A MADEMOISELLE
Bretagne ! cher p^jrs ! oasù solitaire /
L'objet de mon premier fimour ; Celui qui, jusqu'au dernier jour.
Nous accompagne, — Blanche leelrice , que ceci Ne V01I3 cause aumoîns nut souci , —
C'est ma BRETAGNE.
Ce n*e^t pasque j'airae beaucoup Le bon vieux lemps : j'ai peu de godt
Au moyen-âge* 'Seris opprimés^ ma^if rempart Moine buveur, droit deChampart,
Dur vasselage*
Non : mais dans un siècle bâtard Qui roule et se meut au basard
Nul ne sait comme, Qui n'aime â songera souhait Au temps OÙ du sang bouillonnait
Dans des coeurs d'homme 7
Votlà pourquoi j'aimais à voir Kept&ser devant moi, le soir,
Dans un beau rêve , Les vieux héros du vieux duché.
Les ducs pensifs, le front penché»
La main au glaive.
t*osl ardent» les blancs étendards, La mèléeaux changeants hasards.
Rude et sanglante:
La guerre — ou bien tes doux émoîf Des preux couronnés aux tournoie
Par une amante.
Mais où sont ces jours d'autrefois Etoiles d'amour et d'exploits f
Vaines idées I Je me révetitcen plein midi :
Tout marche, et ce peuple a grandi
De vingt coudées.
Au lieu d'un noir château ducal , Le vénérable tribunal
Qui siège à Rennes:
Au lieu de défunt parlement, Le préfet du département
D'Ille-et-Vilaîne,
J'ai vu ton auguste palais « Sénat de fer , d*où tu clia&sais La loi française ;
Li, sur des stalles de bots peint»
La correoUonneïie vient
S'ébaltrcàraise.
Nante a mis basses murs géants Noirs dctesboulels impuissanls.
Ardent Charretïe :
Trenle-Moux , sous tes peupliers.
Le peuple actif des oégriers
ArmeencacheUe,
Ce n'est qu'escaolpe , fin de mois, Où l'on ne voyait autrefois
Que coups de lance ; Vieux Bouiïay, sous ton oeil si ooir » L'épicier de doit et à!'avoir
Fait la balance.
Bref , un peuple fils du progr^ Pas trop breton , pas trop français «
Race croisée :
Adieu président à mortier »
Archer , ûer bourgeois , coeur d'acier»
Viillante épée.
Pas même un soldat de Bourmont Qui passe la cocarde au front
Dans la bruyère :
Rien , que le soir dans le massif L'œil timide elle pas furtif
Du réfractaire.
Vieux peuple démonétisé , La République l'a brisé
D'une âpre éteinte.
Celle qui foudroyai! les rois A fait u n signe , et puis la voix
S'est vite éteinte.
Tes jours sont finis. — Au tombeau Descends, teint de ton blanc manteau ,
Rlîe fanlâme.
Dors résigné , sans murmurer :
Qu'es-tu devant te globe entier ,
Vaillant atome !
C'est ton destin- — Trois fois heureux Qui compte les jours glorieux
Dans son histoire !
Va, ion hermine a bien vécu , Deux mots seuls parent ton écu :
HONNEUR et GLOl HE !
lelMB.
A LA..BRETAGJVE.
Fragments.
Toi qui baignes tes pieds dans le gvtnd Océan , Dans les flots de la Manche et ceux dfu Morbihan, Presqu'île de Bretagne, à la figure antique, Dëbris encore fumdbt de l'ancienne Ârmerique , Terre des ménestrels ef des hommes guerriers , Je viens, comme un ami, m'asseoir à tes foyers ; Respirer le parfum de tes hautes bruyères , De tes vertes forêts parcourir les clairtères, A tes men-hirs géant», à tes clochers à jour , A tes châteaux dont l'herbe a dépassé la tour , A tes rocs sourcilleux dont les rudes figures Découpent l'horizon de vastes dentelures , A tes ruisseaux bruyants qui roulent dans leurs lits , Gomme un sable d'argent le mica des granits , A tonte la nature indépendante et fière , Je viens redemander ton histoire première.
Je viens, posant mon pied sur un tertre infertile. De la cendre des morts silencieux asile ! Redire le vieux cri : Notre-Dame-Guescliu ! Et la cendre des morts s'éveillera soudain.
