A M. L ABBE DE CHAI" VELIN
par Gresset >. — Après 1735.
Mon cher prieur, c'est le mot nécessaire, Car en ce jour, content du prieuré,
Je n'aurai nullement affaire
Du chanoine ni de l'abbé.
Cette rime est un peu légère ;
Mais, enfin, que voulez-vous faire?
Après deux mois de diète entière
Tout Apollon est bien tombé.
Cette parenthèse conclue, Voulez-vous bien, la présente reçue,
Vous qui pouvez donner la loi,
Par l'autorité prieurale,
Dans vos États du Grand-Fresnoy, Envoyer le cordon et la lettre fatale
Pour six perdrix de bon aloi,
Dont le tombeau sera chez moi ?
Si quelque lièvre et quelques grives, Ennuyés de la vie et d'un triste pays,
Veulent jusques aux sombres rives
Accompagner les six perdrix,
Ordonnez qu'il leur soit permis
De s'enterrer à leurs obsèques,
Ainsi que le faisaient jadis
Les esclaves, les pédisèques
1 Nous avons vainement cherché cette épître dans toutes les anciennes éditions des Œuvres de Gresset. Elle a été imprimée sous son nom dans un Choix de poésies, en 2 volumes in-1 8, publié à Paris par MM. Gaume frères, 1827.
Des reines persanes et grecques
Dont on allait brûler les corps,
Et qui, se dévouant aux flammes,
De compagnie avec leurs dames,
Faisaient le voyage des morts.
Cependant de la bienfaisance
Observez le solide effet :
Votre don durera moins que sa récompense; Vous jouirez encor de la reconnaissance
Quand j'aurai mangé le bienfait.
Que de mots pour un rien ! style de nos ancêtres. Rien de plus dangereux que l'exemple des maîtres. Un babil séduisant les entraîne à l'écart :
Vingt-quatre chants pour nous apprendre
Qu'une bicoque fut en cendre;
Douze autres chants, d'une autre part,
Pour conduire un saint gentilhomme
De la Sicile, dont il part,
A la grenouillère de Romel Les exemples des grands entraînent les petits.
Combien de vers? Quarante-six; Pourquoi? Pour demander un lièvre et six perdrix.