IV
Dans cette foule de voluptueux molinistes combattant autour du lutrin, deux hommes vont se distinguer : l'un dans son lit, par sa fastueuse indolence ; l'autre à table, par sa gourmandise héroïque. Sur qui tombera le choix du poète? Sur le ti'ésorier et sur le chanoine d'Ense, qui deviendra le gras Evrard.
Dans le réduit obscur d'une alcôve enfoncée S'élève un lit de plume à grands frais amassée : Quatre rideaux pompeux, par un double contour. En défendent l'entrée à la clarté du jour. Là, parmi les douceurs d'un tranquille silence, Règne sur le duvet une heureuse indolence. C'est là que le prélat, muni d'un déjeuner. Dormant d'un léger somme, attendait le diacr. La jeunesse en sa fleur brille sur son visage : Son menton sur son sein descend à double étage; Et son corps, ramassé dans sa courte grosseur, Fait gémir les coussins sous sa molle épaisseur.
Ce prélat si frais, si court et si dodu était pourtant un vieillard d( soixante-sept ans, grand et maigre ; mais, nous dit Brossette , notn poëte, voulant faire un portrait de son héros, a dû le faire conformi au caractère qu'il lui donne dans son poëme sans s'embarrasser de h réalité ^ Le chef des molinistes devait être, en effet, le plus gras ; ajou tons qu'il avait de quoi l'être, étant le plus riche de la Sainte-Cha pelle.
Même système dans le camp opposé. Voyez tous ces chanoines éveU lés en sursaut par l'horrible crécelle : l'un croit la Sainte-Chapelle ei feu; l'autre,
Tenant midi sonné.
En soi-même frémit de n'avoir pas diné... Mais en vain dans leur lit un juste effroi les presse, Aucun ne laisse encor la plume enchanteresse. Pour les en arracher Girot s'inquiétant Va crier qu'au chapitre un repas les attend. Ce mot dans tous les cœurs répand la vigilance. Tout s'ébranle, tout sort, tout marche en diligence. Ils courent au chapitre, et chacun se pressant Flatte d'un doux espoir son appétit naissant. Mais, ô d'un déjeuner vaine et frivole attente! A peine ils sont assis que, d'une voix dolente, Le chantre désole, lamentant son malheur,
' Chant I, v. 60, note.
iioiiEAi. — I(i7i-IG8:{. 51
Fuit mourir l'appétit et naître lu douleur.
Le seul chanoine Evrard, d'abstinence incapublej
Ose encor proposer qu'on apporte la table.
Alaiii pérore; il veut ([iTà riiistant même chacun prenne un livre en main et se mette à étudier la question.
Le gras Evrard d'épouvante en frissonne.
Pourquoi cet Evrard se distingue-t-il entre tous par sa gourmandise et son embonpoint? Boileau lui-même va nous l'apprendre. Il écrivait à Racine, le 4 juin 1C93, à propos de l'abbé Jacques Boileau, son frère : « Jugez de sa surprise quand il apprendra tout d'un coup le bien imprévu et excessif que vous lui avez fait... Demandant pour lui la moindre de toutes les cbanoinies de la Sainte-Chapelle, iious lui avons obtenu la meilleure après celle de M. l'abbé d'Ense. 0 factum bene '/ » Or, Evrard, c'est cet abbé d'Ense : il fallait bien qu'il fût le plus gros des chanoines puisqu'il possédait le plus gros canonicat. Et voyez comme sa morale épicurienne est d'accord avec sa fortune ; il répond à Alain :
Songeons à vivre.
Va maigrir, si tu veux, et sécher sur un livre.
Pour moi, je lis la Bible autant que rAlcoran.
Je sais ce qu'un fermier nous doit rendre par an,
Sur quelle vigne à Reims nous avons hypothèque.
Vingt muids rangés chez moi font ma bibliothèque.
Dm reste déjeunons, messieurs, et buvons frais.
A en juger pouiiant par la seule anecdote qui puisse nous instruhe de ses habitudes à table, il ne paraîtrait pas que cet ami de la bonne chère fût fort au courant de l'étiquette des festins. « Un jom^, dit J. B. Rousseau, ce chanoine d'Ense, étant à table avec M. Despréaux, s'avisa de lui servir une grappe de raisin avec la fourchette ; et M. Despréaux sur-le-champ porta la sienne à son front pour le remercier '-. » Le poëte qui chanta son ardeur pour les bons repas u'était-il pas plus versé que lui dans l'art de diner en ville? Mais, nous le répétons d'après le mieux instruit des interprètes de Boileau, il s'agissait dans ces portraits d'une question de droit bien plus que d'une question de fait ou de personne : c'était un moliniste qu'il fallait peindre.