C'est dans tes frais vallons que la chevalerie Avec ses ménestrels , ses héros , sa féeria. Des débris haletans du cadavre Romain Créa vingt nations de sa puissante main , Là , régnèrent les lois de oette table ronde Où s'asseyaient égaux tous les héros du monde. Là , Morgâne endormit par ses enchantements , Merlin trop confiant qui dort depuis mille ans ^ Et, dans Brocéliandeaux héros redoutable Attend toujours d'un preux la lance secourable. Là 7 Tristan Ae Léon, Géniève aux doux apras, Yêeult aux blonds cheveux , Arthur, roi deseombats, Brillèrent tour à tour ; Arthur , ce nom de gloire S'écrivit maintes fois dans la vaillante histoire ; C'était le jeune enfant que son oncle inhumain Dans les murs de Rouen poignarda de sa main Et dont l'heureux retour que son trépas retarde Trompe ton long espoir aux romances du barde. • ••••••••■•••■•••*•■•«•••
Mais si de ces aïeux qui sont là sous leurs dalles , La main du temps grava les illustres Annales, Et, sur ton sol pierreux , plus d'un brave a grandi , Pour semblable semence il n'est point refroidi. Fameux par la vertu, fameux par la vaillance , Aujourd'hui , comme alors , plusd'ungrand cœur s'avance. Parmi ceux de nos jours , se trouvent les premiers , Nos plus grands écrivains , nos plus fameux guerriers , Corret'Latour^éP Auvergne y héros des temps antiques^ Digne des jours heureux des vieilles républiques , Cincinnatus nouveau, plus grand que le premier, L'un partait Dictateur , l'autre meurt grenadier ! MoreaUy dans ses revers plus grand que dans sa gloire , Dont Morlaix quelque jour reprendra la mémoire,
Lorsque les passions de notre âge d'airain Dormiront avec nous sous la clef du destin.
Chateaubriand^ ce noni que l'avenir entier Parmi les noms du jour inscrira le premier.
En Bretagne, un nom seul est parfois une histoire ; Chaque lieu sert d'autel à quelque fait de gloire. C'est Larient d'abord , assise sur son port, Comnib une veuve en deuil pleurant son époux mort, Elle, dont la jeunesse embellissait le monde #
Des tissus d'Hispahan , des trésors de Golconde , Qui mouillait ses vaisseaux aux flots du Malabar , Des merveilles de l'Inde allait chercher sa part , El n'avait plus besoin que l'Anglais en échange Lui vendit pour du vin , l'or des sables du Gange.
— Poniivy , ville morte avant d'avoir été, Caprice d'un grand homme en son germe arrêté.
— CarhaiXj ville romaine où l'on croit voir aux iK)rtes Presser les centurions et les chefs de cohortes.
— Brest , ce vieux port de roi dont les rudes vaisseaux , De tous les ports du monde ont sillonné les eaux.
Par qui tremblent les mers à tout mot que signale Le moindre pavillon de sa poupe amirale. Quimpery pu la beauté chez ses derniers neveux Garde un reflet charmant d'Yseult aux blonds cheveux
— Saint'Pât^ du Léonnais antique métropole.
— Joueliny Ploërmel , voisines des vieux joui^s , Emulés de combats, de destins et d'amours. L'une a son beau château, l'autre sa belle église ; El Mi-Voie, entre deux, dans la plaine est assise,
Uno colonne, un bloc de granit, et toutprès.
Une croix , un bosquet de pins et de cyprès ;
Il semble un air de feu qu'en ces lieux on respire,
Un cauchemar de sang qui dans les airs soupjre,
Et ces arbrei^, pareils à ceux qu'à l'univers •
Et Virgile et le Tasse ont appris dans leurs vers ,
Semblent, héros muets, d'illustres aventures ,
Garder de grands destins sous leurs rudes figures.
C'est là , qu'aux temps passés , soixante combattants ,
Pour mourir un matin vinrent presser leurs rangs ,
Grande fut la bataille, et dans la plaine immense.
Longtemps on n'entendit que cet affreux silepce
Que la mort qui travaille, autour d'elle répand.
C'est là, que Beaumanoir altéré but son sang. .
Là , que le fier Bembro, des Anglais capitaine^ ^ .
Déploya sans succès la valeur surhumaine ,
Et ne pût obtenir pour prix de ses efforts
L'hommage des vivants qui consolent lès morts.
Voilà dans ces récits , dans ce pâle reflet ,
De vos grandeurs, Bretons, le brillant chapelet.
Pour moi qui , dès longtemps, amoureux de vos landes,
Ai sur leurs sentiers verts répandu mes guirlandes.
Je suis né près de vous , et les pommiers normands
Ont sous leur dais fleuri bercé mes jeunes ans :
Mais, si dans ces beaux lieux, Dieu ne m'avait fait naître ,
J!aurais voulu, Bretons, que mon berceau champêtre,
A l'abri desmen-hirs, plantés, parvosayeux.
Grandit au bruit des chants de vos bardes pieux.
EphremHOUEL.