LE PALAIS DU SOMMEIL
fragment du Songe de Vaux, poëme fantastique, par La Fontaine i. — 1671.
Le célèbre intendant des finances Foucquet, quelque temps avant sa disgrâce, arrivée en 1661, avait prié La Fontaine, dont il était le Mécène, d'immortaliser sa campagne de Vaux par ime poétique description de toutes les meiTeUles que l'art y avait réunies ^. Les malheurs du surintendant et le deuU de sa famille empêchèrent le poète d'achever son œuvre : nous n'en avons que quelques fragments publiés en 1671. C'est un mélange de prose et de vers, qui, pom- la pensée comme pour la forme, sont loin d'être partout dignes du passage que nous allons citer.
« Je m'imaginai que j'étais allé trouver le Sommeil pour le prier de me montrer Vaux, dont on m'avait dit des choses presque incroyables. Le logis du dieu est au fond d'un bois où le silence et la solitude font leur séjour : c'est un antre que la nature a taillé de ses propres mains et dont elle a fortifié toutes les avenues contre la clarté et le bruit.
Sous les lambris moussus de ce sombre palais. Écho ne répond point et semble être assoupie. La molle Oisiveté, sur le seuil accroupie,
* Né en 16-2), mort en 1695. — ^ Voyez nos Noies historiques sur Foucquet et sur Vaux, CJtefs-d'avwe il'e'loguence françuine, p. 567-570, n»* 4-16. (Paris, Lanicr, 1854.)