» ŒuD'es de Boileau, t. IV, p. 185 et 186. (Paris, 18M.) — « LeKres de J. B. Rousseau sur différents sujets de littérature; lettre à Brossette, t. II, p. 187.
iNous avons une autre preuve de ce syst'jme dans la magnificence des rideaux qui protègent le sommeil voluptueux de l'évèque à morale facile. « Cette description, dit encore Brossetto, avait été faite de génie : l'auteur n'avait jamais vu ni l'alcôve ni le lit du trésorier. Cependant^ ajoute-t-ii avec la malice du poëte cjiûlui dicta la moitié de ses commentaires, elle se trouva conformée à la vérité'. »
Le chantre, rival du trésorier, représentera un autre caractère du molinisme : l'orgueil amljitieux, violent et ridicule. Il sera vieux, bien qu'il n'ait que cinquante ans, non-seulement pom* contraster avec le jeune prélat, qui ligure la Mollesse au teint vermeil, mais aussi pour rendre son rôle et ses prétentions plus grotesques.
D'une longue soutane il endosse la moire. Prend ses gants violets, les marques de sa gloire, Et saisit, en pleurant, ce rochet qu'autrefois Le prélat trop jaloux lui rogna de trois doigts. Aussitôt, d'un bonnet ornant sa tête grise. Déjà Taumusse en main il marche vers l'église; Et, hâtant de ses ans l'importune langueur. Court, vole et le premier arrive dans le chœur.
Il faut qu'il y ait en outre des gens querelleurs dans les deux camps. Le chantre prendra conseil de Jean le choriste et du sonueiu" Girard :
Deux Manceaux renommés, en qui l'expérience Pour les procès est jointe à la vaste science.
Le Nestor de la troupe opposée, le vieux Sidrac, sera grand chicaneur aussi.
Il a seul autrefois plaidé tout un chapitre.
Il consolera le prélat par l'espoir d'humiher son rival en le couvrant du lutrin, et de lui intenter procès sur procès s'il ose le renverser.
Alors de cent arrêts tu le peux terrasser. Pour soutenir tes droits, que le Ciel autorise Abîme tout plutôt ; c'est l'esprit de l'Église. C'est par là qu'un prélat signale sa vigueur. Ne borne pas ta gloire à prier dans un chœur. Ces vertus dans Aleth peuvent être en usage ; Mais dans Paris plaidons : c'est là notre partage.
Voilà bien le jansénisme du poëte montrant le bout de l'oreille. L'évèque d'Aleth, rsicolas Pavillon, qui bornait sa gloire à prier, était, en elFei, un homme bien paisiljle et bien accommodant : il laissait ses
• Chant I, vers 37, tiote.
BOTLEAU. — 1071-1083. 53
diocésains professer en repos la nouvelle hérésie. Port-Roynl en fit la perle des évèqiics de son temps ^ Pourquoi les autres prélats n'imitaient-ils pas sa tolérance? Les disciples de Jansénius ne demandaient qu'à demeurer tranquilles. L'accommodement , selon eux , était bien aisé : ils consentaient à condamner les cinq propositions condamnées par le pape, pourvu qu'on leur permît d'ajouter que ces propositions n'étaient pas dans les livres de Jansénius, mais qu'elles avaient été inventées par leurs adversaires; en d'autres termes, des loups se résignaient à prendre la peau de brebis ; et ou les chassait du bercail, et on les poursuivait à outrance ! L'esprit des molinistes et de leur église était donc, suivant Port-Royal, de tout abîmer plutôt que de céder dans une question de pur amour-propre ; et Boileau fait dire ici au défenseur du lutrin ce que les jansénistes faisaient penser aux défenseurs du formulaire.
Il ne restait plus cpi'à glisser cpielque part ime boime grosse allusion à l'ignorance des molinistes, qui n'avaient pas su comprendre saint Augustin. Le chapitre délibère, hésitant entre le gras Evrard, qui vent qu'on dine avant tout, et l'impétueux chantre, qui met la vengeance au-dessus de l'appétit : c'est là que devra apparaître le savoir de la collégiale, puisque les gros bonnets sont là. Comparez la science et les habitudes théologiques du chanoine Alain avec celles des casuistes ridiculisés par Pascal dix-huit ans auparavant, et vous verrez un l'ésumé des Provinciales dans vingt vers du Lutrin '-.
C'est d'abord la même ignorance et le même mépris du saint docleur dont le jansénisme avait fait son palladium et que ses adversaires, bien entendu, ne comprenaient pas :
Sans doute il aura lu dans S07i saint Augustin Qu'autrefois saint Louis érig'ea ce lutrin.
