‹ Bibliothèque conchyliologique (volume 2)Chapitre 30 sur 62 · AG 2 ANT · texte numérisé non relu

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L'ouvrage dont nous présentons la traduction littérale, a été publié à Philadelphie en 1854. Il forme un volume in-12 de 76 pages de texte et de 8 planches lithographiées. Conrad, dans une introduction peut-être un peu longue, fait quelques observations Judicieuses sur les droits incontestables des auteurs qui publient leurs travaux. Il décrit les espèces nouvelles de mulettes qu'il a pu se procurer pendant son séjour dans l’Alabama, un des États-Unis de l'Amérique septentrionale. L’Alabama est borné au nord par l’état de Tennessée ; à l’est par la Géorgie; au sud par la Floride et le golfe du Mexique; à l’ouest par l’état de Mississipi.

L'auteur a négligé de donner pour ses espèces une phrase caractéristique latine, et malheureusement les figures laissent à désirer plus de soin et plus de détails. La figure 6 de la planche fre de notre traduction (fig. 5, pl. VIT, de l'édition américaine) ne se trouve indiquée nulle part dans le texte; et elle est assez mauvaise pour qu’il nous soit impossible de réparer cet oubli de l’auteur.

Quoi qu'il en soit cet ouvrage est un de ceux que l’on consultera avec intérêt pour la détermination des nombreuses espèces de mulettes que fournissent les grands fleuves et les lacs du nou-

veau monde. Il existe à notre connaissance une trentaine de mémoires sur les coquilles d’eau douce, et en particulier sur Îles naïades, et cependant cette intéressante famille présente encore aujourd’hui la plus grande confusion; cela tient sans doute au grand nombre d’espèces et de variétés dont se composent les genres, mais c’est surtout au défaut d’accord des auteurs qu'il faut l'attribuer. En effet, pour ne parler que des unios d'Amérique, nous voyons qu'ils ont reçu de chaque auteur un nom particulier, et souvent deux ou trois, de sorte que certaines espèces ont six ou sept noms spécifiques. Ainsi, d’après M. Pouzson, l’unio fasciolaris de Rafinesque est encore connu sous les noms suivants : unio sinuatus, Rafinesque; u. bicolor, Rafinesque ; u. phaseolus, Hildreth ; u. mucronatus, Barnes; u. planulatus Lea. Voilà donc une espèce qui, sur six noms, en à reçu trois différents du même auteur; si nous poursuivons nos observations nous trouvons que l’unio triangularis de Rafinesque a reçu aussi du même auteur cinq autres noms : u. lateralis, u. sintoxia, u. pachostea, u. mytiloides, u. rubra, et un septième nom de M. Lea, u. pyramidatus.

Si cette difficulté, pour se fixer à l'égard de ces espèces, est si grande, disait M. de Férussac aux conchyliologistes américains, que vous, qui êtes sur les lieux et qui pouvez consulter les types originaux qui ont servi à les établir, ne puissiez complétement y réussir, combien ne doit-elle pas être plus grande encore pour les naturalistes d'Europe, dont les collections, nécessairement bien moins riches, n’offrent pas les mêmes ressources que les vôtres, et où ces coquilles ne sont pas déterminées ou se présentent tantôt sous plusieurs dénominations différentes, quoiqu’elles soient semblables, tantôt sous le même nom, quoiqu’elles soient distinctes, résultat d’erreurs sans nombre, de rectifications hasardées ou enfin des noms divers qui leur ont été imposés.

