IV
Et pesez vos discours même dans sa balance; Connaissez les humeurs qu'il verse dessus nous. Ce qui se fait dessus, ce qui se fait dessous; Portez une lanterne aux cachots de nature ; Sachez qui donne aux fleurs cette aimable peinture ^; Quelle main sur la terre en broyé la couleur ^ , Leurs secrètes vertus, leurs degrés de chaleur; Voyez germer à Toeil les semences du monde ; Allez mettre couver les poissons dedans Tonde; Déchiffrez les secrets de nature et des cieux : Votre raison vous trompe aussi bien que vos yeux
0 débile raison ! où est ores ta bride?
Où ce flambeau qui sert aux personnes de guide? Contre la passion trop faible est ton secours. Et souvent, courtisane, après elle tu cours; Et, savourant l'appas qui ton âme ensorcelle. Tu ne vis qu'à son goût, et ne vois que par elle. De là vient qu'un chacun, mêmes en son défaut. Pense avoir de l'esprit autant qu'il lui en faut
Mais pour nous moins hardis... qui formons nos ouvrage
Aux moules si parfaits de ces grands personnages
Qui, depuis deux mille ans, ont acquis le crédit
Qu'en vers rien n'est parfait que ce qu'ils en ont dit.
Devons-nous aujourd'hui, pour une erreur nouvelle
Que ces clercs dévoyés forment en leur cervelle.
Laisser légèrement la vieille opinion.
Et, suivant leur avis, croire à leur passion?
Pour moi, les huguenots pourraient faire miracles,
1 Racine semble avoir pris ce vers à Régnier :
Il donne aux fleurs leur aimable peinture.
{Athalie, acle I, se. iv.)
2 Boileau dira cinquante ans plus tard, dans son Lutrin :
L'autre broie en riant le vermillon des moiues. (Ci-dessus, p. 77.)