' Mémoires de Fontaine, t. II, p. 391. — ' La première idée de ce rapprochement n'est ptis de nous; elle vient d'une source moins suspecte en ces sortes de matières; elle appartient au moderne historien de Port-Royal , à M. Sainte-Beuve, homme aux aperçus si fins qu'il aurait pu dire le dernier mot sur les querelles du formulaire s'il avait eu ce qu'un homme du monde n'a pas toujours, autant d'orthodoxie que d'esprit. Ne faisant qu'un seul personnage de ditrérents molinistes mis en scène par Pascal, M. Sainte-Beuve le retrouve dans celui de Boileau. « Je proposerais bien, dit-il, de l'appeler Alai?i, puisqu'il n'en pas douter c'est lui dans la personne d'Alain dont Boileau s'est souvenu quand il a dit, au chaut quatrième du Lutrin , de ce Lutrin qui n'achève pas mal toute celte parodie de la Sorbonne entamée par les Provinciales: Alain tousse et se lève, etc. Mais cet Alain, s'il a été autrefois notre bonhomme de Père, n'est plus pourtant le même dans Boileau. Il a changé; il a pris de l'embonpoint, de l'importance : il tousse, il se rengorge. Non, notre bon Père de che. l^atcul n'est pas encore Alain, et il faut lu laisser sans nom; il a bien su vivre sans cela. » Port-Iioyal, t. III, p. 48.
C'est de plus la même préférence donnée aux théologiens modernes sur les Pères de l'Église. Que va feuilleter ce moliniste, qui abandonne à Arnauld son saint Augustin? Bauny, dont il a vingt fois lu toute la somme; Abély, qu'il possède ad unguem; Raconis, qu'il sait tout par cœur :
Consultons sur ce point quelque auteur signalé ; Voyons si des lutrins Bauny n'a point parlé.
Que chacun prenne en main le moelleux Abély.
Et dans cette estime d'Alain pom- le P. Bauny ne recomiait-on pas encore le moliniste de Pascal, qui, à tout moment, jure par ce théologien, que quelques propositions relâchées avaient fait mettre justement à l'index, mais dont les jansénistes avaient malicieusement fait un corrupteur de la morale ?
Il y a, enfin, de la ressemblance jusque dans le choix du casuiste. Celui des Provinciales était un directeur du grand monde, un confesseur de maréchales et de marquises * ; et celui du Lutrin est le confesseur du premier président.
Ce choix et ce rôle du confesseur de Lamoignon dans un poëme dédié à Lamoignon lui-même nous ramènent à une difficulté que nous avons déjà énoncée. Comment ce grave et religieux magistrat put-il encourager cette insulte faite à un homme qu'il honorait de tant d'estime et de confiance ? Comment, en outre, put-il accepter le patronage et par là même la responsabilité d'une sature où l'on afUigeait un évêque respectable , où l'on bafouait tout le clergé d'une église dont il était le fervent paroissien ; où se trouvaient des plaisanteries aussi mal sonnantes que celle-ci :
La déesse eu entrant, qui voit la nappe mise. Admire un si bel ordre et reconnaît TÉglise.
La réponse à ces questions va se trouver dans les précautions prises par le poëte pour assurer l'impunité de sa satire. Passons donc de l'habileté de son plan à celle de ses éditions et de ses préfaces. Cette dernière étude complétera l'intelligence du poème , et ne sera pas, d'aillem's, la moins curieuse. Nous suivrons l'ordre des temps : c'est de l'histoire.
• « Le Père me parut surpris, et plus encore du passage d'Aristotc que de celui de saint Augustin. Mais comme il pensait à ce qu'il devait dire, on vint l'avertir que madame la maréchale de . , . et madame la marquise de . . Ir demandaient. » {Quatrième lettre, fin.)
BOiLEAU. — 167.i-l(î83. o5
Boileau, lorsqu'il donna, en 1674, la première édition de son poëme, mit en tète cet Avis au lecteur ; « Je ne ferai point ici comme Arioste, qui quelquefois, sur le point de débiter la fable du monde la plus absurde, la garantit vraie d'une vérité reconnue, et l'appuie même de l'autorité de l'archevêque Turpin ^ Pour moi, je déclare franchement que tout le poëme du Lutrin n'est qu'une pure iiction , et que tout y est inventé, jusqu'au nom même du lieu où l'action se passe. Je l'ai appelé Pourges, du nom d'une petite chapelle qui était autrefois proche de Montlhéry. » En effet, le poëme, en 1674, commençait ainsi :
Je chante les combats et ce prélat terrible Qui, par ses longs travaux et sa force invincible, Dans Pourges autrefois exerçant son grand cœur. Fit placer à la fin un lutrin dans un chœur.
Brossette nous raconte à ce sujet une curieuse anecdote : «L'auteur^ dit-il, ne voulant pas nommer la Sainte-Chapelle de Paris, avait mis, dmis Bourges autrefois^ etc., parce qu'il y a aussi une Sainte-Chapelle dans la ville de Bourges. Mais, après l'impression, il fit effacer, avec la pointe du canif, une partie du B qui est dans le mot Bourges ; et de cette lettre on fit im P. Ainsi Bourges fut changé en Pourges ^ comme on le peut voir encore dans les exemplaires de l'édition in-4'' de l'année 1674. Dans celle de 1675 on ne mit qu'un P.... suivi de quatre points *. » Ouvrez, en effet, les plus anciens exemplaires du Lutrin , et vous y verrez encore la trace de cette substitution de lieu, dans laquelle la prudence du poëte se trouva d'accord avec sa malice. La colère des chapelains de Bourges ne devait guère l'effrayer; mais en mettant Vourges, il avait une lettre initiale, qui, suivie plus tard de quatre points, indiquerait Paris.
