‹ Bibliothèque critique des poëtes français (volume 2)Chapitre 8 sur 76 · L EXISTENCE DE DIEU PROCLAMEE PAR LES MERVEILLES DE LA NATURE · texte numérisé non relu

L EXISTENCE DE DIEU PROCLAMEE PAR LES MERVEILLES DE LA NATURE

Les cieux. — La mer. — La terre; sa fécondité. — Les oiseaux et les insectes. — La structure du corps humain. (Chantier.)

Oui, c'est un Dieu caché que le Dieu qu'il faut croire; Mais, tout caché qu'il est, pour révéler sa gloire Quels témoins éclatants devant moi rassemblés ! Répondez, cieux et mers; et vous, terre, parlez.

Quel bras peut vous suspendre, innombrables étoiles?

Nuit brillante, dis-nous qui t'a donné tes voiles.

0 cieux., que de grandeur et quelle majesté ' !

J'y reconnais un maître à qui rien n'a coûté

Et qui dans vos déserts a semé la lumière

Ainsi que. dans nos champs il sème la poussière.

Toi qu'annonce l'aurore, admirable flambeau,

Astre toujours le même, astre toujours nouveau,

Par quel ordre, ô soleil, viens-tu du sein de l'onde

Nous rendre les rayons de ta clarté féconde?

Tous les jours je t'attends, tu reviens tous les jours :

1 « La grandeur des corps célestes nous paraît inconcevable. Saturne, disent nos astronomes, est quatre mille fois plus gros que la terre ; Jupiter huit mille fois; le soleil un million de fois. Notre imagination se perd dans l'espace immense qui renferme tous ces grands corps. C'est une sphère infinie, dit Pascal, dont le centre est partout, la circonférence nulle part. La petitesse des animaux que le microscope nous fait découvrir est également inconcevable; en sorte que nous nous trouvons placés entre deux infinis, l'un en grandeur, l'autre en petitesse, et que notre imagination se perd dans tous les deux. »

{Note de l'auteur.)

Est-ce moi qui t'appelle et qui règle ton cours? Et toi dont le courroux veut engloutir la terre, Mer terrible, en ton lit quelle main te resserre? Pour forcer ta prison tu fais de vains efforts : La rage de tes flots expire sur tes bords. Fais sentir ta vengeance à ceux dont l'avarice Sur ton perfide sein va chercher son supplice l. Hélas! prêts à périr, t'adressent-ils leurs vœux? Ils regardent le ciel, secours des malheureux. La nature, qui parle en ce péril extrême, Leur fait lever les mains vers l'asile suprême, Hommage que toujours rend un cœur effrayé Au Dieu que jusqu'alors il avait oublié.

La voix de l'univers à ce Dieu me rappello :

La terre le publie. Est-ce moi, me dit-elle,

Est-ce moi qui produis mes riches ornements?

C'est celui dont la main posa mes fondements.

Si je sers tes besoins, c'est lui qui me l'ordonne :

Les présents qu'il me fait c'est à toi qu'il les donne.

Je me pare des fleurs qui tombent de sa main ;

Il ne fait que l'ouvrir et m'en remplit le sein.

Pour consoler l'espoir du laboureur avide

C'est lui qui dans l'Egypte, où je suis trop aride,

Veut qu'au moment prescrit le Nil, loin de ses bords,

Répandu sur la plaine y porte mes trésors.

A de moindres objets tu peux le reconnoître :

Contemple seulement l'arbre que je fais croître 2.

Mon suc, dans la racine à peine répandu,

Du tronc qui le reçoit à la feuille est rendu.

La feuille le demande, et la branche fidèle,

Prodigue de son bien, le partage avec elle.

De l'éclat de ses fruits justement enchanté,

1 Dans ces deux vers l'expression manque de justesse et la pensée est cm barrassée. — 2 Croître et reconnaître ne riment plus ensemble aujourd'hui

Ne méprise jamais ces plantes sans beauté,

Troupe obscure et timide, humble et faible vulgaire :

Si tu sais découvrir leur vertu salutaire,

Elles pourront servir à prolonger tes jours;

Et ne t'afflige pas si les leurs sont si courts.