INTRODUCTION

Lorsque je me trouvais chez mon bon et hospitalier ami, le juge Tait, de Claiborne, dans FAlabama, où je m'occupais de la recherche des fossiles des environs, je fis des excursions dans le haut et le bas de la rivière Alabama, dans le but de me procurer des coquilles d’eau douce; j'ai réussi à obtenir quelques espèces que je crois nouvelles et que j'espère déterminer par des figures et des descriptions exactes. Une recherche minutieuse de toutes les espèces habitant le Black-Warrior près d'Erié, ainsi que dans le comté de Jefferson, au nord d'Elyton, jointe aux pèches dans les courants de la vallée du Tennessée, m'ont fourni d’autres espèces dont quelques-unes, je crois, ne sont pas décrites. Si par hasard j'ai ainsi introduit dans mon travail une coquille déjà connue et dont la description a été publiée à mon insu, je retirerai volontiers le nom que je pourrai lui avoir donné et « rendrai à César ce qui appartient à César; » mais si l’on réclame au sujet de telles ou telles coquilles, simplement parce que leur description peut avoir été lue aux membres de quelque société, assurément je ne me croirai pas obligé de faire une telle restitution. La date de la publication réelle peut seule trancher une question de cette nature; autrement un naturaliste pourrait décrire à la volée cinquante espèces, se borner à lire ses descriptions aux membres de quelque société savante, et six années après réclamer la priorité, lorsque ces mêmes espèces auront été réellement publiées, sous d’autres noms, longtemps avant que les descriptions du réclamant aient été imprimées. Je pourrais donner d’autres raisons pour assurer la priorité à l’auteur qui publie, mais il n’est pas nécessaire de les multiplier dans un cas si simple. Cependant je ferai observer qu'un naturaliste a lu dernièrement la description de deux cents espèces nou-

ë BIBLIOTHÈQUE CONCHYLIOLOGIQUE.

velles, et lorsque ses descriptions furent publiées, le nombre s'élevait à deux cent cinquante. Comment, dans ce cas, distinguera-t-on les additions qu'il a pu faire ?

La grande variété et la beauté des coquilles d’eau douce de ce pays sont vraiment surprenantes. Tandis que les eaux d'Europe ne fournissent qu'un très-petit nombre d'espèces, qui n'ont rien de remarquable par leur élégance, leur couleur ou la variété de leurs formes, les rivières de l'Ohio, du Kentucky, du Tennessée, de Alabama, etc., nous offrent au moins une centaine d'espèces de presque toutes les formes imaginables. Beaucoup d’entre elles sont richement colorées et ornées de rayons, de tubercules ou d’ondulations, et quelques-unes égalent en éclat la nacre de la perle orientale. Ces belles coquilles de formes si variées offrent donc un contraste frappant avec le petit nombre d’espèces moins ornées qui se trouvent dans les rivières des Etats atlantiques, et l’on devait désirer connaître la limite fixée par la nature dans les Etats du Sud, entre ces deux races distinctes de coquilles, et parvenir à déterminer avec certitude les limites géographiques des différentes espèces. Ce dernier but ne peut être atteint qu'avec le temps et après de minutieuses observations; mais en fournissant aujourd'hui des faits qui ont rapport au sujet, tels que nous les avons recueillis, nous préparons la voie à ceux qui plus tard continueront d'aussi intéressantes recherches avec encore plus de zèle et d'énergie.

I paraît que les grands lacs contiennent quelques-unes de ces espèces de Naïades qui habitent l'Ohio; et l'Unio cardium, RAFINESQUE, l'U. inflatus, BARxES, et l'U. Alatus. Say, ont été trouvés dans le lac Champlain, bien que nulle des eaux des Etats atlantiques ne contienne de ces espèces ni aucune autre de celles dénommées « coquilles de l'Ouest. » L'Unio cariosus de Say est la seule espèce reconnue commune à toutes les eaux des Etats-Unis, quoique l’Alasmodonta marginata du Schuylkill soit très-analogue à une espèce de l'Ohio. Néanmoins M. Say, qui mieux que personne peut décider cette question, pense qu’elles sont distinctes. Il est à remarquer que nos eaux de l'Est ne contiennent pas une seule coquille bivalve tuberculée, ailée ou plissée et que les espèces sont minces, si on les compare au plus grand nombre de celles des eaux de l'Ouest. II faut encore ajouter que ces dernières eaux nourrissent aussi les espèces les plus minces et les plus fragiles en même temps que les plus pesantes et les plus épaisses.