Comme personne n'avait pu s'y méprendre, et que son intention était bien d'habituer le public à ses hardiesses, Boileau, huit ans plus tard, donnant une troisième édition du Lutrin, remplaça son premier Avis au lecteur par un autre que voici :
« Il serait inutile maintenant de nier que ce poëme a été composé à l'occasion d'un diflérend assez léger qui s'émut dans une des plus célèbres églises de Paris entre le trésorier et le chantre. Mais c'est tout ce qu'il y a de vrai. Le reste, depuis le commencement jusqu'à la fin, est une pm-e fiction; et tous les personnages y sont non-seule-
1 Turpin, archevêque de Reims, passa longtemps pour l'auteur d'une histoire fabuleuse des gestes de Gharlemagne et du célèbre Roland. — ^ ]Vo/e de Brossette sur le troisième vers du premier chant.
56 PLAN DU LUTRIX.
meut inventés, mais j'ai eu soin même de les faire d'un caractère directement opposé au caractère de ceux qui desservent cette église, dont la plupart, et principalement les chanoines, sont tous gens nonseulement d'une fort grande probité, mais de beaucoup d'esprit, et entre lesquels il y en a tel à qui je demanderais aussi volontiers son sentiment sur mes ouvrages qu'à beaucoup de messieurs de l'Académie. 11 ne faut donc pas s'étonner si perconne n'a été offensé de l'impression de ce poëme, puisqu'il n'y a en effet personne qui y soit véritablement attaqué. Un prodigue ne s'avise guère de s'offenser de voir rire d'un avare, ni un dévot de voir toiu^ner en ridicule un libertin '. ))
Le dernier coup était porté, et l'auteur s'était mis à couvert de toute réclamation de la part de ses victimes. Le moyen de se plaindre en public après de pareils compliments, et surtout après xme déclaration aussi compromettante pom' qui ne voudrait pas s'en contenter? C'était Fapplication de cette réponse d'Horace à ceux qu'indignait la liberté de ses satires : Quoi donc ! quand LuciKus démasquait les hypocrites, et les habillait dans ses vers selon leiu" mérite, est-ce que les gens de bien d'alors, Lélius et Scipion l'Africain, s'en offensaient'? La ruse n'était donc pas neuve ; mais Boileau l'avait rajeunie par xm tour de passe-passe qui dut sauter à tous les yeux. Le chapitre de 1683, complimenté dans cette préface, n'était plus le chapitre de 1667, ridiculisé dans le Lutrin.
L'année même où ces compliments panarent, Jacques Barrin, fatigué de son bâton de chantre, l'avait déposé et s'était retiré dans le diocèse de Beauvais, à son prieuré du Lay ^. Charles de Saveuses était mort en 1670, Louis Fournier en 1676 '* et Christophe Barjot en 1682 ^. A la place de ces quatre personnages étaient venus s'asseoir ail chœur de la Saiute-Chapelle Louis Ban^in^ auquel son oncle avait laissé son canonicat; im nouveau Barjot, qui succédait pareillement à son oncle ; un jeime chevaUer de quatorze ans, Armand de Blacfoil, et le célèbre janséniste Nicolas Letourneux, confesseur des religieuses de Port-Royal, qui, l'année même de son installation, avait remporté le prix de l'Académie française ^. Joignons à ces nouveaux venus Gilles Dongois, neveu de Boileau, chanoine aussi de la Sainte-Cha-
1 Édition de 1683. — 2 Sat., II, i, v. (i3-68. — 3 II y mourut en 1689, âgé de soixante-treize ans. (Morand, Histoire de la Sainte-Chapelle, p. 296.) — '* Ibid., p. 300. Nécrologe de Poii-Royal, au 22 janvier. — ^ Christophe Barjot, fils de Jean Barjot, seigneur d'Auneuil et de Marché-Froid, niaitre des requêtes, était chanoine de la Sainte-Chapelle de^juis le 6 août 1642. Il mourut en 1682, le 11 juillet, et Gilles Dongois fil son é^ntaphe. Ibid., p. 298.; — 6 Ibid., p. 296, 298. 302 et 305.
BOiLEAU. — ir.7i-l08r{. 57
liollc tlopuis vingt ans ' ; et nous comprendrons que le cluuilrc du Lulrin dut trouver là des gens de probité et d'esprit ; et tel à qui il aurait demandé aussi volontiers des avis sur ses ouvrages qu'à, lieaucoup de messieurs de l'Académie.
