‹ Bibliothèque critique des poëtes français (volume 2)Chapitre 7 sur 76 · L^ GRACE · texte numérisé non relu

L^ GRACE

Prosterné près du trône où sa gloire étincelle, Le chérubin tremblant se couvre de son aile. Rentrez dans le néant, mortels audacieux! Il vole sur les vents, il s'assied sur les deux; Il a dit à la mer : Brise-toi sur ta rive, Et dans son lit étroit la mer reste captive. Les foudres vont porter ses ordres confiés ', Et les nuages sont la poudre de ses pieds. C'est ce Dieu qui d'un mot éleva nos montagnes, Suspendit le soleil, étendit nos campagnes, Qui pèse l'univers dans le creux de sa main. Notre globe à ses yeux est semblable à ce grain Dont le poids fait à peine incliner la balance. Il souffle, et de la mer tarit le gouffre immense. Nos vœux et nos encens sont dus à son pouvoir ; Cependant quel honneur en peut-il recevoir? Quel bien lui revient-il de nos faibles hommages? Lui seul il est sa fin, il s'aime en ses ouvrages... S'il ne veut plus de moi, je tombe, je péris; S'il veut m'aimer encor, je respire, je vis. Ce qu'il veut, il l'ordonne ; et son ordre suprême N'a pour toute raison que sa volonté même. Qui suis-je pour oser murmurer de mon sort, Moi conçu dans le crime, esclave de la mort? Quoi! le vase pétri d'une matière vile Dira-t-il au potier : Pourquoi suis-je d'argile . . .

0 sage profondeur ! ô sublimes secrets ! J'adore un Dieu caché, je tremble et je me tais.

1 Ce mot sent tout à la fois la gèue du mètre et le besoin de la rime. Il aurait fallu dire confiés à leur colère, ou bien les ordres qu'il leur a confiés.

poëmc didactique en six chants, par Lovis Racine. — 1142.

Ce poëme est moins parfait que l'Art Poétique de Boileau, parce qu'il est moins soutenu : il lui serait supérieur si tous ses chants avaient autant de vie et de couleur que le premier. Car, sans avoir moins de logique dans l'ensemble , il a plus d'élévation et d'ampleur dans le sujet, plus de sublimité dans quelques pages. En fait de poésie didactique et descriptive , le tableau des merveilles de la nature est, sans contredit, ce que notre muse a produit de plus remarquable. Delille, dans ses Jardins, aura généralement plus d'aisance; mais sa pensée sera moins ferme et moins pleine, et sa philosophie moins sine. On reconnaît encore dans le poëme de la Relie/ion la logique et le génie du siècle qui allait s'éteindre dans le fils de Jean Racine et l'élève de Despréaux. Mais ce dernier rayon du grand siècle n'a doré que çà et là les peintures de ce poëme ; il a pâli dès la seconde moitié du premier chant, et le reste n'a plus eu, à quelques exceptions près, que la sagesse terne d'une thèse philosophique.

La raison dans nies vers conduit l'homme à la foi ; C'est elle qui, portant son flambeau devant moi, M'encourage à chercher mon appui véritable, M'apprend à le connaître et me le rend aimable. Faux sages, faux savants, indociles esprits, Un moment, tiers mortels, suspendez vos mépris. La raison, dites-vous, doit être notre guide.

A tous mes pas aussi cette raison préside

Et vous qui du saint Joug connaissez tout le prix, C'est encore pour vous que ces vers sont écrits. Celui que la grandeur remplit de son ivresse Relit avec plaisir ses titres de noblesse : Ainsi le vrai chrétien recueille avec ardeur Les preuves de sa foi, titres de sa grandeur, Doux trésor qui d'une âme à ses biens attentive Rend l'amour plus ardent, l'espérance plus vive.

L'existence de Dieu étant le fondement de toute religion , le poète

en a fait le sujet de son premier chant. 11 en donne trois preuves que, pour plus de clarté , nous distinguerons par des titres.

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