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ire Scfenc, — M. Ros chez Duhoux. — « P^, qu'as-tu fait de la fille? » Le vieux coupable se croit découvert, hésite et parvient à dire que, depuis la retraite de Burtulet, on ne Ta point revue, — Cherchons, reprend le médecin des âmes.
î^ Scène. — On lève le couvercle d*un antique et vaste bahul qui servaitde grenier ; et, dansl'obscure enceinte, on aperçoii la pénitente, flétrie comme rintérJeur d'une noix cueillie depuis longtemps..*.
3« Scène. — Elle n'a plus qu'un souflle ; le prêtre se hâte de l'éatendre pour la dernière fois, tend la main sur sa tôte moumate et la réconcilie.
4* Scène. — Voilà les dépouilles de la récluse.:.. L'étroite Mcrre qui les contient est exposée sur le mur du cimetière, entre la terre sainte et la terre profane, devant une assistance considérable. Aux coins du cercueil sont venus se placer quatre bbitants des airs : deux corbeaux et deux colomlies. Les aninaaux noirs tirent la châsse en dehors etdes voix sinistres crient: eJleel son guide sont perdus! Soudain les oiseaux blancs la poussent au champ du repos. Marie et M. Ros sont sauvés !
Ici la loîle tombe et Ton nous abandonne à nos réflexions.
Je n'ofl*re que le fond de cette histoire dramatique quej'aî '•nti^ndu chanter à Cal lac, en septembre dernier. Le breton exprime tout avec une énergie et une naïveté qu*on a* ose rendre êû Finançais.
B£ GABÀ&Y, Chan.
L'ILE DE SEEV. (*)
Sur la cote de Bretagne, en suivant le prolongement de la pointe du Raz, dont autrefois elle faisait partie, vous découvrez lile de Sein, une des plus célèbres dans les tc^ps reculés.
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{*) Les iles de Sein , Molènes , Ouêssant elBeniguet, qui forment un petit archipd, ont dû être beaucoup plus considérables quelles ne le sont aujourd'|iui.
La chaîne de rochers , nommée chaussée de Sein , s'étend à sept lieues au large , comme un témoignage du grand cataclysme qui a englouti une partie deTile de ce nom , et changé la configuration des côtes de la Bretagne. Les rochers de Sein , ôm Penmarch , les Glénans, les Triagons, ces milliers d*écueils qui bordent nos côtes , sont incontestablement les squeleltes du littoral armoricain , envahi par l'Océan et dont les parties terreuses ont été enlevées par les eaux. On connaît la submersion de la forêt de Scie y, près Dot , qui disparut dans le grand cataclysme de 709 , sur une étendue de 8 lieues. On trouve encore dans 1^ marais qui Tout remplacée, et près de Saint-Suliac , Saint-Enogat , Saint-Briac , etc. des arbres entiers enfouis , chênes , hêtres, bouleaui, elc. Dans la baie des Rosaires , près Saint- Brieuc, existe aussi une forêt sous-marine, signalée par M. Le Maout, père; enfin, en dehors du h&vre de Morlaix» et dans la baie de Saint-Michel-en-Grève^ M. delà Fruglaye, a également découvert une forêt enfouie sous les eaux.
Itepuis 709, d'autres irruptions de la mer ont eu lieu sur notre littoral. Aux environs de Dol , le village de Bourgneuf a été englouti vers le 15e siècle ; puis Mauny et Feuillette ont disparu de la carie ; en 1630 , Paluel , et on l'avait déjà oublié , lorsqu'à la suite d'un violent ouragan , en janvier 1755 , une partie de ses mines revit le jour.
En 1172 , la mer inonda ane partie du territoire de Saint-Pol-de-Léon ; mais elle ne tarda pas à rentrer dans ses limites. En 1669 , les dunes mobiles des sables de Santec , menacèrent aussi Saint-Pol. Elles envahirent 500 journaux de terrain , l'église de Tréménéac et le manoir de Brigné. Buffon rend compte de cet événement qui fixa l'attention des états de Bretagne. (01. Le Gall. )
Elle fui un lieu de loerio, un sojourdc nymphes, de dryades . mais cse qui la distinguait jadis plus particulièrement^ c'est qu'elle possédait un fameux collëge de Druidtsses* Il y avait même un oracle d'une divinité gauloise qui les obligeait à y conserver le nombre neuf, et à garder une virginité jierpétuelle
Les Gaulois croyaient qu'animées d'un génie particulier, Ctt^rètresses pouvaient prendre la forme de toute espèce d*a-. nimaux^ guérir les maladies les plus invétérées et prédire l'avenir.