Toute plante, en naissant, déjà renferme en elle

D'enfants qui la suivront une race immortelle :

Chacun de ces enfants, dans ma fécondité,

Trouve un gage nouveau de sa postérité.

Ainsi parle la terre; et, charmé de l'entendre,

Quand je vois par ces nœuds que je ne puis comprendre

Tant d'êtres différents l'un à l'autre enchaînés,

Vers une même fin constamment entraînés,

A l'ordre général conspirer tous ensemble,

Je reconnais partout la main qui les rassemble,

Et d'un dessein si grand j'admire l'unité

Non moins que la sagesse et la simplicité.

Mais pour toi que jamais ces miracles n'étonnent, Stupide spectateur des biens qui t'environnent,

0 toi qui follement fais ton dieu du hasard l, Viens me développer ce nid qu'avec tant d'art, Au même ordre toujours architecte fidèle,

A l'aide de son bec maçonne l'hirondelle. Comment, pour élever ce hardi bâtiment, A-t-elle, en le broyant, arrondi son ciment? Et pourquoi ces oiseaux, si remplis de prudence, Ont-ils de leurs enfants su prévoir la naissance? Que de berceaux pour eux aux arbres suspendus ! Sur le plus doux coton que de lits étendus! Le père vole au loin, cherchant dans la campagne

1 « Les matérialistes ne se servent pas du nom de hasard, mais de celui de nécessité. Les personnes éclairées comprennent aisément que je puis également me servir de l'un ou de l'autre de ces termes, puisqu'ils désignent la même chose, c'est-à-dire des effets sans cause. » {Note de Fauteur.)

Des vivres qu'il rapporte à sa tendre compagne; Et la tranquille mère, attendant son secours, Échauffe dans son sein le fruit de leurs amours. Des ennemis souvent ils repoussent la rage, Et dans de faibles corps s'allume un grand courage. Si chèrement aimés, leurs nourrissons un jour Aux fds qui naîtront d'eux rendront le même amour. Quand des nouveaux zéphyrs l'haleine fortunée Allumera pour eux le flambeau d'hyménée, Fidèlement unis par leurs tendres liens, Ils rempliront les airs de nouveaux citoyens, Innombrable famille où bientôt tant de frères Ne reconnaîtront plus leurs aïeux ni leurs pères. Ceux qui, de nos hivers redoutant le courroux, Vont se réfugier dans des climats plus doux Ne laisseront jamais la saison rigoureuse Surprendre parmi nous leur troupe paresseuse. Dans un sage conseil par les chefs assemblé Du départ général le grand jour est réglé. Il arrive, tout part; le plus jeune peut-être Demande, en regardant les lieux qui l'ont vu naître, Quand viendra ce printemps par qui tant d'exilés Dans les champs paternels se verront rappelés.

A nos yeux attentifs que le spectacle change. Retournons sur la terre, où, jusque dans la fange, L'insecte nous appelle, et, certain de son prix, Ose nous demander raison de nos mépris. De secrètes beautés quel amas innombrable ! Plus l'auteur s'est caché, plus il est admirable. Quoiqu'un fier éléphant, malgré l'énorme tour Qui de son vaste dos me cache le contour, S'avance sans ployer sous ce poids qu'il méprise, Je ne t'admire pas avec moins de surprise, Toi qui vis dans la boue et traînes ta prison,

Toi que souvent ma haine écrase avec raison, Toi-même, insecte impur, quand tu me développes Les étonnants ressorts de tes longs télescopes, Oui, toi, lorsqu'à mes yeux tu présentes les tiens Qu'élèvent par degrés leurs mobiles soutiens : C'est dans un faible objet, imperceptible ouvrage, Que l'art de l'ouvrier me frappe davantage.