Pendant une récente excursion dans la Géorgie et l'Alabama, j'ai été à même de connaître les limites occidentales de ce genre de coquilles, dont l'Unio purpureus de Say peut être considéré comme la plus caractéristique. Elles se rencontrent dans la Savannah, l'Ocone et l'Ocmulgee, mais elles s'arrêtent là, puisque la rivière de Flint, premier cours du golfe du Mexique, et, que j'ai traversée sur ma route, fournit des coquilles plissées et des espèces identiques à quelques-unes de celles qui habitent l'Ohio. Je n’en ai examiné aucune des rivières intermédiaires à la Flint et à l'Ocmulgee, mais comme ces deux rivières ne sont qu'à une distance de t.ente milles l'une de l’autre et ne sont pas divisées par des montagnes, je crois que le fait que l'Ocmulgee contient les « especes de l'Est » et la Flint « celles de l'Ouest, » confirme lopinion que j'ai émise depuis des années, que les coquilles des courants de lAtlantique diffèrent par leur caractère général de celles de toutes les eaux qui affluent dans le golfe du Mexique. Je dois observer néanmoins qu'une coquille que je crois être l'U. purpureus se rencontre dans la rivière de Flint, en même temps que des coquilles plissées et pesantes ; mais à l'ouest de celle-ci je n’ai jamais observé ces espèces. Une variété de l'U. declivis fut trouvée dans la Floride de l’est par le docteur BLanpiG et l'on dit que l'U. parvus de BARNES S'y rencontre aussi. Il reste un intéressant problème à résoudre par quelque nouvel observateur, c’est de vérifier si un plus grand nombre d’especes de l'Ouest habitent les rivières atlantiques de la Floride de l'Est.

L'opportunité de séparer, comme l'ont fait RarixesQuE et Lea, les Naïades en un si grand nombre d'espèces, a souvent été mise en doute par les conchylologistes. Cepen-

dant elles sont en général bien définies, quoique M. LEA ait imposé de nouveaux noms à des espèces décrites depuis longtemps par d’autres, dans lintention, sans aucun doute, d’être considéré comme l'unique autorité dans cette partie de la conchyliologie. Peu de personnes néanmoins seront disposées à accepter son ipse dixit à l'appui de ses prétentions.

De la couleur de la nacre. On a supposé qu'elle constitue le caractère de certaines espèces, qui, dit-on, ne varient jamais matériellement dans la couleur de l'intérieur. Ainsi l'Unio ater, LEA, l'U. torsus, RAFINESQUE, et quelques autres sont invariablement colorés de pourpre ou de rose; mais dans d’autres la nacre varie du blanc pur à toutes les nuances saumon, rose, et pourpre. L'Unio 1 nasutus est un heureux exemple de la variabilité de la couleur ; il présente chaque nuance de la teinte saumon ou pourpre, et tandis que des exemplaires sont d’un blanc pur, d’autres sont bleuàtres et fort iridescents. Parmi ceux trouvés jusqu'ici avec la nacre blanche, je puis montrer l'U. re- [leœus, RAFINESQUE, VU. cornutus, BARNES, l'U. verrucosus, RAFINESQUE, l'U. tuberculaltus, BARNES, qui sont pourpres. Je trouvai cinq exemplaires du premier dans la rivière de Black-Warrior, près de Erié, et trois autres dans la rivière d’Alabama, tous pourpres; quatre d’entre eux sont d’une nuance foncée de cette couleur. Je n'ai trouvé dans le lac Erié qu'un seul exemplaire de l'U. verrucosus, qui soit pourpre et la teinte en est pâle. La couleur de la plupart des espèces est susceptible de varier dans les différentes rivières. Ainsi une grande partie des unios de Bayou-Teche sont distingués par un brillant perlé, se rapprochant plus qu'il n'est d'ordinaire dans les Naïades américaines de l'éclat particulier de lhuître perlière.