Despréaux avait su «l'aillcurs construire sa phrase, ou plutôt l'em. barrasser de façon à laisser dans ce sénat rajeuni des places pour les imbéciles. Car le trésorier, héros du poëme, l'abbé d'Ense, représenté pai" le gras Evrard^ est le pieux abbé Aubery, Alain qui toujours tousse^ étaient encore au nombre des vivants. C'était à leur adresse, ainsi qu'à celle du chantre vieillissant loin de Paris, qu'était l'adroit et plaisant désaveu de toute personnalité. Le poëme, au dire de Boikau, n'était, sauf le procès du lutrin, qu'une pure fiction ; et l'auteur avait mêine eu soin de faire les personnages d'un caractère directement opposé au caractère de ceux qui desservaient la Sainte-Chapelle. En effet, rappelons-nous que, dans l'intérêt même de sa satire, il avait donné à, ses molinistes une physionomie extérieure différente de celle qu'ils avaient dans la réalité. 11 pouvait donc dire agréablement à ses victimes : « De quoi vous plaignez-vous, Monseigneur? Le prélat du Lutrin a double menton, et Votre Grandeur est desséchée par ses abstinences; il est de petite taille, et la vôtre est majestueuse ; il est jeune, et à l'époque où je le peignais vous aviez près de soixante-dix ans. Et vous, monsieur Barrin, mon chantre est un vieillard, et vous aviez à peine atteint la cinquantaine. Et vous, monsieur l'abbé Aubery, n'êtes-vous pas le frère aine d'un historien érudit, qui vous a dû sa première instruction ^? Ne sait-on pas que feu M. le premier président vous honorait de toute#a confiance? M'aurait-il pardonné de vous avoir représenté sous les traits à' Alain? Ce n'est pas vous. » Brossette nous apprend qu'en effet ce chanoine Aubery, qui, comme Alain, ne pouvait jamais ouvrir la bouche sans tousser ime fois avant de parler, lut le Lutrin à plusieurs reprises, et ne songea pas qu'il s'y trouvait''.
Ce vénérable chanoine , qui était dans sa quatre-vingt-deuxième année quand Boileau le consolait par cette déclaration sur la nature toute fantastique de ses persoimages, alla rejoindre, quelques mois
1 L'abbé Dongois, né de Jean Donsfois, greffier de la cbambre de l'Édit, et d'Anne Boileau, sœur de l'auteur du Lutrin, devint chanoiiic de la Sainte-Chapelle le 3 mai de l'année 16C3,et mourut le 7 novembre 1708. Il était fort versé dans les antiquités, et il laissa des notes précieuses pour l'histoire de la Sainte- Chapelle. (Ibid., p. 301.) — 2 Lg chanoine Aubery était le frère aîné d'Antoine Aubery, avocat, écrivain infatigable, précipité et dillus, qui composa deux volumes in-folio, huit volumes in-4^ et une demi-douzaine d'in-12. Cet Antoine Aubery a fuit entre autres les histoires des cardinaux, de Richelieu etMazariii ; et là, comme ailleurs, l'érudition est loin de racheter le manque de logique et de goût, qui le rend obscur et illisible. — ^ Chaut IV, v. 169, note.
après, dans iine vie meilleure, son illustre pénitent, pieusement décédé eu 1677. C'est à l'éloge de ce grand magistrat qu'est consacrée toute la fin du second Avis au lecteur, et c'est là que son nom parut à la tète du Lutrin pour la première fois.
« Je ne dirai point, continue l'auteur, comment je fus engagé à travailler à cette bagatelle sur une espèce de déti qui me fut fait en riant par feu M. le premier président de Lamoignon, qui est celui que j'y peins sous le nom d'Ariste. Ce détail , à mon avis, n'est pas fort nécessaii'e; mais je croirais me faire un trop grand tort si je laissais échapper cette occasion d'apprendre à ceux qui l'ignorent que ce grand personnage, durant sa vie , m'a honoré de son amitié. » Suit un long panégyrique où les vertus du magistrat deviennent tout naturellement la justification du poète et de ses satires.
Il y avait bien quelque chose à redire à cette déclaration un peu tardive. Pradon, le pau\Te Pradon, toujours à l'affût de ce qui pouvait ébranler l'autorité de son terrible adversaire , cria au scandale, non sans quelque raison, mais avec une exagération et une amert\une qui gâtèrent son argument.
Que cet homme important, ce grand panégyriste
Dresse un beau mausolée à la gloire d'Ariste
Quand de ses vers malins il le rend protecteur
Et de son cher Lutrin le complice et l'auteur !
A l'entendre parler, il en fit ses délices;
Il adorait sa veine, il aimait ses caprices.
Sans ce fidèle Achate il n'eût su faire un pas :
L'un était le David, l'autre le Jonathas.
Non, je ne puis souffrir une telle imposture ;
C'est pour se faire honneur qu'il lui fait cette injure ».
