiuront couster pour convertir en héritage en Bretagne, on la rente ly estre payée, jusqu'à temps que le payement ly en soit fait. — Item nous donnons et laissons à nos serviteurs qui s'ensuivent les sommés cy-après déclarées, pour les bons services qulls nous ont faits et pour le salut de notre âme c'est à savoir i Thomas Guilloteaux cent livres, à Racoillé cent livres , à Jeu Du Fresne cent francs, à Goust des Portes, cent francs, à Hervé Hay cent francs, à Breton de nostre bouteillerie cinquante livres: à Bodigan cinquante livres; à M. André Thebaultcent francs, à Hennequin cinquante livres, à Ferrandille cinquante livres, à Joachim de Sommières cinquante livres, à Guillaame de Maczon cent francs, à Jean du Fournet cent francs, à Perrot du Fournet cent francs, à maistre Jean Le Gué cent francs, à maistre Thomas Medeon cent francs, à Taillebodin cent francs, à Genoillet cent francs, à Robinet de la cuisine cinquante livres. — Item, nous voulons et ordonnons que tous ceux qui ont eu administration, ou reçu aucune chose de nostre ou de nos choses, à cause de nous, en rendent compte à nos exécuteurs, et si ils doivent qu'ils payent, ou si on leur doibt, qnll leur soit payé. — Item, nous connaissons devoir à messire Hervé de Mauny mille francs de pur prest en or comptant, qnc nous lui avons ordonné estre payé par le trésorier, lesquels nous luy ordonnons estre payés par nos exécuteurs. Item, nous connaissons avoir autrefois donné à messire Alain de

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liurleon cent i'rancs de rcnU* h son viage que nous voulou 4*1 onJouttons ly estre payé par nos Iiéritiers et exécuteurs pour les lions services qu'ils nous a fails. — hem, nous voulaiis cl ordonnons queGcoUVoy de QucdiUacsoil reconi|H*nse siir noire lerre, sîil avenoit qu'il nerdil la sienne poureslre venu k noslre service, de tant comme il perdroil, — Itéra, nous voulons et ordonnons que le testament de nostre feue coiii|i.igne , dont nous sommes chargé, soit parfait et acc^OHipli par nos exécuteurs: — Item, nous ordonnons que Jean Le Bouleiller (omple o nos exécuteurs et que ce qui sera dub lui soit payé. — Item nous voulons et ordonnons que iiîeî*sjrc Alain de Burleon soit délivré et acquitté de toutes les obligations en quoy il est tenu pour nous. — Item nous donnons et laissons h nostre amée conipaigne pour les bons et agréables sc^rvices qu'elle nous a faits, tout le résidu do nos biens meubles, notre dite exécution préalablement accomplie, ei avec ce voulons et ordonnons qu^elle jouisse, le cours de sa vie seulement, des conquels faits par nous, le mariage de le et de nous durant.

Et pour Texécutiondes présentes, ordonnons tous nos biens meubles estre obligés, desquels nous transportons dès à présent^ pour ce faire, la saisine es possession à nos exécuteurs, et ou cas qu'ils ne pourraient fournir à ce, nous voulons et ordonnons de nos héritages estre vendus pour le parfaire par la main de nos exécuteurs, comme ils verront qu*a faire sera. Et nous élisons nos exécuteui-s pour notre dernière exécution faire et accomplir, c'est à sçavoir nostre dite amée compagne, messire OlUvier de Mauny, messire Hervé de Mauny, et Jean kLe Boutelller, lesquels nous prions qu'ils en veuillent pren- ^^re la charge, et les choses devant dites loyalement accomplir; I cl nous voulons que si tous ensemble ne pouvoient ou ne vou- I loient à ce vaquer ou entendre . que trois ou deux d*eux1e puisse

parfaire accomplir, non obstant l'absence des autres ; auxquels nous donnons pouvoir de corriger, d'accroistre ou d'amenuiser ce qu'ils y verront qu'à faire sera en ce présent testament; et voulons et ordonnons que ce soit notre dernier testamentou volonté^ et que s'il ne pouvait valoir en tout, que il vaille en la partie que il devra et pourra mieux valoir, tant de droit que de coustume, sans que l'une des parties soit corrompue ou viciée par l'autre; et renonçons et rappelons tous autres testaments, si avant en avions fait autrefois. Et pour que ce soit chose ferme et estable ou temps à venir^ nous requérons à Jacques Chesal clerc, notaire et Tabellion apostolique, que en tesmoin de ce il fasse instrument et mQtte son seing à ce présent testament ; et requerrons à ceux qui cy après suivront, que m temps à venir, si mestier est, ils en soient tesmôins: C'est à sçavoir JuhelRolant, Jean de Perchon, Robert de Champagne Guillaume Huson, Jean deListré, JeanduCouldray, Guillauflue du Couldray, Ollivier Loncel, Pierrot Maingui, et plusieurs antres à ce appelés.