Le profane assez hardi pour aborder leur île s'en voyait repoussé pur la foudre et les éclairs, par des spectre^arniés de flammes, par des bruits de cymbales retentissantes et par des hurlements épouvantables.
Les rois, les empereurs venaient souvent interroger leur science. Cei>endant elles ne pouvaient exercer leur art que
mr les navigateurs qui se mettaient en mer, dans le but de les
msulter*
Sans doute, au retour de leurs longs voyages, les navigateurs )iuiaissants comlilaicnt de présents les prêtresses, et alors 'VïIedeSein, brillante et animée, n élait pas^ comme aujourd'hui, une plage de sable entièrement dépouillée.
Ou prétend aussi avoir retrouvé, dans les traditions de TUe, {u'elle fut le lieu de la naissance de l'enchanteur Merlin, si célèbre à la cour du roi Arthur, dans les romans de la lid)le ronde ; c est le corps enchanté de ce même magicien ipii rendait des oracles sous le règne deCharlemagne.
Tels sont les récits historiques, les fables qui donnent à Fîle de Sein sa célébrité ; son état réel, aujourd'hui, est fort éloigné de toutes ces mei'v*filles.
Ces terres sont entièrement dépouillées, on n'y voit pas même une ronce; quebpies fougeies, quchpies bnnqiipfs dt^
lande, sont les seules productions naturelles de Tile. Cependant un pied d'aibre y est connu, il appartient au recteur (cure), qui en prend le plus grand soin; mais dèsqu il surpasse son mur, il est coupé, brûlé par le vent du Sud-Ouest. fl
Tous les hommes sont pêcheurs; les femmes, comme à !*Ue de Batz, cultivent la terre à la main; leurs maris ignorent quelquefois la place de leurs propriétés. Les partages se font entre elles, de bonne foi et sans jamais de querelles ; leurs tabliers leur servent de mesures. f
La plus grande simplicité préside aux mariages; après la cérémonie religieuse, on danse au chant : il n'existe pas même une musette chez ces insulaires»
Jamais on n'entendit parler, dans File de Sein, d'une fille coupable envers l'honneur : elle eut été lapidée sans pitié*
Le nombre des habitants s'élève environ à trois cent cinquante ; on peut compter à peu près soixante maisons ou barraques et soixante vaches.
Les portes des maisons ne se ferment qu aux approches de la tempête ; des feux follets, des sifflements lannoncent.
Quand on entendait ce murmure éloigné qui précède rorage, les anciens s'écriaient : Fermons les portes.
Ecoutez les crîerîeo, le tourbillon les suit.
Ces crîerien sont les ombres, les ossements des naufragés qui demandent la sépulture, désespérés d'être depuis leur mort ballottés par les éléments.
Dans ces parages, les tempêtes sont affreuses et perpétuelles; il y règne une humidité continuelle et une éternelle mélancx)lie. Mais, quand le soleil est pur, on aperçoit de nie de Sein une ue magnifique. En face, vous voyez la pointe du Raz, la côte u ^ tdierne jusqu'à Penmarck, la pointe de Saint-Mathieu et les anseç variées de la terre de Crozon. Pas un vaisseau ne
sort de Brest sans être vu de celte île, les rochers prolongés de la pointe de l'ouest, le mouvement des navires à la voile dans le loînlain, les changements subits de latmosphère, le lerer, le coucher du soleil^ spectacles toujours nouveaux, toujours sublimes, enchanteraient ici Fami de la nature et de ses immenses tableaux.
Dans ce pays pauvre et Iranquille, où les agitations du ders ne se font jamais sentir^ la vie se passe calme et pure,
A cinq heures, le soir, la cloche sonne, tout le monde se rend h réalise pour la prière ; le recteur s*y trouve, et, entouré de son troupeau, il l'end grâce à Dieu [>our le jour passe, et il rinvoque pour le jour à venir.