Sans voulou^ jeter aucun nuage sur l'amitié de ces deux grands hommes, sans même prétendre, avec Pradon, que le grave et religieux Lamoignon ne fut pour rien dans cette satire peu digne, en effet , de son illustre patronage, nous sommes obligé de reconnaître dans cette sanction d'outre-tombe un second tour de passe-passe dans le genre de celui que nous avons déjà signalé. Du vivant de ce magistrat le poëme, édité par deux fois, demeura toujours incomplet. Il meurt, et six ans après paraît une troisième édition avec deux nouveaux chants, le cinquième, qui est le plus grotesque de tous, et le sixième^ qui est consacré tout entier à la louange d'Ariste, c'est-à-dii'e du premier président.
' Epitre à Alcandre.
BoiLEAU. — H)7.i-1683. 59
Toi qui lis ce merveilleux ouvrage,
Ariste, c'est à toi d'en instruire noire âge.
Seul tu peux révéler par quel art tout-puissant
Tu rendis tout à coup le chantre obéissant.
Tu sais par quel conseil rassemblant le chapitre
Lui-même, de sa main, reporta le pupitre ;
Et comment le prélat, de ses respects content,
Le fit du banc fatal enlever à l'instant.
Parle donc ; c'est à loi d'éclaircir ces merveilles.
11 me suffit, pour moi, d'avoir su, par mes veilles.
Jusqu'au sixième chant pousser ma fiction
Et fait d'un vain pupitre un second Ilion.
Dans son premier Acis au lecteur, Boileau avait dit en parlant de la bagatelle dont il ne donnait au public que les quatre premiers chants : « J'aurais bien voulu la lui donner achevée ; mais des raisons trèssecrètes, et dont le lecteiu- trouvera bon ijue je ne l'instruise pas, m'en ont empêché. » Ces raisons /m-secréto étaient tout simplement, d'après Brossetto, que l'auteur n'avait pas encore terminé son poëme ; en sorte qu'il ne faudrait voir dans cette excuse mystérieuse qu'un de ces innocents artifices dont les écrivains se servent quelquefois pour donner le change au public et piquer sa curiosité. Jean-Baptiste Rousseau aimait mieux j voir l'embarras de Boileau , qui craignait de blesser la délicatesse du premier président Lamoignon en le faisant intervenir dans une action aussi comique '. Ce n'était là qu'une conjecture ; voici des faits :
Avant la première édition du Lutrin, donnée en 1674, ce poëme était déjà connu par des fragments que l'auteur faisait circuler sans doute pour essayer le jugement du public. On y lisait :
Je chante le pupitre et ce prélat terrible. Qui. par ses longs travaux et sa force invincible, Dans la Sainte-Chapelle exerçant son grand cœur, Fit placer à la tin un lutrin dans le chœur. Illustre Lamoignon, dont la sage entremise, etc.
Ou bien, d'après les notes de Brossette : Et toi, grand Lamoignon"^. Pourquoi, quand le poëme, attendu pendant trois ou quatre ans, parut enfin en quatre chants, le nom du premier président avait-il été effacé et remplacé par cette vague apostrophe : Et toi, fameux héros ? Évi-
' Lettres rie Rousseau sur différents sujets de littérature, t. 11, p. 213. — 2 Chant 1, vers l'i,note. Œuvres de Boileau Despréaux, avec les Commentaires de Saiut-Surin, t, II, p. 317, note.
demment pour quelque raison pareille à celle qui, clans le vers précédent, à la place de cet hémistiche trop hardi, dans la Sainte-Chapelle, iit mettre dans Bourges autrefois, puis dans Poiirges , puis dans P...., puis enfin dans une illustre église. Quand même nous accorderions que le premier président ne reconnut pas son confesseiu- dans Alain malgi'é sa toux ; que, trompé sur quelques autres allusions dont le secret demeurait à Port-Koyal pour le divertissement des solitaires, il ne comprit pas toute l'intention du poète ; il vit certes assez d autres méchancetés dans le Lutrin pom" ne pouvoii' en accepter solennellement la dédicace et en prendre la responsabilité. C'était déjà bierr assez que d'en rire dans ses soirées, comme le Parlement avait ri de la comédie des Provinciales.
II y eut donc, dans ce sixième chant et dans ce second Juîs aulecteur, un tour d'adresse, non pas à l'intention des contemporains qui avaient vu le premier président disparaître de la scène du monde avant la pubUcation de sa complicité , mais à celle de la postérité, qui ne songerait plus au rapprochement des dates. Le jeu de l'auteur n'a pas manqué : ses lectcm's d'aujourd'hui admettent l'entente parfaite du poète et du magistrat; et le patronage posthume passe sans réflexion de la part même des commentateurs du Lutrin, bien qu'ils aient chargé ce poème d'éclaircissements de toute espèce. .