Ce fut fait en la maison de nostre habitation au siège devant Chateauneuf de Rendan en la sénéchaussée de Beaucaire, l'an et le jour dessus dits.

Quod idem teslîmoniuiti, et omnia etsfngula supni scnpfa per eutndem t ren ordinau, fuerunl per me diclom notarium in praesentîa, suprtâîctonuii loi' Mum lecta, publicata» ac notificata, Tolente et requirenle testalore, snpradiclOt de quo me dictum notarium requisivil Aeri et confici praediclum publicum ioslnimentum^ UDùm Tel plura et toi quod Tuerint sibi aut suis necessaria ad dictamen eo- Jusqué aapientia, ipso produeto tel non producto in judicio Td «In, wàïMÊSÊk non mulata. In prembsorvpi teelimonium et ad maiprem ûnaitatem premifaoniW ego dictus notariui premissa omnia in notam recepi e| aliis occup^tos negodis

perfldelem... :... substitulum meum boc praesens et publicum instro-

mentnm f n hatic formam publlcam redegi scripsi, subscripsi, et 0]ipo8al i mtnip.

Codicille du Connétable Du (luescliu.

Sçtichent tous présens et avenir que nous avons aujourd'hui veu dilligeuHiient, regarde et ku de mot à mot en noslrecour k Atigers, une lettre saine et ciitièi*e en scel et escriture, scellae en cuir double du scel de feu noble et puissant seigneur Berirand du Guesclin comte de Longueville etuagueres connestal>Ie de France, non cancellée, non mal mise, non corromime, en aucune partie d'icclle, de laquelle la teneur eusuilt ; Bertrand du Guesclin comte de Longueville et connestable de France, sv^voir faisons à tous |)ivsens et avenir^ que comme nous en nostre testament ayons donné et laissé à Bertrand du lîucsclin lils de notre cousin messire Ollivicr du Guesclin, ce que deux cent livres de rente peuvent couster, pour convertir en héritage en Bretagne, ou la terre luy estre payée jusqu'à temps que le payement luy en soit faict; nous, en amplifiant nostre grâce aud ici IkTlrand, pour ce qu*il porte nostre nom, et de par nous et pour faveur de plusieurs bons et agréables services que nostre dit cousin nous a faicls, et espérons qu'il lera au temps a venir, de notre certaine science et grâce spéciale, a iceluy Bertrand avons donné et octroyé, et par la teneur de ces présentes donnons et octroyons les dicts deux cent livres de rente, à ly estre assises et assignées sur nostre feage et doniaîne de la Cheverie avec ses appartenances et sur aos autres terres, de proche en proche, de piëceen pièce, et de lieu en lieu, jusqu'au dit prix et tellement que ladite rente ne puisse déj»erir, ou cas que nous n'ayons hoir de nostre chair oé et procréé en mariage, et avoir et tenir ladicte assiette du dit Bertrand et de ses hoirs et de ceux qui auront leur cause, |ïOur en laire dorénavant toute sa plaine et euti6re volonté caiJJimc de sa propre a luy acqui&c^par droit dhérilaige; et à

cet effect tenir et acœmplir, fermement et loyalement, et à garder le dict Bertrand de tous dommages par deffault de sa dicte assiette ly faite ou autrement, nous obligeant nous et nos héritiers et tous nos biens meubles et immeubles préscns et à venir, en quelque lieu qu'ils soient, et chacun pièce pour le tout^ sans que nos hoirs ne autres à cause de nous applegement, contrapplegement opposer, ne autrement, puissent aller encontre en aucune manière.

Entesmoin de ce nous avons fait apposer nostre scel à ces présentes*

Donné devant ChâteauneufdeRandan le 10 juillet del'aui 1380. Ainsi signé : Par monsieur le conneslable, présens messire Hervé de Màuny, messire Alain de Burleon, de Cadillac, Le Maczon. Et ce présent vidimus fut donné à Angers etsodOé du scel establi aux contrasts de notre dicte cour, le 16* jour d'aoust Tan de grâce 1380.

Signé : PINRIOUST.

PROMESSE (i)

Jurée par les Ciievaliers et Eciiycrs de la nation de Bretaigne

DURiVNS LE SIEGE DU CHASTEL NEUF RANDAN

Le Jour de la Saincte Trinité en l'an de rincarnation 1380.

Je jure la saincte Trioîté et bous peine d'anathcsmc tenir et serfir justement et InyaUemcnt soit, pour commander ou obéir au Blcssire Bertran et le suivre en (|uincomque emprise de par qui ag honneur et re[[nou.

(1) Crllo pièce, copiée sur rorig^iual, ou parcliciiiin, nous a clé coa iiutniquôr p;ir \i. L. (le Luvillctlcncu»

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