Quelques-uns des petits courants dans l'Alabama contiennent des coquilles que je n'ai point trouvées dans les rivières dont ils sont tributaires. Ainsi l'U. declivis, SAx, l'U. flavus, RAFINESQUE, l'U. rubiginosus, LEA, PU. stramineus, Noë., l'U. perovatus, Nos., paraissent n'habiter que les petits courants. Rafinesque observe au sujet de l'U. flavus, qu'il ne se trouve que dans les petites rivières tombant dans le Kentucky, le Salt ou Green rivers. Il se rencontre cependant dans l'Alabama, où l'on observe la même particularité dans le choix de l'habitat ; d'autres espèces préfèrent les rivages vaseux qui sont les localités de prédilection des Naïades ; parmi celles-ci nous citerons l'U. teres, RAFINESQUE, l'U. anodontoides, LEA et l’U. cariosus? SAx, l'U. fragilis, RAFINESQUE, l'U. gracilis, BaRNES, Symphynota gracilis, LEA, comme abondants sur les rivages rocailleux de la rivière Alabama, à Claiborne, aussi bien que sur un grand nombre de bas fonds. Les limites étroites de l'habitat de quelques coquilles d’eau douce et la large distribution des autres sont très-remarquables. Une grande Paludine adhère en grand nombre aux rochers dans le voisinage de Claiborne, et cependant je ne l'ai pas observée ailleurs, pas même à Saint-Stephens, sur le Tombeckbe, où des fragments de rochers couvrent le bord de la rivière comme à Clairborne, et où de telles masses calcaires paraissent devoir être le seul refuge de cette espèce. C'est ainsi que le Fusus fluvialis de Sax? paraît limité au lit rocailleux de la rivière de Holston. Par opposition, la Paludina ponderosa de Say semble habiter communément toutes les rivières de l'Ouest, depuis les districts nord d'Indiana et d'Illinois jusqu'aux eaux de la vallée de Tennessée. La mème remarque

1 M. Lea observe que l’'U. nasulus est « soit blanc, soit approchant de la couleur saumon sous les crochets. » Il y a quelques années je l’ai trouvé dans le Schuylkill d'une couleur pourpre; mais les plus beaux exemplaires de cette variéte furent trouvés dans la rivière de Chester, par M. THomas FISHER.

? Jo fusiformis. Lea. Il était inutile de changer le nom specifique de cette coquille, car il est généralement admis que des noms spécifiques, bons où mauvais, doivent rester, à moins qu'ils ne soient déjà employés dans le même genre. L'animal de cette coquille est sans doute le même que celui des Melania, genre avec lequel il a de grands rapports.

s'appliquera à plusieurs espèces d'Unios, telles que l’U. niger, RAFINESQUE, l'U. cuneatus, BARNES et VU, refleæus, RARINESQUE, VU. cornutus, Barnes et l’U. triangularis, RAFINESQUE. On trouve différentes espèces qui présentent des particularités remarquables et varient singulièrement dans le choix de leur habitat. Ainsi l'Anculotus pictus (NoBis) n'adhère qu'aux cailloux des bas fonds, dans la rivière d'Alabama , tandis que l’Anculotus tœæniatus (Nogis) et une jolie petite espèce de Melania sont exclusivement attachés aux rives molles et calcaires de la même rivière, qu'elles perforent à la manière des lithophages, et lui donnent l'aspect d'un gâteau de miel, car ils sont extrêmement nombreux. Les coquilles d'eau douce aiment beaucoup les eaux coulant sur un lit de pierre ou de terre calcaire; ainsi j'ai vu des courants dont la couche était pour ainsi dire pavée de myriades d’univalves. Les bivalves sont aussi très-abondantes dans les rivières de l'Alabama du Nord et le Tennessée, qui ont leurs lits creusés dans un terrain carbonifère, et où en général de longues herbes les protègent contre la rapidité du courant de ces eaux qui descendent des montagnes. L'étendue de la rivière du Tennessée, connue sous le nom de bassin aux moules, offre la particularité dont je viens de parler ; elle est basse, forme un certain nombre de petites îles, et son lit est plein de longues herbes où se tiennent un grand nombre des espèces variées de Naïades. Ceux qui aiment le grand et le beau dans les scènes de la nature, aussi bien que celui qui étudie la science, trouveront là de fréquents sujets d'émotion. Ils seront enchantés à l'aspect d'une magnifique rivière, dont les belles et nombreuses îles sont couvertes d'arbres gigantesques, et dont lerivage élevé et flexueux est orné d’un côté de beaux villages, d’où l'on admire sur l’autre bord une vaste plaine, riche de tous les dons de Cérès, et qui présente tout à coup un escarpement de terrain carbonifère, qui réfléchit son aspect bleu et sombre dans le cristal des eaux qui baignent sa base. Comme beaucoup d’autres localités d’ailleurs remarquables par leur agrément, les subtils pourvoyeurs de la mort l'ont choisi pour leur séjour, répandant le poison de leur haleine pendant l'automne, lorsque la légèreté de l’air et la pureté du ciel, en même temps que la magnificence du tablea, une présentent d'abord au voyageur confiant que l'espoir de la jouissance et du bonheur.