A défaut de dates, la littérature même du sixième chant aurait pu suffire pour expliquer l'embarras de sa composition. Tous les critiques l'ont remarqué avant nous : ce chant ne ressemble en rien aux cinq autres; il n'en a ni la verve, ni le ton, ni la couleur. Il est froid, pâle, ennuyeux ; et tout son mérite est dans une versification sagement mesm'ée. Les héros mêmes du poème y disparaissent; le merveilleux y change de nature, et l'action y est remplacée par d'interminables discours. C'est évidemment une seconde conception, postérieure à la première, une pièce rapportée, un appendice pom' la justification du l'esté. Ariste y paraît dans tout l'éclat de sa vertu ; il y reçoit l'hommage du poète ; et la satire est consacrée par sa piété *.
Ce chant aurait encore pu suffire à la critique pour découvrir l'intention janséniste des cinq autres. La Piété personnifiée y parle à ïhémis comme parlait la mère Angélique au milieu de ses filles. C'est évidemment à Port-Royal que cette déesse avait fait ses études et son noviciat. Citons quelques-unes de ses sentences : nous ne ferons qu'y changer le temps des verbes.
Voici ce qu'est devenue l'Église depuis que les casuistes à morale
1 « La fiu de ce poërae, dit Laharpc, ne semble faite que pour amener l'éloge du président de Lamoignoti » Cours de littérature, t. VI, p. 249. (Paris, an VIL)
uoiLEAU. — 1074-1683. 61
relâchée ont rempli les cloîtres^ les chai)itres, les évêcliés. les trihunaux ecclésiastiques, les chaires (le théologie et les confessionnaux.
Le moine a secoué le cilice et la haire ;
f.e chanoine indolent apprend à ne rien faire ;
T,e prélat, par la lirigue aux honneurs parvenu,
Ne sait plus qu'abu?cr d'un ample revenu;
Et, pour toutes vertus, fait au dos d'un carrosse,
A côté d'une mitre, armorier sa crosse !
11 fallait ])ien quelque coup de patte en passant pour les évêques, puisque, siu" près de cent trente prélats français, il ne s'en était trouvé que quatre assez austères pour hraver avec Amauld et Nicole les décisions du chef de l'Église.
Dans mes cloîtres sacrés la Discorde introduite Y bâtit de mon bien ses plus chers arsenaux, Tj-aîne tous mes sujets au pied des tribunaux!
Allusion évidente aux poui^suiles diiigées contre les religieux et les prêtres séculiers qui refusaient de signer le formulaire. C'est dans les Mémoires de Port-Royal qu'il faut en chei'cher l'intelligence et le commentaire. « On ne pouvait, dit Fontaine, souffrir en place un ecclésiastique de piété ou quelque homme de mérite : tous leurs hénéfices étaient au pillage ; toutes les villes du royaume devinrent fameuses par leur bannissement... C'était peu que toutes les plumes fussent aiguisées et envenimées contre eux ; les trilîunaux étaient obsédés, et les lieux les plus sacrés de la justice rougissaient des arrêts injustes qu'on y prononçait*, -n
Pour comble de misère, un tas de faux docteurs Vient flatteries péchés de discours imposteurs, Infecte les esprits d'exécrables maximes El veut faire à Dieu même approuver tous les crimes!
Voilà bien cette parenté du Lutrin et des Provinciales que nous avions déjà montrée, avec M. Sainte-Beuve, dans le discom-s à'Alain^-. Quiconque a lu les lettres de Pascal se rappellera ces exécrables maximes et ces casuistes trouvant toujours moyen, à l'aide du probabilisme, de justifier tous les crimes ^.
1 T. Il, p. 371 et 372. — * Ci-dessus, p. 53. — ^ Les jansénistes, voulant détourner l'attention du public et porter ailleurs la tempête soulevée contre les cinq propositions, inventèrent un système de morale relâchée qu'ils prétendirent avoir trouvé dans les théologiens de la Sorhonne et de la Compagnie de Jésus ; en publièrent les maximes, et réussirent à faire un effroyable tapage,
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Une servile peur tient lieu de charité; Le besoin d'aimer Dieu passe pour nouveauté; Et chacun à mes pieds, conservant sa malice, '^'apporte de vertu que l'aveu de son vice !
Voilà Pascal encore. Ces quatre vers résument sa lettre, faite de concert avec M. Arnauld, sur les adoucissements que les jésuites ont apportés au sacrement de pénitence par leurs maximes touchant la confession... la contrition et r amour de Dieu '. Boileau ébauche là son épitre sur l'amour de Dieu, dans laquelle, douze ans plus tard , il fera soutenir aux adversaires du jansénisme que pour être absous au tribunal de la pénitence il suffit d'y décharger sa mémoire, et que pour être sauvé on n'a pas besoin d'aimer Dieu -.