Ce digne ministi-e du Seigneur, qui ne quitte jamais sa paroisse, en est le père et le chef. C'est lui qui sert de conseiller, et qui lève les difficultés, du reste bien rares parmi ses ouaiUes*
La médecine n a pas encore pénétré dans cette demeure de la sobriété, de la sagesse et de la pauvreté.
Ces bons insulaires n'aiment point que des étrangers viennent s'établir dans leur île; ils sont d*ailleurs hospitaliers, tous reçoivent à bras ouverts, et se disputent la possession de ceux qui viennent les visiter. Tous volent au secours des naufragés, à quelque heure de la nuit que le canon fasse entendre un signal d*alarme. Les pilotes, dans leui-s frôles embarcations, bravent les vents, le froid, la grêle, la tempête et la mort. Tous les habitants sont sur le rivage, et le malheureux qui se sauve à la nage est recueilli dans le meilleur lit; il est soigné, chauffé, nourri; ses effets lui sont rendus avec une probité srnipuleuse; carie sentiment de la pitié y est bien autrement <oniui et pratiqué que sur les cotes de la grande terre.
Aux habitants de Tîle de Sein revient lîi gloire d'avoir sau-
vc un magnifique vaisseau de soixante-quatorze, faisant partie (le Tescadre de Dorvilliers.
C est encore eux (Jui rendirent ce signalé service au loûgre rEcureuil, et à une multitude de bâtiments de moindre imjx)rtance, qui doivent leur salut à ces excellents pêcheurs, si religieux et si honnêtes. Leur respectable recteur est décoré de la croix de la Icgion-dhonneiir, pour avoir souvent exposé sa vie en sauvant des naufragés^)
Il n'y a rien de f)lus effrayant que le passage entre le Raz et l'île de Sein : la moindre erreur, tftae fausse manœuvre vous précipité à jamais dans des gouffres, sur des rochers, sans aucun espoir de salut.
« Nul n'a passé le Raz, dit un proverbe, sans mal ni » frayeur ! »
Ce même proverbe ajoute :
c( Qui ne gouverne pas sans erreur son vaisseau dans le Raz, » y périt infailliblement. »
De là cette légère augmentation à la prière ordinaire des matelots bretons :
« Va doue, va sicouril da dremen ar raz, » Rac va lestr a zo bihan, hag ar mor a zo bras I »
« Secourez^moi, mon Dieu, dans le passage du Raz ; car » mon navire est petit et votre mer est grande! »
(*) Voici quelques uns des principaux sauvetages opérés par les habitants de cette île depuis 80 ans. En 1767, 500 hommes du vaisseau le Magnifique; en 1783, la corvette V Etourdie , montée par 150 hommes ; en 1793 , la corvette la Concorde ; en 1794, \e Séduisant, monté par 800 hommes; en 1796, un navire Suédois; en 1797 , la corvette V Arrogante; en 1809 , un navire espagnol ; en 1830 , le Lion , navire belge, dont ils ne purent sauver que le capitaine; Bcllissima, brick anglais, etc.
Le Suffisant, de 74, et le Brule-Gueuic , de 20 canons, moins heureux, on* péri sur les rochers qui avoisinent l'île de Sein. (01. Le Gall.)
Sous Louis-Qulnze, le duc d'Aiguillon, gouverneur de Bretagne, après avoir été visiter l'île de Sein, touché de son état de misère, offrit aux insulaires une habitation commode sur le continent, leur promettant tous les secours, toutes les ressourceç^ dont ils auraient besoin pour s'y établir ; ce fut en vain I .^
 ridée de quitter leurs rochers, ilsjse mirent à verser de larmes, et c'est à genoux qu'ils demandèrent qu'on ne les arrachât point à leur misère et aux sables qui les avaient vus naître.
Le duc d'Aiguillon, attendri, fit faire une jetée dans la partie du Sud, elle servit à préserver les champs cultivés et les maisons, souvent inondés parles eaux.
Pour soulager leur profonde misère et pour augmenter une nourriture quelquefois insuffisante, ce même gouverneur fi^ distribuer tous les trois mois, aux habitants, cent cinquante quintaux de biscuits, trente quintaux de lard, et huit de légumes. Cette noble charité fut établie à perpétuité.