La rivière d’Elk a un lit de pierre calcaire couvert d'herbes grossières dont les animaux domestiques aussi bien que les bêtes fauves sont très-friands. J'ai observé des vaches et des pores qui se jetaient sur cette nourriture avec une telle avidité qu'on eût pu croire que c'était pour eux un aliment exquis. Les porcs plongent entièrement leur tête sous l’eau pour se procurer cette nourriture qu'ils préfèrent à toute autre. Les Naïades sont là si abondantes qu'on en a recueilli en un seul endroit un assez grand nombre pour en faire de la chaux et bâtir plusieurs fours. Le quai d’eau bleue prend son nom de la pierre calcaire qui donne une couleur bleue à la partie mférieure du courant : j'ai remarqué un petit nombre de coquilles dans cette anse. L'anse basse est semblable, mais plus large, et les rochers sont couverts d’univalves. Il faut remarquer que les coquilles de la vallée de Tennessée diffèrent dans leur caractère général de celles des eaux coulant dans le golfe du Mexique ; ainsi le Tennessée et les eaux qui s'y jettent ne contiennent pas l'U. decisus, LEA, l'U. trapezoïdes, LEA, l'U. alabamensis, l'U. arctatus, (Noms), etc., qui sont très-abondants dans l'Alabama du Sud. La source de Black-Warrior m'a fourni des coquilles univalves et bivalves, que la plus patiente recherche ne m’eût pas fait trouver dans la même rivière, aussi au sud qu'Erié, et, sans doute, comme les autres espèces des districts montagneux , elles préfèrent les courants limpides et les lits rocailleux aux bas fonds sablonneux et aux eaux troubles des mêmes rivières.

Lorsque j'étais dans la vallée de Tennessée, j'observai fréquemment un grand nombre d'Unios, d'espèces qui me sont très-connues, répandues dans des champs cultivés, souvent à la distance d'un mille ou davantage de la rivière de Tennessée, et pas une seule

plus près d'aucun autre courant. Les habitants du pays supposent qu'elles furent laissées là par les Indiens qui les recueillaient pour manger l'animal qui les habite; ma's il paraît plus probable que ce sont des dépôts résultant d'anciennes inondations, car la terre sur laquelle on les rencontre n’a pas été envahie par les eaux depuis que cette partie de notre pays fut pour la première fois cultivée par un peuple civihsé. De pareils dépôts de coquilles d’eau douce sont abondamment répandus sur les terres riveraines, en Géorgie, et ils me paraissent analogues à ces vastes couches de Rangia Cyrenoïdes, sur lesquelles est bâtie la ville de Mobile et qui existent sur toutes les côtes alluviennes du golfe du Mexique, entre Pensacola et Franklin, dans la Louisiane.

Dans les rivières du Sud, un grand nombre de Naïades sont chaque année détruites par la baisse rapide des eaux, qui les laissent exposées à un soleil ardent. Lorsqu'elles ont parcouru une certaine distance et qu'elles ne réussissent pas à gagner l’eau , elles s’enfoncent profondément dans le gravier humide et périssent bientôt, si la rivière ne vient pas à s'élever à temps. Elles sont exposées aussi aux attaques des hérons et des corneilles, qui en dévorent un grand nombre. J’ai appris que les porcs s’en nourrissent aussi; mais je Croirais que quelques espèces sont assez épaisses pour mettre en défaut la force des mâchoires de cet animal.

J'ai remarqué que quand les eaux baissent en été, et que les bas fonds sont brusquement à sec, on peut se procurer des Naïades en plus grande abondance que dans la saison plus avancée, lorsque les eaux sont restées basses pendant un mois ou davantage. Ce ne fut réellement que dans la première baisse de l’eau des lacs, que je réussis à me procurer quelques espèces les plus rares et les plus intéressantes.

