LE SYSTEME DE NEWTON
fragmenta d'une épttre de Voltaire adressée à madame la marquise du Châtelet en 1738, et du septième chant de la Henriade.
Dieu parle, et le chaos se dissipe à sa voix; Vers un centre commun tout gravite à la fois. Ce ressort si puissant, l'âme de la nature, Était enseveli dans une nuit obscure : Le compas de Newton, mesurant Funivers,
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Lève enfin ce grand voile, et les cieux sont ouverts. Il découvre à mes yeux, par une main savante, De l'astre des saisons la robe étincelante : L'émeraude, l'azur, la pourpre, le rubis Sont l'immortel tissu dont brillent ses habits. Chacun de ses rayons, dans sa substance pure, Porte en soi les couleurs dont se peint la nature ; Et confondus ensemble ils éclairent nos yeux, Ils animent le monde, ils emplissent les cieux.
Confidents du Très-Haut, substances éternelles, Qui brûlez de ses feux, qui couvrez de vos ailes Le trône où votre maître est assis parmi vous, Parlez, du grand Newton n'étiez-vous point jaloux?
La mer entend sa voix. Je vois l'humide empire S'élever, s'avancer vers le ciel qui l'attire; Mais un pouvoir central arrête ses efforts. La mer tombe, s'abaisse et roule vers ses bords.
Comètes que l'on craint à l'égal du tonnerre, Cessez d'épouvanter les peuples de la terre ; Dans une ellipse immense achevez votre cours; Remontez, descendez près de l'astre des jours; Lancez vos feux, volez, et, revenant sans cesse, Des mondes épuisés ranimez la vieillesse.
Et toi, sœur du soleil, astre qui dans les cieux Des sages éblouis trompais les faibles yeux, Newlon de ta carrière a marqué les limites : Marche, éclaire les nuits; tes bornes sont prescrites.
Terre, change de forme ; et que la pesanteur En abaissant le pôle élève l'équateur.
Pôle immobile aux yeux, si lent dans votre course, Fuyez le char glacé des sept astres de l'ourse;
Embrassez dans le cours de vos longs mouvements Deux cents siècles entiers par delà six mille ans.
Le reste de l'épitre est loin d'être à la hauteur de ces vers, qui sont peut-être les plus beaux que Voltaire ait faits. Ils ne sont pourtant pas sans taches : le mot central est prosaïque ; l'apostrophe aux esprits célestes, qui est exagérée, sent le rhéteur; et' les substances angéliques ne sont pas étemelles.
Au septième chant de la Henriade la description du ciel commence par le spectacle des astres ; et les vers qui en expliquent les mouvements d'après le système de Newton sont encore très-heureux, sont même, à notre avis, ce qu'd y a de mieux dans ce poëme, bien qu'ils ne soient pas sans défauts. Les voici :
Dans le centre éclatant de ces orbes immenses,
Qui n'ont pu nous cacher leur marche et leurs distances,
Luit cet astre du jour, par Dieu même allumé,
Qui tourne autour de soi sur son axe enflammé f .
De lui partent sans fin des torrents de lumière ;
Il donne, en se montrant, la vie à la matière
Et dispense les jours, les saisons et les ans
A des mondes divers autour de lui flottants.
Ces astres, asservis à la loi qui les presse,
S'attirent dans leur course et s'évitent sans cesse ;
Et, servant l'un à l'autre et de règle et d'appui,
Se prêtent les clartés qu'ils reçoivent de lui 2.
Au delà de leurs cours et loin dans cet espace
Où la matière nage et que Dieu seul embrasse
Sont des soleils sans nombre et des mondes sans fin.
Dans cet abîme immense il 3 leur ouvre un chemin.
Par delà tous ces deux le Dieu des deux réside.
1 Soi sur son n'est guère harmonieux, et ce gui redoublé rend la phrase un peu lourde. — 2 Ce pronom est trop éloigné du substantif qu'il remplace. — s Cet il est encore trop loin du soleil
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