Depuis le duc d'Aiguillon, la population s'est augmentée, mais les secours sont malheureusement restés les mêmes.
Coïicoret» — Eon de rEstoîle.
Concoret est situé dans l'arrondissement de Ploërmel, sur les confins de l'Ile-et-Vilaine. Ses habitants sont appelés sorciers par leurs voisins ; ils portent cette épithète depuis le Xlle siècle, parce qu'Eon de FEstoile, leur compatriote, qui passait
pour magicien, exerça son art et son industrie daius un bois de cette commune.
Ce singulier personnage fut d'abord cenobile à Loudéac;< mais des déssigrémeuts qu'il essuya de la part du supérieur du monastèi*e le firent abandonner la vie monacale pour la vie errante ou le vagabondage. 11 se livra à la recherche des secrets de la magie, puis il se fit, dit doni Morice, un système de religion plus digne de compassion que d*altention, s'il n'eût joiut le brigandage à Textravagance de ses dogmes. S étant appliqué ces mots du symbole, per Eum qui vcoturus esljudicare ^ vives et morluos, il s imagina que, par ce mol eum, qu'on prononçait alois eon, Dieu l'avait désigne dans le symbole même pour ceiui qui doit venir juger les vivants el les morts. Plein de cette bizarre idée, le voilà chef de secte et visionnaire exalté, ■ courant comme un fou dans les canqiagnes et se croyant pé*» tri d*un autre limon que les autres lionimes. Il parcourut en inspiré l'ouest de la France, en inqjosa à la multitude par son audace a soutenir ses doctrines et la séduisit par son éloquence i à débiter ses sottises. f
Après une assez longue absence, il revint à Concoret suivi de nombreux prosélytes- Ses sectateurs étaient divisés par caté- ■ gories à Finstar de la hiérarchie céleste : les chérubibs, les < anges, archanges ; il avait donné a chacun de ses principaux disciples des noms des puissances spirituelles : l'un s'appelait la Scieocej Taulre le Jugement, celui-ci la Terreur, celui-là la Sagesse, etc, ; personne nétait sans attributions spéciales, B pour peu qu*il eût d'intelligence on d'audace, et qu'il fût sou- " mis passivement à son maître; car Eon, comme tous les despotes, n aimait ni les raisonneui-s nî la contradiction.
Là, dans l'antique forêt de Brocéliande, déjà si fameuse par les merveilles des fées et les prodiges de Merlin, il pratiquait, dit la tradition, la magie et les enchantements. Cet hérésiar-
que et ses sectateurs menaieut une vie de cocagne à lombre des bois qu'avaient habités Viviane et sa victime. Leur table était toujoui*s servie des mets les plus friands, de vins délicats, de fruits savoureux, qu'ils volaient ça et là dans les environs.
lais, choses bien plus surprenantes, d'exagérés chroniqueurs it assuré que ces bandits possédaient des monceaux d'or et jl argent, étalés à leur porte comme un vain objet et mis à la
^scrction de quiconque embrassait leurs doctrines.
Les contemporains d'Eon^ fascinés par 1 audace de son charaitanisme, en ont fait un personnsige merveilleux, A les en
:>îre, il parcourait les aii-s avec la rapidité d'un sylphe ; les distances étaient un jeu pour lui : il traversait les mers en ^une matinée, et les jeudis, qui étaient ses jours de voyage, il Jlait déjeûner en Angleterre, prêcher en Poitou, dîner en Gascogne et revenait le soir coucher en Bretagne.