La distribution géographique des différentes espèces de coquilles d’eau douce a été peu examinée. Afin d'attirer l'attention des naturalistes sur ce sujet, je ferai un petit nombre d'observations sur les faits qui s’y rattachent et qui m'ont été fournis par ma dernière excursion dans l'Atabama. Les sources des rivières qui versent leurs eaux réunies dans la baïe de Mobile sont séparées des eaux tributaires de la rivière de Tennessée par une chaîne de montagnes de peu d’élévation et qui sont composées de pierre à chaux carbonifère. Les sources du Black-Warrior ne sont éloignées que de quelques milles des sources d’autres courants qui affluent dans le Tennessée ; cependant le caractère général des coquilles est différent, quelques-unes n'étant communes qu'aux courants suivant des directions opposées, tandis que le nombre des espèces qui se rencontrent dans le Black- Warrior, aussi au sud qu'Érié, ainsi que dans le Tennessée, est très-considérable ; parmi ces espèces sont l’U. rectus, de Lamarck, l'U. acutissimus, de LEA, l'U. teres, de RAri- NESQUE, l’U. plicatus, de SAY, l'U. reflexæus, de RAFINESQUE, VU. verrucosus, de RAFINES- QUE, et l’U. undatus, de BARNES.

L'Unio interruptus, de Say, n'habite pasle Black-Warrior, et il est rare dans l Alabama, au-dessus de Clairborne; six milles plus bas que ce village, il est très-abondant sur un vaste bas fond.

L'Unio Stapes, de LEA, habite l’une et l'autre de ces rivières et n’a pas encore été trouvé ailleurs ; 1l est extrèmement rare.

Je n'ai trouvé l’Unio arcus, Nogis, que dans l'Alabama.

L'Unio acutissimus de LEA est très-rare dans les rivières mentionnées ci-dessus, mais abondant dans la rivière de Flint, tributaire du Tennessée.

L'Unio decisus, de LEA, a été confondu avec l'U. scalenius, RAFINESQUE, mais il est très-distinct. Il n'a encore été trouvé que dans le Black-Warrior et dans PAlabama; il est très-abondant dans cette dernière rivière.

L'Unio alabamensis (Nomis) donne lieu aux mêmes observations que l'espèce précedente, au sujet de la distribution.

L'Unio asper de LEA parait confiné aux mêmes eaux. Il a été confondu avec LU. api-

culatus de Say, espèce du Bayou-Teche, mais il est assurément distinct. Les tubercules ne sont pas disposés en séries régulières, comme dans l'apiculatus.

Unio arctatus (Nogis). On trouve ordinairement cette espèce sur les bords rocailleux des rivières de Black-Warrior et d’Alabama; je ne l'ai point vue dans d’autres courants Sa nacre est communément blanche ; un seul des nombreux exemplaires que j'ai eus est pourpre. Elle approche d'une variété de l’U. purpureus de Say, qui habite la Delaware, mais elle est beaucoup plus allongée.

Unio glans, de Lea. Je n’ai jamais trouvé cette coquille dans le Black-Warrior, quoiqu'elle ne soit pas rare dans un courant tributaire du Tennessée, qui a sa source à quelques milles du Black-Warrior. Elle a de la ressemblance avec l'U. parvus, de BARNES; mais la nacre est pourpre et n'est pas aussi brillante que dans cette coquille. Son contour est plus régulièrement elliptique que celui de l’U. parvus. Elle approche de U'U. lienosus (Nogis), mais elle en est très-distincte.

Les remarques que j'ai faites sur l'habitat de LUnio glans sont également applicables à l'Unio tæniatus (Nogis), l'U. cor (NoBis), l'U. maculatus (Noms), EU. subtentus (SAY), PU, cœlatus (Nosis), l'U. trabalis (Nosis), EU. alatus (SA), l'Anondonta declivis (NoBis).

