ARGUMENT I
Le trésorier remplit la première dignité du chapitre dont il est ici parlé, et il fficie avec toutes les marques de l'épiscopat. Le ciiantre remplit la seconde dignité. Il y avait autrefois dans le chœur, a la place de celui-ci, un énorme pupitre ou lutrin, qui le couvrait presque tout entier. Il le fit ûter. Le trésorier voulut le faire remettre. De la arriva une dispute, qui fait le sujet de ce poème.
CHATsT PREMIER. — 1674.
Je chante les combats et ce prélat terrible '
Qui, par ses loiijçs travaux et sa force invincible,
Dans une illustre église exerçant son grand cœur ',
Fit placer à la fin un lutrin dans le chœur.
C'est en vain que le chantre % abusant d'an faux titre,
Deux fois l'en lit ôter par les mains du chapitre :
Ce prélat, sur le banc de son rival altier
Deux fois le reportant, l'en couvrit tout entier ^
r Cet argument ne parut que dans rédition de 1713, deux ans après la mort de Boileau. — ^ Claude Auvri; voyez sa biographie, ci-dessus, p. 31-48. — 3 Voyez ci-dessus, p. 55, riiisloirc de ce \ers, remanié quatre fois par prudence. — " L'abbé Jacques Barrin. Ci-dessus, p. 37. — 3 Voyez ci-dessus, p. 38-40, l'histoire du procès dont ce poëme est la parodie.
BOILEAU. — luTi. cri
Muse, rodis-nioi donc quelle ardeur de veiigeanee De ces hommes sacrés rompit l'intolligence Et troubla si longtemps deux célèbres rivaux : Tant de fiel entre-t-il dans Tâme des dévots ' !
Et toi, fameux héros -, dont la sai^^e entremise De ce schisme naissant débarrassa l'Eglise, Viens d'un regard heureux animer mon projet, Et garde-toi de rire en ce grave sujel.
Parmi les doux plaisirs d'une paix fraternelle Paris voyait fleurir son antique chapelle ^ : Ses chanoines, vermeils et brillants de santé. S'engraissaient d'une longue et sainte oisiveté. Sans sortir de leurs lits, plus doux que leurs hermines. Ces pieux fainéants faisaient chanter matines. Veillaient à bien dîner, et laissaient en leur lieu A des chantres gagés le soin de louer Dieu '', Quand la Discorde, encor toute noire de crimes. Sortant des Cordeliers pour aller aux ^Minimes '', Avec cet air hideux qui fait frémir la Paix, S'arrêta près d'un arbre % au pied de son palais. Là, d'un œil attentif contemplant son empire, A l'aspect du tumulte elle-même s'admire.
1 Ce début du Lutrin est, comme on le voit, calqué sur celui de YÉnéide. On y reconnaît le Tantœ ne animis cœlestihus InE'.YArma.virumquecano, et l'invocation à la muse : Musa, mihi causas meniora. — ^ Le célèbre Guillaume de Lamoignon. Voyez ci-dessus, p. 59, pourquoi son nom fut ôtc de ce vers, où le poêle avait essayé de le mettre. — ^ Voyez ci-dessus, p. 55, comment Paris, arrivant peu à peu dans ce vers, avait d'abord été remplacé par Bourges, puis par Pourges, puis par un grand P suivi de quatre points. — ^ Voyez la raison de cette charge dans notre explication du plan de ce poome, ci-dessus, p. 49, — ^ « Il y eut de grandes brouilleries dans ces deux couvents au sujet de l'élection des supérieurs. Pour aller de l'un à l'autre on passe près (lu Palais, où est la Sainte-Chapelle, et c'est la route que l'auteur fait tenir à la Discorde. » {Note de Boileau et de Brossette.) — " « C'est le mai que la communauté des Clercs du Palais, nommée la Basoche, lait planter tous les ans dans la vieille cour du Palais, près de la Sainlo-Chapelle. » (Not? de Brossette.)