Sévère pour l'étiquette, sa vanité lui eût fait préférer le supplice à Toubli du décorum. Ce n était qu'en cérémonie, et richement vôtu, qu'il se montrai! au public et recevait les étrangi?i'S, sa i)olitique étant d éblouir par le faste. On prit delà ocasion de dire qu*une auréole de lumière cachait son visage à fœil des profanes, parce qu'il craignait que le regard du méchant ne souillât sa demi-divinité. Cependant on le j^eint luimême méchant et très-inhumain ; c'était selon les chroniques du temps, une àme perfide, s'il en existât. Voici deux faits traditionnels qui prouvent sa cruauté. Un jour, il fait don d'un épervier à un gentilhomme de ses amis ; l'oiseau était un sorcier dégutséi qui saisit au poignet le malheureux hofjereau et remporta sans qu'on le revit jamais. Une autre fois, il s'éprend Tune demoiselle de Moncontour ; la jeune fille résiste à ses séiclions : une alloue tte, aux ordres d'Eon, la prend par les cheveux, l'enlève dans les airs, et, du haut des nues, la laisse tomber sur le branchage d'un chêne, oui infortunée se met en
mi
pièces. Ajoutons (ce qui n'est plus un jeu de l'imagination de nos vieux romanciers, mais une vérité confirmée par Thistoire) qu'il allait avec sa bande rançonner les villages, dévaster les châteaux, piller les monastères, voler les églises, et quelquefoij|^/létrousser les passants sur les grands chemins et au coin
des bois.
On eût peut-être toléré ces brigandages, en ne voyant dans Eon qu'un hpnune vivant de son industrie, comme tant de seigneurs féodaux ; mais^à cette violation de la propriété, il joignait ses dogmes subvi^ifs, ses hérésies, qui attaquaient à la fois Fautel et le prêtre, les mystères et Dieu même : c'était pousser trop loin l'audace, que d'allier ainsi le crime au sacrilège. L'Eglise intervint dans cette cause, qui était la sienne ; du haut de ses chaires elle lança Tanathisme sur l'hérétique. Le pouvoir temporel se mêla aussi de cette affaire et poursuivit le criminel. Eon de l'Estoile, pourchassé par les archers de Gonan III, duc de Bretagne, quitta le pays et s'enfuit en Champagne; il fut arrêté quelque temps après par l'archevêque de Reims : c'était en 1 148. Ce prélat le traduisit devant le concile que le pape Eugène III avait assemblé à Reims pour juger l'hérésie de Gilbert de la Pprée. Il y parut appuyé sur uq bâton fourchu. Albéric, évêque d'Ostie, et légat du saint-siége, président de l'assemblée, voulut savoir ce que signifiait cette étrange béquille ; Eon lui répondit avec une gravité magiçtralQ, que, quand les fourchons de son bâton étaient tournés vers le ciel. Dieu avait en sa puissance les deux ticfôdu monde, et lui, Eon possédait l'autre tiers; mais que s'il tournait les pointes de sa fourche vers la terre, il devenait alorspossesseur des deux tiers du monde et n'en laissait qu'un tiers à Dieu. C'était là le langage d'un fou. Enfin, il eut beau soutenir qu'il devait juger les vivants et les morts, cette attestation d'un esprit en délire n'empêcha pas le concile de le condamner à une prison per-
5. Le bûcher rattendait, sans rhitercession de Tarchcle Reims. On le jeta dans un cul de l>ass(^-fosse, où il mourut bientôt par suite des mauvais traitenienls de ses geôliers.
Les sectateurs de rhérésiarque Eon, non moins obstinés que leur chef, furent condamnés au feu ; on traita plus sévèrement les disciples que le maître. Pas un de ces fanatiques ne donna <ies manjues de repentir ; tous se laissèrent brûler vifs plutôt que d'abjurer leurimpertiuente doctrine. O miseras komiuem meotes 1 Celui qu'on appelait le Jugement essaya crinlimider juges par Fidée de sa prétendue puissance, et menaça ses xécuteurs jusqu'au dernier moment; sur les bûcher même, évoré par le brasier, le malheureux poussa la démence jusqu'à commander à la terre de s'ouvrir pour engloutir ses bourreaux tout vivants. LatçiTe ne s ouvrit point, et le Jugement |K?rîl dans les flamuies. Tous lesEonistes qu'on supplicia, et il y en eut beaucoup dans le diocèse de Saint-Malo, subirent la mort avec le mùme courage, la môme résignation : c'était l'héroïsme du fana tisme.L erreur, comme la vérité peut donc avoir ses martyrs- VERUSMOR.
Tour d'Asting à Trégulcr.