Non, encore une fois, le grave et pieux Lamoignon n'a pas autorisé tout cela; et de deux choses l'une : ou bien, suivant la supposition de Brossette, il n'a jamais vu ce sixième chant dans lequel Boileau le fait janséniste avec lui ; ou bien, selon la conjectm-e de J. B. Rouseau, il y mit son veto, comme il l'avait mis au début du poëme, où son nom devait paraître. Qu'on choisisse ; pour nous c'est la seconde hypothèse qui nous semble la plus vraisemblable. Car nous aurions peine à crou'e qu'il fallut neuf années au poète pour versifier ses deux derniers chants. Les quatre premiers ne lui avaient demandé que deux ans.
L'étude des trois premières éditions du Lutrin révèle encore une des précautions prises par l'auteur pour ne pas se compromettre avec les puissances , comme dit La Fontaine. Sous l'escalier de la Sainte- Chapelle habitait un perruquier fameux dans tout Paris par sa vigueur athlétique et par sa hardiesse. De sa boutique il faisait la police dans la cour attenante, mettant ordre sur-le-champ au moindre tumulte, et chassant, à coups de fouet, les enfants et les chiens du quartier; à coups de bâton, les iilous et les tapageurs qui se mêlaient à la foule dans les grandes afïluences du peuple, aux jours des solennités. On parlait encore, en 1674, de ses hauts faits au temps de la Fronde; on l'avait vu, se faisant place au milieu d'une populace mutinée, courir à l'hôtel de ville qu'on incendiait et en tirer deux ou trois de ses amis. C'était Didier l'Amour. La compagne de cet Adonis redoutable n'était pas moins célèbre par ses emportements et par son humem" hargneuse ; si bien qu'ils passent l'un et l'autre pour avoir fourni à
qui, en effet, compromit la réputation de leurs adversaires. Ce n'est pas le cas de réfuter leurs accusations calomnieuses; il nous suffit d'avoir indiqué ici une nouvelle preuve de l'esprit qui inspira ce poëme.
» C'est la dixième de ses lettres à un provincial. — ^ Voyez le Recueil précédent, p. 245.
iioiLEAU. — 1G74-1683. 63
Molière les aimal)les caractères de Sganarelle et de Martine dans son Médecin malgré lui. Boileau se vante même de lui avoir indiqué ce charmant couple, dont il a tiré im parti si comique '. Il était donc impossible que l'auteur du Lutrin ne songeât pas lui-même à ces deux personnages, et nous voyons qu'en » effet il les introduit dans son action dès le premier chant :
Bientôt on voit paraître au jonr Le nom, le fameux nom du perruquier TAmour. Ce nouvel Adonis, à la blonde crinière. Est l'unique souci d'Anne sa perruquière... Ce perruquier superbe est rcflroi du quartier, Et son courage est peint sur son visage altier.
Mais quand ces vers parurent-ils? Quand le redoutable Didier ne fut plus capable de se mettre en colère, en 1701, quatre ans après sa mort, arrivée le 1" mai de l'année 1677 ^. Dans les éditions précédentes on lisait :
Bientôt on voit paraître au jour
Le nom, le fameux nom de l'horloger Latour.
Ce nouvel Adonis, à la taille légère.
Est l'unique souci d'Anne son horlogère.
Terminons par une remarque sur la comparaison qu'on pourra faire entre notre travail et les éclaircissements historiques donnés à Brossette par Boileau lui-même. Comment se fait-il qu'il nous soit resté tant de choses à dire après cet interprète, qui connaissait Despréaux; qui, pour obtenir de lui les secrets du Lutrin^ le poursuivait de ses lettres, avec accompagnement de jambons et de fromages ^ ? Le poète lui faisait ordinairement répondre par son frère, le chanoine de la Sainte-Chapelle ; et les renseignements étaient envoyés avec une parcimonie peu commune aux écrivains tlattés par la promesse d'un
1 « Molière a peint le caractère de Didier l'Amour dans le Médecin maigre' lui, à la fin de la première scène, sur ce que M. Despréaux lui en avait dit.» (Note de l'édition de 1713.) — ^ Voyez les trois notes de Brossette sur les vers 216, 218 et 223 du premier chant. — s Le 4 mars 1703 Boileau écrivait à Brossette, après avoir été longtemps sans lui donner signe de vie : « C'est une chose étrange que, tout le monde étant empressé à vous répondre, celui-là seul qui a plus de raisons de l'être ne le soit point. Il me semble cependant que c'est votre faute, puisque c'est votre trop grande facilité à me pardonner mes négligences qui me rend négligent. Mais quoi 1 bien loin de m'accuser de mon peu de soin, peu s'en faut que vous ne vous excusiez de votre trop d'exactitude. Encore ne vous bornez-vous pas aux seules excuses; mais vous les accompagnez de jambons, de fromages, qui feraient tout excuser quand même vous auriez tort.» Œuvres, t. IV, p. 451. (Paris, 1821.)