Il faut remarquer que je n'ai pas adopté le genre symphynota de LEA, par le motif donné dans le Journal mensuel de Géologie (Monthly american Journal of Geology), édité par M. FEATHERSTONHANGH. Le caractère essentiel du genre symphynota consiste dans la soudure testacée des valves; il doit donc nécessairement renfermer quelques coquilles marines, telles que celles du genre pinna, hyalæa, etc., qui présentent le même “aractère; toutes les autres bivalves sont classées d’après le caractère de la charnière, la disposition ou l'absence des dents, etc. Je ne trouve donc aucune bonne raison à alléguer pour faire un tel groupe de coquilles anomales, sans avoir égard à ces caractères, jugés essentiels dans tous les autres genres. Dans plusieurs espèces, cette soudure est tellement obscure, qu'elle ne peut être observée que dans des exemplaires entièrement parfaits, et M. LEA a rencontré un exemplaire de l’U. ochraceus, de Say, qu'il faudra sans doute nourrir avec soin avant de pouvoir lui faire prendre place dans les rangs anomaux de son genre symphynola. L'Unio, l’Alasmodonte, et l’Anodonte peuvent en général se distinguer, même par leur forme extérieure, et constituent des groupes très-naturels, intimement liés, il est vrai, mais pas plus que ne le sont tant de genres bien établis de bivalves de mer. Cependant, comme plusieurs espèces de chacun de ces genres sont soudées, elles sont forcément séparées de leurs congénères par M. LEA, qui bâtit ainsi son genre artificiel symphynota sur les ruines de plusieurs genres naturels bien établis. En vérité, c’est encore une question sub judice, que celle de savoir si toutes les Naïades sont ou ne sont pas soudées, dans leur jeune àge. Lorsqu'ils sont parfaits , l’U. ater (LEA), et U'U. trapezoides (LEA) sont tous deux soudés derrière le ligament; mais les exemplaires des collections ne le démontrent pas toujours.

La soudure testacée de beaucoup d’espèces est si mince et si fragile, que l'action du courant et le déplacement du sable la détruisent complétement. La prévoyante nature l’a formée plus épaisse et plus forte dans des espèces plus faibles et plus fragiles, afin de donner de l'appui à une partie de la coquille qui, sans cela, serait particulièrement exposée à être brisée. Dans une espèce d'Unio, later de LEA, la charnière n’est soudée que pendant que la coquille est jeune. À mesure qu'elle avance en àge, la coquille devient épaisse, pesante, et s'éloigne de sa place parmi les symphynota, sans doute parce qu’elle n’a pas plus longtemps besoin du caractère essentiel de ce genre. Il y a dans le cabinet de M. Poulson un exemplaire remarquable d'Unio plicatus (SAY), qui approche des coquilles ailées et paraît avoir été soudée derrière le ligament, et j'ai trouvé dans la rivière d'Alabama un exemplaire d'Unio trapezoides (LEA), qui possède un caractère sem-

blable. La matière testacée des coquilles des Naïades couvre toujours une partie du ligament, et lorsqu'elle ne s'y étend pas entièrement, la partie supérieure est toujours extrèmement mince, semble être fracturée, et l'on dirait qu'il en a été emporté un morceau. Une observation ultérieure doit déterminer le nombre de ces espèces, qui sont soudées quand elles sont jeunes et se rencontrent après dans des conditions où elles sont moins exposées. Si toutes les coquilles bivalves d'eau douce ayant la charnière soudée doivent constituer un genre; d'après le même principe, nous devons ranger les coquilles marines analogues dans un groupe similaire, et les genres Pinna, Mytilus, Hyalœæa doivent tous avoir un même nom générique, si M. Lea ne les admet pas dans son genre symphynota, nom qu'il peut appliquer seulement aux coquilles marines soudées, attendu que les metaptera de RAFINESQUE auraient la priorité parmi les Naïades.