On des caractères les plus prononcés de l'histoire des sciences à notre époque, est cette espèce de prédilection avec laquelle on s'attache h toutes les choses qui portent le type de lantiquilé ^ et le gouvernement lui-même a généreusement soutenu ceJ »*lan de zèle dans le domaine de rarclu^ologie. Des fonds ont »'M' aaordés ou |>romis pour leur enlrelien ou leur reslaura- Ijon.
tffadÉ
Il est cependant un monument de ce genre qui n'a pas attiré latteution , et qui néanmoins le méritait sous tous les rapports, c'est la tour dllasling , à Trëguier, Pour le faire comprendre » il suflit de la d écrire et d en tracer l'histoire.
En 836, les Danois ou Normands, sous4a conduite d' Hast ing, après avoir pris et ravagé Lexobie ('), entrèrent dans le port de Tréguier , pillèrent et brûlèrent le monastère de saint Tugdual , avec les habitations établies alentour ; mais y ayant trouvé la position avantageuse^ ils y laissèrent une colonie, qui s'y établit et s'y fortifia, en construisant un fort élevé , qui existe^ encore aujourd'hui sous le nom de Tour d'Hasting:. C'est sans contredit le plus ancien monument de la ville, et Tun des plus curieux que l'on puisse trouver, puisqu'il remonte à une époque dont il reste peu de chose , non-seulement en Bretagne , mais encore dans tout le reste de la France , ayant été bâti vers Fan 837.
Placé à la jonction de la cathédrale et du palais épiscopal , il se trouve enclavé jusqu'à la moitié de sa hauteur dans les constructions de l'église, et présente un édiBce carré y ayant , à l'un de ses angles , une tourelle ronde qui sert de cage à Tescalier, Sa base forme le fond du croisillon gauche de la cathédrale. On y remarque, dit M. de Fréminville, des piliers ou colonnes, soutenant des arceaux à plein cintre. Les socles et les chapiteaux sont revêtus d'ornements très-simptes, qui frappent^ dit le sa- ^ vaut archéologue, par raualojjie qu'ils ont avec ceux qu'on re- fl mai que aux colonnes du temple de Lanlelï, édifice qu'on croit remonter au temps du paganisme en BretagJie, Sur cet te partie
(1] VîHe anctenneiSituéeà l'ombouchure du Gucr« dans la commune de Flûutecb , à Toucât de Lannîon, et sur rtimpUccmoni do laquelle on remarque encore aujourd'hui Téglise appelée pour cela Coz-Yeaudel (\ieiHe Cité). Voir page U»
— ei —
de la lour qui donne dans rintérieur de la cathédrale , était aulrerois une inscription latine qu'on disait trës-ancienne ; mais, en 1793, le génie de la destruction a passé sur elle , et elle a été si bien martelée qu'il n'en reste presque plus rien ; de sorte qu'aujourd'hui il est impossible de juger, même par le caractèi-e des lettres, de Tépoque où elle a pu être écrite. Elle consistait en ces trois vers latins , conservés dans le catalogue des évèqiies de Tréguier , par Albert Le Grand :
Hiitîn^ obUnoit sedem ; per euinque Tacavil
Ad nos per cealum demplis Ma qulaque, percmplo
Prcesitle; non este ia Làc résidente*
^ Si ces vers doivent se prendre à la lettre et s*appïiquer à Trégviier I il y a lieu de croire qu'un siège épiscopal y avait été établi avant cette invasion des Danois , puisqu'ils disent formellement : Hastiog s'est emparé du siège, et par lui il a vaqué cent moins dix ans (*)« le prélat ayant été tué, et aucun n^y ) résidant plus.
lésais que, d'après Albert Le Grand, ces vers devraient s'en* têndrede Lexobie, parce qu'il fait saint Tugdualet ses premiers mooesseurs évêques de cette ville , et non de Tréguier ; mais en cela, il est contredit positivement par Lobineau et par la légende du propre des diocèses de Bretagne,
Quant à la tour , suivant lauteur déjà cité y il paraît qu elle avait anciennement quatre étages , à en juger par les encastrements des solives dans les murs, caries planchers n'existent phis. Elle est éclairée par des fenêtres à plein cintre et à doubles arceaux , surmontés extérieurement d'un cordon en saillie,
(*) Catta vacance ne dut pas être aussi longue» si, commo le dit rUfioîrê , ce fut Nominoéi roi de Bretagne» qui fit rétablir ce siège.
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