Dans un champ de blés mûrs tout un peuple prudent

Rassemble pour l'État un trésor abondant.

Fatigués du butin qu'ils traînent avec peine,

De faibles voyageurs arrivent sans haleine

A leurs greniers publics, immenses souterrains,

Où par eux en monceaux sont élevés ces grains

Dont le père commun de tous tant que nous sommes

Nourrit également les fourmis et les hommes.

Et tous, nourris par lui, nous passons sans retour,

Tandis qu'une chenille est rappelée au jour !

De l'empire de l'air cet habitant volage,

Qui porte à tant de fleurs son inconstant hommage

Et leur ravit un suc qui n'était pas pour lui,

Chez ses frères rampants, qu'il méprise aujourd'hui,

Sur la terre autrefois traînant sa vie obscure,

Semblait vouloir cacher sa honteuse figure.

Mais les temps sont changés : sa mort fut un sommeil.

On le vit, plein de gloire à son brillant réveil,

Laissant dans le tombeau sa dépouille grossière,

Par un sublime essor voler vers la lumière...

Le roi pour qui sont faits tant de bien précieux, L'homme, élève un front noble et regarde les cieux. Ce front, vaste théâtre où l'âme se déploie, Est tantôt éclairé des rayons de la joie, Tantôt enveloppé du chagrin ténébreux.

L'amitié tendre et vive y fait briller ses feux,

Qu'en vain veut imiter, dans son zèle perfide, La trahison, que suit l'envie au teint livide. Un mot y fait rougir la timide pudeur; Le mépris y réside ainsi que la candeur, Le modeste respect, l'imprudente colère, La crainte et la pâleur, sa compagne ordinaire, Qui dans tous les périls funestes à mes jours, Plus prompte que ma voix, appelle du secours. A me servir aussi cette voix empressée Loin de moi, quand je veux, va porter ma pensée : Messagère de l'âme, interprète du cœur, De la société je lui dois la douceur.

Quelle foule d'objets l'œil réunit ensemble! Que de rayons épars ce cercle étroit rassemble ! Tout s'y peint tour à tour. Le mobile tableau Frappe un nerf qui l'élève et le porte au cerveau. D'innombrables filets, ciel ! quel tissu fragile ! Cependant ma mémoire en a fait son asile, Et tient dans un dépôt fidèle et précieux Tout ce que m'ont appris mes oreilles, mes yeux : Elle y peut à toute heure et remettre et reprendre, M'y garder mes trésors, exacte à me les rendre. Là ces esprits subtils, toujours prêts à partir, Attendent le signal qui les doit avertir. Mon âme les envoie, et, ministres dociles, Je les sens répandus dans mes membres agiles : A peine ai-je parlé qu'ils sont accourus tous. Invisibles sujets, quel chemin prenez-vous? Mais qui donne à mon sang cette ardeur salutaire Sans mon ordre il nourrit ma chaleur nécessaire; D'un mouvement égal il agite mon cœur; Dans ce centre fécond il forme sa liqueur; Il vient me réchauffer par sa rapide course; Plus tranquille et plus froid il remonte à sa source Et, toujours s'épuisant, se ranime toujours. m.

Les portes des canaux destinés à son cours Ouvrent à son entrée une libre carrière, Prêtes, s'il reculait, d'opposer leur barrière1. Ce sang pur s'est formé d'un grossier aliment, Changement que doit suivre un nouveau changement Il s'épaissit en chair dans mes chairs qu'il arrose; En ma propre substance il se métamorphose. De cet ordre secret reconnaissons l'auteur. Fut-il jamais des lois sans un législateur?

Reconnaissons du moins celui par qui nous sommes,

Celui qui fait tout vivre et qui fait tout mouvoir.

S'il donne l'être à tout, l'a-t-il pu recevoir?

Il précède les temps, qui dira sa naissance?

Par lui l'homme, le ciel, la terre, tout commence,

Et lui seul, infini, n'a jamais commencé.

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