Parmi les coquilles d'eau douce décrites par M. LEA, se trouve l’étui de la larve d'un insecte, étui formé de sable agglutiné. IT désigne la rivière de Cumberland comme la localité de cette coquille supposée, mais elle se rencontre abondamment dans le golfe de Wissahickon, où j'en trouvai des exemplaires , il y a plus de douze ans, et elle a été depuis longtemps bien connue du premier conchyliologiste des Etats-Ünis, le savant M. Sax, dont la profonde connaissance en entomologie et en conchyliologie ne lui permettait pas de regarder comme une espèce de valvala, des grains de sable, véritable étui, formé par la larve d'un insecte. Il y a dans le canal de Wissahickon une autre sorte de ces curieux étuis, si parfaitement semblables à la coquille des crépidules, qu'il pourrait être ajouté, avec autant de raison, aux espèces de ce . genre. Si M. LEA obtient cette espèce, il peut ériger un nouveau genre pour la recevoir, attendu que les coquilles d'eau douce et les coquilles marines ne peuvent, d'après sa théorie, être convenablement rangées dans le mème genre. La prétendue coquille (étui de la phryganea), appelée par cet écrivain valvala arenifera , est abondamment répandue aux Etats-Unis. Elle abonde près de Philadelphie et dans les environs de Baltimore, et j'en ai trouvé également dans un canal de l'Alabama du Sud. Je ne me suis Jamais trompé sur cette espèce, pas même lorsque je la trouvai pendant les excursions, de ma première jeunesse, le long des rivages déserts et romantiques du Wissahickon, où une passion pour la belle nature et un goût particulier pour les sciences naturelles me conduisirent souvent pendant les beaux jours de l'automne et du printemps.

C'est avec plaisir que je reconnais la bienveillance dont j'ai été l'objet, en poursuivant mes recherches, ainsi que l'obligeance et la libéralité de plusieurs personnes distinguées de l'Alabama. Je leur serai toujours reconnaissant de leurs attentions envers un étranger qui cherchait la santé dans l'air doux d'un climat méridional, de la distraction et de l'intérêt dans l'étude des dépôts fossilifères d’un état qui est probablement le plus riche de l'Union américaine par ses débris organiques, et certainement le plus intéressant de tous ceux que j'ai pu visiter. Je me suis procuré les coquilles décrites dans ce volume, pendant un séjour de six mois que j'ai fait à Clairborne, village situé sur la rivière d'Alabama, et agréablement bâti sur un point élevé de deux cents pieds, dont la base est ombragée par des magnolias toujours verts et par l'arbre à ombrelle avec ses feuilles gigantesques. J'ai eu le bonheur de rencontrer dans mon pèlerinage d'excellents amis, Charles Tait, esq., et MM. Tait, près de qui j'ai passé de trop courts et bien doux moments, qui resteront gravés dans ma mémoire, avec des sentiments de tendresse filiale. Que le soir de sa vie soit calme et serein, comme le midi en a été passé dans des fonctions honorables pour lui-mème et utiles à son pays; mon ami n'a pas besoin de l'éloge d'un humble ami des sciences naturelles. J'adresse des remerciments à John B. Toulmin, esq., de Mobile, pour l'hospitalité qu'il m'a donnée et les services désintéressés qu'il m'a rendus. Je me rappellerai toujours aussi mon bon ami le docteur Robert Withers, du comté de Greene, le major Chamberlain et le juge Harris, de Saint-Stephens, et d’autres

personnes des différentes parties de l'Alabama. M. A.-H. Gazzam, de Mobile, m'envoya une lettre flatteuse, m'offrant, à titre d'ami de la science, le passage libre sur son bateau à vapeur de la rivière d'Alabama, privilège qui n'a jamais été accordé, pour un but semblable, à aucune personne dans tout autre état de l’Union.

Remarques.

Jl me paraît nécessaire de mentionner que, dans la description des bivalves, j'adopte la classification établie par Broderip et Sowerby. J’appelle la distance de l'extrémité antérieure à l'extrémité postérieure la longueur de la coquille; la hauteur ou l'élévation s'entend des crochets à la base. Celle-ci correspond à peu près à la position naturelle de la coquille quand l'animal s’avance dans le lit du courant. Les termes comprimé, ventru ou bombé sont p'obablement plus descriptifs que large, étroit, etc., et par conséquent je les emploie de préférence suivant l'usage de la plupart des auteurs. Je ne fais point d'innovations, mais j'adopte simplement la méthode de description employée par d’autres, lorsqu'elle me paraît plus ratu:olle ct plus intelligible.

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